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lunes, 30 de abril de 2012

Le Livre des esperitz



Cy commence le Livre des esperitz, lequel fut manifesté au saige Salomon a les contraindre en terre et faire obeïr a la volenté humaine, car avant que la science fut trouvee, monstree ne manifestee et revelee audit Salomon, les esperitz faisoi[e]nt trop de maulx et de pestilences sur terre et destrusoi[e]nt plusieurs biens de ce monde, et a humain lignaige faisoi[e]nt plusieurs persecusions ; et pour ce que la misericorde de Dieu dona audit Salomon le benefice de ceste saincte science a contraindre lesdits esperitz et faire obeÿr a humaine creature, adfin que leur malice ne regnast plus sur la terre crestienne.

28Au commancement du Livre, seront mis les noms des esperitz qui sont gouverneurs et maistres de touz les aultres esperitz ; de la region et office de Lucifer ; de l'office de Bezlebut ; de Satan ; des quatre esperitz qui sont gouverneurs des quatre regions et parties du monde, c'est assavoir de l'esperit qui est appellé Orient, de Poymon, d'Equi ; de Veal, le grant roy ; de Agarat, duc ; de Barbas, prince ; de Bulfas, prince ; de Amon, marquis ; de Batal, conte ; de Gemen, roy ; de Gazon, duc ; de Artis, prince ; de Machin, duc ; de Dicision, roy ; de Abugor, duc ; de Vipos, conte ; de Cerbere, marquis ; de Carmola, prince ; de Estor, duc ; de Coap, prince ; de Deas, duc ; de Asmoday, roy ; de Bitur, marquis ; de Beal, duc ; de Forcas, prince ; de Furfur, conte ; de Margotias, marquis ; de Oze, prince ; de Lucay, marquis ; de Pucel, duc ; de Jayn, conte ; de Suralet, duc ; de Zagon, roy ; de Dragon, prince ; de Parcas, prince ; de Gorsin, duc ; de Andralfas, marquis ; de Flanos, duc ; de Brial, roy ; de Fenix, marquis ; de Distolas. /fo 179vo/

29[1] Lucifer fut moult bel et de telle stature, quoy sont les aultres bons angelz, et ne demoura mye aux cieulx par l'espace de une heure, car il se enorguillit en regardant et contemplant sa belle grant beaulté en laquelle il fut fourmé ; et touz ceulz qui furent panssantz mal avecque luy furent gectés en Enfer en confusion. Et faict ledit Lucifer, sellon que dient les docteurs de nigromance, et ledit Lucifer preside en Enfer et touz lesdits esperitz d'Enfer oboÿssans a luy comme souverain d'Enfer.


30[2] Gay, grant et maulvais esperit, est appellé Bezlebuth, et fut appellé devant le temps de Salomon Anthaon, et est le plus grant d'Enfer aprés Lucifer, et doibt on savoir qu'il regne aux parties d'orient, et celuy qui l'appelle doibt tenir son visaige vers orient et il aparoistra a luy en belle figure et semblance. Il enseigne toutes sciences et donne or et argent a ceulx qui le contraignent a venir, et donne vroye responce de ce que on luy demande, et revele les secretz d'Enfer si on luy demande, et enseigne veritablement les choses mucees53 en terre et en mer, et si magnifeste touz tresors qui sont en terre reposantz, et garde des aultres espritz, et doibt estre appellé par beau temps.

31[3] Le tiers esperit est appellé Satan, lequel fut fourmé aprés Lucifer, et converse en l'air pres de nous. Iceluy Sathan appiert en gracieuse semblance et habite en septentrion. Celuy qui l'appelle doibt avoir son visaige vers septentrion. Icelluy apiert et a puissance de defformer touz homes et femmes se on luy commande, et se apparoille a faire touz maulx si luy est commandé.

32Des quatre esperitz principaulx seront dits les offices en ceste partie, dont le premier ensuit :

33 Sequitur de primo
Le premier est appellé Orient et habite en orient. Il tient le nom de la partie du monde.

34 Pro secundo :
Le second est appellé Poymon et habite en occident.

35 Pro tertio :
Le tiers est appellé Amoymon et habite es parties meridionales.

36 Pro quarto :
Le quart est appellé Equi et habite es parties de septentrion.

37[4] Officium primi : /fo 180/
L'office du premier qui est appellé Orient, est de respondre verité de ce que on luy demande, et si a puissance de consorter touz esperitz et les enseigner a faire, et si apprant au maistre qui le contrainct toute phisicque ; et a dessoubz luy cent legions d'angelz ou de maulvais esperitz.

38[5] Poymon
Poymon appiert en semblance de femme coronnee, moult resplendissante, et chevaulche ung dramagdonere [sic]. Celuy qui le contrainct doibt avoir son visaige vers occident, et il dict verité de ce que on luy demande et apprant toutes sciences au maistre, et manifeste toutes choses mucees, et donne dignités et grandes seigneuries, et faict venir a mercy touz les malveillantz du maistre plainement ; et est seigne[u]r de xxv legions.

39[6] Aymoymon
Aymoymon est roy et appiert en semblance de demye home et a longue barbe, et porte a son chieff une coronne tres clere, et ayme que on luy face sacriffice, et donne vroye responce de ce que on luy demande ou concede, et donne souvenance de toutes sciences et donne grandes dignités en terre et les conferme, et donne bone maniere de bon sens ; et a x legions.

40[7] Beal
Beal est ung grant roy qui est dessoubz et est subgect a Orient, qui est grant et faict home invisible merveilleusement, et donne sa grace a toutes choses ; et soubz luy a seix legions.

41[8] Agarat
Agarat est duc et appiert benignement, en semblance de home vieulx, et enseigne touz langaiges et donne seigneuries et grandes dignités en terre ; et soubz luy a xxxvi legions.

42[9] Barthas
Barthas est ung grant prince qui appert en belle figure. Son office est donner responce de ce que on luy demande, et enseigne les choses mucees, et enseigne auxi et faict aux gens ce que on luy demande, et faict home en quelque figure que le maistre vieult, et enseigne parfaictement astronomye ; et a dessoubz luuy xxxvi legions.

43[10] Bulfas /fo 180vo/
Bulfas est ung grant prince. Son office est de faire discordez et batailles, et quant il est bien contrainct, il rend bone responce de ce que on luy demande ; et a dessoubz luy xxxvi legions.

