domingo, 3 de marzo de 2013

La Singesse

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3c/DianaMonkey_Darwin.jpg/220px-DianaMonkey_Darwin.jpg

La Singesse


Donc voici! Moi, Poète, en ma haute sagesse

respuant l’Eve à qui le Père succomba

j’ai choisi pour l’aimer une jeune singesse

au pays noir dans la forêt de Mayummba

Fille des mandrills verts, ô guenuche d’Afrique,

je te proclame ici la reine et la Vénus

quadrumane, et je bous d’une hardeur hystérique

pour les callosités qui bordent ton anus.

C’était dans la forêt vierge, sous les tropiques

où s’ouvre en évantail le palmier chamœrops ;

dans le soir alangui d’effluves priapiques

stridait, rauque, le cri des nyctalomerops ;

l’heure glissait, nocturne, où gazelles, girafes,

couaggas, éléphants, zèbres, zébus, springbocks,

vont boire aux zihouas sans verre ni carafes

laissant l’homme pervers s’intoxiquer de bocks ;

sous les cactus en feu tout droits comme des cierges

des lianes rampaient (nullement de Pougy) ;

autant que la forêt ma singesse était vierge ;

de son sang virginal l’humus était rougi.

Le premier j’écartai ses lèvres de pucelle

en un rut triomphal, oublieux de Malthus,

et des parfums salés montaient de son aisselle

et des parfums pleuvaient des larysacanthus.

Elle se redressa, fière de sa blessure,

à demi souriante et confuse à demi ;

le rugisssement fou de notre jouissure

arrachait au repos le chacal endormi.

Sept fois je la repris, lascive ; son oeil jaune

clignotait langoureux, tour à tour, et mutin ;

la Dryade, amoureuse, au bras du jeune Faune

a moins d’amour en fleurs et d’esprit libertin !

Toi, fille des humains, triste poupée humaine

au ventre plein de son, tondeuse de Samson,

Dalila, Bovary, Marneffe ou Célimène,

contemple mon épouse et retiens sa leçon :

mon épouse est loyale et très chaste et soumise,

et j’adore la voir aux matins ingénus,

le cœur sans artifice et le corps sans chemise,

au soleil tropical montrer ses charmes nus ;

elle sait me choisir ignames et goyaves ;

lorsque nous cheminons par les sentiers étroits,

ses mains aux doigts velus écartent les agaves,

tel un page attentif marchant devant les rois,

puis dans ma chevelure oublieuse du peigne

avec précaution elle cherche les poux,

satisfaite pourvu que d’un sourire daigne

la payer, une fois, le Seigneur et l’Epoux.

Si quelque souvenir de douleur morte amasse

des rides sur mon front que l’ennui foudroya,

pour divertir son maître elle fait la grimace

grotesque et fantastique à délecter Goya !

Un étrange rictus tord sa narine bleue,

elle se gratte d’un geste obscène et joli

la fesse puis s’accroche aux branches par la queue

en bondissant, Footitt, Littl-Tich, Hanlon-Lee !

Mais soudain la voilà très grave ! Sa mimique

me dicte et je sais lire en ses regards profonds

des vocables muets au sens métaphysique

je comprends son langage et nous philosophons :

elle croit en un Dieu par qui le soleil brille,

qui créa l’univers pour le bon chimpanzé

puis dont le Fils-Unique, un jour, s’est fait gorille

pour ravir le pécheur à l’enfer embrasé !

Simiesque Iaveh de la forêt immense,

ô Zeus omnipotent de l’Animalité,

fais germer en ses flancs et croître ma semence,

ouvre son utérus à la maternité

car je veux voir issus de sa vulve féconde

nos enfants libérés d’atavismes humains,

aux obroontchoas que la serpe n’émonde

jamais, en grimaçant grimper à quatre mains !…

Et dans l’espoir sacré d’une progéniture

sans lois, sans préjugés, sans rêves décevants,

nous offrons notre amour à la grande Nature,

fiers comme les palmiers, libres comme les vents !!!

Georges Fourest

sábado, 2 de marzo de 2013

Terribles conséquences de la vivisection

HEINE, Thomas Theodor, Schreckliche Folgen der Vivisektion, bande dessinée, Simplicissimus, 1902

"Un professeur allemand ès sciences naturelles trouve le sang de l´orang-outang similaire à celui de l´homme, le croisement de ces deux races animales est donc possible. Pour le prouver il prend une orang-outane pour femme à Bornéo. Le voici père d´un enfant humain, doué de tous les talents. Mais ô malheur l´ancêtre revit dans sa petite-fille, l´animal n´a fait que sauter une génération. Conclusion quadruple: la mère en perd la raison, le père se suicide, l´orang-outant se retrouve au zoo et le professeur devant son bureau: il rédige un ouvrage sur l´atavisme qui fait date. La science a tout à gagner des croisements contre-nature!"
(Evanghélia Stead, Le monstre, le singe et le fétus: tératogonie et Décadence dans l'Europe fin de siècle)

