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sábado, 28 de enero de 2012

Le Cul, selon Voltaire


CUL

On répétera ici ce qu’on a déjà dit ailleurs, et ce qu’il faut répéter toujours, jusqu’au temps où les Français se seront corrigés; c’est qu’il est indigne d’une langue aussi polie et aussi universelle que la leur d’employer si souvent un mot déshonnête et ridicule, pour signifier des choses communes qu’on pourrait exprimer autrement sans le moindre embarras.

Pourquoi nommer cul-d’âne et cul-de-cheval des orties de mer? pourquoi donc donner le nom de cul-blanc à l’oenante et de cul-rouge à l’épeiche? Cette épeiche est une espece de pivert et l’oenante une espèce de moineau cendré. Il y a un oiseau qu’on nomme fétu-en-cul ou paille-en-cul; on avait cent manières de le désigner d’une expression beaucoup plus précise. N’est-il pas impertinent d’appeler cul-de-vaisseau le fond de la poupe?

Plusieurs auteurs nomment encore à-cul un petit mouillage, un ancrage, une grève, un sable, une anse, où les barques se mettent à l’abri des corsaires. Il y a un petit à-cul à Palo comme à Sainte-Marinthée(39).

On se sert continuellement du mot cul-de-lampe pour exprimer un fleuron, un petit cartouche, un pendentif, un encorbellement, une base de pyramide, un placard, une vignette.

Un graveur se sera imaginé que cet ornement ressemble à la base d’une lampe; il l’aura nommé cul-de-lampe pour avoir plus tôt fait; et les acheteurs auront répété ce mot après lui. C’est ainsi que les langues se forment. Ce sont les artisans qui ont nommé leurs ouvrages et leurs instruments.

Certainement il n’y avait nulle nécessité de donner le nom de cul-de-four aux voûtes sphériques, d’autant plus que ces voûtes n’ont rien de celles d’un four, qui est toujours surbaissée.

Le fond d’un artichaut est formé et creusé en ligne courbe, et le nom de cul ne lui convient en aucune manière. Les chevaux ont quelquefois une tache verdâtre dans les yeux, on l’appelle cul-de-verre. Une autre maladie des chevaux, qui est une espèce d’érysipèle, est appelée le cul-de-poule. Le haut d’un chapeau est un cul-de-chapeau. Il y a des boutons à compartiments, qu’on appelle boutons à cul-de-dé.

Comment a-t-on pu donner le nom de cul-de-sac à l’angiportus des Romains? Les Italiens ont pris le nom d’angiporto pour signifier strada senza uscita. On lui donnait autrefois chez nous le nom d’impasse qui est expressif et sonore. C’est une grossièreté énorme que le mot de cul-de-sac ait prévalu.

Le terme de culage a été aboli. Pourquoi tous ceux que nous venons d’indiquer ne le sont-ils pas? Ce terme infâme de culage signifiait le droit que s’étaient donné plusieurs seigneurs, dans les temps de la tyrannie féodale, d’avoir à leur choix les prémices de tous les mariages dans l’étendue de leurs terres. On substitua ensuite le mot de cuissage à celui de culage. Le temps seul peut corriger toutes les façons vicieuses de parler.

Il est triste qu’en fait de langue, comme en d’autres usages plus importants, ce soit la populace qui dirige les premiers d’une nation.

Dictionnaire philosophique

miércoles, 7 de diciembre de 2011

Catéchisme libertin


CATÉCHISME LIBERTIN


DEMANDE.

Qu'est-ce qu'une putain?

RÉPONSE.

C'est une fille qui, ayant secoué toute pudeur, ne rougit plus de se
livrer avec les hommes aux plaisirs sensuels et charnels.

DEMANDE.

Quelles qualités doit avoir une putain?

RÉPONSE.

Trois qualités essentielles.

DEMANDE.

Quelles sont ces qualités?

RÉPONSE.

L'effronterie, la complaisance et la métamorphose.

DEMANDE.

Qu'entendez-vous par l'effronterie?

RÉPONSE.

J'entends qu'une fille qui se dévoue à ce commerce libidineux ne doit
avoir honte de rien: toutes les parties de son corps doivent être pour
les hommes ce qu'elles seraient pour elle-même en particulier;
c'est-à-dire que ses tétons, sa motte, son cul doivent lui être aussi
indifférents auprès de l'homme inconnu qu'elle amuse, que l'est à
l'égard d'une femme honnête la paume de sa main qu'elle ne rougit pas de
montrer.

DEMANDE.

Qu'est-ce que la complaisance dans une putain?

RÉPONSE.

C'est une amorce par laquelle elle sait adroitement conserver l'homme
passager, faisant usage de sa douceur naturelle, se prêtant librement
aux différents désirs de l'homme; par ce moyen elle le retient comme
dans des filets, et l'oblige, malgré lui, à retourner une autre fois
vers l'objet qui a si bien secondé sa passion momentanée.

DEMANDE.

Qu'entendez-vous par la métamorphose?

RÉPONSE.

J'entends qu'une vraie putain, renfermée dans les ressources de son art,
doit être comme un Protée, savoir prendre toutes les formes, varier les
attitudes du plaisir, suivant le temps, les circonstances et la nature
des tempéraments. Une putain recordée et aguerrie doit se faire une
étude particulière de ces différentes variations qui procurent
ordinairement le plaisir aux hommes; car il y a de la différence entre
amuser un homme froid, un blondin, ou un homme poilu et brun, entre
exciter une jeune barbe ou un vieillard sensuel: la nature, plus
impérieuse chez les uns et plus modérée chez les autres, exige par
conséquent des titillations différentes, des situations plus
voluptueuses, des attouchements plus piquants et plus libertins; et
telle putain qui découvrant seulement son cul à un jeune Ganymède le
ferait décharger jusqu'au sang, n'opérerait qu'une sensation ordinaire à
l'égard d'un autre; tandis qu'un tortillement de fesses voluptueusement
fait, plongerait l'homme à tempérament dans un torrent de délices, qui
causerait la mort au Narcisse fouteur et au paillard décrépit.

DEMANDE.

A quels signes caractéristiques distingue-t-on une putain de celle qui
ne l'est pas?

RÉPONSE.

Son habillement trop peu gazé, son maintien trop peu retenu, ses gestes
libres, sa conversation trop enjouée et trop lascive, son regard décidé
et sa marche effrontée sont les signes visibles qui la font reconnaître.
Il est cependant nécessaire pour son propre intérêt qu'elle en agisse
ainsi; car il est des hommes si timides auprès des femmes, que si une
putain tranchait avec eux de l'_Honesta_, ces hommes, qu'on peut
comparer à des puceaux, n'oseraient leur faire aucune proposition, et
par conséquent elles perdraient l'occasion de faire quelquefois une
bonne pratique, pour avoir affecté une modestie malentendue.

DEMANDE.

Mais, n'est-il pas possible qu'une putain imite en tout la décence et le
maintien réservé d'une honnête femme?

RÉPONSE.

Oui: et celles de ce genre sont les plus fines; elles amorcent par là le
nigaud qu'elles veulent duper; elles paraissent s'effaroucher de ses
propositions; mais c'est pour mieux l'enchaîner: et combien sont pris au
trébuchet, et s'imaginent aller cueillir la rose sans danger, tandis que
l'épine y tient fortement. Ces sortes de putains tirent beaucoup de
profit de ce commerce; mais aussi il n'appartient qu'à celles qui
peuvent tenir d'abord un certain ton de jouer ce personnage hypocrite.

DEMANDE.

Toutes les femmes ont-elles un penchant décidé à devenir putain?

RÉPONSE.

Toutes le sont ou désirent l'être; il n'y a guère que les convenances,
les bienséances qui retiennent la plupart; et toute fille qui succombe
même la première fois, dans un tête-à-tête, est déjà, dès le premier
pas, putain décidée; la chemise, une fois levée, la voilà familiarisée
avec son cul, autant que celle qui a joué du sien pendant dix ans.

DEMANDE.

La putain qui procure de la jouissance à l'homme, peut-elle s'y livrer
avec tous, sans s'exposer à altérer son propre tempérament?

RÉPONSE.

Il est un milieu à tout; il serait très imprudent à une putain de se
livrer avec excès au plaisir de la fouterie: une chair flasque et molle
serait bientôt le fruit de ce désordre; mais il est un raffinement de
volupté qui tient à la volupté même, et dont une adroite putain doit
faire usage. Une parole, un geste, un attouchement fait à propos, offre
à l'homme l'illusion du plaisir; il prend alors l'ombre de la volupté
pour la volupté même; et comme le coeur est un abîme impénétrable, la
putain consommée dans son art remplit souvent, par une jouissance
factice, les vues luxurieuses de l'homme, qui se contente de
l'apparence. Les femmes étant plus susceptibles et plus propres que tout
autre à ce genre d'escrime, il dépend d'elles de donner le change à
l'homme.

DEMANDE.

Une putain doit-elle procurer autant de plaisir à un fouteur de
vingt-quatre sous, qu'à celui qui la paie généreusement?

RÉPONSE.

Il est certain que la putain devant vivre de son métier, et le foutre
n'étant pas une substance qui puisse servir d'aliment, elle doit agir
avec ce fouteur comme avec le père Zorobabel, et lui dire;

NESCIO VOS...

«Je vis du con comme vous de l'autel.»

Cependant le grand art d'une putain qui veut se faire un nom, n'est pas
toujours de mettre à contribution les hommes qu'elle raccroche. Il en
est qui sont susceptibles de cette délicatesse; et touchés du
désintéressement qu'une putain leur témoigne, ils s'imaginent alors que
cette Laïs de rencontre est tout à coup éprise et coiffée de leur
physique, bien plus que du numéraire; leur amour-propre est flatté de
cette préférence. Le plaisir qui ne leur paraît pas acheté, se fait
mieux sentir; son aiguillon est plus mordant, et quelquefois la putain
gagne beaucoup à ce manège; au surplus, c'est à elle à discerner et à
connaître ses pratiques. Une putain bête ne fera jamais fortune; la
rusée peut essayer d'être dupe une ou deux fois, pour reprendre vingt
fois sa revanche avec d'autres. Il est constant aussi qu'un vieillard
cacochyme n'a pas le droit d'exiger qu'une jeune et fraîche putain se
harcelle après son chétif engin pour un modique salaire: Hercule et
Psyché peuvent quelquefois entrer chez elle pour y faire un coup fourré;
mais

Le forgeron atrabilaire,
Qui de son antre ténébreux,
Tout en boitant, vint à Cythère
Attrister les Ris et les Jeux,
De Vénus salir la ceinture,
Effaroucher la volupté,
Et souiller le lit de verdure
Qui sert de trône à la Beauté,

je ne lui connais point de charmes qui puisse le faire recevoir
_gratis_; il faut qu'il paie au poids de l'or le plaisir qui le suit:
c'est le prix de sa turpitude. Qu'une putain donc le plume, qu'elle en
tire pied ou aile, c'est le secret de son art. Il lui doit sans doute ce
tribut pour les outrages qu'il fait chaque jour à la volupté.

DEMANDE.

Comment doit se comporter une putain lorsqu'elle a donné dans l'oeil à
quelque bon fouteur?

RÉPONSE.