44[11] Amon
Amon est un grant marquis qui appiert en semblance d'une pucelle. Son office est de dire verité des choses passees et advenir en terre, et toute personne de qui on vieult avoir l'amour, il le faict avoir ; et a soubz luy xl legions.

45[12] Barbas
Barbas est ung prince qui monstre a entendre le son des oyseaulx et la voix des chiens, et manifeste toutes choses mucees en terre, et les apporte si on luy commande ; et a xxxvi legions.

46[13] Gemer
Gemer est un grant roy. Son office est de enseigner la vertu des herbes et toutes sciences, et guerir ceulx qui sont malades quant on luy commende, et aussi faict les gens malades ; et dessoubz luy a xl legions.

47[14] Gazon
Gazon est ung gant duc qui donne vroye responce des choses passes et advenir et des choses presentes, et donne grace et amour envers toutes personnes sur terre, et faict monter en grantz honneurs et dignités ; et a xl legions.

48[15] Artis
Artis est un grant duc et [a] deux coronnes et une espee en la main. Son office est de respondre de toutes choses que on luy vieult demander et enseigner les choses mucees, et donne bone amour et grace envers toutes persones ; et a xxxvi legions.

49[16] Machin
Machin est ung grant duc qui est en similitude et semblance d'un home fort, et enseigne la vertu des herbes et des pierres precieuses, et porte le maistre de region en region partout ou le maistre vieult ; et a xxxvii legions.

50[17] Diusion
Diusion est ung grant roy qui appiert en semblance d'un bel home, et donne vroye responce /fo 181/ de ce que on luy demande, et si va querir les tresors mucés en terre quant on luy commande ; et a xxiiii legions.

51[18] Abugor
Abugor est ung grant duc qui appert en semblance d'un beau chevalier, et donne vroye responce de ce que on luy demande et des choses mucees en terre, et donne bone grace envers roys et aultres seigneurs ; et a xxvii legions.

52[19] Vipos
Vipos est un grant conte qui appert en semblance d'un ange, et faict home saige et hardy, et dit verité de ce que on luy demande ; et a xxv legions.

53[20] Cerbere
Cerbere est un grant marquis qui donne parfaict entendement en toutes sciences, et faict home moult grant en honeurs et richesses ; et a xix legions.

54[21] Carmola
Carmola est un grant prince qui donne entendement des oyseaulx et a attraper les larrons et meurdriers quant on luy commande. Il faict gens invisibles et dict verité de ce que on luy demande ; et a xxvi legions.

55[22] Salmatis
Salmatis est ung grant marquis qui appert en semblance d'un chevalier armé, et faict home en quelque semblance qu'il vieult, et si ediffie forteresses, ediffices, chasteaulx et villes quant on luy commande ; et faict apparoir grandes playes en quelque personne ; et a l legions.


56[23] Coap
Coap est ung grant prince qui faict avoir femmes et les faict venir la ou l'on vieult et les faict horchaingnes54 si on luy commande ; et [a] xxvii legions.

57[24] Drap
Drap est ung grant duc qui parle bassement et bletzce [sic] la veue et l'ouye quant on luy commande ; et a iiiixx legions.

58[25] Asmoday
Asmoday est un grant roy qui donne ung annel qui [a] si grant vertu qu'il faict celuy qui le porte eureux en toutes choses du monde, et donne vroye responce de ce que on luy demande ; et a soubz luy xii legions.

59[26] Caap /fo 181vo/
Caap est un grant prince qui appiert en forme d'un chevalier et donne vroye responce de ce que on luy demande, et apporte or et argent de quelque lieu que on luy commande ; et a soubz luy xx legions.

60[27] Bune
Bune est ung grant duc qui faict les corps aler et venir d'un lieu en aultre chemyner, et faict home riche et parler saigement devant toutes gens, et donne vroye responce de ce que on luy demande ; et a xxxv legions.

61[28] Bitur
Bitur est ung grant marquis qui apert en forme d'ung beau jouvencel et donne l'amor des femmes de quelque lieu que elles soi[e]nt, et destruict villes et chasteaulx si le maistre luy commande, et faict depposer de ses grantz honeurs et dignités de ce monde si le maistre luy commande ; et a xxxvi legions.

62[29] Lucubar
Lucubar est ung grant duc qui faict home subtil et plain de grant engyn, et faict muer le plomb en or et l'estaign [sic] en argent, en quelque maniere que on vieult.

63[30] Bugan
Bugan est ung grant roy qui faict home saige et faire touz manieres de metaulx muer en quelconque maniere que on vieult, l'eau muer en vin ou en huille ; et a xxxiiii legions.

64[31] Parcas
Parcas est ung grant prince qui faict home subtil. Il apert en belle figure. Il congnoist la vertu des herbes et des pierres precieuses et les apporte quant on luy commande, et faict home invisible et saige en toutes sciences, et faict home devenir jeune ou vieulx, lequel que on vieult, et faict recouvrir la veue quant on l'a perdue. Et si apporte l'or et l'argent qui est mucé en terre et toutes aultres choses, et porte le maistre par tout le monde si on luy commande, et toutes aultres personnes si le maistre luy commande ; et a soubz luy xxx legions.

65[32] Flavos
Flavos est un grant duc qui donne vroye responce de ce que on luy demande, et destruict touz les adversaires du maistre qui le contrainct ; et a xx legions.

66[33] Vaal
Vaal est un grant roy qui donne toutes responces que on luy demande en ce munde, et donne seigneuries, dignités, bone grace envers toutes gens, et si disperze ignelement ce que on luy commande ; et a xxxix legions.

67[34] Fenix /fo 182/
Fenix est un grant marquis qui appert en belle figure, et a la voix moult doulce, et si est courtoys et tres oboïssant a toutes les choses que on luy vieult demander ou commander, et si les faict ignelement et sans dilacion ; et a xxv legions.

68[35] Distolas
Distolas est ung grant marquis qui appert en belle figure et donne voluntiers responce de ce que on luy demande et commande, et si apporte pierres si on luy commande, et donne au maistre ung cheval qui le porte en une heure cent ou deux ou trois centz lieues ou plus ; et a xx legions.