Consul

 




C'était à un souper de centième, il y a quelques mois. On sait trop ce que sont ces sortes de fêtes, c'est toujours le plus beau souper du monde. C'était donc à une de ces somptueuses assemblées de talents parisiens et de notoriétés de tous pays. Il y avait à celui-là les plus jolies femmes de Paris, celles du théâtre et celles d'ailleurs, les diva et les divettes, les comédiennes et les théâtreuses, les gloires et les demi-gloires, et les quarts de gloire aussi; les réputations consacrées et les étoiles de demain, les talents arrivés à l'ancienneté et ceux imposés par les subventions du riche bâilleur de fonds ou l'engouement un peu badaud qui est un des traits distinctifs de Paris ; et, pêle-mêle avec les diamants des belles épaules épanouies et et les Lère-Cathelin des maigreurs acides de débutantes, excités et surexcités au frôlement de tant de gazes et de moires, de tant de maquillages et de fards, tout ce que le feuilleton dramatique possède de chauves et de demi-chauves, de glabres et de barbus, d'étiques et de bedonnants. Il y avait donc là toutes les myopies, toutes les lunettes, tous les lorgnons, tous les sourires pincés des jeunes maîtres, toutes les lippes bienveillantes des vieux oncles et, avec l'élite du boulevard, nos plus tragiques jeunes premiers, nos plus sémillants comiques, nos plus brillants jeunes directeurs et nos plus solides actionnaires, et c'était, comme l'a écrit un des critiques du Temps, « l'esprit et la beauté de toute une civilisation réunis à un souper, d'une splendeur telle, que ne connurent certainement pas ni Aspasie ni Cléopâtre » (sic).
Eh bien ! on ne devinera jamais ce que ces hommes spirituels avaient imaginé pour amuser toutes ces belles personnes du théâtre et des arts. Il y avait alors dans un music-hall, parmi tant d'exhibitions, un pauvre petit chimpanzé, qui opérait entre dix heures et demie et onze heures. Il n'était même pas adulte, il n'avait pas quatre ans, mais il devait grandir, le malheureux petit singe, dont on avait rasé soigneusement les oreilles et le menton pour accentuer une attristante ressemblance humaine, n'était même pas dressé, mais il était, en vérité, merveilleusement intelligent. Affublé d'un habit noir et d'un pantalon de soirée, chemisé comme un clubman et cravaté de blanc, il arrivait à s'asseoir à table, à se servir d'une fourchette et à boire dans un verre, comme un enfants très mal élevé, puis il fumait un cigare de l'air ennuyé des phoque, jongleurs et fumeurs des fêtes foraines, marchait tout à coup à quatre pattes (la nature ayant repris le dessus), faisait quelques tours en vélocipède et, triomphe final, se déshabillait en scène et mettait alors en joie toutes les femmes par l'apparition de cuisses plus velues que celles d'un homme ordinaire, entre la blancheur des pans de chemise et la soie rose du caleçon.
C'était en somme un spectacle assez lamentable. Le public y prenait pourtant un certain plaisir : j'estime que chacun y trouvait une ressemblance arec un parent ou un créancier. « Tiens, c'est mon huissier ! » s'écriait couramment la petite dame saisie l'avant-veille. Jean Hiroux, lui, reconnaissait, et non sans motif, la face du président d'assises qui l'avait condamné jadis ; la magistrature possède, en effet, une laideur plutôt simiesque; et les familles, qu'avait déshéritées un oncle d'Amérique, voulaient lui trouver les traits d'un vieux commodore. Pour moi, j'avoue que Consul me rappelait surtout un très gros collectionneur du commerce parisien, il m'en rappelait même deux, que dis-je ? trois, tant le physique des vieux messieurs s'achemine diversement vers une laideur unique.
Pauvre Consul !
Le croirait-on ? Pour amuser et faire sourire toutes ces folies femmes de talent, de luxe, de joyaux et de soies, ces messieurs ne trouvèrent rien de mieux que de leur amener ce singe.
Consul, piloté par son barnum, prit donc place à une table entre deux charmantes soupeuses, nullement effarouchées, d'ailleurs, de quelques privautés, plutôt lasses, qu'il se permit à leur endroit. On a dit de Consul qu'il n'aimait pas les femmes, la vérité est qu'il ne les aimait pas encore. Consul n'était pas adulte, il n'était encore que fraternel pour la belle moitié du genre humain ; la misogynie est un degré de sagesse et de civilisation que n'atteignent pas sitôt les chimpanzés, même dressés par un « manager » de Londres.

