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viernes, 25 de mayo de 2012

La Baleine en Rut


LA BALEINE EN RUT



Comme elle avait suivi le poulpe et l'espadon.
Dans des mers charriant les herbes des Florides,
La baleine sentit passer par ses fanons
Le terrestre printemps et ses tiédeurs fluides.

Le soleil descendait parmi les archipels...
Elle courut dans l'or et les phosphorescences
Projetant des jets d'eaux de toute sa puissance.
Pour s'ébrouer parmi des chemins d'arc-en-ciel.

Elle voulut d'abord épouser la chaloupe
Que d'un grand élan fou poussaient les pagayeurs.
Elle approcha ses flancs onctueux de sa poupe
Et la cassa du battement de son grand cœur.

Brûlant de la chaleur d'un sexe gigantesque,
Elle voulut de sa nageoire en éventail
Étreindre une île au corps dentelé d'arabesques
De pierre, avec des seins de craie et de corail.

Elle ne put monter sur elle et dans l'eau bleue,
Cherchant éperdument une forme à saillir,
Avec le battement immense de sa queue
Essaya d'épuiser sa force et son désir.

Mais le rut de la mer vibrait au creux des anses.
Les crabes se prenaient dans leurs pinces entre eux
Et les poissons volants, ivres de jouissance,
Faisaient sur les embruns des cercles lumineux.

Des électricités baignaient le fond des criques.
Le poisson-scie aimait la torpille au long corps.
On entendait mugir les squales hystériques,
La coquille uni valve ouvrait un sexe d'or.

Et la baleine alors sentant passer sur elle
La douleur d'être seul familière aux géants,
A travers les bas-fonds aux fleurs surnaturelles
S'élança dans la nuit des abîmes béants.

Mais le peuple des flots fuyait devant sa masse.
Les polypiers fermaient leurs molles cavités.
Les poissons éperdus plongeaient dans les crevasses
Les infusoires verts éteignaient leurs clartés.

Les déserts sous-marins ont des splendeurs si vastes!
C'est là que vous dormez, coques des vaisseaux morts!
Dans cette solitude où l'on ne voit plus d'astres,
La baleine glissa par les courants du nord.

Dans les forêts de madrépores fantastiques,
Broyant avec ses flancs les perles par millions,
Brûlante, elle roula vers les pays arctiques.
Vers la mer froide où les soleils sont sans rayons.

Mais même dans les bleus d'aurore boréale,
Ne projetant que des jets d'eaux cristallisés,
Elle fondait encor les grands icebergs pâles,
Les banquises de neige avec son chaud baiser.


Maurice Magre, La montée aux enfers

viernes, 18 de mayo de 2012

Empédocle, dieu supposé



Personne ne sait quelle fut sa naissance, ni comment il vint sur terre. Il apparut près des rives dorées du fleuve Acragas, dans la belle cité d'Agrigente, un peu après le temps où Xerxès fit frapper la mer de chaînes. La tradition rapporte seulement que son aïeul se nommait Empédocle : aucun ne le connut. Sans doute, il faut entendre par là qu'il était fils de lui-même, ainsi qu'il convient à un Dieu.

Mais ses disciples assurent qu'avant de parcourir dans sa gloire les campagnes de Sicile, il avait déjà passé quatre existences dans notre monde, et qu'il avait été plante, poisson, oiseau et jeune fille. Il portait un manteau de pourpre sur lequel retombaient ses longs cheveux ; il avait autour de la tête une bande d'or, aux pieds des sandales d'airain, et il tenait des guirlandes tressées de laine et de lauriers.

Par l'imposition de ses mains il guérissait les malades et récitait des vers, à la façon homérique, avec des accents pompeux, monté sur un char, et la tête levée vers le ciel. Une grande troupe de peuple le suivait et se prosternait devant lui pour écouter ses poèmes. Sous le ciel pur qui éclaire les blés, les hommes venaient de toutes parts vers Empédocle, leurs bras chargés d'offrandes. Il les tenait béants en leur chantant la voùte divine, faite de cristal, la masse de feu que nous nommons soleil, et l'amour, qui contient tout, semblable à une vaste sphère.

Tous les êtres, disait-il, ne sont que des morceaux disjoints de cette sphère d'amour où s´insinua la haine. Et ce que nous appelons amour, c'est le désir de nous unir et de nous fondre et de nous confondre, ainsi que nous étions jadis, au sein du dieu globulaire que la discorde a rompu. Il invoquait le jour où la sphère divine se gonflerait, après toutes les transformations des âmes. Car le monde que nous connaissons est l'oeuvre de la haine, et sa dissolution sera l'œuvre de l'amour.

Ainsi il chantait par les villes et par les champs; et ses sandales d'airain venues de Laconie tintaient à ses pieds, et devant lui sonnaient des cymbales. Cependant de la gueule de l'Etna jaillissait une colonne de fumée noire qui jetait son ombre sur la Sicile.

Semblable ù un roi du ciel, Empéclocle était roulé dans la pourpre et ceint d'or,
tandis que les pythagoriciens se traînaient dans leurs minces tuniques de lin, avec des chaussures faites de papyros. On disait qu'il savait faire disparaître la chassie, dissoudre les tumeurs, et tirer les douleurs des membres ; on le suppliait de faire cesser les pluies et les ouragans ; il conjura les tempêtes sur un cercle de collines ; à Sèlinonte, il chassa la fièvre en faisant déverser deux fleuves dans le lit d'un troisième ; et les habitants de Sèlinonte l'adorèrent et lui élevèrent un temple, et frappèrent des médailles où son image était placée face à face de
l'image d'Apollon.

D'autres prétendent qu'il fut divinateur et instruit par les magiciens de Perse, qu'il possédait la nécromancie et la science des herbes qui rendent fou. Un jour où il dînait chez Anchitos, un homme furieux se rua dans la salle, le glaive levé. Empédocle se dressa, tendit le bras, et chanta les vers d'Homère sur le népenthès qui donne l'insensibilité. Et aussitôt la force du népenthès saisit le furieux, et il demeura fixe, le glaive en l'air, ayant tout oublié, comme s'il eût bu le doux poison mêlé dans le vin mousseux d'un cratère.

Les malades venaient à lui hors des cités et il était entouré d'une foule de misérables. Des femmes se mêlèrent à sa suite. Elles baisaient les pans de son manteau précieux. Une se nommait Pantlhea, fille d'un noble d'Agrigente. Elle devait être consacrée à Artemis, mais elle s'enfuit loin de la froide statue de la déesse et voua sa virginité à Empédocle. On ne vit point leurs marques d'amour, car Empédocle préservait une insensibilité divine. Il ne proférait de paroles que dans le mètre épirjue, et en dialecte d'Ionie, quoique le peuple et ses fidèles ne se servissent que du dorien. Tous ses gestes étaient sacrés. Quand il s'appro-
chait des hommes, c'était pour les bénir ou les guérir. La plupart du temps, il demeurait silencieux. Aucun de ceux qui le suivaient ne put jamais le surprendre pendant son sommeil. On ne l'aperçut que majestueux.

Panthea était vêtue de fine laine et d'or. Ses cheveux étaient disposés à la riche mode d'Agrigente, où la vie coulait mollement. Elle avait lés seins soutenus par un strophe rouge, et la semelle de ses sandales était parfumée. Pour le reste, elle était belle et longue de corps, et de couleur très désirable. Il est impossible d'assurer qu'Empèdocle l'aimât mais il eut pitié d'elle. En effet, le souffle asiatique engendra la peste dans les champs siciliens. Beaucoup d'hommes furent touchés par les doigts noirs du fléau. Môme les cadavres des bêtes jonchaient le bord des prairies et on voyait çà et là des brebis pelées, mortes la gueule ouverte
vers le ciel, avec leurs côtes saillantes. Et Panthea devint languissante de cette maladie. Elle tomba aux pieds d'EmpédocIe et elle ne respirait plus. Ceux qui l'entouraient soulevèrent ses membres raidis et les baignèrent de vin et d'aromates. Ils délièrent le strophe rouge qui serrait ses jeunes seins, et la roulèrent dans des bandelettes. Et sa bouche entr'ouverte était retenue par un lien et ses yeux creux ne miraient plus la lumière.

Empédocle la regarda, détacha le cercle d'or qui lui ceignait le front, et le lui imposa. Il plaça sur ses seins la guirlande de laurier prophétique, chanta des vers inconnus sur la migration des âmes, et lui ordonna par trois fois de se lever et de marcher. La foule était pleine de terreur. Au troisième appel, Panthea sortit du royaume des ombres, et son corps s'anima et se dressa sur ses pieds, tout emmailloté dans les bandes funéraires. Et le peuple vit qu'Empédocle était évocateur dos morts.

Pysianacte, père de Panthea, vint adorer le nouveau dieu. Des tables furent étendues
so us les arbres de sa campagne, afin de lui offrir des libations. Aux côtés d'Empédocle, des esclaves soutenaient de grandes torches. Les hérauts proclamèrent, ainsi qu'aux mystères, le silence solennel. Soudain, à la troisième veille, les torches s'éteignirent et la nuit enveloppa les adorateurs. Il y eut une voix forte qui appela : « Empèdocle ! » Quand la lumière se fit, Empèdocle avait disparu. Les hommes ne le revirent plus.

Un esclave épouvanté raconta qu'il avait vu un trait rouge qui sillonnait les ténèbres vers le sommet de l'Etna. Les fidèles gravirent les pentes stériles de la montagne à la lueur morne de l'aube. Le cratère du volcan vomissait une gerbe de flammes. On trouva, sur la margelle poreuse de lave qui encercle l'abîme ardent, une sandale d'airain travaillée par le feu.


Marcel Schwob Vies Imaginaires

viernes, 13 de abril de 2012

Eden, Eden


« Or, l'Eternel Dieu avait planté un jardin en Eden, du côté de l'Orient, et il y avait mis l'homme qu'il avait formé... Et un fleuve sortait d'Eden, pour arroser le jardin, et il se divisait en quatre fleuves. Le nom du premier est Phison; c'est celui qui coule autour de tout le pays d'Evilath, où l'on trouve de l'or; et l'or de ce pays est bon; c'est là aussi que se trouve le bdellium et la pierre d'onyx. Le nom du second fleuve est Géhon; c'est celui qui coule autour de tout le pays de Chus. Le nom du troisième fleuve est Tigre; c'est celui qui coule au pays des Assyriens. Et le quatrième fleuve est l'Euphrate. » (Genèse 2:8, 10-14)

En entrant dans ces détails, l'auteur de la Genèse a voulu donner une idée approximative de l'emplacement du merveilleux Eden. Mais il aurait beaucoup mieux fait de ne rien dire; car il est impossible de se faire prendre plus sottement en flagrant délit de gasconnade.

En effet, tous les commentateurs s'accordent à reconnaître que le Phison est le Phase, nommé plus tard l'Araxe, fleuve de la Mingrélie, qui a sa source dans une des branches les plus inaccessibles du Caucase, et, s'il y a dans cette région de l'or et de l'onyx, par contre personne n'a jamais pu découvrir ce qu'il fallait entendre par bdellium. D'autre part, il ne saurait y avoir aucune erreur au sujet des troisième et quatrième fleuves, le Tigre et l'Euphrate; d'où il résulte clairement que, d'après la Genèse, l'emplacement du paradis terrestre aurait été situé en Asie, dans la région du massif de l'Ararat, en Arménie, quoique (première bévue de l'auteur sacré) Araxe, Tigre et Euphrate, tout en ayant leurs sources relativement voisines, les ont parfaitement distinctes. L'Araxe, loin d'être dérivé d'un autre fleuve, sort du volcan Bingol-Dagh, d'où il coule vers la mer Caspienne. Quant au Tigre et à l'Euphrate, non seulement ils ne proviennent pas d'un même fleuve, mais au contraire ils se rejoignent à Korna, pour former le C hat-el-Arab et se jeter dans le golfe Persique.