69[36] Berteth
Berteth est ung grant duc qui appiert en belle figure et a une couronne. Il donne vroye responce de ce que on luy demande, et si enseigne a convertir touz manieres de metaux en or ou en argent, et donne seigneuries et conferme si on luy demande ; et a xxvi legions.

70[37] Dam
Dam est ung grant conte qui appert en belle figure, qui apporte or et argent et toutes aultres choses si on luy commande, et faict mourir ou languir toutes personnes que on luy commande. Et si dict touz les secretz des femmes, et si les faict despouiller et dancer toutes nues ; et a xxv legions.

71[38] Furfur
Furfur est ung grant conte qui appert en guyse d'ung ange et faict avoir l'amor de toutes gens, et faict home saige en astronomie et philosophie.

72[39] Forcas
Forcas est ung grant prince qui enseigne la vertu des herbes et des pierres precieuses, et faict estre invisible et estre saige et bien parlant a toutes gens, et si apporte tresors mucés en terre quant on luy commande ; et a xxx legions.

73[40] Malpharas
Malpharas est ung grant seigneur qui ediffie tours et chasteaulx, pontz sur eaues quant on luy commande, et abbatt [sic] et confont soi[e]nt /fo 182vo/ gens, chasteaulx ou aultres forteresses, et porte d'un lieu en aultre si on luy commande, et oboïst et est courtaix [sic] au maistre qui le contrainct a faire lesdictes choses ; et a xxx legions.

74[41] Gorsay
Gorsay est ung grant duc qui faict ung home bon oupvrier en ses besoignes et en ses ditz. Il prant larrons et meurdriers et les amaine la ou on luy commende, et faict souffrir paine et tourmant a quelque que l'on vieult ; et a xv legions.

75[42] Samon
Samon est ung grant roy qui appert en semblance d'une belle pucelle. Il donne responce de ce que on luy demande. Il ensaigne les biens et les tresors qui sont mucés et faict avoir l'amour de toutes roynes et femmes parfaictement, soi[e]nt pucelles ou non ; et a xxv legions.

76[43] Tudiras Hoho
Tudiras Hoho est un grant marquis qui appert en semblance d'une belle pucelle et faict home saige en toutes sciences, et si le mue en maniere d'oysel ; et a xxxi legion[s].


77[44] Oze
Oze est ung grant marcquis qui donne bone responce de ce que on luy demande, et si faict home muer de figure en aultre, et si faict une chose aparoir aultrement qu'il n'est, et si faict une poigne d'estrain55 estre ung grant cheval et ung festu estre scainture d'or ou d'argent, et faict les gens forcenés quant on luy commande ; et [a] xxv legions.

78[45] Ducay
Ducay est un grant marquis qui apert moult benigenment et donne l'amour des femmes et faict entendre touz langaiges, et porte de lieu en aultre lieu ; et a xxv legions.

79[46] Bucal
Bucal est un grant duc qui apert en guyse d'ange et done vroye reponse de ce que on luy demande, et faict aparoir grandes eaues et abysmes en l'air, combien qu'ilz n'y soi[e]nt point ; et a xxviii legions.

80Finis. Laudat opus.
Adsit in principio sancta Maria meo

Le Livre des esperitz
Cambridge, Trinity College, ms. O.8.29, fos 179-182vo (milieu du xvie s.)

jueves, 30 de junio de 2011

Le miracle de Théophile





THEOPHILES.

Ahi ! ahi ! Diex, rois de gloire, Tant vous ai éu en memoire, Tout ai doné et despendu, Et tout ai aus povres tendu, Ne m'est remez vaillant un sac. Bien m'a dit li evesque: «Eschac,» Et m'a rendu maté en l'angle; Sanz avoir m'a lessié tout sangle. Or m'estuet-il morir de fain, Se je n'envoi ma robe au pain. Et ma mesnie, que fera? Ne sai se Diex les pestera. Diex? oïl? qu'en a-il à fere? En autre lieu les covient trere, Ou il me fet l'oreille sorde, Qu'il n'a cure de ma falorde; Et je li referai la moe. Honiz soit qui de lui se loe! N'est riens con por avoir ne face; Ne pris riens Dieu ne sa manace. Irai me je noier ou pendre? Je ne m'en puis pas à Dieu prendre, C'on ne puet à lui avenir. Ha! qui or le porroit tenir Et bien batre à la retornée Moult auroit fet bone journée; Mès il s'est en si haut leu mis, Por eschiver ses anemis, C'on n'i puet trere ne lancier. Se or pooie à lui tancier Et combattre et escremir, La char li feroie fremir. Or est là sus en son solaz; Laz! chetis! et je sui ès laz De Povreté et de Soufrete. Or est bien ma viele frete, Or dira l'en que je rasote: De ce sera mès la riote. Je n'oserai nului veoir, Entre gent ne devrai seoir; Que l'en m'i mousterroit au doi. Or ne sai-je que fere doi. Or m'a bien Diex servi de guile.

(Ici vient Theophiles à Salatin, qui parloit au deable quant il voloit.)

[SALATINS.]

Qu'est-ce? Qu'avez-vous, Theophile? Por le grant Dé! quel mautalent Vous a fet estre si dolent? Vous soliiez si joiant estre.

THEOPHILE parole.

C'on m'apeloit seignor et mestre De cest païs, ce sez-tu bien; Or ne me lesse-on nule rien. S'en sui plus dolenz, Salatin, Quar en françois ne en latin Ne finai onques de proier Celui c'or me veut asproier, Et qui me fet lessier si monde Qu'il ne m'est remez riens el monde. Or n'est nule chose si fiere Ne de si diverse maniere Que volenters ne la féisse Par tel qu'à m'onor revenisse. Li perdres m'est honte et domage.

Ici parole SALATINS.

Biau sire, vous dites que sages; Quar qui a apris la richece Molt i a dolor et destrece Quant l'en chiet en autrui dangier Por son boivre et por son mengier: Trop i covient gros mos oïr.

THEOPHILES.

C'est ce qui me fet esbahir. Salatin, biaus très douz amis, Quant en autrui dangier sui mis, Por pou que li cuers ne m'en crieve.

SALATINS.

Je sai or bien que moult vous grieve, Et moult en estes entrepris Comme hom qui est de si grant pris; Moult en estes mas et penssis.

THEOPHILES.