Il faut d'abord qu'elle mette celui-ci à son aise, et qu'elle le soit
aussi avec lui. On sait que le premier compliment d'un luron qui entre
chez une fille, est de lui prendre les tétons, et de passer de là
lestement au cul, de farfouiller ensuite sa motte. Ces petites agaceries
d'usage sont les avant-coureurs et les prémices du plaisir. La fille
alors doit, par de lascives caresses, de tendres attouchements, achever
la conquête de cet amoureux du moment; d'une main subtile elle doit
faire sauter le bouton de la culotte, tandis que de l'autre elle retient
en bride sa pine, irritée déjà par les premiers attouchements. C'est
alors qu'elle doit saisir ce moment favorable pour demander son salaire,
et le fouteur s'empressera de lui donner, pour ne point mettre de retard
entre les apprêts du plaisir et l'instant de la jouissance[1].

[1] Un défaut néanmoins dans la plupart des filles de joie, dont il
est bon de dire un mot pour leur gouverne, c'est de n'être jamais
contentes de ce qu'on leur donne. Présentez-leur trois livres, elles
en demandent six. Si vous cédez, leur importunité augmente; c'est un
ruban qu'il leur faut encore; c'est une bagatelle qu'elles réclament
pour leur guenon; mais ces contributions importantes leur sont très
souvent nuisibles, en ce que l'homme qui veut jouir n'est occupé que
de cet objet; se voyant arrêté dans sa marche, il regrette alors et
son argent et son foutre. C'est ainsi que les putains éloignent très
souvent d'excellentes pratiques de leurs taudions.

(...)

DEMANDE.

Une putain qui a la chaude-pisse ou la vérole doit-elle et peut-elle
sans remords baiser avec un homme sain?

RÉPONSE.

Non: et telle luxurieuse que soit une fille, telle passionnée qu'elle
puisse être, elle doit toujours se faire un crime de communiquer sa
corruption à un homme; elle doit préférer plutôt perdre sa pratique que
de l'empoisonner, et souvent un aveu naïf de sa part lui gagne l'estime
du fouteur, qui se contente alors du plaisir idéal et du service de la
main qui supplée à celui du con malade. La fille n'en reçoit pas moins
son tribut ordinaire.

DEMANDE.

La fille qui a ses ordinaires peut-elle aussi se laisser baiser?

RÉPONSE.

Non; car il faut dans la fouterie observer certaine bienséance de
propreté et d'usage: est-il rien en effet qui répugne tant à l'homme que
cette maladie périodique des femmes? quel spectacle plus dégoûtant
qu'une pine barbouillée d'ordinaires? Je sais que les femmes dans ce
temps sont beaucoup plus passionnées, qu'elles bandent avec plus de
luxure; mais il ne faut pas que l'envie de foutre les portent à
occasionner aux hommes des regrets cuisants et à s'en faire haïr.
Lorsqu'une fille se sera déclarée au fouteur pour être au temps de ses
règles, si le satyre veut néanmoins qu'elle fasse le service, que sa
pine barbotte alors dans son con, la fille n'a plus rien à se reprocher;
qu'elle profite même de cet instant de rage foutative pour se servir de
ce vit enragé comme d'un excellent frottoir pour se débarbouiller la
matrice. Cet expédient lui est permis, parce que le fouteur a voulu
passer par-dessus les _règles_. Elle doit néanmoins, après le coup tiré,
avoir soin d'offrir un vase et de l'eau à ce laveur de con, afin qu'il
puisse décrasser sa pine; elle doit aussi en faire autant de son côté;
l'empressement qu'elle doit avoir d'être bientôt quitte de cette plaie
mensuelle, lui en fait naturellement un devoir.

DEMANDE.

Une putain est-elle tenue de foutre avec un homme vérolé?

RÉPONSE.

S'il ne lui est pas permis de baiser avec un homme sain lorsqu'elle-même
est gâtée, elle a le même privilège de ne point foutre avec celui qui a
mal au vit; c'est à elle à y voir clair et à s'assurer avant de la
propreté de son fouteur; pour vérifier ses reliques, elle doit elle-même
décalotter le vit, pressurer le bout du prépuce pour voir s'il n'en sort
pas de la matière; elle doit en outre considérer la chemise, et si elle
s'aperçoit que cette chemise ressemble à une carte géographique, c'est
un signe visible que la pine est malade et qu'elle ne peut, sans
s'exposer au danger, foutre avec un tel homme. Le seul expédient qui lui
reste, c'est le service de la main, ou la fouterie en cuisses ou en
tétons.

Théodore de Méricourt
Catéchisme libertin à l'usage des filles de joie et des jeunes demoiselles

viernes, 2 de diciembre de 2011

To the Royal Academy of Farting


To the Royal Academy of Farting

Benjamin Franklin, c. 1781


GENTLEMEN,

I have perused your late mathematical Prize Question, proposed in lieu of one in Natural Philosophy, for the ensuing year, viz. "Une figure quelconque donnee, on demande d’y inscrire le plus grand nombre de fois possible une autre figure plus-petite quelconque, qui est aussi donnee". I was glad to find by these following Words, "l’Acadeemie a jugee que cette deecouverte, en eetendant les bornes de nos connoissances, ne seroit pas sans UTILITE", that you esteem Utility an essential Point in your Enquiries, which has not always been the case with all Academies; and I conclude therefore that you have given this Question instead of a philosophical, or as the Learned express it, a physical one, because you could not at the time think of a physical one that promis’d greater_Utility.

Permit me then humbly to propose one of that sort for your consideration, and through you, if you approve it, for the serious Enquiry of learned Physicians, Chemists, &c. of this enlightened Age. It is universally well known, That in digesting our common Food, there is created or produced in the Bowels of human Creatures, a great Quantity of Wind.

That the permitting this Air to escape and mix with the Atmosphere, is usually offensive to the Company, from the fetid Smell that accompanies it.

That all well-bred People therefore, to avoid giving such Offence, forcibly restrain the Efforts of Nature to discharge that Wind.

That so retain’d contrary to Nature, it not only gives frequently great present Pain, but occasions future Diseases, such as habitual Cholics, Ruptures, Tympanies, &c. often destructive of the Constitution, & sometimes of Life itself.

Were it not for the odiously offensive Smell accompanying such Escapes, polite People would probably be under no more Restraint in discharging such Wind in Company, than they are in spitting, or in blowing their Noses.

My Prize Question therefore should be, To discover some Drug wholesome & not disagreable, to be mix’d with our common Food, or Sauces, that shall render the natural Discharges of Wind from our Bodies, not only inoffensive, but agreable as Perfumes.

That this is not a chimerical Project, and altogether impossible, may appear from these Considerations. That we already have some Knowledge of Means capable of Varying that Smell. He that dines on stale Flesh, especially with much Addition of Onions, shall be able to afford a Stink that no Company can tolerate; while he that has lived for some Time on Vegetables only, shall have that Breath so pure as to be insensible to the most delicate Noses; and if he can manage so as to avoid the Report, he may any where give Vent to his Griefs, unnoticed. But as there are many to whom an entire Vegetable Diet would be inconvenient, and as a little Quick-Lime thrown into a Jakes will correct the amazing Quantity of fetid Air arising from the vast Mass of putrid Matter contain’d in such Places, and render it rather pleasing to the Smell, who knows but that a little Powder of Lime (or some other thing equivalent) taken in our Food, or perhaps a Glass of Limewater drank at Dinner, may have the same Effect on the Air produc’d in and issuing from our Bowels? This is worth the Experiment. Certain it is also that we have the Power of changing by slight Means the Smell of another Discharge, that of our Water. A few Stems of Asparagus eaten, shall give our Urine a disagreable Odour; and a Pill of Turpentine no bigger than a Pea, shall bestow on it the pleasing Smell of Violets. And why should it be thought more impossible in Nature, to find Means of making a Perfume of our Wind than of our Water?

For the Encouragement of this Enquiry, (from the immortal Honour to be reasonably expected by the Inventor) let it be considered of how small Importance to Mankind, or to how small a Part of Mankind have been useful those Discoveries in Science that have heretofore made Philosophers famous. Are there twenty Men in Europe at this Day, the happier, or even the easier, for any Knowledge they have pick’d out of Aristotle? What Comfort can the Vortices of Descartes give to a Man who has Whirlwinds in his Bowels! The Knowledge of Newton’s mutual Attraction of the Particles of Matter, can it afford Ease to him who is rack’d by their mutual Repulsion, and the cruel Distensions it occasions? The Pleasure arising to a few Philosophers, from seeing, a few Times in their Life, the Threads of Light untwisted, and separated by the Newtonian Prism into seven Colours, can it be compared with the Ease and Comfort every Man living might feel seven times a Day, by discharging freely the Wind from his Bowels? Especially if it be converted into a Perfume: For the Pleasures of one Sense being little inferior to those of another, instead of pleasing the Sight he might delight the Smell of those about him, & make Numbers happy, which to a benevolent Mind must afford infinite Satisfaction. The generous Soul, who now endeavours to find out whether the Friends he entertains like best Claret or Burgundy, Champagne or Madeira, would then enquire also whether they chose Musk or Lilly, Rose or Bergamot, and provide accordingly. And surely such a Liberty of Expressing one’s Scent-iments, and pleasing one another, is of infinitely more Importance to human Happiness than that Liberty of the Press, or of abusing one another, which the English are so ready to fight & die for. -- In short, this Invention, if compleated, would be, as Bacon expresses it, bringing Philosophy home to Mens Business and Bosoms. And I cannot but conclude, that in Comparison therewith, for universal and continual UTILITY, the Science of the Philosophers above-mentioned, even with the Addition, Gentlemen, of your "Figure quelconque" and the Figures inscrib’d in it, are, all together, scarcely worth a
FART-HING.

jueves, 1 de diciembre de 2011

The Art of Ingeniously Tormenting



One requisite for approbation I confess is wanting in this work; for, alas! I fear it will contain nothing new. But what is wanting in novelty, shall be made up in utility; for, although I may not be able to show one new and untried method of plaguing, teasing, or tormenting; yet will it not be a very great help to anyone, to have all the best and most approved methods collected together, in one small pocket volume? Did I promise a new set of rules, then, whatever was not mine, might be claimed by its proper owner; and, like the jay in the fable,* I should justly be stripped of my borrowed plumes: but, as I declare myself only a humble collector, I doubt not, but everyone who has practised, or who in writing has described, an ingenious Torment, will thank me for putting it into this my curious collection.

That a love to this science is implanted in our natures, or early inculcated, is very evident, from the delight many children take in teasing and tormenting little dogs, cats, squirrels, or any other harmless animal, that they get into their power.
This love of Tormenting may be said to have one thing in common with what, some writers affirm, belongs to the true love of virtue; namely, that it is exercised for its own sake, and no other: For, can there be a clearer proof, that, for its own sake
alone, this art of Tormenting is practised, than that it never did, nor ever can, answer any other end? I know that the most expert practitioners deny this; and frequently declare, when they whip, cut, and slash the body, or when they tease, vex, and torment the mind, that ’tis done for the good of the person that suffers.

Let the vulgar believe this if they will; but I, and my good pupils, understand things better; and, while we can enjoy the high pleasure of Tormenting, it matters not what the objects of our power either feel, think, or believe.

With what contempt may we, adepts in this science, look down on the tyrants of old! On Nero, Caligula, Phalaris,* and all such paltry pretenders to our art! Their inventions ending in death, freed the sufferer from any farther Torments; or, if they extended only to broken bones, and bodily wounds, they were such as the
skill of the surgeon could rectify, or heal: But where is the hand can cure the wounds of unkindness, which our ingenious artists inflict?

The practice of tormenting the body is not now, indeed, much allowed, except in some particular countries, where slavery and ignorance subsist: but let us not, my dear countrymen, regret the loss of that trifling branch of our power, since we are at
full liberty to exercise ourselves in that much higher pleasure, the tormenting the mind. Nay, the very laws themselves, although they restrain us from being too free with our bastinado,* pay so much regard to this our strong desire of Tormenting,
that, in some instances, they give us the fairest opportunities we could wish, of legally indulging ourselves in this pleasant sport.