Consul se montra donc plus qu'indifférent. Affalé sur la table, le nez dans son assiette, tel un viveur surmené, il se contenta de boire dans le verre de ses voisines et, d'un geste accablé, de leur caresser quelques fois le menton.
L'oeil inattentif et sournois, il parut s'ennuyer sérieusement a cette fête. Uniquement préoccupé des fruits d'un compotier posé devant lui, il fuma, machinal et excédé de bruit et de mouvement ; bref, il se montra dédaigneux et grossier d'attitude, en cela parfaitement pareil à quelques Yankees milliardaires tel que l'omnipotent capital les fait tous, pour l'édification des foules ; méprisant, familier et méfiant.
Par contre, son succès fut énormes son mépris affiché de forban enthousiasma les hommes et les femmes, les femmes surtout. Elles retrouvèrent là toutes avec plus de nature, le cynisme insolent des amants. « J'en ai connu de plus laids ! » déclara même l'une d'elles, vengeant ainsi, d'un mot, les sinistres corvées de l'alcôve. Jusqu'à la minute où, saoul comme un véritable prince, le pauvre chimpanzé s'étendit sur la table (un homme véritable eût roulé, lui, dessous) et, recroquevillé sur lui-même les mains jointes et les genoux rapprochés, apparut comme un misérable petit enfant malade oublié par une fille sur la table d'un restaurant de nuit, il eut autour de lui un cercle énamouré, on l'aurait presque dit, de belles bouches fardées, de sourires frais et d'épaules savoureuses. Il fut le « clou » de la soirée et un clou si solidement fiché que la table d'honneur et fut soudain déserte.
Cette table, qui était présidée par les deux plus spirituels auteurs de comédie de l'année... cette table pharamineuse entre toutes par la qualité de ses convives et la beauté de ses soupeuses, cessa immédiatement d'être le point de mire de tous. Ce fut à la table de Consul qu'alla et resta l'attention captivée : le succès fut déplacé, il y eut virement dans l'opinion. L'orgueil de quelques cabotins en souffrit.
Que trouvait-on donc à ce singe et qu'avait-il d'extraordinaire ?
– Mais la précision dans le geste ! répondit à un tragédien un caricaturiste plus expert que tout autre à discerner le vrai du faux et le naturel du convenu. Consul a cela de merveilleux qu'il ne fait pas un mouvement inutile ; il économise sa force et, chaque fois qu'il peut, la remplace par de la souplesse : c'est la grande école de la Mimique. Ne vous y trompez pas, ce singe est une leçon mieux, il est un livre.
– Que tous les comédiens devraient consulter, n'est-ce pas ? goguenarda un jeune comique.
– Peut-être. Regardez-le bien, il a les gestes de Guitry.
Et, les rosseries commençant, les obscénités éclatèrent.
– Tu ne trouves pas qu'il ressemble à mon dernier amant ? s'esclaffa la blanche Trois-Etoiles, qui ne croyait pas si bien dire.
A quoi, X. Y... se vissant son monocle dans l'oeil et enveloppant d'un regard circulaire toutes les nuques, les blondes et les brunes, penchées sur Consul :
– Avec laquelle va-t-il partir ?
Et de rire d'un rire bien boulevardier sur cette goujaterie.
Les soupers de centième sont des événements si essentiellement parisiens !
Quand la curiosité de chacune fut bien satisfaite et que toutes les gloires eurent assez contemplé ce singe saoul, le barnum s'approcha du pauvre petit être écroule sur la nappe, le réveilla en lui touchant l'épaule, et Consul, avec des yeux d'effroi pour toute cette foule amusée, jeta ses petits bras velus autour du cou de son manager et se blottit dans sa poitrine, comme un enfant qui eût retrouvé sa mère.
Et ce fut le départ de Consul.