Salatin frere, or est ensis. Se tu riens pooies savoir Par qoi je péusse ravoir M'onor, ma baillie et ma grace, Il n'est chose que je n'en face.

SALATINS

Voudriiez-vous Dieu renoier, Celui que tant solez proier, Toz ses sainz et toutes ses saintes? Et si devenissiez, mains jointes, Hom à celui qui ce feroit Qui vostre honor vous renderoit: Et plus honorez seriiez, S'à lui servir demoriiez, C'onques jor ne péustes estre? Creez-moi, lessiez vostre mestre: Qu'en avez-vous entalenté?

THEOPHILES.

J'en ai trop bone volonté: Tout ton plesir ferai briefment.

SALATINS.

Alez-vous-en séurement. Maugrez qu'il en puissent avoir, Vous ferai vostre honor ravoir. Revenez demain au matin.

THEOPHILES.

Volentiers, frere Salatin. Cil Diex que tu croiz et aeures Te gart, s'en ce propos demeure!

(Or se depart Theophiles de Salatin, et si pensse que trop a grant chose en Dieu renoier, et dist:)

THEOPHILES.

Ha, laz! que porrai devenir? Bien me doit li cors dessenir Quant il m'estuet à ce venir.
Que ferai, las!
Se je reni saint Nicholas Et saint Jehan et saint Thomas
Et Nostre-Dame,
Que fera ma chetive d'ame? Ele sera arse en la flame
D'enfer le noir.
Là la covendra remanoir: Ci aura trop hideus manoir,
Ce n'est pas fable.
En cele flambe pardurable N'i a nule gent amiable; Ainçois son mal, qu'il sont deable:
C'est lor nature;
Et lor mesons r'est si obscure C'on n'i verra jà soleil luire, Ains est uns puis toz plains d'ordure.
Là irai-gié.
Bien me seront li dé changié, Quant por ce que j'aurai mengié, M'aura Diex issi estrangié
De sa meson,
Et ci aura bone reson. Si esbahiz ne fu mès hom
Com je sui, voir.
Or dit qu'il me fera ravoir Et ma richece et mon avoir, Jà nus n'en porra riens savoir:
Je le ferai.
Diex m'a grevé, je l' greverai; Jamès jor ne le servirai,
Je li ennui;
Riches serai, se povres sui; Se il me het, je harrai lui:
Preingne ses erres,
Ou il face movoir ses guerres. Tout a en main et ciel et terres:
Je li claim cuite,
Se Saladins tout ce m'acuite
Qu'il m'a pramis.
(Ici parole Salatins au Deable et dist:)

Uns crestiens s'est sor moi mis, Et je m'en sui moult entremis; Quar tu n'es pas mes anemis,
Os-tu, Sathanz?
Demain vendra, se tu l'atans; Je li ai promis .iiij. tans:
Aten-le don;
Qu'il a esté moult grant preudon: Por ce si a plus riche don. Met-li ta richece à bandon.
Ne m'os-tu pas?
Je te ferai plus que le pas
Venir, je cuit;
Et si vendras encore anuit, Quar ta demorée me nuit;
G'i ai beé.
(Ci conjure Salatins le deable.)

Bagahi laca bachahé, Lamac cahi achabahé,
Karrelyos.
Lamac lamec bachalyos, Cabahagi sabalyos,
Baryolas.
Lagozatha cabyolas, Samahac et famyolas,
Harrahya.

(Or vient li deables qui est conjuré, et dist:)

Tu as bien dit ce qu'il i a. Cil qui t'aprist riens n'oublia. Moult me travailles!

SALATINS.

Qu'il n'est pas droiz que tu me failles Ne que tu encontre moi ailles,
Quant je t'apel.
Je te faz bien suer ta pel. Veus-tu oïr .i. geu novel?
.J. clerc avons.
De tel gaing com nous savons Souventes foiz nous en grevons
Por nostre afere.
Que loez-vous du clerc à fere Qui se voudra jà vers çà trere?

LI DEABLES.
Comment a non?

SALATINS.
Theophiles, par son droit non. Moult a esté de grant renon
En ceste terre.

LI DEABLES.
J'ai toz jors éu à lui guerre, C'onques jor ne le poi conquerre. Puis qu'il se veut à nous offerre,
Viengne en cel val,
Sanz compaignie et sanz cheval; N'i aura gueres de travail:
C'est près de ci.
Moult aurai bien de lui merci, Sathan et li autre nerci;
Mès n'apiaut mie
Jhesu, le fil sainte Marie: Ne li ferions point d'aïe.
De ci m'en vois.
Or soiez vers moi plus cortois, Ne ne traveillier mès des mois
(Va, Salatin)
Ne en hebrieu ne en latin.
( Or revient Theophiles à Salatin:)
Or sui-je venuz trop matin?
As tu riens fet?

SALATINS.

Je t'ai basti si bien ton plet, Quanques tes sires t'a mesfet
T'amendera,
Et plus forment t'onorera Et plus grant seignor te fera
C'onques ne fus.
Tu n'es or pas si du refus Com tu seras encor du plus.
Ne t'esmaier;
Va là aval sanz delaier. Ne t'i covient pas Dieu proier
Ne reclamer,
Se tu veus ta besoingne amer: Tu l'as trop trové à amer,
Qu'il t'a failli.
Mauvesement as or sailli; Bien t'éust ore mal bailli,
Se ne t'aidaisse.
Va-t'en, que il t'atendent; passe
Grant aléure.
De Dieu reclamer n'aies cure.

THEOPHILES.

Je m'en vois. Diex ne m'i puet nuire
Ne riens aidier,
Ne je ne puis à lui plaidier.

(Ici va Theophiles au deable, si a trop grant paor; et li deables li dist:)

Venez avant, passez grant pas; Gardez que ne resamblez pas Vilain qui va à offerande. Que vous veut ne que vous demande Vostre sires? Il est moult fiers!

THEOPHILES.

Voire, sire. Il fu chanceliers, Si me cuide chacier pain querre: Or vous vieng proier et requerre Que vous m'aidiez à cest besoing.

LI DEABLES.

Requiers m'en-tu?

THEOPHILES.
Oïl.

LI DEABLES.
Or joing
Tes mains, et si devien mes hom: Je t'aiderai outre reson.

THEOPHILES.
Vez ci que je vous faz hommage; Mès que je r'aie mon domage, Biaus sire, dès or en avant.