Au su jet du deuxième fleuve, appelé Géhon par la Genèse, la bévue de l'auteur sacré est fantastique. « C'est, dit-il, le fleuve du pays de Chus. » Or, d'après la version des Septante et même la Vulgate, la terre de Chus (fils de Cham et père de Nemrod) n'est autre que l'Ethiopie; par conséquent, ce Géhon, c'est le Nil, qui coule, non pas en Asie, mais en Afrique, et précisément dans le sens opposé à l'Araxe, au Tigre et à l'Euphrate, la direction générale du cours du grand fleuve africain étant du sud au nord. Si l'on place la source du Nil au Victoria-Nyanza, ainsi qu'on l'admet pour ne pas remonter plus haut, il y a donc au minimum dix-huits cents lieues de distance entre les sources des premier et deuxième fleuves mentionnés par la Genèse comme arrosant le même jardin d'Eden! Il est vrai que les deux autres n'ont leurs sources qu'à soixante lieues l'une de l'autre; ce qui est déjà gentil pour un jardin. En outre, est-ce un jardin que cet immense territoire hérissé de pics des plus escarpés, formé d'une des régions les p lus impraticables du globe?...

Enfin, troisième bévue, et l'on pourrait appeler celle-ci: la bévue du bout de l'oreille.

Les prêtres, on le sait, prétendent que l'œuvre de Moïse est le Pentateuque, c'est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible: la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Mais les savants ont eu l'impiété de faire des recherches, et leur opinion générale est que ces livres ont été fabriqués par Esdras, au retour de la captivité de Babylone, dans le courant du cinquième siècle avant Jésus-Christ, tandis que Moïse, en supposant qu'il ait existé et en admettant un instant comme authentiques les dates qui le concernent, vivait mille ans auparavant: naissance au pays de Gessen, en Egypte, en 1571 avant notre ère, et m ort en Arabie, sur le mont Nébo, en 1451.

Bossuet s'est indigné des travaux de Hobbes, de Sp inoza et de Richard Simon contre l'authenticité des œuvre » de Moïse; dire que le véritable auteur du Pentateuque est Esdras, c'est blasphémer, selon le fougueux évêque: « Que peut-on objecter, s'écrie-t-il (Discours sur l'Histoire universelle), à une tradition de trois mille ans, soutenue par ses propres forces et par la suite des choses? Rien de suivi, rien de positif, rien d'important! »

N'en déplaise à Bossuet, le verset 14 du chapitre 2 de la Genèse, entre autres exemples, donne une preuve éclatante de la supercherie littéraire et religieuse, et démontre, net comme deux et deux font quatre, que la dite Genèse ne peut pas avoir été écrite par Moïse. C'est dans ce Verset qu'il est dit: « Le nom du troisième fleuve est Tigre; c'est celui qui coule au pays des Assyriens. » Ça y est en toutes lettres. Quelques traducteurs ont remplacé les quatre derniers mots par: « vers l'Orient d'Assyrie »; mais cela ne change rien. La question est celle-ci: Moïse, mort en 1451 avant Jésus-Christ, ne pouvait pas employer les expressions Assyrie, Assyriens, par la bonne raison que l'empire assyrien, qui s'étendait à la fois sur Ninive et Babylone et qui dura jusqu'au huitième siècle avant notre ère, commença à exister vers 1300, tout au plus. Les témoignages d'Hérodote et du chaldéen Bérose sont d'accord sur ce point et ont été confirmés par les monuments.

Les importantes découvertes accomplies depuis le commencement de notre siècle dans l'histoire des peuples de l'ancien Orient, avec l'aide des inscriptions en caractères hiéroglyphiques et cunéiformes, ne permettent plus aujourd'hui, même dans les livres les plus élémentaires, de rééditer les âneries bibliques au sujet de cette première partie des annales du genre humain. Les résultats obtenus par les Champollion, les de Rougé, les de Saulcy, les Mariette, les Oppert, les Rawlinson, les Lepsius, les Brugsch, etc., éclairent l'histoire ancienne d'une lumière autrement certaine que les traditions colligées par le fumiste Esdras.

Il est établi que le fondateur de l'empire assyrien fut un prince nommé sur les monuments Ni nippaloukin, lequel vivait cent cinquante ans après Moïse. D'autre part, la région qui fut appelée Assyrie était désignée, du temps de Moïse, sous le nom d'empire des Rotennou, ainsi que cela résulte des monuments égyptiens, mentionnés par Oppert et autres savants; nous voyons, en effet, dans diverses inscriptions égyptiennes, que les rois de la dix-huitième dynastie d'Egypte, contemporains de Moïse, portèrent leurs armes en Babylonie et se firent payer des tributs par les Rotennou, qui dominaient dans la Mésopotamie, au pays même du Tigre et de l'Euphrate. Si Moïse était le véritable auteur de la Genèse, il aurait donc écrit: « le Tigre, fleuve qui coule au pays des Rotennou. »

Il est vrai que les tonsurés pourront toujours nous répondre: — Le véritable auteur de la Genèse n'est pas plus Esdras que Moïse; c'est l'Esprit-Saint! Par conséquent, la Bible mentionnerait-elle même Saint-Pétersbourg et New-York, cela ne devrait pas nous paraître illogique et ne saurait aucunement nous surprendre.

Inclinons-nous donc, et reprenons la suite du sacré récit, avec un joyeux rire; car cette édifiante Genèse ne manque vraiment pas de gaîté.

Si le lecteur le veut bien, nous allons nous reporter par la pensée à ce merveilleux jardin d'Eden, où quatre grands fleuves provenant d'une seule fontaine roulent leurs eaux. Il nous semble voir Adam, se promenant dans sa propriété et se livrant aux douceurs du far-niente.

Voici quel pourrait être son monologue:

« — Je suis l'homme, et j'ai pour nom Adam; ce qui veut dire, paraît-il, « terre rouge », attendu que j'ai été fabriqué avec de l'argile, comme une vulgaire poterie... Quel est mon âge?... Je suis né il y a cinq jours; mais, selon un vieux proverbe, on a l'âge que l'on paraît. Et voilà pourquoi je puis dire qu'en réalité je suis né à l'âge de vingt-huit ans, avec toutes mes dents... Non; pas avec toutes mes dents... Il me manque encore les dents de sagesse...

Très bien constitué, hein?... Dame! comment pourrais-je ne pas être un bel individu, puisque, sauf l'âge et la barbe, je suis la fidèle copie du seigneur Jéhovah, l' être le plus épatamment chic qui existe dans l'univers?... Voyez-moi cette santé, ces bras robustes, ces jarrets d'acier, des nerfs à en revendre, et, avec ça, le teint frais... Pas le moindre rhumatisme... Je dis zut aux maladies... Je n'ai même pas à craindre la petite vérol e; papa Bon Dieu m'a fabriqué tout vacciné... Aussi, ce que je me gobe!... et je n'ai pas tort...

Je me la coule douce, en ce séjour charmant... pas de concierge... aucun domestique, même... Voilà une vie heureuse!... Je vais, je viens, je cuei lle des fruits, tous succulents, et je m'en empiffre à ma fichue fantaisie, bravant sans danger la diarrhée... Je n'éprouve aucune fatigue, si longues que soient mes promenades, quand je me couche sur l'herbe, c'est pour mon agrément...

L'autre jour, l'aimable seigneur Jéhovah m'a offert une distraction, dont je garderai toute ma vie le joyeux souvenir… Tous les animaux de la création ont passé devant moi: « Le nom que tu donneras à chaque animal vivant sera son nom », m'a dit le vieux Père Eternel... Comme attention, c'était gentil, ça!...

C'est inouï, ce qu'il en a défilé, des animaux!... Je n'aurais jamais cru qu'il y eût tant d'êtres vivants... Je n'ai pas été embarrassé pour leur faire ma distribution de noms; car la langue que je parle sans difficulté, et sans être jamais allé à l'école, est une langue d'une richesse extraordinaire, d'une abondance de termes dont il est impossible de se faire une idée... Ainsi, sans avoir besoin de chercher, je connaissais instantanément tout ce qui est propre à chaque animal, rien qu'en le regardant, et par un seul mot j'exprimais toutes les propriétés de chaque espèce, de sorte que chaque nom donné par moi est en même temps une définition complète et parfaite... Prenons, par exemple, l'animal qu'on appellera plus tard equus en latin, cheval en français, horse en anglais, etc. Eh bien, je lui ai colloqué un nom qui exprime ce quadrupède avec ses crins, sa queue, son encolure, sa vitesse, sa force... Et l'oiseau que, dans les siècles futurs, on appellera bulbo en latin, hibou en français, owl en anglais, etc., tous ces noms à venir ne vaudront pas celui que j'ai imaginé et qui caractérise le nocturne rapace, avec ses deux aigrettes mobiles sur le front, son bec court et crochu, sa grosse tête aux grands yeux ronds entourés d'un cercle complet de plumes roides, ses pattes toutes garnies de plumes jusqu'aux ongles, ainsi que ses mœurs farouches et sauvages, son cri monotone et lugubre, son horreur de la lumière... Et ainsi de suite, pour tous les animaux vivants... Ah! elle est sans pareille, la langue que je parle, et comme il est triste de penser qu'un jour elle sera entièrement et à jamais perdue!... Cette pensée est mon seul chagrin... Repoussons-la bien vite, et n'ayons nul souci.

Oh! cette revue générale de tous les animaux vivants, voilà ce qui a été superbe... Encore, superbe ne dit pas tout; car nous avons eu une partie drôlatique dans le programme d e la f ête: ç'a été l'arrivée des poissons... Pensez donc! ce jardin est en plein continent, pas de rivages marins, rien que des fleuves, c'est-à-dire de l'eau douce... Alors, vous voyez la grimace que faisaient les poissons de mer, en remontant le Tigr et l'Euphrate pour venir auprès de moi; ils n'étaient plus dans leur eau salée habituelle, et ça les embêtait !... Vrai, c'était à se tordre... Et les gros cétacés, c'est ceux-là qui étaient gênés!... Heureusement, pour ce jour-là et à titre exceptionnel, papa Bon Dieu a élargi les fleuves de mon jardin; sans quoi les diverses espèces de baleines n'auraient jamais pu passer... Sitôt que je leur avais donné leur nom, il fallait les voir repiquer en arrière et se précipiter, à grands coups de nageoires, pour regagner le plus vivement possible leur Océan... J'en ris encore!...

Peut-être y aura-t-il des gens qui ne croiront pas à cette histoire... Les impies nieront que des phoques du pôle Nord aient pu venir jusqu'en Arménie, dans les eaux supérieures du Tigre et de l'Euphrate, et cela en un seul jour de voyage, descendant tout l'Atlantique et faisant le tour complet de l'Afrique; ils diront que ces intéressants mammifères marins, hôtes de l'océan Glacial, n'ont pu changer d'élément sans en mourir... Eh! qu'importe la critique!... Ma parole d'honneur, j'ai vu ici, en ce jardin d'Eden, dans cette circonstance, phoques et baleines, et j'ajoute que les phoques, tout contents d'avoir reçu de moi un nom, m'ont remercié en disant papa! maman!...

Les esprits pointilleux objecteront: « Et les poissons des lacs, par où sont-ils venus?... » Veut-on faire allusion au lavaret, ce délicieux poisson du lac du Bourget, dont les habitants d'Aix-les-Bains parlent comme d'une gloire?... Et la féra, qui vit exclusivement dans le lac Léman, qui meurt aussitôt qu'elle est mise dans une autre eau, même douce, qui ne peut seulement pas vivre dans le Rhône, en deçà ou sn delà du Léman?... Qu'on le sache donc: le lavaret et la féra ont eu une permission spéciale de Dieu; ces deux poissons lacustres sont venus, par voie aérienne, me rendre visite à l'Eden... Et voilà! anathème aux mécréants, qui ne se contenteront pas de cette explication!...