– Consul mais allez donc le voir chez lui, Hôtel Continental, chambre 22. C'est un véritable personnage. Il a sa chambre à lui, comme un riche étranger. Avec votre carte de journaliste, on vous recevra ; mais téléphonez, si vous voulez le trouver. La fois que j'y fus, moi, il était au Bois. Il y va tous les jours de deux à cinq.
– Non !
– Comme je vous le dis, mon cher, c'est a pouffer. Au bureau de l'hôtel, c'était une trôlée de fournisseurs : le chapelier de M. Consul; le chemisier de M. Consul le huit-reflets du chimpanzé, la dernière commande du ouistiti.
– Mais c'est odieux et ridicule !
– Non, c'est très américain. Ah ces gens-là comprennent la réclame.
– Savez-vous la dernière de son manager ?
– Dites.
– Je l'ai croisé, hier, sur le boulevard ; je m'informai de son pensionnaire.
– Consul, m'était-il répondu, Consul est un peu fatigué, il reçoit un peu trop de visites, ce sont des interviews du matin au soir; j'ai dû éliminer, faire un choix ; nous attendons demain Mme de Thèbes, qui veut lui lire les lignes de la main.
Et, sur la foi des traités, j'allais voir Consul.
Je me cassai le nez au Continental, Consul était déménagé.
Je le trouvai installé dans un hôtel de la rue de Trévise, presque en face des Folies-Bergère. Là, je dénichai l'homme du jour dans une chambre du troisième, tenant à la fois de la ménagerie et du campement bohémien.
Consul à mon arrivée, dormait dans une sorte de malle grillée, qui lui servait de cage en voyage. On l'en fit sortir pour me le présenter.
Il y avait aussi dans la chambre, un petit nègre et un chien ; le nègre était attaché au service du chimpanzé ; le chien lui servait de jouet et de soufre-douleur. Avec quels yeux d'épouvante effarée ce quadrupède regardait ce quadrumane ! Il fallait voir Consul torturer et pincer et houspiller ce chien c'était pis que de la cruauté d'enfant, c'était de la cruauté de singe. Quant au petit nègre, son domestique, Consul partageait à son égard l'opinion des blancs vis-à-vis de la race noire : il ne le commandait que le fouet à la main. Ce singe traitait ce nègre en esclave ; Consul était presque digne d'être un homme.
Le manager, Consul le nègre et le chien cohabitaient dans cette même chambre, tous les quatre : sur une lampe à esprit de vin mijotait et chantait, léchée par la flamme, une potion pour Consul, qui toussait un peu.
Consul avait les bronches délicates ; cet enfant des tropiques redoutait notre climat. Irait-il à Nice, cet hiver ? Il en était question. Son manager préférait les Baléares. je songeais vaguement à Consul pour une reprise sensationnelle de la Dame aux Camélias ; il aurait, certes, lui, des gestes attendrissants de poitrinaire.
Pour me convaincre des talents de son pensionnaire, le barnum, qui m'avait trouvé froid, tendit à l'animal une feuille de papier blanc, qu'il avait froissée avant au préalable ; il faut vous dire que Consul chez lui, était vêtu d'un pyjama jaune à carreaux rouges et verts du plus pur américanisme. Ainsi vêtu, il avait l'air d'un minstrel.
Consul s'empara du feuillet de papier, nous tourna le dos, se passa la feuille au bas des reins, et puis, délicatement, la rendit d'un geste noble à son cher manager et ce geste m'apparut sublime.
Il résumait, dans une attitude, l'état d'âme de Consul vis-a-vis des foules qui l'admiraient.
Et je fus pénétré de vénération.
Consul mourut dans le courant de l'année de la phtisie gagnée dans nos climats et quelque peu développée par les londrès. les soupers de centième et les exhibitions dans les endroits de plaisir et les pires milieux, bars à la mode, boudoirs cotés et music-halls. Pauvre Consul ! Des courriéristes bien parisiens comparèrent sa fin précoce à celle de Max Lebaudy.
Quand ils ont tant d'esprit les enfants vivent peu. Pauvre Consul !