LI DEABLES.
Et je te refaz .i. couvant, Que te ferai si grant seignor C'on ne te vit onques greignor; Et puis que ainsinques avient, Saches de voir qu'il te covient De toi aie lettres pendanz, Bien dites et bien entendanz; Quar maintes genz m'en ont sorpris Por ce que lor lettres n'en pris: Por ce les vueil avoir bien dites.

THEOPHILES.
Vez-les ci, je les ai escrites.

(Or baille Theophiles les lettres au deable, et li deables li commande à ouvrer ainsi:)

Theophile, biaus douz amis, Puis que tu t'es en mes mains mis, Je te dirai que tu feras: Jamès povre homme n'ameras; Se povres hom sorpris te proie, Torne l'oreille, va ta voie. S'aucuns envers toi s'umelie, Respon orgueil et felonie. Se povres demande à ta porte, Si garde qu'aumosne n'en porte. Douçor, humilitez, pitiez, Et charitez et amistiez, Jeune fere, penitance Me metent grant duel en la pance. Aumosne fere et Dieu proier, Ce me repuet trop anoier. Dieu amer et chastement vivre, Lors me samble serpent et guivre Me menjue le cuer el ventre Quant l'en en la meson-Dieu entre Por regarder aucun malade, Lors ai le cuer si mort et fade Qu'il m'est avis que point n'en sente: Cil qui fet bien si me tormente. Va-t'en, tu seras seneschaus. Lai les biens et si fai les maus. Ne juger jà bien en ta vie, Que tu feroies grant folie Et si feroies contre moi.

THEOPHILES.

Je ferai ce que fere doi. Bien est droiz vostre plesir face, Puis que j'en doi r'avoir ma grace.

Rutebeuf
Le Miracle de Théophile

domingo, 31 de octubre de 2010

Halloween Succubes


Voici, pour notre spécial Halloween, un curieux traité sur le Succubat...


"Il est des gens qui se livrent volontairement aux Incubes et aux Succubes. Tel est le cas des adeptes de la sorcellerie. Bodin, de Lancre disent, en effet, que toutes les sorcières, tous les sorciers copulaient avec le diable. Une femme, Jeanne Hervillier, née Verbery, près de Compiègne, confessa que sa mère la présenta à l'âge de douze ans au diable, qui avait la forme d'un grand homme noir, vêtu de noir, botté, éperonné, l'épée au côté. La mère lui dit : " Voici ma fille que je vous ai promise ", et à sa fille : " Voici votre ami qui vous fera bien heureuse. Le malin la fit renoncer à Dieu " et puis coucha avec elle charnellement, en la même sorte et manière que font les hommes avec les femmes, hormis que la semence était froide.

Le plus souvent, les accouplements maudits avaient lieu après les danses et les festins du Sabbat. Les femmes qui y assistaient prenaient un singulier plaisir à raconter les scènes ignobles qui s'y déroulaient, et donnaient avec complaisance des détails sur la très immondes accointances sataniques, qui les laissait cependant toutes sanglantes, " aussi bien devant que, derrière, selon le lieu où il est allé heurter " : l'organe du démon était, paraît -il, énorme et couvert de squames dures comme le fer qui blessaient en se rebroussant.

Johannès d'Aguerre dit que le diable en forme de bouc avait son membre au derrière et connaissait les femmes " en agitant et poussant avec iceluy contre leur devant. Satan sodomite avait coutume de posséder les belles à la manière ordinaire et les laides tout au rebours. Ou bien encore, sans distinction esthétique, le démon incube besognait à la fois dans les deux vases, car sa mentule était fourchue. Il préférait aussi les femmes mariées aux vierges, parce que l'adultère était un péché plus grand.

Mais l'Incubat ne revêtait pas toujours des formes aussi repoussantes. Le diable était quelquefois facétieux. Si l'on en croit Boethius, un moine fut poursuivi par un Succube très beau qui l'embrassa lui faisant des invites obscènes. Inclinant son corps, la beauté d'enfer se mit dans la position des chevaux et des bêtes qui n'ont point d'âme.

Déjà le moine s'efforçait d'accomplir l'acte charnel, le Succube poussa un ululement sinistre et, ombre ténue, phantasme léger, s'évapora entre les bras du malheureux galant qui culbuta tout honteux. Le plus souvent d'ailleurs, surtout en dehors du Sabbat, une volupté intense captivait les victimes. Et sur le bûcher, alors que la flamme venait lécher sa chair grésillante, la sorcière, au milieu de la souffrance horrible qui la tordait, se souvenait des caresses délicieuses de son très doux rêve, pensait à l'Incube chéri qui la faisait haleter sous ses baisers, qu'elle allait retrouver à tout jamais en enfer.

Il était des gens qui recevaient les Esprits du Mal à la suite d'un maléfice. Ces viols constituaient une vengeance raffinée qui devait remplir d'une joie étrange l'âme des sorciers. Un homme accomplissait l'acte vénérien avec un Succube, même en présence de sa femme, et on ne voyait rien de corporel couché avec lui. Il en ressentait une fatigue énorme ; lorsqu'on l'interrogeait, il répondait qu'il ne voyait rien, mais que son esprit était captivé à ce point que la résistance lui était impossible. On soupçonna une femme qu'il avait injuriée, d'être la cause du mal.

Il arrivait aussi que les démons, lassés de leurs amours infernales, s'enamouraient des mortels. Ils devenaient alors des amants passionnés et tendres.