To make myself clearly understood, examine the case, as it stands (if I mistake not) between the debtor and creditor. If a person owes me a thousand pounds (which perhaps, too, may be my all), and has an estate of yearly that value, he may, if he
pleases, and has a mind to plague, distress, and vex me, refuse paying me my money. ‘Arrest him, then,’ cry you.—If he be not in parliament, I do.*—He gives bail; and, with my own money, works me through all the quirks of the law.—At last (if he be of
the true blood of those my best disciples, who would hang themselves to spite their neighbours) he retires into the liberties of the Fleet, or King’s Bench;* lives at his ease, and laughs at me and my family, who are starving. However, as some inconveniences attend such a proceeding, this method of plaguing a creditor is not very often practised.

But on the other hand, how can I be thankful enough to our good laws, for indulging me in the pleasure of persecuting and tormenting a man who is indebted to me, and who does not want the will, but the power, to pay me! As soon as I perceive this to be the case, I instantly throw him into jail, and there I keep him to pine away his life in want and misery.—How will my pleasure be increased, if he should be a
man in any business or profession! For I then rob him of all probable means of escaping my power. It may be objected, perhaps, that in this last instance I act imprudently; that I defeat my own ends, and am myself the means of my losing my whole
money.—How ignorant of the true joys of Tormenting is such an objector! You mistake greatly, my friend, if you think I defeat my own ends;—for my ends are to plague and torment, not only a fellow creature but a fellow Christian.—And are there not
instances enough of this kind of practice, to make us fairly suppose, that the value of one thousand, or ten thousand pounds, is nothing, compared to the excessive delight of Tormenting?

But let me raise this joyous picture a little higher.—Must not my sport be doubled and trebled by the consideration, that his children are starving; that his wife is in the same condition, oppressed also with unspeakable anguish for not being able to
give her helpless infants any relief?—Suppose, too, that the husband, with the reflection of all this, and his own incapacity to help them, should be driven to distraction! Would not this exceed the most malicious transports of revenge ever exercised by an ancient or modern tyrant?

If there are some odd sort of people, who have no great relish for this kind of pleasure,* which I have here attempted to describe; yet let them not hastily condemn it, as unnatural: for I appeal to the experience of mankind; and ask—whether there is anyone who has not heard of, at least, one instance of distress, near as
high as the scene before described? And that the love of Tormenting must have been the sole motive to a creditor’s acting in such a manner, when his debtor could not pay him, is evident, from the impossibility of reasonably assigning any other cause.
One strong objection, I know, will be made against my whole design, by people of weak consciences; which is, that every rule I shall lay down will be exactly opposite to the doctrine of Christianity. Greatly, indeed, in a Christian country, should I fear the force of such an objection, could I perceive, that any one vice
was refrained from on that account only. Both theft and murder are forbidden by God himself: yet can anyone say, that our lives and properties would be in the least secure, were it not for the penal laws of our country?

Who is there, that having received a blow on one cheek, will turn the other,* while revenge can be had from the law of assault and battery? Are there any who exercise the virtues of patience and forgiveness, if they can have legal means of punishing the aggressor, and revenging themselves tenfold on the person who gives them the most slight offence?

Innumerable are the instances that could be given to show, that the doctrine of the Gospel has very little influence upon the practice of its followers; unless it be on a few obscure people, that nobody knows. The foregoing formidable objection, therefore, we hope, is pretty well got over, except with the obscure few abovementioned.

But as I would willingly remove every the least shadow of an objection that I am acquainted with, I must take notice of one which was made by a person very zealous indeed for our cause; but who feared, he said, that people would not bear publicly to
avow their love of Tormenting, and their disregard of that very religion which they profess. This, at first, almost staggered me,and I was going to throw by my work, till I recollected several books (some too written by divines*) that had been extremely wellreceived, although they struck at the very foundation of our
religion. These precedents are surely sufficient to make me depend upon coming off with impunity, let me publish what I will, except a libel against any great man. For to abuse Christ himself is not, at present, esteemed so high an offence, as to
abuse one of his followers; or, rather, one of his Abusers; for such may we term all those, who, without observing his laws, call themselves after his name.

It has been already observed, that the torments of the body are not much allowed in civilized nations: but yet, under the notion of punishments for faults, such as whipping and picketing* amongst the soldiers; with some sorts of curious marine discipline, as the cat-of-nine-tails, keelhauling,* and the like; a man may
pick out some excellent fun; for if he will now and then inflictthose punishments on the good, which were intended for the chastisement and amendment of the bad, he will not only work the flesh, but vex the spirit, of an ingenious youth; as nothing can
be more grating to a liberal mind, than to be so unworthily treated.

If I should be so happy, my good pupils, by these my hearty endeavours, as to instruct you thoroughly in the ingenious art of plaguing and tormenting the mind, you will have also more power over the body than you are at first aware of. You may take the Jew’s forfeit of a pound of flesh,* without incurring the imputation of barbarity which was cast on him for that diverting joke. He was a mere mongrel at Tormenting, to think of cutting it off with a knife; no—your true delicate way is to waste it off by degrees.—For has not every creditor (by the pleasant assistance
of a prison) the legal power of taking ten or twenty pounds of Christian flesh, in forfeit of his bond?

However, without such violent measures, you may have frequent opportunities (by teasing and tormenting) of getting out of your friends a good pretty picking.* But be very careful daily to observe, whether your patient continues in good health, and is fat and well-liken:* if so, you may be almost certain, that your whole labour is thrown away. As soon, therefore, as you perceive this to be the case, you must (to speak in the phrase of surgeons, when they hack and hew a human body) immediately choose another Subject.

Jane Collier
An Essay on the Art of Ingeniously Tormenting

miércoles, 16 de noviembre de 2011

On Choosing a Mistress



Advice to a Friend on Choosing a Mistress (1745)

June 25, 1745

My dear Friend,

I know of no Medicine fit to diminish the violent natural Inclinations you mention; and if I did, I think I should not communicate it to you. Marriage is the proper Remedy. It is the most natural State of Man, and therefore the State in which you are most likely to find solid Happiness. Your Reasons against entring into it at present, appear to me not well-founded. The circumstantial Advantages you have in View by postponing it, are not only uncertain, but they are small in comparison with that of the Thing itself, the being married and settled. It is the Man and Woman united that make the compleat human Being. Separate, she wants his Force of Body and Strength of Reason; he, her Softness, Sensibility and acute Discernment. Together they are more likely to succeed in the World. A single Man has not nearly the Value he would have in that State of Union. He is an incomplete Animal. He resembles the odd Half of a Pair of Scissars. If you get a prudent healthy Wife, your Industry in your Profession, with her good Œconomy, will be a Fortune sufficient.

But if you will not take this Counsel, and persist in thinking a Commerce with the Sex inevitable, then I repeat my former Advice, that in all your Amours you should prefer old Women to young ones. You call this a Paradox, and demand my Reasons. They are these:

Because as they have more Knowledge of the World and their Minds are better stor’d with Observations, their Conversation is more improving and more lastingly agreable.
Because when Women cease to be handsome, they study to be good. To maintain their Influence over Men, they supply the Diminution of Beauty by an Augmentation of Utility. They learn to do a 1000 Services small and great, and are the most tender and useful of all Friends when you are sick. Thus they continue amiable. And hence there is hardly such a thing to be found as an old Woman who is not a good Woman.
Because there is no hazard of Children, which irregularly produc’d may be attended with much Inconvenience.
Because thro’ more Experience, they are more prudent and discreet in conducting an Intrigue to prevent Suspicion. The Commerce with them is therefore safer with regard to your Reputation. And with regard to theirs, if the Affair should happen to be known, considerate People might be rather inclin’d to excuse an old Woman who would kindly take care of a young Man, form his Manners by her good Counsels, and prevent his ruining his Health and Fortune among mercenary Prostitutes.
Because in every Animal that walks upright, the Deficiency of the Fluids that fill the Muscles appears first in the highest Part: The Face first grows lank and wrinkled; then the Neck; then the Breast and Arms; the lower Parts continuing to the last as plump as ever: So that covering all above with a Basket, and regarding only what is below the Girdle, it is impossible of two Women to know an old from a young one. And as in the dark all Cats are grey, the Pleasure of corporal Enjoyment with an old Woman is at least equal, and frequently superior, every Knack being by Practice capable of Improvement.
Because the Sin is less. The debauching a Virgin may be her Ruin, and make her for Life unhappy.
Because the Compunction is less. The having made a young Girl miserable may give you frequent bitter Reflections; none of which can attend the making an old Woman happy.

8[thly and Lastly] They are so grateful!!

Thus much for my Paradox. But still I advise you to marry directly; being sincerely Your affectionate Friend.

domingo, 30 de octubre de 2011

La fée Paillardine




Il était une fois une fée qui se nommait Paillardine. Elle était bien faite, grande et ferme ; ses cheveux étaient bruns et son teint était un peu bis ; en un mot, c'était une foutée délicieuse, puisqu'elle tenait plus qu'elle ne promettait encore pour la jouissance. Elle joignait un tempérament aussi prodigieux qu'immanquable aux yeux les plus paillards et par conséquent les plus beaux. Sa peau était aussi douce qu'elle était unie. Le mouvement de son cul était si recommandable et si parfait qu'il paraissait nouveau à chaque coup qu'on lui mettait. La nature départ rarement en nos pays ces heureux talents et ces véritables dons du Ciel, car enfin (l'on n'y peut penser sans gémir) combien peu nos femmes déchargent-elles en France ! Paillardine ajoutait à tant de perfections celle d'être au moins au coup pour le coup. Quelle foutée ! L'idée seule non seulement me fait bander, mais encore elle est riante du côté de l'esprit, puisque les brouilleries sont courtes avec une semblable femme, qu'une arcée produit seule le raccommodement et que seule elle épargne cent protestations plus gentilles les unes que les autres. Quoi qu'il en soit, Paillardine, qui joignait le pouvoir au désir, foutait, comme l'on peut croire, avec un succès et une abondance merveilleuse. Quand elle n'eût été que femme du monde, étant telle que je l'ai décrite avec vérité, eût-elle jamais manqué de fouteurs ? Non, sans doute. Aussi n'en manquait-elle jamais. Indépendamment des fouteurs réglés dont elle avait toujours une douzaine de garde auprès d'elle, du plus petit coup de sa baguette il eût paru cinquante vits[1] en état de satisfaire la paillardise qu'elle ressentait et qu'elle inspirait. Mais elle ne voulait point faire d'éclat ; elle aimait mieux envoyer par le monde trois ou quatre femmes dont elle était sûre et qui lui rendaient un compte fidèle des grands vits qui paraissaient et de leur bonne ou mauvaise qualité. Ces émissaires avaient chacune une mesure très exacte aux armes de la fée. Elle voulait que la taille des vits que l'on choisissait pour elle fût au moins dix pouces de roi. Au-dessous de cette taille un vit n'était seulement pas regardé ; c'était même la plus petite mesure à laquelle Paillardine n'aimait pas trop se réduire. Les bains étaient toujours préparés pour laver et parfumer ceux dont elle faisait à tous les moments recrue. Sans une aussi sage précaution, le défaut de propreté aurait pu faire tort à des gens recommandables.

D'ailleurs par mille autres grandes qualités, infatigable dans ses plaisirs, jamais satisfaite dans ses désirs, Paillardine, à tout moment, satisfaisait son beau con[2].