Jean LORRAIN Le Crime des Riches (1905)
(Nos lecteurs auront reconnu la scène de notre précédent billet http://freaklit.blogspot.ca/2013/03/le-palais-des-singes.html
tiré de René Schwaeblé, . Les détraquées de Paris, Etude de moeurs contemporaines .. Nouvelle Edition, Daragon libraire-.diteur, 1910
s´agit-il d´un simple plagiat ou bien le "Consul" en question créa-t-il à son passage une micro-légende dans ce Paris "détraqué" de la Belle Époque?) 

Le Palais des Singes



A Marly-le-Roi, tout le monde connaît le Palais des Singes ..
Le  Palais  des  Singes ?  mais  oui !  ou,  si  vous  préférez,  la  villa  X***,  une  des  plus  coquettes et l’une des mieux situées à  l’entrée de la forêt. La villa X*** appartient  à Mme C…, une des intimes de notre amie Mme Lucy X*** ; dans le  parc de sa  villa,  Mme  C…  a  fait  installer  une  magnifique  serre ;  dans  cette  serre,  une  immense cage, et, dans cette cage, elle a introduit quantité de singes ; Mme C… prend elle-même soin de ses pensionnaires, leur donne à manger et  à boire,  les  lave,  les  peigne,  les dorlotte,  les  laisse monter sur  ses genoux, sur  ses  épaules, les caresse, les embrasse.
J’ai oublié de dire que, parmi ces singes, il n’y a point de guenons. Et, si j’ajoutais  que ces animaux reçoivent une nourriture fortement épicée, vous les  plaindriez,  probablement.
Vous n’auriez pas tort !
Je les plains aussi depuis que j’ai été invité à certaine garden-party chez Mme C…
Le goûter était servi dans le Palais des Singes .. Parmi les plantes extraordinaires  et  les  fleurs  phénoménales,  des  jeunes  femmes,  aux  robes  claires,  allaient  et  venaient, riant aux éclats, babillant, potinant joyeusement.
Dans la  cage,  les  singes  s’agitaient furieusement, montant, descendant, sautant,  courant ;  leurs  yeux  brillaient  d’une  étrange  flamme,  leur  corps  tremblait,  leurs  doigts se crispaient.
– Est-ce la vue, demandai-je . Mme C…, des friandises étalées sur ces tables qui  les excite ainsi ? Ou bien, l’heure de leur repas approche-t-elle ?
– Ce  n’est  vraiment  pas  la  peine,  cher  monsieur,  de  fréquenter chez  les détraquées  depuis  aussi  longtemps  que  vous  le  faites  pour  poser  de  pareilles questions ! Vous demandez ce qui excite mes singes ? Suivez-moi, vous allez voir.
Mme C…  appela  l’une  de  ses  amies,  et  toutes  deux  se  plantèrent  le  long  de  la  cage.  En  un  clin  d’oeil,  les  bêtes  se  massèrent  devant  elles,  se  bousculant effroyablement, se battant sauvagement, chacune voulant la place la plus proche des femmes : en vérité, elles semblaient furieuses, affolées, se déchiraient à coups d’ongles, faisaient entendre de bizarres cris de rage.
– Vous demandez ce qui les excite ? répéta la maîtresse de maison. Regardez !Les  jeunes  femmes  dégrafèrent  leur  chemisette  et  l’enlevèrent,  leur  buste émergea,  magnifiquement  blanc,  des  dentelles  de  la  chemise  et  du  corset,  les seins dardèrent leurs pointes brunes, cependant que les bras, se posant derrière la tête, découvraient les aisselles.
Dans la cage, d’abord, c’avait été un moment de stupeur, l’émotion avait paralysé  les  singes.  Bientôt,  la  fureur  avait  redoublé  de  violence,  était  devenue  terrible, presque  effrayante :  empoignant les  barreaux,  ils  essayaient  de  les  arracher,  les tiraient, s’affolaient de plus en plus.
Les jeunes femmes se tordaient de rire. Toutes s’étaient rapprochées, examinant avidement le désespoir amoureux des bêtes.
Puis, elles imitèrent Mme C… et son amie, enlevèrent leurs chemisettes. De tous côtés, vers la cage, des seins se dressèrent fièrement !
Les pauvres bêtes s’élanaient au hasard, espérant, sans doute, trouver une issue.
Elles faisaient pitié.
– Ouvrez-leur, implorai-je.
– Ah bien ! ce serait du propre !
La femme, décidément, sait atteindre le dernier degré de la cruauté ! Les invitées, maintenant,  faisaient  de  l’oeil  aux  singes.  Mais  oui !  en  leur  honneur,  elles allumaient  le  regard,  montraient  deux  rangées  de  dents  étincelantes  de blancheur, entre lesquelles passait le petit bout rose de la langue, elles dansaient gracieusement,  ondulaient,  prenaient  les  poses  les  plus  suggestives,  exhibaient, parmi des nuages de batiste, une jambe délicieusement moulée en un bas de soie noire transparente !
Et les jupes tombèrent. Et les jupons ! et les corsets !
Mme C… apparut nue !
– Comprenez-vous, s’exclama-t-elle, ce qui excite mes singes !
– Avouez donc que c’est un prêt. pour un rendu, qu’ils vous excitent aussi !