Boethius, dans son histoire d'Ecosse, rapporte qu'un jeune homme était tenté par un Succube d'une ravissante beauté. Il pénétrait chez lui à travers les portes et les murs et fit tout pour le posséder. Mais le jeune homme vertueux alla trouver son évêque et les remèdes spirituels le délivrèrent. Assez souvent, le démon prend la forme d'un être aimé pour atteindre plus facilement sa proie. Brognoli, cité par Goerres, vit en 1650 à Bergame un jeune homme auquel le démon était apparu un soir sous la forme d'une jeune fille qu'il aimait. Le fantôme lui raconta une petite histoire expliquant sa présence à cette heure, à cet endroit : sa mère l'avait maltraitée, elle s'était enfuie et se réfugiait près de lui. L'amoureux se doutait bien que ce n'était pas là son bien - aimée, mais un démon ; il succomba cependant à la tentation. Le Succube lui dit alors qui il était, une larve qui l'aimait. Les exorcismes eurent raison des enchantements de l'enfer, et le jeune homme fit pénitence de ses péchés. Brognoli raconte encore la curieuse histoire que voici telle qu'elle se trouve dans la Mystique de Goerres : " En 1643, je fus chargé par mes supérieurs d'aller exorciser une jeune fille de vingt ans qui était poursuivie par un Incube. Je me rendis chez elle avec son confesseur. A peine étions nous entrés que le démon, qui était précisément alors occupé avec elle, se retira. Elle m'avoua sans détour tout ce que l'esprit impur faisait avec elle. Je jugeai, d'après ce qu'elle me dit, que malgré ses dénégations, elle prêtait au démon un consentement indirect. En effet, elle était toujours avertie de ses approches par une surexcitation violente des organes sexuels ; et alors, au lieu d'avoir recours à la prière, elle courait à sa chambre et se mettait sur son lit.

J'essayai d'éveiller en elle des sentiments de confiance envers Dieu ; mais je n'y pus réussir, et elle semblait plutôt craindre d'être délivrée. Je la quittai donc après avoir laissé à son confesseur et à ses parents quelques prescriptions touchant le jeûne et la mortification.

Ce commerce monstrueux était il fécond ? Presque tous les auteurs l'affirment : le démon, n'ayant ni chair ni os, n'avait pas de semence. Il recueillait le produit des pollutions vaines ou bien, se faisant Succube, il dérobait à des hommes puissants le sperme. Devenu incube, il transportait ce sperme dans la matrice de la femme qu'il voulait engrosser. Les enfants procréés de cette manière étaient plus lourds que les autres, toujours maigres et pouvaient tarir trois nourrices sans engraisser. Quel était le père, le démon ou l'homme qui avait fourni la semence ? D'après les théologiens, c'était l'homme. Sinistrari d'Ameno, au XVII ème siècle, prétendait que les Incubes et les Succubes possédaient des organes sexuels et employaient leur propre semence. Suivant la légende, un grand nombre d'hommes célèbres sont nés de cette façon. Sans parler des Géants de la Genèse, on peut citer Romulus et Remus, Servius Tullius : la mère de ce dernier se vantait d'avoir vu apparaître dans la cendre du foyer un phallus qu'elle avait reçu, et elle était devenue enceinte. Alexandre le Grand, lui aussi, avait une origine surnaturelle, et beaucoup d'autres encore. Merlin l'Enchanteur était né d'un Incube et d'une moniale, fille de Charlemagne. Vers la même époque, plusieurs princes étaient assemblés dans un palais sur le Rhin, près de Cologne ; un esquif que traînait par une chaîne d'or un cygne apparut. Un beau guerrier inconnu descendit de la barque. Il resta dans le pays, se maria, eut des enfants, puis un jour le cygne revint le chercher et on ne le vit jamais plus. Le beau chevalier ne pouvait être qu'un esprit Incube. Sous le règne du roi Roger, en Sicile, u jeune homme se baignait dans la mer, au clair de la lune. Il vit dans l'eau une femme qui se noyait ; il la sauva, en devint amoureux, l'épousa et eut un fils. Pris de doute, un jour, sur l'origine de cette créature, il lui demanda avec insistance qui elle était : " Tu me perds, lui dit-elle, en voulant m'obliger à répondre. Elle disparut. Son fils, à quelque temps de là, se baignait dans la mer, elle apparut de nouveau et l'emporta. L'hérésiarque Luther eut aussi une naissance démoniaque. Le diable déguisé en marchand, vint à passer à Wittemberg. Il séduisit la fille de ses hôtes, puis retourna en enfer, la laissant grosse. D'où naquit Martin Luther.

Chez les peuples du Nord, en Islande et en Norvège, en Ecosse, on trouve des traditions analogues. Les Trolls et les Elfes s'unissent assez souvent aux fils et aux filles des hommes. Les Elfes habitent les éléments, les nuages, les rochers, les cavernes, les ruisseaux ou la mer. Leurs filles, à la peau bleue sont cependant d'une merveilleuse beauté : " On citait jadis, dit Christian, des familles en Islande qui devaient leur origine à ces unions mystérieuses. "
Au XIXè siècle, les caractères de l'Incubat et du Succubat ont peu changé. Les cas semblent moins fréquents,ou plutôt moins connus. La science, qui dédaigne l'occulte,ne voit dans les faits observés par les médecins que des maladies sexuelles dont elle ne recherche pas la cause. Presque seuls,les prêtres connaissent des exemples précis. Mais ils se retranchent derrière le secret de la confession, et refusent de parler,craignant le scandale que pourraient produire des révélations de cet ordre.

Voici deux exemples d'Incubat et de Succubat religieux. En 1816 et 1817, une jeune fille, Marie-Ange, parut avoir des rapports étranges avec l'invisible.

Elle supportait les phénomènes extatiques et recevait d'innombrables baisers qu'elle attribuait à Jésus et à la Vierge.

Ces baisers produisaient,chose très extraordinaire et légèrement grotesque, une liqueur et des bonbons délicieux que les témoins goûtèrent !

Dans le même genre, le chevalier de Caudenberg,vers 1855, à la suite de pratiques spirites, crut échanger des baisers avec la Vierge qu'il sentait " réellement " contre lui, baisers qui le remplissaient de volupté.

La renaissance bâtarde des antiques invocations, qu'était le Spiritisme, devait inévitablement favoriser l'Incubat et le Succubat. On faisait venir les morts, on leur parlait, on les touchait ; toujours docile, le trépassé répondait à l'appel. L'impossible rêve de posséder les disparus aimés devint réalisable. Le veuf pu étreindre son épouse perdue. La veuve se consola du fantôme de son mari ! Mais on alla plus loin. Pourquoi n'aurait on pas évoqué les femmes célèbres, courtisanes ou reines, dont les corps splendides, redevenus poussière, hantent l'imagination des songeurs ? Certes la tentation était grande de jouir de Sémiramis, de Cléopâtre, de Laïs ou de Théodora, les très belles qu'adora le monde ancien.