Et puis, palsambleu! je suis bien bon de discuter ces choses... Tant pis pour qui ne me croira pas, quand j'affirme que j'ai vu tous les animaux vivants, vertébrés, annelés, mollusques, et zoophytes!... Il n'est pas un seul insecte à qui je n'ai donné un nom... Mais celui qui m'a le plus stupéfié, c'est un grand ver blanc, long, plat, qui est sorti tout doucement de moi-même, un vilain ver que les naturalistes futurs appelleront ténia ou ver solitaire de l'homme, et qui ne ressemble pas au ténia des porcs ni au ténia des moutons; ce grand diable de ver humain, dès sa sortie, m'a fait une profonde révérence; je lui ai donné un nom; après quoi, il s'est refaufilé chez moi par mon anus et a repris domicile en mon individu... Si j'en parle, c'est pour ne rien omettre; car je ne me savais pas habité. A part ça, mon locataire ne m'incommode en aucune façon... Rien ne trouble cette vie de cocagne que je mène depuis cinq jours... »

Adam se mire dans l'onde limpide de la fontaine, source des quatre grands fleuves; puis, avisant une pelouse, il s'y étale mollement.

— Ah! qu'il fait bon vivre ainsi! murmure-t-il.

Mais voilà qu'il bâille... il s'étire... une langueur inconnue s'empare graduellement de lui... Voilà du nouveau, par exemple!... Il ne ressent pourtant aucune fatigue... Qu'est-ce que cela signifie?...

Il n'y comprend rien. Il subit la mystérieuse influence, irrésistible. Ses paupières se ferment. Adam dort. C'est le premier sommeil de l'homme.


Léo Taxil, La Bible amusante

martes, 20 de marzo de 2012

Viraginity



THE VIRAGINITY

There are two kinds of genius. The first is progressive genius, which always enunciates new and original matter of material benefit to the human race, and which is, consequently, non-atavistic; the second is atavistic or retrogressive genius, which is imitative and which always enunciates dead and obsolete matter long since abandoned and thrown aside as being utterly useless. The doctrines of communism and of nihilism are the products of retrogressive genius and are clearly atavistic, inasmuch as they are a reversion to the mental habitudes of our savage ancestors. The doctrines of the matriarchate are likewise degenerate beliefs, and, if held by any civilized being of to-day, are evidences of psychic atavism.

Atavism invariably attacks the weak; and individuals of neurasthenic type are more frequently its victims than are any other class of people. Especially is this true in the case of those who suffer from psychical atavism.

The woman of to-day who believes in and inculcates the doctrines of matriarchy, doctrines which have been, as far as the civilized world is concerned, thrown aside and abandoned these many hundred years, is as much the victim of psychic atavism as was Alice Mitchell, who slew Freda Ward in Memphis several years ago, and who was justly declared a viragint by the court that tried her.

Without entering into the truthfulness or falseness of the theory advanced by me elsewhere in this book, in regard to the primal cause of psychic hermaphroditism, which I attributed and do still attribute to psychic atavism, I think that I am perfectly safe in asserting that every woman who has been at all prominent in advancing the cause of equal rights in its entirety, has either given evidences or
masculo-femininity (viraginity), or has shown, conclusively, that she was the victim of psycho-sexual aberrancy. Moreover, the history of every viragint of any note in the history of the world shows that they were either physically or psychically degenerate, or both.

Jeanne d'Arc was the victim of hystero-epilepsy, while Catharine the Great was a dipsomaniac, and a creature of unbounded and inordinate sensuality. Messalina, the depraved wife of Claudius, a woman of masculine type, whose very form embodied and shadowed forth the regnant idea of her mind--absolute and utter rulership--was a woman of such gross carnality, that her lecherous conduct shocked even the depraved
courtiers of her lewd and salacious court. The side-lights of history, as Douglas Campbell has so cleverly pointed out in his "Puritan in Holland, England, and America," declare that there is every reason to believe that the Virgin Queen, Elizabeth of England, was not such a pure and unspotted virgin as her admirers make her out to be. Sir Robert Cecil says of her that "she was more man than woman," while history shows conclusively that she was a pronounced viragint, with a slight
tendency toward megalomania. In a recent letter to me, Mr. George H. Yeaman, ex-Minister to Denmark, writes as follows: "Whether it be the relation of cause and effect, or only what logicians call a "mere coincidence," the fact remains that in Rome, Russia, France, and England, political corruption, cruelty of government, sexual immorality--nay, downright, impudent, open, boastful indecency--have culminated, for the most part, in the eras of the influence of viragints on government or over governors."

Viraginity has many phases. We see a mild form of it in the tom-boy who abandons her dolls and female companions for the marbles and masculine sports of her boy acquaintances. In the loud-talking, long-stepping, slang-using young woman we see another form; while the square-shouldered, stolid, cold, unemotional, unfeminine android (for she has the normal human form, without the normal human _psychos_)
is yet another. The most aggravated form of viraginity is that known as homo-sexuality; with this form, however, this paper has nothing to do.

Another form of viraginity is technically known as gynandry, and may be defined as follows: A victim of gynandry not only has the feelings and desires of a man, but also the skeletal form, features, voice, etc., so that the individual approaches the opposite sex anthropologically, and in more than a psycho-sexual way (Krafft-Ebing).

As it is probable that this form of viraginity is sometimes acquired to a certain extent, and that, too, very quickly, when a woman is placed among the proper surroundings, I shall give the case of Sarolta, Countess V., one of the most remarkable instances of gynandry on record. If this woman, when a child, had been treated as a girl, she would in all probability have gone through life as a woman, for she was born a female in every sense of the word. At a very early age, however, her father, who was an exceedingly eccentric nobleman, dressed her in boy's clothing, called her Sandor, and taught her boyish games and sports.

"Sarolta-Sandor remained under her father's influence till her twelfth year, and then came under the care of her maternal grandmother, in Dresden, by whom, when the masculine play became too obvious, she was placed in an institute and made to wear female attire. At thirteen she had a love relation with an English girl, to whom she represented herself as a boy, and ran away with her. She was finally returned to her
mother, who could do nothing with her, and was forced to allow her to resume the name of Sandor and to put on boy's clothes. She accompanied her father on long journeys, always as a young gentleman; she became a _roue_, frequenting brothels and _cafes_ and often becoming intoxicated.

All of her sports were masculine; so were her tastes and so were her desires. She had many love affairs with women, always skillfully hiding the fact that she herself was a woman. She even carried her masquerade so far as to enter into matrimony with the daughter of a distinguished official and to live with her for some time before the imposition was discovered." The woman whom Sandor married is described as being "a girl of incredible simplicity and innocence;" in sooth, she must have been!

Notwithstanding this woman's passion for those of her own sex, she distinctly states that in her thirteenth year she experienced normal sexual desire. Her environments, however, had been those of a male instead of a female, consequently her psychical weakness, occasioned by degeneration inherited from an eccentric father, turned her into the gulf of viraginity, from which she at last emerged, a victim of complete
gynandry. I have given this instance more prominence than it really deserves, simply because I wish to call attention to the fact that environment is one of the great factors in evolutionary development.

Many women of to-day who are in favor of female suffrage are influenced by a single idea; they have some great reform in view, such as the establishment of universal temperance, or the elevation of social morals. Suffrage in its entirety, that suffrage which will give them a share in the government, is not desired by them; they do not belong to the class of viragints, unsexed individuals, whose main object is the establishment of a matriarchate.

Woman is a creature of the emotions, of impulses, of sentiment, and of feeling; in her the logical faculty is subordinate. She is influenced by the object immediately in view, and does not hesitate to form a judgment which is based on no other grounds save those of intuition. Logical men look beyond the immediate effects of an action and predicate its results on posterity. The percepts and recepts which form the concept of equal rights also embody an eject which, though conjectural, is yet
capable of logical demonstration, and which declares that the final and ultimate effect of female suffrage on posterity would be exceedingly harmful.

We have seen that the pronounced advocates and chief promoters of equal rights are probably viragints--individuals who plainly show that they are psychically abnormal; furthermore, we have seen that the abnormality is occasioned by degeneration, either acquired or inherent, in the individual. Now let us see, if the right of female suffrage were allowed, what effect it would produce on the present environment of the
woman of to-day, and, if any, what effect this changed environment would have on the psychical habitudes of the woman of the future. This portion of the subject will be discussed in Part III of this paper.

James Weir
Religion and Lust / The Psychical Correlation of Religious Emotion and Sexual Desire (1897)

martes, 17 de enero de 2012

Genius and Degeneration



The purpose of this paper is to show that wherever genius is observed,
we find it accompanied by degeneration, which is evinced by physical
abnormalties or mental eccentricities. It is a strange fact, however,
and one not noticed by Lombroso, or any other writer, as far as I know,
that mechanical geniuses, or those who, for the most part, deal with
material facts, do not, as a rule, show any signs of degeneration. I
have only to instance Darwin, Galileo, Edison, Watts, Rumsey, Howe, and
Morse to prove the truth of this assertion. It is only the genius of
aestheticism, the genius of the emotion, that is generally accompanied
by unmistakable signs of degeneration.

Saul, the first king of Israel, was a man of genius and, at times, a
madman. We read that, before his coronation, he was seized with an
attack of madness and joined a company of kindred eccentrics. His
friends and acquaintances were naturally surprised and exclaimed: "Is
Saul among the prophets?" _i. e._, "Has Saul become insane?" Again, we
are told that he was suddenly seized with an attack of homicidal
impulse, and tried to kill David. Before this time he had had repeated
attacks of madness, which only the harp of David could control and
subdue. David himself was a man whose mental equilibrium was not well
established, as his history clearly indicates. He forsook his God,
indulged in licentious practices, and was, withal, a very, immoral man
at times. At his time, the Hebrews had reached a high degree of
civilization. Abstract ethics had become very much developed, and any
example of great immorality occurring during this epoch is proof
positive of atavism or degeneration.

As I have intimated before, many of the ancient Hebrew prophets, who
were unquestionably men of genius, gave evidences of insanity; notably
Jeremiah, who made a long journey to the River Euphrates, where he hid a
linen girdle. He returned home, and in a few days made the same journey
and found the girdle rotten and good for nothing; Ezekiel, who dug a
hole in the wall of his house, through which he removed his household
goods, instead of through the door; Hosea, who married a prostitute,
because God, so he declared, had told him so to do; and Isaiah, who
stripped himself naked and paraded up and down in sight of all the
people. King Solomon, a man of pre-eminent genius, was mentally
unbalanced. The "Song of Solomon" shows very clearly that he was a
victim of some psychical disorder, sexual in its character and origin.
The poems of Anacreon are lascivious, lustful, and essentially carnal,
and history informs us that he was a sexual pervert.

Swinburne's poems show clearly the mental bias of their author, who is
described as being peculiar and eccentric. Many of the men of genius who
have assisted in making the history of the world have been the victims
of epilepsy. Julius Caesar, military leader, statesman, politician, and
author, was an epileptic. Twice on the field of battle he was stricken
down by this disorder. On one occasion, while seated at the tribune, he
was unable to rise when the senators, consuls, and praetors paid him a
visit of ceremony and honor. They were offended at his seeming lack of
respect, and retired, showing signs of anger. Caesar returned home,
stripped off his clothes, and offered his throat to be cut by anyone. He
then explained his conduct to the senate, saying that he was the victim
of a malady which, at times, rendered him incapable of standing. During
the attacks of this disorder "he felt shocks in his limbs, became giddy,
and at last lost consciousness." Moliere was the victim of epilepsy; so
also was Petrarch, Flaubert, Charles V., Handel, St. Paul, Peter the
Great, and Dostoieffsky; Paganini, Mozart, Schiller, Alfieri, Pascal,
Richelieu, Newton, and Swift were the victims of diseases epileptoid in
character.

Many men of genius have suffered from spasmodic and choreic movements,
notably Lenau, Montesquieu, Buffon, Dr. Johnson, Santeuil, Crebillon,
Lombardini, Thomas Campbell, Carducci, Napoleon, and Socrates.

Suicide, essentially a symptom of mental disorder, has hurried many a
man of genius out into the unknown. The list begins with such eminent
men as Zeno, Cleanthes, Dionysius, Lucan, and Stilpo, and contains the
names of such immortals as Chatterton, Blount, Haydon, Clive, and David.