  Je  continuerai  mes  histoires  de  singes  par  le  récit  d’un  souper  auquel  je  fus  invité il y a quelques mois.
Le souper eut lieu dans un des grands restaurants de l’avenue de l’Opéra.
Les convives étaient : côté des dames, une demi-mondaine qui se montrait alors à l’Olympia ; une autre demi-mondaine, bien connue au pavillon d’Armenonville, et qui  sera peut-être  bientôt princesse… en Autriche ;  miss W… qui, chaque matin,  au  Bois,  monte  de  si  beaux  chevaux ;  Mme  C…,  la  propriétaire  du  Palais  des  Singes,  et une  autre détraquée, la femme aux bêtes ., dont je  reparlerai ; côté des  hommes,  un  littérateur,  original  et  affectant  des  moeurs  étranges, appartenant  à  un  grand  quotidien  du  matin ;  Consul  III, l’illustre  singe  qui, récemment, révolutionna Paris ; son barnum, et votre serviteur.
Les femmes étaient en robe décolletée ; les hommes, y compris Consul, en habit.
D’abord, le souper s’annonça a assez triste : nous ne nous connaissions pas tous, il fallait  rompre  la  glace.  Et  puis,  les  regards  se  portaient  vers  le héros  de  la  fête, chacun l’observait curieusement. Lui, nullement gêné., mangeait fort galamment, imitant  ponctuellement  les  gestes  de  son  maître,  plus  préoccupé de  ne  point gâter  la  somptueuse  ordonnance  du  couvert  que  de  s’attarder  aux  coups  d’oeil des détraquées.
Au  reste,  Consul  ne  se  méprenait  certainement  pas  à la  flatteuse  curiosité  de l’entourage :  de  temps  en  temps,  il  se  mirait  complaisamment  dans  la  glace servant  de  chemin  de  table,  et  ne  paraissait  point  se  trouver  dans  ce  cadre luxueux,  parmi  ces femmes endiamantées,  cette  argenterie magnifique,  ce  linge enrubanné, cette table fleurie.
Cependant, il n’avait pas l’air d’avoir envie de marcher .. En vain, ses voisines, enhardies, lui donnaient-elles de leurs mains blanches quelque friandise,  frôlant au  passage  son  poignet  velu ;  en  vain,  un  bras  nu  se  levait-il  derrière  la  tête, d.couvrant l’aisselle, sous prétexte de remettre à sa place une mêche folle de la nuque, Consul demeurait impassible.
– Autant un homme ! fit l’une. Il est aussi vanné !
Nos détraquées ne faisaient pas leurs frais. Avec un singe, ce doit être vexant !
Mais,  elles  ne  se  tenaient  pas  encore  pour  battues,  bien  que  les  hommes  leur  répétassent sur tous les tons :
– Consul n’a pas envie de marcher !
Une  .paulette  se  dénoua,  une  épaule  apparut  suavement  ronde.  Une  autre épaulette glissa, un sein se montra, timide, d’abord, puis, orgueilleux. Bientôt, l’on vit  un  autre  sein,  deux  autres  seins,  trois  autres  seins  qui  se  penchèrent  vers  Consul,  lequel,  avec  la  gravité  d’un  sénateur,  les  regarda,  et  se  remit  à manger, indifférent.
– Puisqu’on vous dit qu’il n’a pas envie de marcher !
– Marchera !
– Marchera pas !
Mme  C…  proposera  de  lui  donner  un  peu  de  champagne.  A  quoi  le  barnum  s’opposa  énergiquement.  Voyez-vous,  le  lendemain,  au  moment  d’entrer  en  scène, Consul saoul, saoul comme une simple chanteuse d’Opéra-Comique ?
Alors, Mme C…, héroïque, et, peut-être aussi profondément vexée, s’approcha du singe, passa ses doigts effilés dans la chevelure de la bête, avança sa gorge nue.
Consul, hélas ! refusa encore de marcher ! Il bâilla, il avait envie de dormir !
– Il ne marchera pas !
- Eh ! m… pour lui ! s’exclama, drôlement, avec son accent anglais, mis W…

René Schwaeblé, . Les détraquées de Paris, Etude de moeurs contemporaines .. Nouvelle Edition, Daragon libraire-.diteur, 1910


lunes, 3 de diciembre de 2012

The War Against False Hair

 

Many of the censors from whose pages we are obliged to form our estimate of the age were men who judged human frailties with all the fastidiousness of ascetics, and who expressed their judgments with all the declamatory exaggeration of the pulpit. Modern critics will probably not lay much stress upon the relapse of the Christians into the ordinary dress and usages of the luxurious society about them, upon ridicule thrown by Christians on those who still adhered to the primitive austerity of the sect, or upon the fact that multitudes who were once mere nominal Pagans had become mere nominal Christians. We find, too, a frequent disposition on the part of moralists to single out some new form of luxury, or some trivial custom which they regarded as indecorous, for the most extravagant denunciation, and to magnify its importance in a manner which in a later age it is difficult even to understand. Examples of this kind may be found both in Pagan and in Christian writings, and they form an extremely curious page in the history of morals. Thus Juvenal exhausts his vocabulary of invective in denouncing the atrocious criminality of a certain noble, who in the very year of his consulship did not hesitate not, it is true, by day, but at least in the sight of the moon and of the stars
with his own hand to drive his own chariot along the public road.