Plus d'un spirite y succomba. Des femmes sentimentales possédèrent leurs poètes ou leurs héros favoris. Malheureusement, le Diable, qui depuis quelque temps se tenait à l'écart, mais toujours aux aguets, en profita pour rentrer en scène, s'il faut en croire M. des Mousseaux, cité par M. S. de Guaita dans son très remarquable Temple de Satan (1).

Dans un ouvrage " parfaitement orthodoxe ", les Hauts phénomènes de la Magie, M. des Mousseaux rapporte des histoires de cédules signées avec du sang ; le Malin très correct, apparaît dans une réunion de jeunes filles, les séduit par son esprit, puis se livrent aux plus ignobles débauches, et à l'aube, s'évanouit " comme s'évanouirait une ombre.

Tout cela se passe le 17 juillet 1844. Onze ans de suite, le Diable revint visiter une des filles qu'il avait distinguée. M. des Mousseaux raconte aussi que dans certaines séances de spiritisme, des dames qui se trouvaient autour du médium ressentirent des attouchements obscènes " vers la partie inférieure du buste.

J. DELASSUS

lunes, 6 de septiembre de 2010

Démonialité




Mais, demandera-t-on aux Auteurs, comment se fait-il que le Démon, qui n'a pas de corps, ait cependant avec l'homme ou la femme un commerce charnel? Ils vous répondent tout d'une voix que le Démon emprunte le cadavre d'un autre être humain,
mâle ou femelle, suivant le cas, ou bien qy'il se forme avec d'autres matières un corps à l'aide duquel il s'unit à l'homme. Et lorsqu'il prend aux femmes la fantaisie de concevoir des œuvres du Démon (ce qui n'a lieu que • du consentement et suivant le désir exprès desdites femmes), le Démon se transforme en succube femelle, et juncta homini semen ah eo recipit; ou bien, il provoque chez cet homme, dans son sommeil, quelque rêve lascif suivi de pollution, et semen prolectum in suo nativo calore, et cum vitali spiritu conservat, et incubando fœmina infert in ipsius matricem, d'où résulte la conception. C'est là ce qu'enseigne Guaccius, livre I, châp. i2, en apportant à l'appui de sa thèse une foule dé citations et d'exemples empruntés à divers Docteurs.

25. D'autres fois aussi le Démon, soit incube, soit succube, s'accouple avec des hommes ou des femmes dont il ne reçoit rien des hommages, sacrifices ou offrandes qu'il a coutume d'imposer aux Sorciers et aux Sorcières, comme on l'a vu plus haut. C'est alors simplement un amoureux passionné, n'ayant qu'un but, un désir : posséder charnellement la personne qu'il aime.

Il y a de ceci une foule d'exemples, qu'on peut trouver dans les Auteurs, entre autres celui de Menippus Lycius, lequel, après avoir maintes et maintes fois paillarde avec une femme, en fut prié de l'épouser; mais un certain Philosophe, qui assistait au repas de noces, ayant deviné ce qu'était cette femme, dit à Menippus qu'il avait affaire à une Compuse, c'est-à-dire à une Diablesse succube : aussitôt notre mariée de s'évanouir en gémissant Lisez là-dessus Cœlius Rhodiginus, Anltq.y livre XXIX, chap. 5. Hector Boethius, Hisi, Scot., raconte aussi le cas d'un jeune Écossais qui, pendant plusieurs mois, reçut dans sa chambre, quoique les portes et fenêtres en fussent hermétiquement fermées, les visites d'une Diablesse succube, de la plus ravissante beauté; caresses, baisers, embrassements, sollicitations, cette Diablesse mit tout en œuvre ut secum coiret : ce qu'elle ne put toutefois obtenir de ce vertueux jeune homme.

On peut lire encore nombre d'exemples de femmes sollicitées au coït par le Démon incube, et qui, si elles répugnent d*âbord à sauter le pas, se laissent bientôt fléchir par ses prières, ses larmes, ses caresses; c'est un amoureux fou, il faut lui céder. Et quoique ceci résulte parfois des maléfices de quelque sorcier, qui emploie le Démon comme intermédiaire, il n'est point rare cependant que le Démon agisse pour son propre compte, comme l'écrit Giiaccîus; et ce n*est pas seulement aux femmes qu'il s'attaque, mais aussi aux juments ; sont elles dociles à ses désirs, il les accable de soins, de caresses, il tresse leur crinière en une infinité de nœuds inextricables; mais si elles résistent, il les maltraite, les frappe, leur donne la morve, et finalement les tue, comme il est constaté par l'expérience de chaque jour.

SINISTRARI

jueves, 9 de abril de 2009

L'évangile selon Ludolphe



"Dès que Jésus avec ses disciples eut débarqué, il rencontra deux possédés d'une fureur extrême qu'ils exerçaient sur eux-mêmes et sur les autre^ ; quoiqu'ils ne pussent faire plus que Dieu ne leur pesmettait, personne nosait passer par ce chemin-là (Matth. vm, 28). Tel est le but que les démons se proposent en nous attaquant, c'est de nous obstruer la route' de !a vie. Ils sortirent des sépulcres, où ils habitaient comme dans leur domicile. Les démons demeuraient dans les tombeaux, où les cadavres des Gentils étaient ensevelis, pour montrer qu'après le jugement ils auraient en leur pouvoir le corps de ceux dont ils avaient déjà les âmes. Quelquefois aussi, les démons font rester les possédés dans les tombeaux pour effrayer les vivants par les âmes de leurs morts, et aussi, parce que les démons se complaisent et se réjouissent dans les œuvres de mort qui sont les péchés. Lors même que ces possédés étaient garrottés et enchaînés, ils brisaient leurs liens et leurs fers par- la force diabolique qui les poussait dans le désert. A ces hommes ressemblent les mauvais religieux que les liens de l'obéissance et de leurs constitutions ne peuvent retenir dans leurs cloîtres ; car sortant de ces sépulcres où ils devraient être morts au monde, ils vont s'occuper d'affaires séculières ou inutiles ou mauvaises.