À son réveil, elle trouvait des jeunes gens à vit raide qui, commandés pour passer la nuit auprès d'elle, attendaient la volonté de la fée pour satisfaire leurs désirs et les siens. De quelque côté qu'elle se tournât, elle ne voyait qu'arcées, soit qu'on la servît à table, soit que l'on s'empressât aux autres choses que toute femme et surtout une fée ne peut exiger jamais ; enfin il ne paraissait à ses yeux que des hommes pleins de désirs et de vits pleins de foutre. Malgré la grande volonté dont elle était animée, elle ne pouvait cependant employer tout le foutre qui lui était préparé (quoique, à dire la vérité, elle en fût, comme l'on dit, lessivée). Les filles de son palais branlaient donc tous les jours des vits qui ne devaient pas servir auprès de Paillardine, non seulement pour les amuser, mais encore pour les soulager dans leurs besoins et les entretenir dans leurs désirs.

La Fontaine a très bien dit que le foutre n'était rien sans le coeur[3]. Il convient qu'une putain connaît rarement le sentiment, mais enfin la femme la plus abandonnée donne des préférences, et souvent, ne pouvant mieux avoir, les honnêtes gens du monde sont obligés de s'en contenter. Il en fut ainsi de Paillardine. Elle entendit faire des récits prodigieux du prince Membru [4] ; tout ce qui lui fut rapporté anima sa paillardise et, pour dire les choses comme elles étaient, ces magnifiques récits lui foutaient la cervelle et lui firent prendre avec dégoût et regarder comme cure-dents les plus beaux vits de sa garde. Mais comme celui qu'elle désirait n'était pas un homme du commun, il ne s'agissait pas de l'envoyer chercher sans aucun ménagement ; il n'eût point été agréable de le forcer ; de plus, il fallait éviter l'éclat (car les fouteurs sont partout réduits à bien des peines). Dans l'embarras où elle était, dans le trouble de la confusion de pensées qu'inspire toujours le désir, elle eut recours à Godmichette, sa confidente, et celle à qui l'excès de ses désirs et de ses besoins n'était jamais caché. C'était une fille très jolie, vive à l'excès, et d'autant plus agréable qu'elle était, à ce qu'on m'a fort assuré, originaire de Gascogne, c'est-à-dire fouteuse, vive et séduisante. Elle se trouvait très bien de sa condition ; indépendamment de tous les agréments qu'elle avait auprès de sa maîtresse, ses profits étaient bons, car souvent les seconds coups étaient pour elle, mais toujours à coups sûrs les troisièmes. Paillardine n'en faisait jamais usage ; elle trouvait qu'ils la faisaient trop attendre.


La fée lui confia donc avec quelle ardeur elle désirait le prince Membru. « Pars, ma chère Godmichette, lui dit-elle. Juge par toi-même si le prince mérite ma curiosité. Si tu trouves, continua-t-elle, que ce ne soit point à tort que je désire qu'il me foute, je me fie en ton zèle pour animer son imagination pour moi, et pour lui donner toute l'envie de me le mettre que mérite mon désir. Mon char à couilles est tout prêt. Fends les airs, et compte que mes vits volants ne te laisseront point en chemin. Le repos, le bonheur, les plaisirs de ta maîtresse dépendent aujourd'hui de ton zèle et de ton affection. Songe que je me fous si mal depuis que l'idée du prince me tourmente, que la pitié doit animer ton attachement».

(...)
[Godmichette se rend à la cour du roi des Décharges, y rencontre le jeune prince Membru, plus vigoureux de corps que vif d'esprit, auquel elle fait connaître les premiers émois sexuels. Il est bientôt l'heure de revenir auprès de la fée Paillardine]

Membru, déterminé pour le départ, s'abandonna à la conduite de Godmichette. Le char se trouva pris au point du jour et se rendit à la fenêtre de la chambre du prince ; l'un et l'autre montèrent dans la voiture, et se confiant aux vits volants, ils arrivèrent au palais de Paillardine. Elle n'avait point dormi de la nuit, tant elle était impatiente du succès de son ambassade ; elle attendait le retour de Godmichette sur une terrasse qui couronnait sa délicieuse habitation. Quelle fut sa joie quand, d'aussi loin que peut voir une amante, elle aperçut qu'ils étaient deux dans la voiture ! Pour lors, une douce moiteur s'empara de son con, un pantellement[5] que donne quelquefois le grand désir de foutre suspendit tous ses sens ; les vits se rabattirent et, prenant leur tournant avec une adresse merveilleuse, ils conduisirent le char aux pieds de Paillardine. Membru, le voyant arrêté, sauta légèrement à terre et courut à Paillardine.

Godmichette leur dit alors : « Voilà, voilà l'un et l'autre. J'ai rempli ma commission, je vous laisse. » Et elle conduisit sa voiture à la remise.

Le prince trouva la fée fort à son goût. Pour elle, de son côté, elle éprouva tous les mouvements de la curiosité et brûlait, comme l'on dit, de voir ce dont elle était si vivement occupée, quoique ce ne fût que sur parole. Elle se laissa conduire sans proférer un seul mot, mais avec une complaisance infinie, sous un large canapé qu'elle avait fait apporter sur la terrasse pour attendre plus commodément l'arrivée du prince. Elle se laissa coucher, et Membru, toujours dans le plus profond silence, ayant levé les gazes dont elle était vêtue, ne put retenir des signes d'admiration à la vue de toutes les beautés qui le frappèrent. Il tira son large vit ; quand Paillardine l'aperçut, pénétrée d'admiration, elle s'écria : « Grand Dieu ! ce que je vois peut-il être ? » Pour lors, elle le voulut baiser, mais le prince lui dit : « Mordieu, madame, n'en faites rien, vous me le feriez décharger. Foutons, croyez-moi, pour faire connaissance. » La fée se soumit à une si douce proposition et, s'abandonnant à tout événement, se laissa facilement enconner. Les mouvements involontaires de son cul enchantèrent le prince et le firent décharger presque en un instant ; mais Paillardine, honteuse d'avoir été prévenue dans un office qu'elle exécutait avec tant de plaisir et qu'elle tirait si fort à vanité de bien faire, ne lui donnant pas le temps de débander, fit si bien, qu'avant qu'il ne finît son second coup, elle le rattrapa et qu'elle arriva en même temps que lui à la seconde décharge avec un accord merveilleux et cette justesse de temps bien difficile à rencontrer. En une demi-heure, Membru la foutit quatre coups. Je n'entreprendrai point de décrire leurs plaisirs ; en effet, qui pourrait dépeindre le degré de transports, de délices et de satisfaction de ces grands fouteurs ? L'auteur de l'ode du foutre [6] y suffirait à peine.




Comte de Caylus

[1]. Sexe masculin. « Mot qui vient du grec, selon quelques-uns, ou du latin, et qui ne se dit jamais par un honnête homme sans enveloppe. C'est la partie qui fait les empereurs et les rois ; c'est la partie de l'homme qui fait la garce et le cocu. En latin, on appelle cette partie mentula, verpa, veretrum ; en italien, cazzo ; e espagnol, carajo » (Leroux, Dictionnaire comique).

[2]. Sexe féminin.

[3]. La citation attribuée à la Fontaine est : « Aimer sans foutre est peu de chose,/Foutre sans aimer ce n'est rien. »


[4]. Qui a de gros membres. Ce sens est celui que revêt le mot dans les textes du Moyen Âge où il sert à caractériser de vigoureux chevaliers. On le trouve dans le Roman de Fierabras (v. 981) : « Oncques nul homme ne vit chevalier si membru », mais aussi dans la Satyre Ménippée où il décrit les qualités d'un âne : « Au surplus un asne bien fait, / Bien membru, bien gras, bien refait » (François-Just-Marie Raynouard, Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours, Paris, Silvestre, 1842, p. 186).

[5]. Substantif formé à partir du verbe panteler (« Haleter, avoir la respiration embarrassée et pressée », Dictionnaire de l'Académie, 1694).

[6]. Il s'agit de l'Ode à Priape écrite par Alexis Piron.

lunes, 30 de mayo de 2011

The Cogitator




However, I cannot pass over a very strange and extraordinary piece of Art which this Old Gentleman inform'd me of, and that was an Engine to screw a Man into himself: Perhaps our Country-men may be at some Difficulty to comprehend these things by my dull Description; and to such I cannot but recommend, a Journey in my Engine to the Moon.

This Machine that I am speaking of, contains a multitude of strange Springs and Screws, and a Man that puts himself into it, is very insensibly carried into vast Speculations, Reflexions, and regular Debates with himself: They have a very hard Name for it in those Parts; but if I were to give it an English Name, it should be call'd, The Cogitator, or the Chair of Reflection.

And First, The Person that is seated here feels some pain in passing some Negative Springs, that are wound up, effectually to shut out all Injecting, Disturbing Thoughts; and the better to prepare him for the Operation that is to follow, and this is without doubt a very rational way; for when a Man can absolutely shut out all manner of thinking, but what he is upon, he shall think the more Intensly upon the one object before him.

This Operation past, here are certain Screws that draw direct Lines from every Angle of the Engine to the Brain of the Man, and at the same time, other direct Lines to his Eyes; at the other end of which Lines, there are Glasses which convey or reflect the Objects the Person is desirous to think upon.

Then the main Wheels are turn'd, which wind up according to their several Offices; this the Memory, that the Understanding; a third the Will, a fourth the thinking Faculty; and these being put all into regular Motions, pointed by direct Lines to their proper Objects, and perfectly uninterrupted by the Intervention of Whimsy, Chimera, and a Thousand fluttering Dæmons that Gender in the Fancy, but are effectually Lockt out as before, assist one another to receive right Notions, and form just Ideas of the things they are directed to, and from thence the Man is impower'd to make right Conclusions, to think and act like himself, suitable to the sublime Qualities his Soul was originally blest with.

There never was a Man went into one of these thinking Engines, but he came wiser out than he was before; and I am persuaded, it would be a more effectual Cure to our Deism, Atheism, Scepticism, and all other Scisms, than ever the Italian's Engine, for Curing the Gout by cutting off the Toe.

This is a most wonderful Engine, and performs admirably, and my Author gave me extraordinary Accounts of the good Effects of it; and I cannot but tell my Reader, That our Sublunar World suffers Millions of Inconveniencies, for want of this thinking Engine: I have had a great many Projects in my Head, how to bring our People to regular thinking, but 'tis in vain without this Engin; and how to get the Model of it I know not; how to screw up the Will, the Understanding, and the rest of the Powers; how to bring the Eye, the Thought, the Fancy, and the Memory, into Mathematical Order, and obedient to Mechanick Operation; help Boyl, Norris, Newton, Manton, Hammond, Tillotson, and all the Learned Race, help Phylosophy, Divinity, Physicks, Oeconomicks, all's in vain, a Mechanick Chair of Reflection is the only Remedy that ever I found in my Life for this Work.

As to the Effects of Mathematical thinking, what Volumes might be writ of it will more easily appear, if we consider the wondrous Usefulness of this Engine in all humane Affairs; as of War, Peace, Justice, Injuries, Passion, Love, Marriage, Trade, Policy, and Religion.

When a Man has been screw'd into himself, and brought by this Art to a Regularity of Thought, he never commits any Absurdity after it; his Actions are squared by the same Lines, for Action is but the Consequence of Thinking; and he that acts before he thinks, sets humane Nature with the bottom upward.

M. would never have made his Speech, nor the famous B----ly wrote a Book, if ever they had been in this thinking Engine: One would have never told us of Nations he never saw, nor the other told us, he had seen a great many, and was never the Wiser.