Seneca was scarcely less scandalised by the atrocious and, as he thought, unnatural luxury of those who had
adopted the custom of cooling different beverages by mixing them with snow. 2 Pliny assures us that the most monstrous of all criminals was the man who first devised the luxurious custom of wearing golden rings. 3 Apuleius was compelled to defend himself for having eulogised tooth-powder, and he did so, among other ways, by arguing that nature has justified this form of propriety, for crocodiles were known periodically
to leave the waters of the Nile, and to lie with open jaws on the banks, while a certain bird proceeds with its beak to clean their teeth

If we were to measure the criminality of different customs by the vehemence of the patristic denunciations, we might almost conclude that the most atrocious offence of their day was the custom of wearing false hair, or dyeing natural hair.

Clement of Alexandria questioned whether the validity of certain ecclesiastical ceremonies might not be affected by wigs ; for, he asked, when the priest is placing his hand on the head of the person who kneel before him, if that hand is resting upon false hair, who is it he is really blessing ? Tertullian shuddered at the thought that Christians might have the hair of those who were in hell, upon their heads, and he found in the tiers of false hair thatwere in use a distinct rebellion against the assertion that no one can add to his stature, and, in the custom of dyeing thehair, a contravention of the declaration that man cannot make one hair white or black.

Centuries rolled away. The Roman Empire tottered to its fall, and floods of vice and sorrow overspread the world ; but still the denunciations of the Fathers were unabated. St. Ambrose, St. Jerome, and
St. Gregory Nazianzen continued with uncompromising vehemence the war against false hair, which Tertullian and  Clement of Alexandria had begun..."

W. E. H. Lecky, History of European Morals from Augustus To Charlemagne

sábado, 17 de noviembre de 2012

El desastre del desastre

Perdonen si me permito utilizar este blog, que tengo por lo demás bastante abandonado por mis demás proyectos, para comentar como todo hijo de vecino una de mis inquietudes sobre lo que se nos avecina, y que por desgracia venimos desde hace años vaticinando con mi amigo Jose Angel Mañas en nuestra serie de novelas El Hombre de los Veintiun Dedos, largo tiempo, por ello, censurada por el mafioso entramado editorial.