Alcoholism and morphinism, or an uncontrollable desire for alcohol or
opium in some form or other, are now recognized as evidences of
degeneration. Men of genius, both in the Old World and in the New, have
shown this form of degeneration. Says Lombroso: "Alexander died after
having emptied ten times the goblet of Hercules, and it was, without
doubt, in an alcoholic attack, while pursuing naked the infamous Thais,
that he killed his dearest friend. Caesar was often carried home
intoxicated on the shoulders of his soldiers. Neither Socrates, nor
Seneca, nor Alcibiades, nor Cato, nor Peter the Great (nor his wife
Catherine, nor his daughter Elizabeth) were remarkable for their
abstinence. One recalls Horace's line, '_Narratur et prisci Cantonis
saepe mero caluisse virtus._' Tiberius Nero was called by the Romans
Biberius Mero. Septimius Severus and Mahomet II. succumbed to
drunkenness or _delirium tremens_."

Among the men and women of genius of the Old World who abused the use of
alcohol and opium, were Coleridge, James Thomson, Carew, Sheridan,
Steele, Addison, Hoffman, Charles Lamb, Madame de Stael, Burns, Savage,
Alfred de Musset, Kleist, Caracci, Jan Steen, Morland Turner (the
painter), Gerard de Nerval, Hartley Coleridge, Dussek, Handel, Glueck,
Praga, Rovani, and the poet Somerville. This list is by no means
complete, as the well-informed reader may see at a glance; it serves to
show, however, how very often this form of degeneration makes its
appearance in men of genius.

In men of genius the moral sense is sometimes obtunded, if not
altogether absent. Sallust, Seneca, and Bacon were suspected felons.
Rousseau, Byron, Foscolo, and Caresa were grossly immoral, while
Casanova, the gifted mathematician, was a common swindler. Murat,
Rousseau, Clement, Diderot, Praga, and Oscar Wilde were sexual perverts.

Genius, like insanity, lives in a world of its own, hence we find few,
if any, evidences of human affection in men of genius. Says Lombroso: "I
have been able to observe men of genius when they had scarce reached the
age of puberty; they did not manifest the deep aversions of moral
insanity, but I have noticed among all a strange apathy for everything
which does not concern them; as though, plunged in the hypnotic
condition, they did not perceive the troubles of others, or even the
most pressing needs of those who were dearest to them; if they observed
them, they grew tender, at once hastening to attend them; but it was a
fire of straw, soon extinguished, and it gave place to indifference and
weariness."

This emotional anaesthesia is indicative of psychical atavism, and is an
unmistakable evidence of degeneration. Lombroso gives a long list of the
men of genius who were celibates. I will mention a few of those with
whom the English-speaking world is most familiar: Kant, Newton, Pitt,
Fox, Beethoven, Galileo, Descartes, Locke, Spinoza, Leibnitz, Gray,
Dalton, Hume, Gibbon, Macaulay, Lamb, Bentham, Leonardo da Vinci,
Copernicus, Reynolds, Handel, Mendelssohn, Meyerbeer, Schopenhauer,
Camoens, and Voltaire. La Bruyere says of men of genius: "These men have
neither ancestors nor descendants; they themselves form their entire
posterity."

There is a form of mental obliquity which the French term _folie du
doute_. It is characterized by an incertitude in thought cooerdination,
and often leads its victims into the perpetration of nonsensical and
useless acts. Men of genius are very frequently afflicted with this form
of mental disorder. Dr. Johnson, who was a sufferer from _folie du
doute_, had to touch every post he passed. If he missed one he had to
retrace his steps and touch it. Again, if he started out of a door on
the wrong foot he would return and make another attempt, starting out on
the foot which he considered the correct one to use. Napoleon counted
and added up the rows of windows in every street through which he
passed. A celebrated statesman, who is a personal friend of the writer,
can never bear to place his feet on a crack in the pavement or floor.
When walking he will carefully step over and beyond all cracks or
crevices. This idiosyncracy annoys him greatly, but the impulse is
imperative, and he can not resist it.

Those who have been intimately associated with men of genius have
noticed that they are very frequently amnesic or "absent-minded." Newton
once tried to stuff his niece's finger into the bowl of his lighted
pipe, and Rovelle would lecture on some subject for hours at a time and
then conclude by saying: "But this is one of my arcana, which I tell to
no one." One of his students would then whisper what he had just said
into his ear, and Rovelle would believe that his pupil "had discovered
the arcanum by his own sagacity, and would beg him not to divulge what
he himself had just told to two hundred persons."

Lombroso has combed history, as it were, with a fine-tooth comb, and
very few geniuses have escaped his notice. This paper, so far, is hardly
more than a review of his extraordinarily comprehensive work; therefore,
I will conclude this portion of it with a list of men of genius, their
professions, and their evidences of degeneration, as gathered from his
book:

Carlo Dolce, painter, _religious monomania_.

Bacon, philosopher, _megalomania_, _moral anaesthesia_.

Balzac, writer, _masked epilepsy_, _megalomania_.

Caesar, soldier, writer, _epilepsy_.

Beethoven, musician, _amnesia_, _melancholia_.

Cowper, writer, _melancholia_.

Chateaubriand, writer, _chorea_.

Alexander the Great, soldier, _alcoholism_.

Moliere, dramatist, _epilepsy_, _phthisis pulmonalis_.

Lamb, writer, _alcoholism_, _melancholia_, _acute mania_.

Mozart, musician, _epilepsy_, _hallucinations_.

Heine, writer, _melancholia_, _spinal disease_.

Dr. Johnson, writer, _chorea_, _folie du doute_.

Malibran, _epilepsy_.

Newton, philosopher, _amnesia_.

Cavour, statesman, philosopher, _suicidal impulse_.

Ampere, mathematician, _amnesia_.

Thomas Campbell, writer, _chorea_.

Blake, painter, _hallucinations_.

Chopin, musician, _melancholia_.

Coleridge, writer, _alcoholism_, _morphinism_.

Donizetti, musician, _moral anaesthesia_.

Lenau, writer, _melancholia_.

Mahomet, theologian, _epilepsy_.

Manzoni, statesman, _folie du doute_.

Haller, writer, _hallucinations_.

Dupuytren, surgeon, _suicidal impulse_.

Paganini, musician, _epilepsy_.

Handel, musician, _epilepsy_.

Schiller, writer, _epilepsy_.

Richelieu, statesman, _epilepsy_.

Praga, writer, _alcoholism_, _sexual perversion_.

Tasso, writer, _alcoholism_, _melancholia_.

Savonarola, theologian, _hallucinations_.

Luther, theologian, _hallucinations_.

Schopenhauer, philosopher, _melancholia_, _omniphobia_.

Gogol, writer, _melancholia_, _tabes dorsalis_.

Lazaretti, theologian, _hallucinations_.

Mallarme, writer, _suicidal impulse_.

Dostoieffsky, writer, _epilepsy_.

Napoleon, soldier, statesman, _folie du doute_, _epilepsy_.

Comte, philosopher, _hallucinations_.

Pascal, philosopher, _epilepsy_.

Poushkin, writer, _megalomania_.

Renan, philosopher, _folie du doute_.

Swift, writer, _paresis_.

Socrates, philosopher, _chorea_.

Schumann, musician, _paresis_.

Shelley, writer, _hallucinations_.

Bunyan, writer, _hallucinations_.

Swedenborg, theologian, _hallucinations_.

Loyola, theologian, _hallucinations_.

J. S. Mill, writer, _suicidal impulse_.

Linnaeus, botanist, _paresis_.

The reader will observe that I have made use of the comprehensive word,
writer, to designate all kinds of literary work except theology and
philosophy. The above list is by no means complete, and only contains
the names of those geniuses with whom the world is well acquainted.

viernes, 13 de enero de 2012

A Defence Of Ugly Things


A DEFENCE OF UGLY THINGS


There are some people who state that the exterior, sex, or physique of another person is indifferent to them, that they care only for the communion of mind with mind; but these people need not detain us. There are some statements that no one ever thinks of believing, however often they are made.

But while nothing in this world would persuade us that a great friend of Mr. Forbes Robertson, let us say, would experience no surprise or discomfort at seeing him enter the room in the bodily form of Mr. Chaplin, there is a confusion constantly made between being attracted by exterior, which is natural and universal, and being attracted by what is called physical beauty, which is not entirely natural and not in the least universal. Or rather, to speak more strictly, the conception of physical beauty has been narrowed to mean a certain kind of physical beauty which no more exhausts the possibilities of external attractiveness than the respectability of a Clapham builder exhausts the possibilities of moral attractiveness.

The tyrants and deceivers of mankind in this matter have been the Greeks. All their splendid work for civilization ought not to have wholly blinded us to the fact of their great and terrible sin against the variety of life. It is a remarkable fact that while the Jews have long ago been rebelled against and accused of blighting the world with a stringent and one-sided ethical standard, nobody has noticed that the Greeks have committed us to an infinitely more horrible asceticism—an asceticism of the fancy, a worship of one aesthetic type alone. Jewish severity had at least common-sense as its basis; it recognised that men lived in a world of fact, and that if a man married within the degrees of blood certain consequences might follow. But they did not starve their instinct for contrasts and combinations; their prophets gave two wings to the ox and any number of eyes to the cherubim with all the riotous ingenuity of Lewis Carroll. But the Greeks carried their police regulation into elfland; they vetoed not the actual adulteries of the earth but the wild weddings of ideas, and forbade the banns of thought.

It is extraordinary to watch the gradual emasculation of the monsters of Greek myth under the pestilent influence of the Apollo Belvedere. The chimaera was a creature of whom any healthy-minded people would have been proud; but when we see it in Greek pictures we feel inclined to tie a ribbon round its neck and give it a saucer of milk. Who ever feels that the giants in Greek art and poetry were really big—big as some folk-lore giants have been? In some Scandinavian story a hero walks for miles along a mountain ridge, which eventually turns out to be the bridge of the giant's nose. That is what we should call, with a calm conscience, a large giant. But this earthquake fancy terrified the Greeks, and their terror has terrified all mankind out of their natural love of size, vitality, variety, energy, ugliness. Nature intended every human face, so long as it was forcible, individual, and expressive, to be regarded as distinct from all others, as a poplar is distinct from an oak, and an apple-tree from a willow. But what the Dutch gardeners did for trees the Greeks did for the human form; they lopped away its living and sprawling features to give it a certain academic shape; they hacked off noses and pared down chins with a ghastly horticultural calm. And they have really succeeded so far as to make us call some of the most powerful and endearing faces ugly, and some of the most silly and repulsive faces beautiful. This disgraceful via media, this pitiful sense of dignity, has bitten far deeper into the soul of modern civilization than the external and practical Puritanism of Israel. The Jew at the worst told a man to dance in fetters; the Greek put an exquisite vase upon his head and told him not to move.

Scripture says that one star differeth from another in glory, and the same conception applies to noses. To insist that one type of face is ugly because it differs from that of the Venus of Milo is to look at it entirely in a misleading light. It is strange that we should resent people differing from ourselves; we should resent much more violently their resembling ourselves. This principle has made a sufficient hash of literary criticism, in which it is always the custom to complain of the lack of sound logic in a fairy tale, and the entire absence of true oratorical power in a three-act farce. But to call another man's face ugly because it powerfully expresses another man's soul is like complaining that a cabbage has not two legs. If we did so, the only course for the cabbage would be to point out with severity, but with some show of truth, that we were not a beautiful green all over.

But this frigid theory of the beautiful has not succeeded in conquering the art of the world, except in name. In some quarters, indeed, it has never held sway. A glance at Chinese dragons or Japanese gods will show how independent are Orientals of the conventional idea of facial and bodily regularity, and how keen and fiery is their enjoyment of real beauty, of goggle eyes, of sprawling claws, of gaping mouths and writhing coils. In the Middle Ages men broke away from the Greek standard of beauty, and lifted up in adoration to heaven great towers, which seemed alive with dancing apes and devils. In the full summer of technical artistic perfection the revolt was carried to its real consummation in the study of the faces of men. Rembrandt declared the sane and manly gospel that a man was dignified, not when he was like a Greek god, but when he had a strong, square nose like a cudgel, a boldly-blocked head like a helmet, and a jaw like a steel trap.