H. had never ruin'd his Family to Marry Whore, Thief and Beggar-Woman, in one Salliant Lady, after having been told so honestly, and so often of it by the very Woman her self.

Our late unhappy Monarch had never trusted the English Clergy, when they preacht up that Non-Resistance, which he must needs see they could never Practice; had his Majesty been screw'd up into this Cogitator, he had presently reflected, that it was against Nature to expect they should stand still, and let him tread upon them: That they should, whatever they had preacht or pretended to, hold open their Throats to have them be cut, and tye their own Hands from resisting the Lord's Anointed.

Had some of our Clergy been screw'd in this Engine, they had never turned Martyrs for their Allegiance to the Late King, only for the Lechery of having Dr. S------- in their Company.

Had our Merchants been manag'd in this Engine, they had never trusted their Turkey Fleet with a famous Squadron, that took a great deal of care to Convoy them safe into the Enemies Hands.

Had some People been in this Engine, when they had made a certain League in the World, in order to make amends for a better made before, they would certainly have consider'd farther, before they had embarkt with a Nation, that are neither fit to go abroad nor stay at Home.

As for the Thinking practis'd in Noble Speeches, Occasional Bills, Addressings about Prerogative, Convocation Disputes, Turnings in and Turnings out at Ours, and all the Courts of Christendom, I have nothing to say to it.

(...)

Our Cogitator would be a very necessary thing to show some People, That Poverty and Weakness is not a sufficient Ground to oppress a Nation, and their having but little Trade, cannot be a sufficient Ground to equip Fleets to take away what they have.

I cannot deny, that I have often thought they have had something of this Engine in our Neighbouring Antient Kingdom, since no Man, however we pretend to be angry, but will own they are in the right of it, as to themselves, to Vote and procure Bills for their own Security, and not to do as others demand without Conditions fit to be accepted: But of that by it self.

There are abundance of People in Our World, of all sorts and Conditions, that stand in need of our thinking Engines, and to be screw'd into themselves a little, that they might think as directly as they speak absurdly: But of these also in a Class by it self.

This Engine has a great deal of Philosophy in it; and particularly, 'tis a wonderful Remedy against Poreing; and as it was said of Mons. Jurieu at Amsterdam, that he us'd to lose himself in himself; by the Assistance of this piece of Regularity, a Man is most effectually secur'd against bewildring Thoughts, and by direct thinking, he prevents all manner of dangerous wandring, since nothing can come to more speedy Conclusions, than that which in right Lines, points to the proper Subject of Debate.

All sorts of Confusion of Thoughts are perfectly avoided and prevented in this case, and a Man is never troubled with Spleen, Hyppo, or Mute Madness, when once he has been thus under the Operation of the Screw: It prevents abundance of Capital Disasters in Men, in private Affairs; it prevents hasty Marriages, rash Vows, Duels, Quarrels, Suits at Law, and most sorts of Repentance. In the State, it saves a Government from many Inconveniences; it checks immoderate Ambition, stops Wars, Navies and Expeditions; especially it prevents Members making long Speeches when they have nothing to say; it keeps back Rebellions, Insurrections, Clashings of Houses, Occasional Bills, Tacking, &c.

It has a wonderful Property in our Affairs at Sea, and has prevented many a Bloody Fight, in which a great many honest Men might have lost their Lives that are now useful Fellows, and help to Man and manage Her Majesty's Navy.

What if some People are apt to charge Cowardice upon some People in those Cases? 'Tis plain that cannot be it, for he that dare incur the Resentment of the English Mob, shows more Courage than would be able to carry him through Forty Sea-fights.

'Tis therefore for want of being in this Engine, that we censure People, because they don't be knocking one another on the Head, like the People at the Bear-Garden; where, if they do not see the Blood run about, they always cry out, A Cheat; and the poor Fellows are fain to cut one another, that they may not be pull'd a pieces; where the Case is plain, they are bold for fear, and pull up Courage enough to Fight, because they are afraid of the People.

This Engine prevents all sorts of Lunacies, Love-Frenzies, and Melancholy-Madness, for preserving the Thought in right Lines to direct Objects, it is impossible any Deliriums, Whimsies, or fluttering Air of Ideas, can interrupt the Man, he can never be Mad; for which reason I cannot but recommend it to my Lord S---, my Lord N---, and my Lord H-----, as absolutely necesssary to defend them from the State-Madness, which for some Ages has possest their Families, and which runs too much in the Blood.

It is also an excellent Introduction to Thought, and therefore very well adapted to those People whose peculiar Talent and Praise is, That they never think at all. Of these, if his Grace of B---d would please to accept Advice from the Man in the Moon, it should be to put himself into this Engine, as a Soveraign Cure to the known Disease call'd the Thoughtless Evil.

But above all, it is an excellent Remedy, and very useful to a sort of People, who are always Travelling in Thought, but never Deliver'd into Action; who are so exceeding busy at Thinking, they have no leisure for Action. These Gentlemen would make excellent use of this Engine, for it would teach 'em to dispatch one thing before they begin another; and therefore is of singular use to honest S----, whose peculiar it was, to be always beginning Projects, but never finish any.

The Variety of this Engine, its Uses, and Improvements, are Innumerable, and the Reader must not expect I can give any thing like a perfect Description of it.



Daniel DEFOE
The Consolidator

miércoles, 4 de mayo de 2011

Des divisions du pet




Des divisions du pet
Après avoir expliqué la nature et la cause du pet, il nous reste à procéder à sa juste division, et à examiner ses espèces différentes, pour les définir ensuite relativement à leurs affections.

Il s'élève ici naturellement une question: la voici. Comment faire, dira-t-on, la juste division d'un pet? C'est un incrédule qui parle. Faut-il le mesurer à l'aune, au pied, à la pinte, au boisseau? Car, quae sunt eadem uni tertio, sunt eadem inter se. Non: et voici la solution qu'en a donnée un excellent chimiste; rien même de plus facile et de plus naturel.

Enfoncez, dit-il, votre nez dans l'anus; la cloison du nez divisant l'anus également, vos narines formeront les bassins de la balance dont votre nez servira alors. Si vous sentez de la pesanteur en mesurant le pet qui sortira, ce sera un signe qu'il faudra le prendre au poids, s'il est dur, à l'aune ou au pied, s'il est liquide, à la pinte, s'il est grumeleux, au boisseau, etc. Mais si vous le trouvez trop petit pour faire l'expérience, faites comme les gentilshommes verriers: soufflez au moule tant qu'il vous plaira, je veux dire, jusqu'à ce qu'il ait acquis un volume raisonnable. Mais parlons sérieusement. Les grimauds de grammaire divisent les lettres en voyelles et en consonnes; ces Messieurs effleurent ordinairement la matière: mais nous qui faisons profession de la faire sentir et goûter telle qu'elle est, nous divisons les pets en vocaux, et en muets, ou vesses proprement dites.

Les pets vocaux sont naturellement appelés pétards, du mot péter, relativement aux espèces différentes des sons qu'ils produisent, comme si le bas-ventre était rempli de pétards. Consultez là-dessus Willichius Jodochus dans ses Thèses du pétard. Or, le pétard est un éclat bruyant, engendré par des vapeurs sèches. Il est grand ou petit, selon la variété de ses causes ou de ses circonstances. Le grand pétard est plénivocal, ou vocal, par excellence; et le petit s'appelle semivocal.

(...)


Mais pour ne laisser rien à désirer sur l´Art de peter; nous avons jugé à propos de donner ici une liste de quelques Pets, que n´avons pas insérés dans le courant de l´Ouvrage, on sauroit pévoir tout, principalement dans une matière peu battue; ce n´a été qu´après des Mémoires qu´on vient de nous envoyer récemment que nous avons écrit ce qui suit. Nous commencerons donc, pour faire honneur à la province, par les Pets Provinciaux.

Pets de province

Des gens expérimentés nous assurent que ces pets ne sont pas si falsifiés que ceux de Paris, où l’on raffine sur tout. On ne les sert pas avec tant d’étalage ; mais ils sont naturels et ont un petit goût salin, semblable à celui des huîtres vertes. Ils réveillent agréablement l’appétit.

Pets de ménage

Nous apprenons d’après les remarques d’une grande ménagère de Pétersbourg, que ces sortes de pets sont d’un goût excellent dans leur primeur et que quand ils sont chauds, on les croque avec plaisir ; mais que dès qu’ils sont rassis, ils perdent leur saveur et ressemblent aux pilules qu’on ne prend que pour le besoin.

Pets de pucelle

On écrit de l’île des Amazones, que les pets qu’on y fait sont d’un goût délicieux et fort recherché. On dit qu’il n’y a que dans ce pays où l’on en trouve ; mais on n’en croit rien. Toutefois on avoue qu’ils sont extrêmement rares.

Pets de demoiselles

Ce sont des mets exquis, surtout dans les grandes villes où on les prend pour du croquet à la fleur d’orange.

Pets de jeunes filles

Quand ils sont mûrs, ils ont un petit goùt de revas-y qui flatte les véritables connaisseurs.

Pets de femmes mariees

On aurait bien un long mémoire à transcrire sur ces pets ; mais on se contentera de la conclusion de l’auteur et l’on dira d’après lui « qu’ils n’ont de goût que pour les amants » et que « les maris n’en font pas d’ordinaire grand cas ».

Pets de bourgeoises

La bourgeoisie de Rouen et celle de Caen nous ont envoyé une longue adresse en forme de dissertation, sur la nature des pets de leurs femmes. (…). Nous dirons en général que le pet de bourgeoise est d’un assez bon fumet, lorsqu’il est bien dodu et proprement accommodé et que, faute d’autres, on peut très bien s’en contenter.

Pets de paysannes

Pour répondre à certains mauvais plaisants qui ont perdu de réputation les pets de paysannes, on écrit des environs d’Orléans qu’ils sont très beaux et très bien faits. Quoique accommodés à la villageoise, qu’ils sont encore de fort bon goût, et l’on assure les voyageurs que c’est un véritable morceau pour eux et qu’ils pourront les avaler en toute sûreté comme des gobets à la courte queue. Les bergères de la vallée de Tempé, en Thessalie, nous donnent avis que leurs pets ont le véritable fumet du pet, c’est-à-dire qu’ils sentent le sauvageon, parce qu’ils sont produits dans un terrain où il ne croît que des aromates, comme le serpolet, la marjolaine, et qu’elles entendent qu’on distingue leurs pets de ceux des autres bergères qui prennent naissance dans un terroir inculte. La marque distinctive qu’elles enseignent pour les reconnaître et n’y être pas trompé, c’est de faire ce que l’on fait aux lapins pour être sûrs qu’ils sont de garenne, flairer au moule.

Pets de vieilles

Le commerce de ces pets est si désagréable qu’on ne trouve point de marchand pour les négocier. On ne prétend pas pour cela empêcher personne d’y mettre le nez, le commerce est libre.

Pets de potiers de terres

Quoiqu’ils soient faits autour, ils n’en sont pas meilleurs ; ils sont sales, puants et tiennent aux doigts. On ne peut les toucher, crainte de s’emberner.

Pets de tailleurs

Ils sont de bonne taille et ont un goût de prunes, mais les noyaux en sont à craindre.

Pets de cocus

Il y en a de deux sortes. Les uns sont doux, affables, mous. Ce sont les pets des cocus volontaires : ils ne sont pas malfaisants. Les autres sont brusques, sans raison et furieux ; il faut s’en donner de garde. Ils ressemblent au limaçon, qui ne sort de sa coquille que les cornes les premières.


Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, L’art de péter, Essai théori-physique et méthodique à l’usage des personnes constipées, des personnes graves et austères, des dames mélancoliques et de tous ceux qui restent esclaves du préjugé (1751)

domingo, 24 de abril de 2011

L´art de ramper



... à l´usage de nos classes politiques


Si nous examinons les choses sous ce point de vue, nous verrons que, de tous les arts, le plus difficile est celui de ramper. Cet art sublime est peut-être la plus merveilleuse conquête de l’esprit humain. La nature a mis dans le cœur de tous les hommes un amour-propre, un orgueil, une fierté qui sont, de toutes les dispositions, les plus pénibles à vaincre. L’âme se révolte contre tout ce qui tend à la déprimer ; elle réagit avec vigueur toutes les fois qu’on la blesse dans cet endroit sensible ; et si de bonne heure on ne contracte l’habitude de combattre, de comprimer, d’écraser ce puissant ressort, il devient impossible de le maîtriser. C’est à quoi le courtisan s’exerce dans l’enfance, étude bien plus utile sans doute que toutes celles qu’on nous vante avec emphase, et qui annonce dans ceux qui ont acquis ainsi la faculté de subjuguer la nature une force dont très-peu d’êtres se trouvent doués. C’est par ces efforts héroïques, ces combats, ces victoires qu’un habile courtisan se distingue et parvient à ce point d’insensibilité qui le mène au crédit, aux honneurs, à ces grandeurs qui font l’objet de l’envie de ses pareils et celui de l’admiration publique.


Que l’on exalte encore après cela les sacrifices que la Religion fait faire à ceux qui veulent gagner le ciel ! Que l’on nous parle de la force d’âme de ces philosophes altiers qui prétendent mépriser tout ce que les hommes estiment ! Les dévots et les sages n’ont pu vaincre l’amour-propre ; l’orgueil semble très-compatible avec la dévotion et la philosophie. C’est au seul courtisan qu’il est réservé de triompher de lui-même et de remporter une victoire complète sur les sentimens de son cœur. Un parfait courtisan est sans contredit le plus étonnant de tous les hommes. Ne nous parlez plus de l’abnégation des dévots pour la Divinité, l’abnégation véritable est celle d’un courtisan pour son maître ; voyez comme il s’anéantit en sa présence ! Il devient une pure machine, ou plutôt il n’est plus rien ; il attend de lui son être, il cherche à démêler dans ses traits ceux qu’il doit avoir lui-même ; il est comme une cire molle prête à recevoir toutes les impressions qu’on voudra lui donner.



Il est quelques mortels qui ont de la roideur dans l’esprit, un défaut de souplesse dans l’échine, un manque de flexibilité dans la nuque du cou ; cette organisation malheureuse les empêche de se perfectionner dans l’art de ramper et les rend incapables de s’avancer à la Cour. Les serpens et les reptiles parviennent au haut des montagnes et des rochers, tandis que le cheval le plus fougueux ne peut jamais s’y guinder. La Cour n’est point faite pour ces personnages altiers, inflexibles, qui ne savent ni se prêter aux caprices, ni céder aux fantaisies, ni même, quand il en est besoin, approuver ou favoriser les crimes que la grandeur juge nécessaires au bien être de l’État.



Un bon courtisan ne doit jamais avoir d’avis, il ne doit avoir que celui de son maître ou du ministre, et sa sagacité doit toujours le lui faire pressentir ; ce qui suppose une expérience consommée et une connaissance profonde du cœur humain. Un bon courtisan ne doit jamais avoir raison, il ne lui est point permis d’avoir plus d’esprit que son maître ou que le distributeur de ses grâces, il doit bien savoir que le Souverain et l’homme en place ne peuvent jamais se tromper.



Le courtisan bien élevé doit avoir l’estomac assez fort pour digérer tous les affronts que son maître veut bien lui faire. Il doit dès la plus tendre enfance apprendre à commander à sa physionomie, de peur qu’elle ne trahisse les mouvemens secrets de son cœur ou ne décèle un dépit involontaire qu’une avanie pourrait y faire naître. Il faut pour vivre à la Cour avoir un empire complet sur les muscles de son visage, afin de recevoir sans sourciller les dégoûts les plus sanglans. Un boudeur, un homme qui a de l’humeur ou de la susceptibilité ne saurait réussir.



En effet, tous ceux qui ont le pouvoir en main prennent communément en fort mauvaise part que l’on sente les piqûres qu’ils ont la bonté de faire ou que l’on s’avise de s’en plaindre. Le courtisan devant son maître doit imiter ce jeune Spartiate que l’on fouettait pour avoir volé un renard ; quoique durant l’opération l’animal caché sous son manteau lui déchirât le ventre, la douleur ne put lui arracher le moindre cri. Quel art, quel empire sur soi-même ne suppose pas cette dissimulation profonde qui forme le premier caractère du vrai courtisan ! Il faut que sans cesse sous les dehors de l’amitié il sache endormir ses rivaux, montrer un visage ouvert, affectueux, à ceux qu’il déteste le plus, embrasser avec tendresse l’ennemi qu’il voudrait étouffer ; il faut enfin que les mensonges les plus impudens ne produisent aucune altération sur son visage.



Le grand art du courtisan, l’objet essentiel de son étude, est de se mettre au fait des passions et des vices de son maître, afin d’être à portée de le saisir par son faible : il est pour lors assuré d’avoir la clef de son cœur. Aime-t-il les femmes ? il faut lui en procurer. Est-il dévot ? il faut le devenir ou se faire hypocrite. Est-il ombrageux ? il faut lui donner des soupçons contre tous ceux qui l’entourent. Est-il paresseux ? il ne faut jamais lui parler d’affaires ; en un mot il faut le servir à sa mode et surtout le flatter continuellement. Si c’est un sot, on ne risque rien à lui prodiguer les flatteries même qu’il est le plus loin de mériter ; mais si par hasard il avait de l’esprit ou du bon sens, ce qui est assez rarement à craindre, il y aurait quelques ménagemens à prendre.



Le courtisan doit s’étudier à être affable, affectueux et poli pour tous ceux qui peuvent lui aider et lui nuire ; il ne doit être haut que pour ceux dont il n’a pas besoin. Il doit savoir par cœur le tarif de tous ceux qu’il rencontre, il doit saluer profondément la femme de chambre d’une Dame en crédit, causer familièrement avec le suisse ou le valet de chambre du ministre, caresser le chien du premier commis ; enfin il ne lui est pas permis d’être distrait un instant ; la vie du courtisan est une étude continuelle.



Un véritable courtisan est tenu comme Arlequin d’être l’ami de tout le monde, mais sans avoir la faiblesse de s’attacher à personne ; obligé même de triompher de l’amitié, de la sincérité, ce n’est jamais qu’à l’homme en place que son attachement doit cesser aussitôt que le pouvoir cesse. Il est indispensable de détester sur-le-champ quiconque a déplu au maître ou au favori en crédit.



Que l’on juge d’après cela si la vie d’un parfait courtisan n’est pas une longue suite de travaux pénibles. Les Nations peuvent-elles payer trop chèrement un corps d’hommes qui se dévoue à ce point pour les services du Prince ? Tous les trésors des peuple suffisent à peine pour payer des héros qui se sacrifient entièrement au bonheur public ; n’est-il pas juste que des hommes qui se damnent de si bonne grâce pour l’avantage de leurs concitoyens soient au moins bien payés en ce monde ?



Quel respect, quelle vénération ne devons-nous pas avoir pour ces êtres privilégiés que leur rang, leur naissance rend naturellement si fiers, en voyant le sacrifice généreux qu’ils font sans cesse de leur fierté, de leur hauteur, de leur amour-propre ! Ne poussent-ils pas tous les jours ce sublime abandon d’eux-mêmes jusqu’à remplir auprès du Prince les mêmes fonctions que le dernier des valets remplit auprès de son maître ? Ils ne trouvent rien de vil dans tout ce qu’ils font pour lui ; que dis-je ? ils se glorifient des emplois les plus bas auprès de sa sacrée personne ; ils briguent nuit et jour le bonheur de lui être utiles, ils le gardent à vue, se rendent les ministres complaisans de ses plaisirs, prennent sur eux ses sottises ou s’empressent de les applaudir ; en un mot, un bon courtisan est tellement absorbé dans l’idée de son devoir, qu’il s’enorgueillit souvent de faire des choses auxquelles un honnête laquais ne voudrait jamais se prêter. L’esprit de l’Évangile est l’humilité ; le Fils de l’Homme nous a dit que celui qui s’exalte serait humilié ; l’inverse n’est pas moins sûr, et les gens de Cour suivent le précepte à la lettre. Ne soyons donc plus surpris si la Providence les récompense sans mesure de leur souplesse, et si leur abjection leur procure les honneurs, la richesse et le respect des Nations bien gouvernées.

Paul Heinrich Dietrich von Holbach, ou baron d´Holbach

martes, 29 de marzo de 2011

L`Art de Péter



"La Nature stérile en Péteurs excellents

Sçait entre les Souffleurs partager les talents.

L'un peut jusqu'à six fois décharger son tonnerre;

L'autre du premier coup peut ébranler la Terre;

Un Héros jusqu'à dix peut porter ses exploits;

Un autre parler, rire et péter à la fois,

Mais tel qui bien souvent croit être un fort grand Sire,

Méconnoît ses défauts et n^apprête qu'à rire.

Tel aux plus grands Péteurs qui veut donner des lois.

Pour se faire écouter, n'a qu'un filet de voix.

Il faut plus de vigueur et jamais de mollesse.

Aux coups les plus bruyants on mesure l'adresse

Un gros Pet est souvent la clef de la fortune,

Il faut laisser la Vesse à la foule commune.

O siècle aveugle ! O moeurs! Les talents et l'honneur

Seront donc inutiles, si l'on n'est bon Péteur.

Quelques vents que l`on fasse, ou des Pets ou des Vesses,

Qu'on ait bien soin, surtout, de desserrer les fesses.

De crainte qu'en rentrant, ce dangereux captif

Ne devienne pour vous plus gênant, plus actif

Vive un Pet bien dodu ! dit le grand Hipocrate;

Rien n'est plus sain, plus propre à dilater la rate.

N*oubliez donc jamais, vous apprentis Péteurs,

Qu'un seul Pet étranglé peut causer des vapeurs.

Pétons tous à notre aise et sans perdre courage.

Ne croyons pas aux ne^ faire le moindre outrage.

L`oreille est pour entendre et le nez pour sentir;

Qui n'aime pas les Pets est prié de sortir;

Voulez vous du public mériter le suffrage

Il faut que votre cul varie son langage;

Qu´il imite la Flûte et tantôt le Basson,

Que tantôt avec l'Orgue il soit à l'unisson.

Un Péteur trop égal et toujours uniforme

En vain frappe l'oreille, il faut qu'il nous endorme.

On goûte peu ces Pets qui, bien loin d'égayer.

Etant sur le même air, ne peuvent qu'ennuyer.

Il faut donc qu´en tout temps musicien habile

Vous changiez votre ton soit aux champs, soit en ville.

Heureux! qui dans ses Pets d'une course légère

Sait quelquefois passer du plus doux au sévère.

Son derrière chéri de tous les Connaisseurs

Est souvent en public entouré d'Auditeurs;

Mais lorsque vous péte, éviter la bassesse.

Et qu'on puisse toujours admirer votre adresse.

Il est un heureux choix de Pets harmonieux;

Fuyez des mauvais sons le concours odieux.

Le Pet le mieux rempli, fût-il une merveille.

Ne me plaira Jamais^ s'il choque mon oreille.