Les deux démoniaques, sentant la puissance divine, par un mouvement non pas d'humilité mais de crainte vive, se prosternèrent aux pieds de Jésus, et V adorèrent, en poussant des cris violents (Matth. vin, 29). Selon la remarque de saint Hilaire (Canon. 8 in Matth.), ce n'était pas une confession volontaire, mais un aveu arraché par la vertu de Celui dont ils redoutaient la présence. Ils disaient donc : Qu'y a-t-il entre vous et nous, Jésus, fils de Dieu? Comme s'ils disaient : Il n'y a rien de commun entre vous et nous ; vous êtes Dieu, nous sommes des démons ; vous êtes humble, nous sommes orgueilleux ; vous êtes venu pour sauver les hommes tandis que nous sommes venus pour les perdre. Aussi, l'Apôtre a dit (II Cor. vi, 15) : Quel accord peut-il y avoir entre Jésus-Christ et Déliai ou le démon? Aucun, assurément ; car tout ce que Jésus-Christ fait est bien et tout ce que fait le démon est mal. Satan avait dit précédemment sous forme dubitative : Si vous êtes le Fils de Dieu (Matth. iv, 3) ; instruit par les tourments qu'il endure, il dit maintenant d'une manière affirmative : Jésus, fils de Dieu : car le châtiment ouvre les yeux de ceux auxquels le péché les avait fermés. Toutefois, les démons ne connaissaient pas encore avec une certitude absolue que Jésus était Fils de Dieu ; mais ils le pensaient, d'après plusieurs conjectures qui ne leur laissaient pas une parfaite assurance. Par conséquent, comme le fait remarquer saint Augustin (de qusest. novi et veteris Testam.), si les démons s'écrient : Qu'y a -t-il entre vous et nous, Jésus Fils de Dieu ? il est probable qu'ils soup- çonnaient plutôt qu'ils ne connaissaient la divinité de Jésus- Christ ; car au témoignage de saint Paul, s'ils l'eussent connu, ils n'eussent jamais crucifié le Seigneur de la gloire (I Cor. n, 8). Ces deux démoniaques qui adorent et confessent le Seigneur par crainte, sont des figures de ceux qui servent Dieu par appréhension de l'enfer plutôt que par amour de la justice ; ils ont l'œil gauche tourné vers l'enfer ou vers leur avantage temporel plutôt que l'œil droit élevé vers le ciel et vers le bien immuable, et ils ne rendent point honneur à Dieu sans un motif d'intérêt.

Les démoniaques ajoutent : Vous êtes venu ici nous tourmenter avant le temps voulu (Matth. vin, 29;. Ils savaient qu'au jour du jugement ils doivent être condamnés et précipités dans l'abîme pour y être tourmentés ; mais ils se disaient déjà tourmentés, parce que, selon saint Jérôme (in cap. v Matth.), la présence du Sauveur fait le supplice des démons. D'après saint Chrysostôsie (Hom. 29 in Matth.), ils étaient flagellés et affligés d'une manière invisible et ils enduraient des douleurs atroces par la seule présence de Jésus-Christ. Ou bien encore, ils étaient tourmentés, parce qu'ils appréhendaient d'être chassés des corps, objets de leurs continuelles vexations ; car, d'après saint Jérôme (in en p. vin Matth.), c'est un grand supplice aux démons de ne pouvoir toujours faire souffrir les hommes qu'ils ne cessent point de haïr, et ils lâchent leurs victimes d'autant plus difficilement qu'ils les ont possédées plus longtemps. Que celui' donc qui a été blessé par le démon, se hâte de secouer son joug, parce que cet affranchissement est d'autant moins difficile que la sujétion est moins invétérée.

Et Jésus interrogea les démons sur leur nom ; ce n'est pas sans doute qu'il ne les connût point, mais il voulait par leur propre témoignage rendre leur multitude plus manifeste, afin que l'on crût mieux combien ils étaient nombreux dans ces deux hommes ; car, en faisant déclarer la grandeur du mal, il faisait par là même ressortir la puissance du Médecin. Ils lui répondirent : Légion est notre nom, parce que nous sommes plusieurs (Marc, v, 9). Or, on entend proprement par légion un nombre déterminé de soldats armés ; elle se compose de six mille six cent soixante-six hommes. Ainsi, les démons sont appelés Légion, parce qu'ils combattent en masse contre nous ; et que, s'ils ne peuvent nuire aux hommes dans leurs personnes, ils s'efforcent au moins de leur nuire dans leurs biens. Voilà pourquoi ils prièrent Jésus, s'il les chassait, de ne pas les expulser du pays, c'est-à-dire de la demeure des hommes, ou de ne pas les précipiter dans l'abîme, c'est-à-dire dans l'enfer (Luc. vni, 3.1); car l'enfer est le lieu destiné pour les démons. Cependant, il leur est permis de rester parmi les hommes jusqu'au jour du jugement, afin qu'en surmontant les tentations, les élus remportent sur eux une victoire plus glorieuse. Les démons supplièrent Jésus de les laisser passer dans des pourceaux, pour affliger les hommes au moins en quelque façon (Luc. vm, 32) ; car, toujours ils s'appliquent à leur inspirer de la tristesse, et se réjouissent de leur causer quelque perte. Mais, telle est la faiblesse des démons qu'ils ne peuvent rien sans la permission de Dieu. Si donc ils ne pouvaient nuire aux pourceaux sans permission, a plus forte raison aux hommes ciéés à l'image de Dieu. Nous devons par conséquent ne craindre que Dieu, et mépriser profondément ces êtres si dégradés qu'ils demandent à entrer clans des pourceaux"

Ludolphe le Chartreux

lunes, 30 de marzo de 2009

Denial of coition



"66. Our minor is easy of demonstration in each of its parts.
And indeed, the appetitive passion of coition is a sensual passion ; the grief, sadness, wrath, rage, occasioned by the denial of coition, are sensual passions, as is seen with all animals ; generation through coition is evidently a sensual operation. Now, all that happens with Incubi, as has been shown above : they incite women, sometimes even men; if denied, they sadden and storm, like lovers : amantes, amentes ; they perfectly practice coition, and sometimes beget. It must therefore be inferred that they have senses, and consequently a body ; consequently also, that they are perfect animals. More than that : with closed doors and windows they enter wherever they please : their body is therefore slender; they foreknow and foretell the future, compose and divide, all which operations are proper to a rational soul ; they therefore possess a rational soul and are, in sooth, rational animals.

Doctors generally retort that it is the Evil Spirit that perpetrates those impure acts, simulates passions, love, grief at the denial of coition, in order to entice souls to sin and to undo them; and that, if he copulates and begets, it is with assumed sperm and body, as aforesaid (Nr 24)."

Sinistrati