This branch of art is commonly dismissed as the grotesque. We have never been able to understand why it should be humiliating to be laughable, since it is giving an elevated artistic pleasure to others. If a gentleman who saw us in the street were suddenly to burst into tears at the mere thought of our existence, it might be considered disquieting and uncomplimentary; but laughter is not uncomplimentary. In truth, however, the phrase 'grotesque' is a misleading description of ugliness in art. It does not follow that either the Chinese dragons or the Gothic gargoyles or the goblinish old women of Rembrandt were in the least intended to be comic. Their extravagance was not the extravagance of satire, but simply the extravagance of vitality; and here lies the whole key of the place of ugliness in aesthetics. We like to see a crag jut out in shameless decision from the cliff, we like to see the red pines stand up hardily upon a high cliff, we like to see a chasm cloven from end to end of a mountain. With equally noble enthusiasm we like to see a nose jut out decisively, we like to see the red hair of a friend stand up hardily in bristles upon his head, we like to see his mouth broad and clean cut like the mountain crevasse. At least some of us like all this; it is not a question of humour. We do not burst with amusement at the first sight of the pines or the chasm; but we like them because they are expressive of the dramatic stillness of Nature, her bold experiments, her definite departures, her fearlessness and savage pride in her children. The moment we have snapped the spell of conventional beauty, there are a million beautiful faces waiting for us everywhere, just as there are a million beautiful spirits.

G. K. Chesterton

miércoles, 2 de noviembre de 2011

Le monstre





Le monstre

En face d'un miroir est une femme étrange
Qui tire une perruque où l'or brille à foison,
Et son crâne apparaît jaune comme une orange
Et tout gras des parfums de sa fausse toison.

Sous des lampes jetant une clarté sévère
Elle sort de sa bouche un râtelier ducal,
Et de l'orbite gauche arrache un œil de verre
Qu'elle met avec soin dans un petit bocal.

Elle ôte un nez de cire et deux gros seins d'ouate
Qu'elle jette en grinçant dans une riche boîte,
Et murmure : « Ce soir, je l'appelais mon chou;

« Il me trouvait charmante à travers ma voilette!»
Et maintenant cette Eve, âpre et vivant squelette,
Va désarticuler sa jambe en caoutchouc


M. Rollinat
Les névroses

à comparer avec une autre variation de l´auteur autour de ce petit motif misogyne
http://freaklit.blogspot.com/2010/05/mademoiselle-squelette.html

miércoles, 26 de octubre de 2011

Nos ancêtres, les grenouilles...




Dans les diverses couches terrestres, on a retrouvé des traces d’animaux incrustées dans la pierre, et des ossements. On a ainsi reconnu que la vie commença dans les eaux et que les poissons furent les premiers créés, puis vinrent les insectes et divers genres de batraciens ou grenouilles, ensuite les serpents et enfin
les oiseaux et les mammifères.

La terre porte l’empreinte irrécusable que nos grenouilles actuelles ont eu, au commencement du monde, un développement extraordinaire qui ne s’est pas maintenu.

Le corps de l’homme avant de naître, passe par les divers états qu’a parcourus l’homme éternel. Il est têtard dans la semence de son père. Dans le sein de sa mère, le sexe se forme après l’ouverture anale, et pendant une période il ne se différencie
point extérieurement ; encore à la naissance on confond quelquefois la fille et le garçon ; même il se trouve des personnes qui n’ont point de sexe et qui évacuent tout par l’anus comme la grenouille.

D’après la fable païenne, le plus ancien des dieux est Uranus. Ure anus désigne l’être qui urine par l’anus. L’urètre ou ure-être est l’être primitif.

Les sages nous ont déjà taxé de folie, car nous faisons connaître les choses qui paraissent folie et dont ils sont confondus et confus. Ces vérités les écrasent et ils ne peuvent les combattre. Nos analyses montrent ce qui a été dit et fait, et
aussi ce qui n’a été ni dit ni fait, mais aurait pu l’être.

Les Cris de la Grenouille

Vers l’âge de onze ans, nous avions surpris une grenouille et avec la méchanceté du garnement, nous l’écrasions avec une tige de bois appuyée sur son ventre, quand la pauvre bête étendant tout à coup les jambes et les bras nous frappa de stupéfaction.

Nous nous baissâmes pour mieux voir : on dirait une personne... et nous nous en allâmes étonné, tout pensif et repentant de notre barbarie, car il n’y a pas à dire, aucun animal ne possède une grâce corporelle, du talon au cou, qui le rapproche autant de celle du corps humain.

Un jour que nous observions ces jolies petites bêtes, en répétant nous-même ce cri : coac, l’une d’elles nous répondit, les yeux interrogateurs et brillants, par deux ou trois fois coac. Il nous était clair qu’elle disait : coac, quoi que tu dis ? Un autre jour nous vîmes un mâle, qui avait par trois fois manqué son accouplement, tourner le dos complètement, avec un dépit marqué à la petite femelle trop remuante.

À l’époque des amours, elles s’assemblent en troupe, avec des chants sans fin ni arrêt, mais aussi entremêlés de silences : coaque, coèque, coéque. Le dictionnaire Larousse leur attribue les cris : Brekekex, coax et ololo. Au l’eau lo égale Là à l’eau. Au lolo est un appel enfantin à boire du lait et l’eau est le premier lait.

Les collages se font pour plusieurs jours, car bien que n’ayant pas de sexe, ces petits animaux se mettent l’un sur l’autre pour lâcher leur frai dans l’eau où éclosent les têtards. À cette époque le mâle fait entendre vigoureusement le cri : Que r’ai ait, que rere ai haut, coeur ai haut, où l’on peut voir l’origine créo, du verbe créer.

Jean-Pierre Brisset
La Grande Nouvelle ou comment l´homme descend de la grenouille

lunes, 19 de septiembre de 2011

De la dromomanie



En 1838, Esquirol avait abordé la folie dans une perspective comparative, historique, géographique et culturelle. Il parlait de « dromomanie », ou volonté impulsive au voyage, qui appartenait aux monomanies (psychoses délirantes chroniques). Il lui arrivait de prescrire le voyage sur ordonnance.

A l'avènement d'une nosographie psychiatrique au XIXe siècle, la valeur séméiologique de rupture, d'effraction dans le vécu, de passage à l'acte des voyages a été reconnue, tout en soulignant la signification multiple de ces conduites. Le voyage pathologique, replacé dans l'histoire du sujet, permettait de lui donner un sens. En 1875, les travaux de Foville concernaient « les aliénés voyageurs ou migrateurs ». Le patient partait pour fuir ses persécuteurs, ce qui pouvait le conduire à faire des milliers de kilomètres. Il avait décrit une dizaine de cas, mettant en évidence celui des fugueurs, capables de relations sociales, pouvant demander des indications, trouvant une solution raisonnable et réfléchie à des problèmes fous, s'expatriant pour échapper à l'ennemi imaginaire. L'acte était réfléchi et conscient, le voyage linéaire et polarisé, même si la finalité était délirante. A noter que les foyers géographiques étaient le plus souvent les grands ports comme Le Havre ou Bordeaux.

En 1880, Charcot avait tenté d'unifier l'ensemble des voyages pathologiques sur un modèle théorique, à savoir l'automatisme ambulatoire dont est rattachée la fugue épileptique. Les manifestations motrices de l'épilepsie entraînaient des comportements de fugue plus ou moins prolongés. La durée importait peu, qu'elle soit de quelques jours ou de plusieurs mois, il s'agissait du même modèle. Grâce à l'automatisme ambulatoire, Charcot unifie quatre modèles cliniques différents :

l'amnésie traumatique, provoquée par un traumatisme physique ou crânien pouvant être suivi d'une période où le sujet poursuit son activité motrice sans qu'il n'en garde le souvenir;

les épilepsies non convulsives dont le vertige épileptique, très controversé, où surviennent des actes soudains et irrationnels sans aucune conscience des choses;

le somnambulisme (4, 26), bien décrit par Pinel, Janet et Mesnet, qui parlait des "automates somnambuliques », «instruments aveugles obéissant aux impulsions d'une volonté inconsciente », avec l'idée que les somnambules « souffrent de réminiscences» où, au cours des accès, les souvenirs anciens refont surface et éclairent l'étrangeté de leur comportement. Trois types de somnambulisme seront distingués : le somnambulisme naturel (controversé), le somnambulisme provoqué (par hypnose), le somnambulisme spontané pathologique (celui de l'hystérie). Ce que l'on appelait au XIXe siècle "dédoublements », et pas encore dissociation, fut illustré par le somnambulisme avec oubli de l'épisode au réveil ;

les voyages d'aliénés, négligés un peu par Charcot. C'est le fils de Foville, en
se situant près du port du Havre, qui observera plusieurs cas, comme les
persécutés fuyant leurs persécuteurs, ou les hallucinés accomplissant les actes
dictés par leurs voix ...

Charcot avait également décrit la fugue comme équivalent hystérique lors de grandes crises démesurément prolongées, se référant à « l'automatisme ambulatoire hystérique. » Mais il existait des fugueurs, ni épileptiques, ni hystériques, dont le déplacement était conscient et mnésique mais tout de même pathologique (26). Il s'agira d'un troisième type de fugue, la fugue « névropathique. » Concernant initialement l'épilepsie et l'hystérie, la notion de fugue va être par la suite appliquée à la neurasthénie et la psychasthénie, puis étendue à de multiples
maladies mentales, perdant toute signification.

Le modèle de la fugue, élaboré par la neurologie et la psychiatrie, sera ensuite utilisé pour rendre compte du phénomène social du vagabondage au XIXe siècle (4). Charcot va le ranger dans l 'hystéro-neurasthénie. Il sera démontré que la majorité des vagabonds arrêtés sont des malades mentaux. Par la suite, on émettra même l'hypothèse d'un « vagabondage de race », en référence aux peuples nomades. Pour le même comportement, le vagabondage concernerait les pauvres tandis que les riches ne seraient perçus que comme des explorateurs satisfaisant leur curiosité intellectuelle. Cette théorie du vagabondage comme entité pathologique est critiquable. On ne peut méconnaître le contexte socio-économique et de lieu conduisant à la fugue comme les casernes ou les asiles. Mais le choix de considérer l'automatisme ambulatoire comme une forme d'épilepsie amènera à considérer le principe d'irresponsabilité pénale des crimes et délits commis lors d'accès épileptiques.

Régis, en 1893, va s'intéresser aux impulsions conscientes et reprendra le terme de
« dromomanie. » Elève de Pitres, ils rendront compte de la tendance impulsive à voyager, de statut comparable aux autres comportements impulsifs connus comme la dipsomanie, la kleptomanie ou la pyromanie. C'est ainsi qu'on décrira la fugue du neurasthénique, consciente et mnésique, survenant après une longue et douloureuse lutte intérieure. Il attribuera l'automatisme mental de la neurasthénie à une forme de dégénérescence.

A la fin du XIXe siècle, on retrouve trois étiologies, à savoir l'épilepsie, l 'hystérie et la psychasthénie. Puis on repère des entités cliniques très différentes comme la fugue alcoolique, décrite antérieurement par Lasègue, la fugue du dipsomane, celle relative à la maladie de Basedow, la fugue du paranoïaque, du mélancolique, du dément, du psychotique, la fugue confusionnelle, etc. On parlera de «psychose migratrice », de « paranoïa ambulatoire, de « manie ambulatoire» chez le sujet atteint de maniaco-dépression ou folie circulaire, d'« automatisme confusionnel », et par la suite de «fugue hébéphrénique" décrite par
Kraepelin au sujet des démences précoces, que nous appelons aujourd'hui schizophrénies.

(...) Parallèlement aux Etats-Unis, en 1850, La Société médicale de l'Etat de Louisiane nomme une commission pour étudier les caractéristiques de la race noire. Les esclaves qui tentent d'échapper à leurs maîtres sont déclarés par les médecins blancs comme fous et atteints de« drapetomanie », mot tiré d'une racine grecque signifiant s'enfuir. Entre 1890 et 1905 sont décrits sur le continent américain des hommes jugés mentalement dérangés, qui voyagent, parfois sur de très longues distances. Une fois en fugue, ils perdent tout sens de leur ancienne identité et ne gardent aucun souvenir des lieux traversés. Dans certains cas, ces souvenirs peuvent être rappelés sous hypnose. Mais ces sujets ne sont pas considérés comme des fugueurs et l'automatisme mental ne figure pas dans les interprétations. Certains iront même jusqu'à parler d'une tendance innée dans la race humaine au nomadisme, inhibé par la civilisation et la culture. La colonisation et la conquête de l'Ouest
illustrent ce besoin qu'a l'homme de se déplacer pour acquérir des territoires et donc de la puissance..."