Prenez garde, surtout^ qu'en cherchant à primer,

Votre orgueil, tôt ou tard^ ne vous fasse blâmer.

La plupart emportés d'une ardeur insensée.

Sans s'être préparés font partir la fusée

Ils croiroient perdre tout Péteurs impétueux,

S'ils pensoient que quelqu'autre ait pu péter comme eux.

Attende^ pour péter que la Nature sage

Dans son laboratoire ait formé son ouvrage.

Il faut que chaque Pet y soit mis en son lieu;

Que le plus gros, surtout y soit toujours au milieu

Et que les plus petits, préparant la carrière

Entrouvrent aux plus forts la porte de derrière.

Ce n'est pas qu'en pétant il faille régner ;

Un Pet fait simplement n'est pas à condamner,

J`aime un bon Pet qui part d'un derrière rustique;

Celui d^un Duc et Pair me donne la colique.

Vous verrez rarement au sein de la Grandeur,

Et surtout à la Cour, un habile Péteur.

Méfiez-vous d'un vent qui glisse d'une Jupe;

De ce foible avorton ne soyez pas la dupe.

Quelque soit son odeur, s'il ne retentit pas

Mon nez trop délicat n'y trouve aucun appas.

Il faut pour mon oreille une explosion forte;

A toute autre musique elle ferme la porte.

Mais J'entends du beau sexe un Partisan zélé

Prendre aussitôt en main le droit de l`offensé.

Ah! Monsieur, pour ce Pet, je vous demande grâce.

Me dit'il avec feu; si la note est trop basse,

Que du moins attendri par sa puante odeur,

Votre inflexible nez relâche sa rigueur.

Mais moi, toujours constant à ne me point dédire

Je soutiens que ce Pet ne vaut pas qu'on l'admire:

Consultons, si l'on veut sans faire aucun fracas,

Quelque Docteur instruit, qui décide le cas.

Mais sans aller si loin un grave Apothicaire,

La seringue à la main peut juger notre affaire

Maître de tous les culs dont les Pets sont à lui

Il peut gloser sur eux comme sur leur étui.

Pour moiy je continue et sans perdre courage

Je vais sur le métier remettre mon ouvrage.

Et vous Jeunes Péteurs^ sans faire de façons

Ecoutez de mon cul les utiles leçons:

Je dis donc qu'à péter si l`esprit s'évertue,

Le derrière à souffler aisément s'habitue... "


ANONYME
A Pordè-polis, Au siège de la Société des Francs-Péteurs, 1783.



PS les images ne correspondent pas a l`édition de cet étrange anonyme mais bien au célebre Art de Péter de Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut
(Florent-Q., rue Pet-en-Gueule, au Soufflet, Westphalie, 1751)
qu`on retrouvera un de ces quatre sur notre Miscelanea

viernes, 18 de marzo de 2011

Le Sopha libertin



— Je voudrais bien, interrompit Schah- Baham, savoir un peu ce que vous faisiez pendant que vous étiez femme.

— Il ne m'est resté de ce que je faisais alors qu'une idée fort imparfaite, répondit Amanzéi. Ce dont je me souviens le plus, c'est que j'étais galante dans ma jeunesse, que je ne savais ni haïr ni aimer; que, née sans caractère, j'étais tour à tour ce qu'on voulait que je fusse, ou ce que mes intérêts et mes plaisirs me forçaient d'être; qu'après une vie fort dérangée, je finis par me faire hypocrite, et qu'enfin je mourus en m'occupant, malgré mon air prude, de ce qui, dans le cours de ma vie, m'avait amusé le plus.

« Ce fut apparemment du goût que j'avais eu pour les sophas, que Brahma prit l'idée d'enfermer mon âme dans un meuble de cette espèce. Il voulut qu'elle conservât dans cette prison toutes ses facultés, moins sans doute pour adoucir l'horreur de mon sort que pour me la faire mieux sentir. Il ajouta que mon âme ne commencerait une nouvelle carrière que quand deux personnes se donneraient mutuellement et sur moi leurs prémices. Il me restait assez d'idées, et de ce que j'avais fait, et de ce que j'avais vu, pour sentir que la condition à laquelle Brahma voulait bien m'accorder une nouvelle vie, me retenait pour longtemps dans le meuble qu'il m'avait choisi pour prison; mais la permission qu'il me donna de me transporter, quand je le voudrais, de sopha en sopha, calma un peu ma douleur. Cette liberté mettait dans ma vie une variété qui devait me la rendre moins ennuyeuse; d'ailleurs, mon âme était aussi sensible aux ridicules d'autrui que lorsqu'elle animait une femme, et le plaisir d'être à portée d'entrer dans les lieux les plus secrets, et d'être en tiers dans les choses que l'on croirait les plus cachées, la dédommagea de son supplice.

Après que Brahma m'eut prononcé mon arrêt, il transporta lui-même mon âme dans un sopha que l'ouvrier allait livrer à une femme de qualité qui passait pour être extrêmement sage; mais s'il est vrai qu'il y ait peu de héros pour les gens qui les voient de près, je puis dire aussi qu'il y a, pour leur sopha, bien peu de femmes vertueuses.

« Un sopha ne fut jamais un meuble d'antichambre, et l'on me plaça, chez la dame à qui j'allais appartenir, dans un cabinet séparé du reste de son palais, et où, disait-elle, elle n'allait souvent que pour méditer sur ses devoirs, et se livrer à Brahma avec moins de distraction. Quand j'entrai dans ce cabinet, j'eus peine à croire, à la façon dont il était orné, qu'il ne servît jamais qu'à d'aussi sérieux
exercices. Ce n'était pas qu'il fût somptueux, ni que rien y parût trop recherché; tout y semblait, au premier coup d'œil, plus noble que galant : mais, à le considérer avec réflexion, on y trouvait un luxe hypocrite, des meubles d'une certaine commodité, de ces choses enfin que l'austérité n'invente pas, et dont elle n'est pas accoutumée à se servir. Il me sembla que j'étais moi-même d'une couleur bien gaie pour une femme qui affichait tant d'éloignement pour la coquetterie.

Peu de temps après que je fus dans le cabinet, ma maîtresse entra; elle me regarda avec indifférence, parut contente, mais sans me louer trop, et, d'un air froid et distrait, elle renvoya l'ouvrier. Aussitôt qu'elle se vit seule, cette physionomie sombre et sévère s'ouvrit; je vis un autre maintien et d'autres yeux; elle m'essaya avec un soin qui m'annonçait qu'elle ne comptait pas faire de moi un meuble de simple parade. Cet essai voluptueux, et l'air tendre et gai qu'elle avait pris d'abord, qu'elle s'était vue sans témoins, ne m'ôtaient rien de la haute idée qu'on avait d'elle dans Agra.

« Je savais que ces âmes que l'on croit si parfaites, ont toujours un vice favori, souvent combattu, mais presque toujours triomphant; qu'elles paraissent sacrifier des plaisirs, qu'elles n'en goûtent quelquefois qu'avec plus de sensualité, et qu'enfin elles font souvent consister la vertu moins dans la privation que dans le repentir. Je conclus de cela que Fatmé était paresseuse, et je me serais alors reproché de porter mes idées plus loin...

« Fatmé, en apparence, fuyait les plaisirs, et ce n'était que pour s'y livrer avec plus de sûreté. Dévouée à l'imposture dès sa plus tendre jeunesse, elle avait moins songé à corriger les penchants vicieux de son cœur, qu'à les voiler sous l'apparence de la plus austère vertu. Son âme, naturellement... dirai-je voluptueuse? non : ce n'était pas le caractère de Fatmé; son âme était portée aux plaisirs. Peu délicate,
mais sensuelle, elle se livrait au vice, et ne connaissait point l'amour. Elle n'avait pas encore vingt ans ; il y en avait cinq qu'elle était mariée, et plus de huit qu'elle avait prévenu le mariage. Ce qui séduit ordinairement les femmes ne prenait rien sur elle ; une figure aimable, beaucoup d'esprit, lui inspiraient
peut-être des désirs ; mais elle n'y cédait pas.

Les objets de ses passions étaient choisis parmi des gens non suspects, engagés par leur genre de vie à taire leurs plaisirs, ou entre ceux que la bassesse de leur état dérobe aux soupçons" du public, que la libéralité séduit, que la crainte retient dans le silence, et qui, dévoués en apparence aux plus vils emplois, quelquefois n'en paraissent pas moins propres aux plus doux mystères de l'amour.

(...) « A sa voix, un jeune esclave, d'une figure plus fraîche qu'agréable, se présenta. Fatmé, le fixant avec des yeux où régnait l'amour et le désir, parut cependant irrésolue et craintive.

— « Ferme la porte, Dahis ! lui dit-elle enfin. Viens, nous sommes seuls ; tu peux
sans danger te souvenir que je t'aime, et me prouver ta tendresse ! »

« Dabis, à cet ordre, quittant i'air respectueux d'un esclave, prit celui d'un homme
que l'on rend heureux. 11 me parut peu délicat, peu tendre, mais vif et ardent, dévoré de désirs, ne connaissant point l'art de les satisfaire par degrés, ignorant la galanterie, ne sentant point de certaines choses, ne détaillant rien, mais s'occupant essentiellement de tout. Ce n'était pas un amant, et pour Fatmé
qui ne cherchait pas l'amusement, c'était quelque chose de plus nécessaire. Dahis
louait grossièrement; mais le peu de finesse de ses éloges ne déplaisait pas à Fatmé, qui, pourvu qu'on lui prouvât fortement qu'elle inspirait des désirs, croyait toujours être louée assez bien.

« Fatmé se dédommagea avec Dahis de la réserve avec laquelle elle s'était forcée
avec son mari. Moins fidèle aux sévères lois de la décence, ses yeux brillèrent du feu le plus vif; elle prodigua à Dahis les noms les plus tendres et les plus ardentes caresses; loin de lui rien dérober de tout ce qu'elle sentait, elle se livrait à tout son trouble. Plus tranquille, elle faisait remarquer à Dahis toutes
les beautés qu'elle lui abandonnait, et le forçait môme à lui demander de nouvelles preuves de sa complaisance, et que lui-mcme il n'aurait pas désirées.

« Dahis, cependant, paraissait peu touché. Ses yeux s'arrêtaient stupidement sur les objets que la facile Fatmé leur présentait; c'était machinalement qu'ils faisaient impression sur lui. Son âme grossière ne sentait rien; le plaisir ne pénétrait même pas jusqu'à elle. Pourtant Fatmé était contente. Le silence dé Dahis et sa stupidité ne choquaient point son amour-propre, et elle avait de trop bonnes raisons pour croire qu'il était sensible à ses charmes, pour ne pas préférer son air indifférent aux éloges les plus outrés et aux plus fougueux transports d'un petit-maître.

« Fatmé, en s'abandonnant aux désirs de Dahis, annonçait assez qu'elle avait aussi peu de délicatesse que de vertu, et n'exigeait pas de lui cette vivacité dans les transports, ces tendres riensr que la finesse de l'âme et la politesse des manières rendent supérieurs aux plaisirs, ou qui, pour mieux dire, les font eux- mêmes.

« Dahis sortit enfin, après avoir bâillé plus d'une fois. Il était du nombre de ces personnes malheureuses, qui, ne pensant jamais rien, n'ont jamais aussi rien à dire, et qui sont meilleures à occuper qu'à entendre...


Claude Prosper Jolyot de CRÉBILLON

sábado, 19 de febrero de 2011

Hiérarchie des cocus




LES COCUS D’ORDRE SIMPLE

1. – LE COCU EN HERBE 1
Cocu en herbe est celui dont la femme a eu des intrigues amoureuses avant le sacrement et n'apporte pas à l'époux sa virginité.
Nota. Ne sont pas réputés cocus en herbe ceux qui ont connaissance des amours antérieurs et trouvent malgré cela leur convenance à épouser ; ainsi ce-lui qui s'allie à une veuve n'est pas cocu en herbe 2, non plus que celui qui connaît les galanteries antérieures de sa femme et s'en accommode.

2. – LE COCU PRÉSOMPTIF
Cocu présomptif est celui qui longtemps avant le mariage redoute le sort commun, se met, l'esprit à la torture pour y échapper et souffre le mal avant de l'éprouver 3 réellement. Chacun entrevoit que ses défiances ne serviront qu'à l'égarer dans le choix d'une épouse et accélérer par excès de précautions l'évé-nement qu'il redoute. Scarron a peint ce cocu dans une de ses nouvelles.

3. – LE COCU IMAGINAIRE
Cocu imaginaire est celui qui n'est pas encore cocu et se désole en croyant l'être. Celui-là, comme le présomptif, souffre du mal imaginaire avant le mal réel. Molière l'a peint dans une de ses pièces.

4. – LE COCU MARTIAL OU FANFARON
Cocu martial ou fanfaron est celui qui par d'effrayantes menaces contre les galants croit s'être mis à l'abri de leurs entreprises et porte néanmoins la coëf-fure, tout en se flattant d'y échapper par la terreur qu'il répand ostensiblement 1. Il est pour l'ordinaire cocufié par un de ceux qui applaudissent à ses rodomon-tades et lui assurent qu'il est le seul qui sache veiller sur son ménage.

5. – LE COCU ARGUS OU CAUTELEUX
Cocu argus ou cauteleux est un fin matois qui, connaissant toutes les ruses d'amour et flairant de loin les galants, fait de savantes dispositions pour les mettre en défaut 2. Il remporte sur eux des avantages signalés, mais, comme le plus habile général éprouve à la fin 3 des revers, celui-ci est à la fin soumis à la commune destinée. Au moins, s’il est cocu, il ne l'est guère.

6. – LE COCU GOGUENARD
Cocu goguenard est celui qui plaisante sur les confrères et les donne pour des imbéciles qui méritent bien ce qui leur arrive 4. Ceux qui l'entendent se regar-dent en souriant et lui appliquent tacitement le verset 5 de l'Évangile : tu vois une paille dans l'oeil du voisin, tu ne vois pas une poutre dans le tien.

7. – LE COCU PUR ET SIMPLE
Cocu pur et simple est un jaloux honorable qui ignore sa disgrâce et ne prête point à la plaisanterie par des jactances ni par des mesures maladroites contre l'épouse et les poursuivants 6. C'est de toutes les espèces de cocus la plus loua-ble.


8. – LE COCU FATALISTE OU RÉSIGNÉ
Cocu fataliste ou résigné est celui qui, dépourvu de moyens personnels pour fixer son épouse, se résigne à ce qu'il plaira à Dieu d'ordonner et 1 se retranche sur la Justice et le devoir, en observant que sa femme serait bien coupable si elle le trompait ; c'est à quoi elle ne manque pas.

9. – LE COCU CONDAMNÉ OU DÉSIGNÉ
Cocu condamné ou désigné est celui qui, affligé de difformités ou infirmités, se hasarde à prendre une belle femme. Le public, choqué d'un tel contraste, le condamne d'une voix unanime à porter la coëffure 2, et l'arrêt du public n'est que trop bien exécuté.

10. – LE COCU IRRÉPROCHABLE OU VICTIMÉ
Cocu irréprochable ou victimé est celui qui, joignant les prévenances aux avantages physiques et moraux 3, et méritant sous tous les rapports une épouse honnête, est pourtant trompé par une coquette et emporte les suffrages du pu-blic qui le déclare digne d'un meilleur sort.

11. – LE COCU DE PRESCRIPTION
Cocu de prescription est celui qui fait des absences, de longs voyages pendant lesquels la nature parle aux sens d'une épouse qui, après une défense suffisante, est enfin forcée, par la longue durée des privations, à accepter les secours d'un charitable voisin.

12. – LE COCU ABSORBÉ
Cocu absorbé est celui que le torrent des affaires éloigne sans cesse de l'épouse à qui il ne peut donner aucun soin : il est forcé de fermer les yeux sur ceux que rend un discret ami de la maison.


13. – LE COCU DE SANTÉ
Cocu de santé est celui qui, par ordonnance de la faculté, s'abstient de l'oeuvre de chair. Sa femme ne peut moins faire que de recourir à des suppléants, sans que l'époux ait le droit de s'en offenser.

14. – LE COCU RÉGÉNÉRATEUR
OU CONSERVATEUR
Cocu régénérateur 1 ou conservateur est celui qui prend en mains les intérêts de la communauté, surveille 2 les ménages des confrères et les avertit des dan-gers que leur honneur peut courir. Entre-temps, il ne voit pas ce qui se passe dans son ménage et ferait mieux de faire sentinelle pour son propre compte et prendre garde à ce qui pousse sur son front.

15. – LE COCU PROPAGANDISTE
Cocu propagandiste est celui qui va chantant les douceurs du ménage, ex-citant chacun à prendre femme et gémissant sur le malheur de ceux qui diffè-rent à jouir comme lui... et de quoi ? Du cocuage 3. À qui conte-t-il ses apolo-gies du mariage ? C'est le plus souvent à celui qui lui en fait porter.

16. – LE COCU SYMPATHIQUE
Cocu sympathique est celui qui s'attache aux amants de sa femme, en fait ses amis intimes. On en voit qui, lorsque la dame est de mauvaise humeur et brouillée 4 avec son amant, vont le trouver et lui dire : « On ne vous voit plus, nous sommes tout tristes. Je ne sais ce qu'a notre femme. Venez donc un peu nous voir, cela la dissipera ».

17. – LE COCU TOLÉRANT OU DÉBONNAIRE
Cocu tolérant ou débonnaire est celui 1 qui, voyant un amant installé chez lui, se comporte en galant homme qui veut 2 faire les honneurs de sa maison 3, se borne avec la dame à des remontrances secrètes et traite l'amant comme les autres 4, avec cette parfaite égalité que recommande la philosophie 5.

18. – LE COCU RÉCIPROQUE
Cocu réciproque est celui qui rend la pareille et qui ferme les yeux, parce qu'il se dédommage sur la femme ou parente de celui qui lui en fait porter. C'est un prêté rendu : on se tait en pareil cas.

19. – LE COCU AUXILIAIRE OU COADJUTEUR
Cocu auxiliaire ou coadjuteur est celui qui paraît peu dans le ménage et ne s'y montre que pour 6 répandre la joie, reprocher aux amoureux transis de sa femme qu'ils ne rient pas, qu'ils ne boivent pas 7, les excite sans s'en douter à oublier leurs disputes et vivre en bons républicains entre qui tout est commun. Celui-là aide le commerce ; les cornes sont des 8 roses pour lui 9.

20. – LE COCU ACCÉLÉRANT OU PRÉCIPITANT
Cocu accélérant ou précipitant est celui qui travaille à devancer l'époque, s'empresse de produire sa jeune femme, l'abonner au spectacle et l'encourager à choyer les amis et vivre avec les vivants. Celui-là est comparable aux balles qu'on remet au roulage accéléré et qui arrivent plus tôt au but 10.

21 1 - LE COCU TRAITABLE OU BÉNIN
Cocu traitable ou bénin 2 est celui qui entend raison et à qui les poursuivants font comprendre qu'un mari doit faire quelques sacrifices pour avoir la paix du ménage et permettre à madame des délassements sans conséquence pour une femme qui a des principes 3. On lui persuade que les principes doivent garantir de toute séduction et il se laisse [convaincre 4].

22. – LE COCU OPTIMISTE OU BON VIVANT
Cocu optimiste 5 ou bon vivant est celui qui voit tout en beau, s'amuse des in-trigues de sa femme, boit à la santé des cocus et trouve à s'égayer là où d'autres s'arrachent 6 des poignées de cheveux : n'est-il pas le plus sage ?

23. – LE COCU CONVERTI OU RAVISÉ
Cocu converti ou ravisé est celui qui d'abord a fait vacarme et s'est habitué avec peine à la coëffure, mais qui est revenu à la raison et finit par plaisanter de la chose et se consoler avec les autres.

24. – LE COCU FÉDÉRAL OU COALISÉ
Cocu fédéral ou coalisé 7 est celui qui, voyant l'affaire inévitable, veut bien admettre un amant 8, mais de son choix ; puis on les voit coalisés, comme Pitt et Cobourg, pour cerner la femme et écarter de concert les poursuivants.

25. – LE COCU TRANSCENDANT
OU DE HAUTE VOLÉE
Cocu transcendant ou de haute volée est le plus habile homme de toute la confrérie : aussi est-il placé au centre. C'est celui qui, épousant une très belle femme, la produit avec éclat, mais sans la prodiguer, et qui, lorsqu'elle a excité la convoitise générale, la cède pour un coup de haute fortune, comme une grande place, une forte commandite, après quoi il peut faire trophée du co-cuage et dire : Ne l'est pas qui veut à ce prix là 1. Soyez-le comme moi et vous ferez les bons plaisants.

26. – LE COCU GRANDIOSE OU IMPASSIBLE
Cocu grandiose ou impassible 2 est celui qui 3 ne s'affecte ni ne plaisante du cocuage qu'il entrevoit, et conserve un calme parfait 4, sans descendre à aucune démarche qui prête au ridicule. Tels sont dans la classe opulente la plupart des époux mariés par 5 intérêt.

27. – LE COCU DÉSERTEUR OU SCISSIONNAIRE
Cocu déserteur ou scissionnaire est celui qui, ennuyé des amours du ménage, s'affiche pour renoncer à sa femme et dit, lorsqu'il voit un amant : « Quand il en aura autant joui que moi 6 il en sera bien las ».

28. – LE COCU DE L'ÉTRIER OU PRÊTE-NOM
Cocu de l'étrier ou prête-nom 1 est un homme de paille à qui l'on donne de l'avancement sous condition d'épouser la maîtresse d'un homme en place et adopter l'enfant. Un tel cocu épouse souvent la vache et le veau ; ses cornes lui mettent le pied à l'étrier, puisqu'elles lui valent un emploi, un avancement quelconque, etc ... 2

29. – LE COCU POUPONNÉ OU COMPENSÉ
Cocu pouponné ou compensé est celui qui se doute de quelque chose, mais qui est si bien caressé, choyé et bichonné par sa femme, que ses soupçons comme ses reproches expirent dès qu'elle lui passe la main sous le menton.

30. – LE COCU ENSORCELÉ OU À CATARACTE
Cocu ensorcelé ou à cataracte 3 est celui qu'une femme sait fasciner et en-dormir au point de lui faire croire les choses les plus absurdes ; il est le seul à ignorer maintes fredaines qui sont la fable du public et il verrait la belle en fla-grant délit qu'il n'en croirait pas ses propres yeux. Elle lui persuade que les bruits de sa galanterie sont répandus par des soupirants éconduits 4 ; il rit avec elle de leur prétendue disgrâce 5 et elle rit bien mieux avec eux de la crédulité du bonhomme.

31. – LE COCU GLANEUR OU BANAL
Cocu glaneur ou banal 6 est celui qui vient humblement prendre part au gâ-teau et courtise chaudement sa chère moitié pour obtenir d'elle ce qu'elle ac-corde à tant d'autres, après qui il vient modestement glaner...

Charles FOURIER