A. Ronchi L´adolescent "voyageur"

viernes, 9 de septiembre de 2011

Tapez Messieurs!


TAPEZ, MESSIEURS!

CHANSONNETTE

Paroles de P.-L. FLERS. Musique de S. BOIJSSAGOL-RAITER.

I

Les hommes qui sont amoureux,

Prétendent, qu'ils sont malheureux,

Que la femme est un être affreux,

Quell' plaisant'rie ;

Je leur dirai, sans les fâcher,

Qu'ils ne savent pas l'attacher

II faut quelquefois la moucher,

Pour qu'ell' sourie !

C'est une crème assurément,

Mais pour qu'elle prenn' solid'ment

II faut la fouetter simplement ;

La pauv'chérie.

REFRAIN


II

Tapez, tapez,

Messieurs, faut taper sur ces dames

Voulez-vous être aimés des femmes

Tapez, tapez,

Qu'elle soit volcan ou statue

La femme adore être battue.

Ça vous renverse et vous abat,

Pourtant n'en soyez pas baba,

Car la femme, lorsqu'on la bat,

Est très heureuse.

C'est un être adorant les coups.

Quand elle en a reçu beaucoup,

En vous passant les bras au cou,

Très langoureuse,

Elle vous aime et vous dit tu,

Et, que ce soit vice ou vertu,

Vous revient comme un chien battu,

Très amoureuse.

Au refrain.


III

II faut doser selon le cas,

Flanquer la pile sans fracas

Avec, un jonc, un en-tout-cas,

Même une chaise ;

Mais frapper délicatement,

Le coup doit paraître charmant,

Presqu'une caresse vraiment,

Non un malaise.

Il faut battre sans éreinter.

C'est une affaire de doigté,

C'est comme pour ne pas rater

La mayonnaise.

Au refrain.


VI

Pour les Durand, ou les Dubois,

Dont les épous's sont comm' du bois,

Et qu'cett’ froideur met aux abois,

C'est une aubaine

Quand leurs femm's les appell'ront daim.

Sans discuter, d'un air badin,

Ils n'auront qu'à prendr' leur gourdin

Et sans mitaine

Puis après cett' conversation,

Quand vient la réconciliation,

Ils auront d'la satisfaction,

J'en suis certaine.

Au refrain.


c. 1900

miércoles, 20 de julio de 2011

Folies d´Amour



Folie par amour.

Nous désignons par ces mots l’influence totale exercée par un amour contrarié sur les facultés intellectuelles. Il n’est pas rare d’observer dans cette exaltation maladive des sentiments religieux poussés jusqu’aux pratiques les plus austères. Comme l’a très-justement fait remarquer M. Morel, la folie par amour est rare dans les classes inférieures de la société : les habitudes immorales, en effet, les unions précoces et illicites des deux sexes, ne font plus guère rechercher dans l’amour qu’une satisfaction des sens qui amène l’abrutissement de l’esprit, une triste et dégradante indifférence à propos d’une position perdue sans retour, et qui, dans un trop grand nombre des circonstances, ne laisse en perspective aux jeunes filles que la misère, la prostitution et les maladies honteuses.

Afin de bien préciser les faits, citons quelques observations concluantes :

Une demoiselle de Lyon devint amoureuse d’un de ses parents à qui elle était promise en mariage. Les circonstances s’opposèrent à l’accomplissement des promesses données aux deux amants ; le père exigeait l’éloignement du jeune homme. Or, à peine fut-il parti que cette jeune fille tomba dans une profonde tristesse, ne parla plus, resta couchée, refusa toute nourriture. Les sécrétions se supprimèrent ; mademoiselle X… repoussa tous les conseils, toutes les prières, toutes les consolations de ses parents, de ses amis. Après cinq jours employés à vaincre sa résolution, on se décida à rappeler son amant ; il n’était plus temps, elle succombe et mourut dans ses bras le sixième jour : « J’ai été frappé, dit Esquirol, de la rapidité de la marche de la maladie chez une femme qui mourut si promptement, après avoir acquis la conviction de l’indifférence de son amant. »

Une jeune fille de haute naissance, dit Pescuret, fit à son père le sacrifice de son amour pour un roturier, mais ce sacrifice était au-dessus de ses forces, une fièvre lente la mine et la consume et elle meurt avec tous les symptômes de la consomption pulmonaire.

Une jeune fille de dix-sept ans, rapporte M. Morel, devint aliénée après avoir vu manquer un mariage qu’elle ambitionnait avec ardeur. Elle guérit de ce premier accès de folie, mais depuis elle est restée singulièrement impressionnable, et il a suffi qu’elle ait appris le mariage d’une de ses amies de pension pour être en proie à une jalousie qui amena une rechute.

Un officier de cavalerie du caractère le plus doux, devint fou à la suite d’un amour contrarié : il croyait avoir reçu du ciel la mission de convertir les hommes, voulait les tuer pour l’expiation de leurs crimes, promettant de les ressusciter aussitôt et d’assurer ainsi leur bonheur. Ce malheureux avait le sentiment de son état ; il est mort après quelques mois de maladie.

Marc a connu, dans une maison de santé, un pauvre employé aux appointements de 900 francs, appelé L… Il était devenu éperdument amoureux d’une actrice de Paris connue par son talent, sa beauté et la sévérité de ses moeurs ; cette dame était d’ailleurs épouse d’un artiste des plus distingués. L… partageait la soupente d’un portier, ne se nourrissait, le plus souvent, que de pain et d’eau, s’imposait, en un mot, les privations les plus dures, afin de pouvoir acheter un billet d’avant-scène toutes les fois que madame X… remplissait un rôle. Un jour ses manifestations d’amour, pendant que madame X… paraissait devant le public, devinrent si vives, qu’on fut obligé de le mettre à la porte. Peu de temps après, il suivit madame X… dans toutes les promenades qu’elle faisait avec son mari, qu’il ne voulut jamais reconnaître pour tel, disant que madame X… n’était pas mariée, qu’elle n’épouserait que lui, et continuant de la nommer par son nom de demoiselle. Enfin, malgré une vigoureuse correction qu’il avait déjà reçue du mari, il se permit un jour, dans un lieu public, envers madame X…, des actes tellement répréhensibles, qu’on fût obligé de le renfermer. La passion qui le dominait a duré jusqu’à sa mort.

Simulation de la folie par amour. — L’exagération est l’écueil naturel que ne savent point éviter les simulateurs ; aussi, les reconnaît-on assez facilement, grâce à leurs extravagances et à leurs vaines menaces de suicide. En présence de circonstances analogues, il y a d’abord lieu de rechercher si le trouble de la raison résulte d’un calcul ou d’un amour vraiment capable de produire de semblables effets. Le véritable érotomane est timide, réservé, et il ne fait qu’à un ami bien intime l’aveu de sa tristesse, de sa passion. Le faux érotomane parle à tout le monde de l’objet de sa tendresse, et, par ses exubérantes confidences, il cherche à exciter l’intérêt et la compassion.

L’un garde malgré lui l’empreinte de la rêverie mélancolique ; l’autre, par un facile oubli, laisse s’enfuir son chagrin au milieu des plaisirs. Le premier a très-fréquemment les traits pâles, amaigris, altérés, et il perd insensiblement l’appétit et le sommeil ; touche-t-on son pouls, sa circulation s’accélère dès qu’on lui parle de l’objet aimé. Le second jouit de sa physionomie ordinaire et conserve, quoi qu’il fasse ou dise, les apparences normales de la santé.

Henri Legrand du Saulle,
La Folie devant les tribunaux, (Chapitre XIII : « L’Érotisme »), 1884

miércoles, 13 de julio de 2011

The Adventure and Romance Agency



Mr P. G. Northover advanced in the centre of the room, thoughtfully, and with a great deal of unconscious dignity. On closer consideration, there were apparent about him other things beside a screwed moustache, especially a lean, sallow face, hawk-like, and not without a careworn intelligence. Then he looked up abruptly.

"Do you know where you are, Major?" he said.

"God knows I don't," said the warrior, with fervour.

"You are standing," replied Northover, "in the office of the Adventure and Romance Agency, Limited."

"And what's that?" blankly inquired Brown.

The man of business leaned over the back of the chair, and fixed his dark eyes on the other's face.

"Major," said he, "did you ever, as you walked along the empty street upon some idle afternoon, feel the utter hunger for something to happen—something, in the splendid words of Walt Whitman: 'Something pernicious and dread; something far removed from a puny and pious life; something unproved; something in a trance; something loosed from its anchorage, and driving free.' Did you ever feel that?"

"Certainly not," said the Major shortly.

"Then I must explain with more elaboration," said Mr Northover, with a sigh. "The Adventure and Romance Agency has been started to meet a great modern desire. On every side, in conversation and in literature, we hear of the desire for a larger theatre of events for something to waylay us and lead us splendidly astray. Now the man who feels this desire for a varied life pays a yearly or a quarterly sum to the Adventure and Romance Agency; in return, the Adventure and Romance Agency undertakes to surround him with startling and weird events. As a man is leaving his front door, an excited sweep approaches him and assures him of a plot against his life; he gets into a cab, and is driven to an opium den; he receives a mysterious telegram or a dramatic visit, and is immediately in a vortex of incidents. A very picturesque and moving story is first written by one of the staff of distinguished novelists who are at present hard at work in the adjoining room. Yours, Major Brown (designed by our Mr Grigsby), I consider peculiarly forcible and pointed; it is almost a pity you did not see the end of it. I need scarcely explain further the monstrous mistake. Your predecessor in your present house, Mr Gurney-Brown, was a subscriber to our agency, and our foolish clerks, ignoring alike the dignity of the hyphen and the glory of military rank, positively imagined that Major Brown and Mr Gurney-Brown were the same person. Thus you were suddenly hurled into the middle of another man's story."

"How on earth does the thing work?" asked Rupert Grant, with bright and fascinated eyes.

"We believe that we are doing a noble work," said Northover warmly. "It has continually struck us that there is no element in modern life that is more lamentable than the fact that the modern man has to seek all artistic existence in a sedentary state. If he wishes to float into fairyland, he reads a book; if he wishes to dash into the thick of battle, he reads a book; if he wishes to soar into heaven, he reads a book; if he wishes to slide down the banisters, he reads a book. We give him these visions, but we give him exercise at the same time, the necessity of leaping from wall to wall, of fighting strange gentlemen, of running down long streets from pursuers—all healthy and pleasant exercises. We give him a glimpse of that great morning world of Robin Hood or the Knights Errant, when one great game was played under the splendid sky. We give him back his childhood, that godlike time when we can act stories, be our own heroes, and at the same instant dance and dream."

Basil gazed at him curiously. The most singular psychological discovery had been reserved to the end, for as the little business man ceased speaking he had the blazing eyes of a fanatic.

Major Brown received the explanation with complete simplicity and good humour.

"Of course; awfully dense, sir," he said. "No doubt at all, the scheme excellent. But I don't think—" He paused a moment, and looked dreamily out of the window. "I don't think you will find me in it. Somehow, when one's seen—seen the thing itself, you know—blood and men screaming, one feels about having a little house and a little hobby; in the Bible, you know, 'There remaineth a rest'."

Northover bowed. Then after a pause he said:

"Gentlemen, may I offer you my card. If any of the rest of you desire, at any time, to communicate with me, despite Major Brown's view of the matter—"

"I should be obliged for your card, sir," said the Major, in his abrupt but courteous voice. "Pay for chair."

The agent of Romance and Adventure handed his card, laughing.

It ran, "P. G. Northover, B.A., C.Q.T., Adventure and Romance Agency, 14 Tanner's Court, Fleet Street."

"What on earth is 'C.QT.'?" asked Rupert Grant, looking over the Major's shoulder.

"Don't you know?" returned Northover. "Haven't you ever heard of the Club of Queer Trades?"

"There seems to be a confounded lot of funny things we haven't heard of," said the little Major reflectively. "What's this one?"

"The Club of Queer Trades is a society consisting exclusively of people who have invented some new and curious way of making money. I was one of the earliest members."

"You deserve to be," said Basil, taking up his great white hat, with a smile, and speaking for the last time that evening.

When they had passed out the Adventure and Romance agent wore a queer smile, as he trod down the fire and locked up his desk. "A fine chap, that Major; when one hasn't a touch of the poet one stands some chance of being a poem. But to think of such a clockwork little creature of all people getting into the nets of one of Grigsby's tales," and he laughed out aloud in the silence.

Just as the laugh echoed away, there came a sharp knock at the door. An owlish head, with dark moustaches, was thrust in, with deprecating and somewhat absurd inquiry.

"What! back again, Major?" cried Northover in surprise. "What can I do for you?"

The Major shuffled feverishly into the room.

"It's horribly absurd," he said. "Something must have got started in me that I never knew before. But upon my soul I feel the most desperate desire to know the end of it all."

"The end of it all?"

"Yes," said the Major. "'Jackals', and the title-deeds, and 'Death to Major Brown'."

The agent's face grew grave, but his eyes were amused.

"I am terribly sorry, Major," said he, "but what you ask is impossible. I don't know any one I would sooner oblige than you; but the rules of the agency are strict. The Adventures are confidential; you are an outsider; I am not allowed to let you know an inch more than I can help. I do hope you understand—"

"There is no one," said Brown, "who understands discipline better than I do. Thank you very much. Good night."

And the little man withdrew for the last time.

He married Miss Jameson, the lady with the red hair and the green garments. She was an actress, employed (with many others) by the Romance Agency; and her marriage with the prim old veteran caused some stir in her languid and intellectualized set. She always replied very quietly that she had met scores of men who acted splendidly in the charades provided for them by Northover, but that she had only met one man who went down into a coal-cellar when he really thought it contained a murderer.

The Major and she are living as happily as birds, in an absurd villa, and the former has taken to smoking. Otherwise he is unchanged—except, perhaps, there are moments when, alert and full of feminine unselfishness as the Major is by nature, he falls into a trance of abstraction. Then his wife recognizes with a concealed smile, by the blind look in his blue eyes, that he is wondering what were the title-deeds, and why he was not allowed to mention jackals. But, like so many old soldiers, Brown is religious, and believes that he will realize the rest of those purple adventures in a better world.



Chesterton
The Club of Queer Trades

martes, 14 de junio de 2011

Folie à Deux





Folie A Deux

Folie Communiquée. Une question qui se rattache intimement à l'étude du délire de persécution est celle de la folie à deux, de la folie communiquée. Scientifiquement, elle est d'un très-grand intérêt; pratiquement, elle soulève des problèmes, et en particulier au point de vue du traitement et de la médecine légale, que tout médecin peut être appelé à résoudre.

Historique. La constatation clinique de la folie à deux est de date récente. Les premières observations qui en ont été publiées, à notre connaissance, sont dues à M. Baillarger. Dans un court travail inséré en 1860 dans la Gazette des hôpitaux sous ce titre : Quelques exemples de folie communiquée (voy. cet article reproduit dans les Annales médico-psych., n° de septembre 1880, p. 212), ce savant aliéniste cite quatre faits curieux, dont deux surtout concernent le délire de persécution. Dans Je premier, il s'agit d'une femme amenée à la Salpêtrière en même temps que sa fille : toutes deux étaient convaincues que leurs fournisseurs ne leur délivraient que des aliments empoisonnés; qu'on les suivait dans les rues; qu'on leur jetait de l'eau-forte qui s'exhalait en vapeur autour d'elles, etc. Le second cas est celui de deux sœurs qui ont été amenées à la Salpêtrière le même jour, avec le même délire. L'aînée était veuve, la seconde mariée. La première s'imagina que son beau-frère voulait l'empoisonner, et elle fit peu à peu accepter cette idée à sa sœur qui demeurait avec elle. Afin de prévenir les effets du poison, les deux malades se mirent à boire de l'eau-dcvie, et ce fut alors que le délire se prononça de plus en plus.

M. Baillarger fait précéder la relation des observations de quelques remarques que l'analyse clinique ultérieure a pleinement confirmées. « En interrogeant l'un de ces malades, dit-il, on sait par avance quelles sont les conceptions délirantes de l'autre. Si, dans les cas dont nous parlons, on obtient des renseignements, on apprend que la folie n'a pas éclaté simultanément chez les deux malades, mais qu'elle a été antérieure de plusieurs mois chez l'un des deux, et qu'elle s'est ensuite peu à peu communiquée à l'autre ». L'éminent aliéniste a donc établi deux points importants dans l'étude de la folie communiquée: 1° l'identité des idées délirantes chez les deux malades; 2° la communication du délire de l'un des sujets, primitivement atteint, à l'autre.

L'année suivante, Dagron publiait dans les Archives cliniques des maladies mentales (1861, t. Ier, p. 29) une curieuse observation concernant deux sœurs atteintes du même délire et séquestrées en même temps.

Quelques mois après, en 1868, M. le docteur Maret, dans sa thèse inaugurale (Du délire de persécutions), signale ce « délire en partie double, délire de persécution qu'on rencontre chez des époux ayant longtemps vécu ensemble dans les mêmes tourments de l'esprit ».

En 1871, dans sa Monographie sur le délire de persécution, Legrand du Saulle consacre tout un chapitre, le sixième, à cette intéressante question de la folie à deux. Dans les séances de la Société médico-psychologique des 30 juiu et 28 juillet 1873, MM. Lasègue et J. Falret donnèrent communication d'un mémoire sur la folie à deux, qui ne fut publié qu'en 1877 (voy. Archives générales de médecine, n° de septembre 1877, et Annales médico>physiologiques, n° de novembre 1877). La lecture de ce mémoire souleva une longue discussion à laquelle prirent part un grand nombre de membres de la Société.

Depuis lors, de nombreuses observations de folie à deux ont été publiées (Maret, Legrand du Saulle, Geoffroy, etc.); des thèses ont été soutenues sur la question à la Faculté de Paris; nous citerons celles de M. Macey (De la folie communiquée ou du délire à deux ou plusieurs personnes, 1874), et de M. Régis (La folie à deux ou folie simultanée, 1880). Ce dernier auteur a établi une distinction entre les différents cas de folie à deux, sur laquelle nous aurons à revenir; il admet que le délire peut être communiqué ou simultané.

Desciuption. Les mots de folie à deux, délire à deux, folie communiquée, s'entendent d'eux-mêmes sans qu'il y ait besoin de définition. Il y a folie à deux, ou folie communiquée, toutes les fois qu'un aliéné fait partager ses idées délirantes à un autre individu. « Le problème comprend alors deux termes entre lesquels il s'agit d'établir une équation : d'une part, le malade actif; de l'autre, l'individu réceptif qui subit, sous des formes et à des degrés divers, son influence » (Lasègue et J. Falret). Il nous faut donc étudier ces deux « termes » de 1' « équation ».

Le malade actif est-il un malade quelconque? Toute folie, sous quelque forme qu'elle se présente, peut-elle se communiquer? Il n'en est rien. Les délires mobiles, changeants, contradictoires, n'ont aucune chance de trouver des adhé


sions, tandis que les délires systématisés de persécution ou de grandeur, par exemple, trouvent parties prenantes.

Mais il ne suffit pas que les conceptions délirantes soient systématisées; il est nécessaire qu'elles « côtoient la vérité » ; elles ont alors « d'autant plus de chance d'acquiescement, qu'elles s'accommodent mieux à un sentiment, ou, comme auraient dit les théologiens, maîtres en casuistique morale, qu'elles flattent davantage une concupiscence humaine ».

Pour qu'un aliéné arrive à faire partager ses idées, il ne devra pas affirmer des faits notoirement faux; encore moins devra-t-il les chercher dans le domaine de l'impossible ou de l'invraisemblable. 11 ne faut pas que l'individu à convaincre, effarouché par l'extravagance des idées, puisse avoir l'idée de chercher la preuve : le charme serait aussitôt rompu, si l'on peut s'exprimer ainsi.

« Si, au contraire, le malade se maintient dans le monde des conjectures et des interprétations, si les faits qu'il invoque appartiennent au passé et ne sont que des appréhensions pour l'avenir, le contrôle direct devient impossible. Comment prouver à un autre et à soi-même que l'événement dont l'aliéné raconte les détails avec une prolixité persuasive, n'a pas eu lieu? La leçon qu'il s'est apprise à lui-même n'admet ni variantes, ni lacunes; sa mémoire est topique parce qu'elle fait exception de tout, à l'exclusion des idées maladives. Ou ne le prend jamais en défaut, à quelque date que remonte l'aventure, et sa persuasion, à force d'être monotome et circonscrite, devient communicative.

« L'assistant néanmoins ne consent à se laisser convaincre que si l'histoire l'intéresse personnellement : or les deux sentiments qui se prêtent le mieux à cette façon d'entraînement sont, à coup sûr, la crainte et l'espérance. L'un et l'autre n'empruntent aux réalités présentes qu'un point de départ ; leur domaine vrai est dans l'avenir, et partant dans l'inconnu. Autant il est facile à un homme d'acquérir la certitude que vous n'êtes pas riche, autant il lui est malaioé de garantir que vous ne le deviendrez pas. Le législateur, en définissant l'escroquerie, impose une pénalité à « quiconque, soit en faisant usage de faux noms ou de fausses qualités, soit en employant des manœuvres frauduleuses pour persuader l'existence de fausses entreprises, d'un pouvoir ou d'un crédit imaginaire, pour faire naître l'espérance ou la crainte d'un succès, d'un accident ou de tout autre événement chimérique , aura invoqué ou tenté d'invoquer la totalité ou partie de la fortune d'autrui ». Qu'on supprime toutes les épithètes qui impliquent la responsabilité de la part du délinquant, et on aura la formule des délires qui trouvent des adhérents » (Lasègue et J. Falret, La folie à deux. In Annales médico-physiologiques, novembre 1877, p. 524).

Ce sont donc surtout les délires partiels qui sont communicants et, parmi ceux-là, surtout le délire de persécution, même lorsqu'il est arrivé à la phase des idées ambitieuses; puis vient le délire religieux, avec ses aspirations mystiques, ses craintes terrifiantes de l'enfer, etc.

Mais, pour arriver à faire admettre son délire à une autre personne, il faut que l'aliéné soit en contact permanent avec cette personne : de là la fréquence de la communication des idées délirantes de la mère à la fille ou au fils, de la sœur à la sœur, du frère à la sœur, du mari à la femme ou de la femme au mari, de la maîtresse à la domestique, etc. il faut aussi que le malade actif ait, en quelque sorte, une supériorité sur le malade passif; il faut, en un mot, que ce dernier présente certaines conditions de réceptivité que nous devons indiquer.

Elles ont été très-bien résumées par Lasègue et J. Falret de la manière suiDICT. ESC. v ». XXIII. 37

vante: « La première condition est qu'il soit d'une intelligence faible, mieux disposée à la docilité passive qu'à l'émancipation ; la seconde qu'il vive en relation constante avec le malade; la troisième qu'il soit engagé par l'appât d'un intérêt personnel. On ne succombe à l'escroquerie que par la séduction d'un lucre quel qu'il soit; on ne cède à la pression de la folie que si elle vous fait entrevoir la réalisation d'un rêve caressé » (loc. cit., p. 326). Les sujets passifs peuvent être classés ainsi qu'il suit: 1° Les enfants surtout présentent à un liant degré les qualités requises pour faire un excellent agent passif du délire à deux : d'une grande docilité, d'une crédulité sans bornes, appréhensifs par nature, ils sont disposés au premier chef à devenir les échos d'un délire auquel on les associe. Us ont même une tendance à aller au delà de ce qu'on leur enseigne; « leur foi, dans quelques cas, va si loin, que l'aliéné lui-même hésite à les suivre et qu'à première vue on croirait que les enfants ont créé les délires dont ils sont le reflet » (Lasègue et J. Palrct).

L'influence de l'entourage joue souvent un très-grand rôle dans l'arrangement et l'amplification du délire de l'enfant. Les observations et les commentaires qui lui sont laits sur le récit des conceptions qui lui ont été en quelque sorte inoculées finissent par les rectifier, les atténuer sur certains points et les compléter sur d'autres. De cette collaboration sort un roman pathologique, sinon plus logique, du moins plus vraisemblable.

2° Les adultes et, dans ce cas, le sujet passif, peut être ou plus jeune, ou du même âge, ou même plus âgé que le sujet actif. 11 est évident que, quelle que soit celle de ces trois situations qui se présente, le succube est toujours moins intelligent que l'incube; et pour que le délire se transmette du second au premier, il est indispensable que les relations entre eux soient étroites et prolongées.

Au point de vue psychologique, on remarque que o l'adulte reflète plus passivement; il est aussi convaincu en apparence, aussi affirmatif, mais il n'exagère ni ne développe les conceptions délirantes, faute d'un effort d'imagination qui lui coûterait. On pourrait dire qu'il s'agit moins d'une persuasion réelle que d'un assentiment qui s'énonce par des phrases interjectives. Ah! c'est bien vrai; il n'y a pas à en douter, elle ne ment pas, etc. Lorsque l'association délirante s'établit entre des adultes, l'état mental du réceptif est plus complexe. L'enfant obéissait aux instincts de son âge, tandis que l'adulte a remplacé les impulsions instinctives par des habitudes, des calculs, des combinaisons dont il entrevoit le fort et le faible. 11 s'installe avocat de sa propre cause et ne se livre que dans la mesure qui lui semble s'accorder avec ses intérêts. L'enfant ment quand même et l'obstination de son mensonge finit par conduire à la vérité. L'adulte trompe à son heure et sait taire les raisons intimes qui le font agir » (Lasègue et Falret, loc. cit., p. 351).

Les observations de délire à deux chez les adultes sont aujourd'hui nombreuses dans la science; elles se rapportent toutes soit au mari et à la femme,, soit à la mère et à la fille, soit au père et au fils, soit aux deux sœurs ou au deux frères, soit encore à la maîtresse et à la domestique, etc.

La transmission du délire d'une personne moins âgée à une personne plus âgée n'est pas rare, et elle s'observe alors surtout du fils au père et de la fille à la mère. Tel le cas cité par Legrand du Saulle (loc. cit., p. 221) de cette ouvrer.se do loges qui se plaignait qu' « au milieu de la nuit on perce le plufoiul de sa chambre pour lui parler et pour la tourmenter. On veut lui faire adopter un enfant. Ou l'électrise sur son lit. À l'hôpital de la Charité, on l'a soumise à la magie, à la chimie et à la police secrète. » Cette malade placée à l'hospice de la Salpètricre fut réclamée par sa mère qui partageait complètement, absolument, toutes les idées délirantes de sa iille. Elle ne veut écouter ni les observations du médecin, ni celles d'une fille aînée qui depuis longtemps s'applique à contrebalancer l'influence prise sur son esprit par la malade; elle l'accuse même de faire cause commune avec les persécuteurs de sa nlle.

En étudiant les observations publiées de folie à deux, concernant mari et femme, on constate que la communication des idées délirantes se fait le plus souvent de la femme au mari; la femme joue le rôle actif et impose son délire au mari.

Le délire de persécution peut se communiquer, enfin, en dehors de tout lien de parenté, de maîtresse à domestique, par exemple.

Nous avons dit que ce sont non-seulement les idées de persécution, mais aussi les idées ambitieuses, qui se communiquent. Parmi ces idées ambitieuses, celles qui ont le plus de chance d'être acceptées, de trouver des crédules, ce sont les idées de richesses, de grande succession à recueillir, de trésor soustrait à réclamer. Lasègue et J. Falret en citent deux cas intéressants dans leur mémoire.

Nous ne saurions mieux résumer cette description de la folie à deux que ne l'ont fait ces deux savants aliénistes dans les conclusions suivantes que nous reproduisons:

o 1° Dans les conditions ordinaires, la contagion de la folie n'a pas lieu d'un aliéné à un individu sain d'esprit, de même que la contagion des idées délirantes est très-rare d'un aliéné à un autre aliéné;

« 2° La contagion de la folie n'est possible que dans des conditions exceptionnelles que nous venons d'étudier sous le nom de folie à deux;

« 3° Ces conditions spéciales peuvent être résumées ainsi:

a. Dans la folie à deux, l'un des deux individus est l'élément actif; plus intelligent que l'autre, il crée le délire et l'impose progressivement au second, qui constitue l'élément passif. Celui-ci résiste d'abord, puis subit peu à peu la pression de son congénère, tout en réagissant à son tour sur lui, dans une certaine mesure, pour rectifier, amender et coordonner le délire, qui leur devient alors commun et qu'ils répètent à tout venant, dans les mêmes termes et d'une façon presque identique.

b. Pour que ce travail intellectuel puisse s'accomplir parallèlement dans deux esprits différents, il faut que ces deux individus vivent, pendant longtemps, absolument d'une vie commune, dans le même milieu, partageant le même mode d'existence, les mêmes sentiments, les mêmes intérêts, les mêmes craintes et les mêmes espérances, et en dehors de toute autre influence extérieure.

c. La troisième condition, pour que la contagion du délire soit possible, c'est que ce délire ait un caractère de vraisemblance, qu'il se maintienne dans les limites du possible, qu'il repose sur des faits survenus dans le passé, ou sur des craintes et des espérances conçues pour l'avenir. Cette condition de vraisemblance seule le rend communicable d'un individu à un autre et permet à la conviction de l'un de s'implanter dans l'esprit de l'autre.

« 4° La folie à deux se produit toujours dans les conditions ci-dessus indiquées. Toutes les observations présentent des caractères très-analogues, siuon presque identiques, chez l'homme et chez la femme, comme chez l'enfant, l'adulte et le vieillard.

« 5° Cette variété de la folie est plus fréquente chez la femme, mais on l'observe aussi chez l'homme » (Lasègue et Falret, loc. cit., p. 354).

Faisons remarquer enfin que dans quelques cas, rares, il est vrai, le délire d'un aliéné, Communiqué à un autre individu plus faible que lui, peut se transmettre à une troisième personne, ou même, dans une mesure plus faible, à quelques personnes de l'entourage.

Folie simultanée. 11 faut distinguer de la folie communiquée que nous venons de décrire la folie simultanée, qui se présente dans des conditions spéciales. M. Régis a consacré la plus grande partie de sa thèse [La folie à deux ou folie simultanée. Paris, 1880) à cette curieuse forme de folie, qui selon lui est essentiellement caractérisée par un délire partiel, ordinairement de persécution, survenant simultanément chez deux individus franchement héréditaires ou simplement prédisposés, et cela en vertu : 1° de cette prédisposition morbide; 2° du contact intime et perpétuel dans lequel ils vivent; 5° d'influences occasionnelles qui agissent à la fois sur eux et jouent, à l'égard de la production de leur délire, le rôle de causes déterminantes (loc. cit., p. 39).

Ainsi, par exemple, un homme et une femme, tous deux atteints de prédisposition héréditaire, se marient soit par hasard, soit par cette attraction naturelle entre candidats à la folie. Sous l'influence de causes occasionnelles, ces deux prédisposés ainsi unis arrivent à délirer. « Le même travail morbide s'opère à la fois en eux, ils passent par les mêmes phases, ils subissent les mêmes fluctuations... Une idée délirante germe-t-elle chez l'un, l'autre aussitôt la fait sienne, et réciproquement, chacun apportant ainsi sa pierre à l'édifice qui est leur œuvre commune, le fruit commun de leurs efforts. Et de même qu'il n'y a point là deux êtres séparés, il n'y a pas non plus deux délires, il n'y en a qu'un seul, produit de la fusion de deux délires individuels. Qu'à l'élaboration de cette œuvre pathologique l'un ait contribué plus puissamment que l'autre, qu'il soit plus ardent, plus imaginatif, qu'importe au fond, puisque l'action de l'un sur l'autre est réciproque, et que c'est de cette action combinée que résulte ce tout commun, qu'on appelle la folie à deux » (Régis, loc. cit., p. 51).

Les distinctions établies par M. Régis sont peut-être un peu subtiles, et elles ne me semblent pas suffisamment fondées pour refuser, avec lui, aux cas décrits par Lasègue et Falret le nom de folie à deux. Dans la folie communiquée de ces deux auteurs, il faut le contact constant de deux êtres, dont l'un est un aliéné avéré et l'autre peut n'être qu'un faible esprit ou un débile; dans la folie simultanée de M. Régis, il y a en présence deux prédisposés, ces prédisposés doivent être en contact permanent, ils créent en même temps leur délire, mais dans cet échange d'idées délirantes l'un est plus imaginatif que l'autre, l'un est donc l'esprit créateur qui fournit à son associé les éléments du travail morbide. La différence ne réside donc que dans ce fait que, dans la folie simultanée, on a affaire à deux véritables aliénés qui, le plus souvent, sont arrivés à la chronicité, lorsqu'on songe à les séparer, et qui ne guérissent plus alors ni l'un ni l'autre.

Et cependant, malgré ces objections, nous reconnaissons qu'il existe une folie simultanée, et la preuve en est dans la folie gémellaire. H n'est aucun aliéniste qui ne connaisse l'observation si souvent citée de Moreau (de Tours), de ces deux frères jumeaux, d'une ressemblance physique complète et dont les idées dominantes sont absolument les mêmes. « Tous les deux se croient en butte a des persécutions imaginaires; les mêmes ennemis ont juré leur perte et emploient les mêmes moyens pour arriver à leurs fins. Tous les deux ont des hallucinations de l'ouïe. Tristes et moroses, ils n'adressent jamais la parole à qui que ce soit et ne répondent qu'avec peine aux questions qu'on leur adresse. Us se tiennent toujours à l'écart et ne communiquent jamais entre eux.

• Un fait extrêmement curieux et qui a été nombre de fois constaté par les surveillants de la section et par nous-même, ajoute Moreau (de Tours), est celui-ci : de temps à autre, à des intervalles tràs-irréguliers de deux, trois et plusieurs mois, sans cause appréciable et par un effet tout spontané de la maladie, il survient un changement très-marqué dans la situation des deux frères : tous les deux, à la même époque, et souvent le même jour, sortent de leur étal de stupeur et de prostration habituel; ils font entendre les mêmes plaintes et viennent d'eux-mêmes prier instamment le médecin de leur rendre la liberté. J'ai vu se reproduire ce fait, quelque peu étrange, alors même qu'ils étaient séparés l'un de l'autre par plusieurs kilomètres de distance; l'un d'eux était à Bicêtre, l'autre demeurait à la ferme Sainte-Anne » (La psychologie morbide. Paris, 1859, p. 172).

Voilà la véritable folie simultanée; les deux frères délirant en même temps et de la même manière, sans qu'il existe de communication entre eux pouvant faire supposer une transmission des idées morbides. Ne sont-ce pas là les caractères généraux de la folie gémellaire, tels que les a formulés M. le professeur Bail?

1° i Simultanéité de l'explosion des accidents;

2° « Parallélisme des conceptions délirantes et des autres troubles psychologiques;

3° « Spontanéité du délire chez chacun des deux individus qui s'en trouvent atteints » (Bail, De la folie gémellaire ou aliénation mentale chez les jumeaux. In l'Encéphale, 1884, p. 385).

Ces trois caractères se rencontrent à des degrés divers dans tous les cas de folie gémellaire (voy. les observations de Bail, Baume, Savage, Clifford, Gill, Mickle, etc.); mais ce qui frappe surtout, c'est l'absence de contagion ou de communication du délire et la simultanéité de son explosion.

Outre ces faits d'aliénation mentale chez les jumeaux, on peut encore considérer comme se rangeant dans la folie simultanée ces observations de délire de persécution chez deux sœurs ou chez deux frères, héréditairement prédisposés, tous deux d'une intelligence souvent au-dessous de la moyenne. Dans ces conditions, il ne peut y avoir contagion et le plus souvent le délire éclate chez l'un et chez l'autre simultanément.


Dictinnaire encyclopédique des sciences médicales
volume 75