Nadie parece subrayar uno de los aspectos más inquietantes de nuestra crisis y el que más duradero será en sus efectos. Pero no podemos vendarnos más los ojos porque el muro está ya a muy poquitos metros
Hemos destrozado la educación pública.
Resulta ya casi ocioso buscar a los culpables. Son, por desgracia, muchos. Los autoproclamados pedagogos artífices de las seis reformas educativas de los últimos 25 años se llevan sin duda la palma en muchas de las encuestas hipotéticas que se harían sobre el tema. Pero ellos no han sido más que la voz de su amo. 
El principal causante del desastre de nuestra educación habrá sido sin duda, como en lo que respecta al derrumbe general que vivimos, la voluntad de manipulación sociopolítica, ya sea destruyéndola deliberadamente para afianzar las diferencias de clase (salvando las instituciones privadas -opusinas o extranjeras) o, más triste aún, para "crear base" electoralista a base de adoctrinamiento, propugnando el edenismo rousseauista de nuestros "buenos salvajes" (nuestro mal llamado socialismo habrá sido, en este como en tantos otros temas, el idiota útil del neoliberalismo). Por no hablar de la propaganda orwelliana de las distintas autonomías, cuyos frutos estratégicos estamos a punto de ver germinar.
La responsabilidad política es tanto más sangrante cuanto disponíamos, gracias a las copiosas ayudas europeas que se han malversado ostensiblemente, de la oportunidad histórica de salir de nuestro secular atraso en el plano educativo. Muchos de los políticos involucrados en el proceso se habrán sin duda convencido a sí mismos de su buena fe con toda clase de excusas (creyendo incluso, tal vez, su propia propaganda), con lo que el sistema habrá añadido al maquiavelismo de unos el simplismo y la incompetencia de otros.
Pero no podemos quedarnos en la mera búsqueda de chivos expiatorios, y menos aún prolongar el juego estéril de la "oposición" al que se reduce lo que llamamos, a falta de otra cosa, vida política española. 
Si queremos buscar el origen del mal para tratar de entender su magnitud hemos de asumir que hemos sido todos culpables.
Culpables los padres de alumnos que han entrado al trapo en la trampa que se les tendía, la miopía cortoplazista de ver "triunfar" a sus retoños por incapaces que estos fueran.
Culpables los alumnos que han disfrutado de la alienación progresiva ("felicidad en la esclavitud" como canta Nine Inch Nails) y las mieles del pasotismo adolescente en la más pura inopia.
Culpables los profesores que han tirado la toalla, excedidos por la dificultad de llevar a cabo a contracorriente su ardua tarea y tentados por el mismo pasotismo hedonista que sus pupilos.
Culpables los "formadores de formadores" que han convertido la universidad española en un nido de corrupción generalizada (ya sea por clientelismo político o por clásico nepotismo privado) fomentando un sistema de selección inversa por el cual los más mediocres prosperan a base de rendir pleitesía a sus señores feudales, expulsando a todos aquellos que amanzarían con "hacerles sombra".
Culpable en fin la sociedad que se ha desentendido por completo del problema, pese a tener ya signos patentes del mismo antes sus mismas narices. De hecho no sómos, por muy excepcionalistas que nos guste sentirnos en lo bueno como en lo malo,  los únicos aquejados por el entontecimiento social (dumbing down), síntoma y producto del hiperconsumismo a escala global. Existe todo un debate, a la sombra de las "Guerras culturales" que asolan la conciencia dividida estadounidense, sobre dicho fenómeno que reactiva los viejos miedos tanto de la Kulturkritik adorniana (el estado terminal del capitalismo produciría un estado terminal de alienación) como del elitismo conservador (la era de las masas ha generado un nuevo tipo de barbarie). Mike Judge, el creador de dos de los personajes más emblemáticos del agilipollamiento colectivo made in USA, Beavis y Butt-head, propusiera hace ya seis años una distopía curiosa sobre la Idiocracia que nos espera.
Indignados, hemos ante todo de indignarnos, en este como en tantos otros aspectos de la crisis, ante nosotros mismos y la pasividad con la que hemos permitido que las cosas se nos fueran hasta este punto de las manos. Por mucho que la casta política que rige nuestra partitocracia actual sea responsable de nuestros males, hemos de asumir que no hemos hecho nada para impedirlos y, en la mayor parte de los casos, nos hemos beneficiado de ellos como podíamos. Somos un país de "listillos" y tonto el último. 
Todo ello nos ha llevado a la tormenta perfecta, : generaciones entre las peor preparadas del primer mundo van a tener que afrontar uno de los desafíos históricos más graves de la España contemporánea.
Los que tienen recursos (mayormente idiomas) están abandonando masivamente el barco; los que no se quedan estancados en él esperando que el agua les llegue al cuello para empezar a comerse otra vez entre ellos como les ha "enseñado" larvadamente el cainismo suicida al que se aferran, parodia esperpéntica del pasado, sus mayores.
Triste enseñanza la verdad, que nos remite a uno de nuestros clásicos fundacionales no sólo como literatura sino como conciencia histórica: la "educación para el mal" de nuestro, por desgracia, eterno Lazarillo. 
Porque no nos engañemos, los ninis que hemos creado son bombas humanas esperando a ser activadas, pasto perfecto de la más pura demagogia. Cada vez más atorados por la situación imposible en la que se hayan y que en términos ajedrezísticos se designa con el ominoso nombre de "Zugzwag" (ese momento en que cualquier jugada no puede ya sino empeorar tu situación), son estructuralmente incapaces de comprenderla por falta de herramientas conceptuales y espíritu crítico. Condenados a formar parte del nuevo subproletariado de la economía globalizada (los chinos, más aún que el complejo militaro-industrial estadounidense, han entendido perfectamente el valor estratégico de la enseñanza, aunque sea en el contexto aberrante de su dictadura capitalístico-totalitaria), volverán sus ojos vacíos hacia aquellos que les designen los perfectos culpables de su derelicción. 
Y ya sabemos que las listas negras está preparadas, a un lado y otro del espectro político: inmigrantes, ideólogos izquierdosos, peposos, banqueros, caciques, madracas, catalufos, vascos, maricas, y un largo etcétera de chivos expiatorios listos para el consumo del odio, resultado inevitable, a corto o largo plazo, de la ignorancia programada.

sábado, 15 de septiembre de 2012

Choses qui font battre le coeur





18. Choses qui font battre le coeur

Des moineaux qui nourissent leurs petits.
Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée.
S'apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.
Une nuit où l'on attend quelqu'un. Tout à coup, on est surpris par le bruit de l'averse que le vent jette contre la maison.

19. Choses qui font naître un doux souvenir du passé

Les roses trémières désséchées.
Les objets qui servirent à la fête des poupées.
Un petit morceau d'étoffe violette ou couleur de vigne, qui vous rappelle la confection d'un costume, et que l'on découvre dans un livre où il est resté, pressé.
Un jour de pluie, où l'on s'ennuie, on retrouve les lettres d'un homme jadis aimé.
Un éventail chauve-souris de l'an passé.
Une nuit où la lune est claire.

26. Choses élégantes

Dans un bol de métal neuf, on a mis du sirop de liane avec de la glace pilée.
Un rosaire en cristal de roche.
De la neige tombée sur les fleurs des glycines et des pruniers.
...

28. Choses qui ne s'accordent pas.

Des roses trémières fichées dans des cheveux crépus.
Une mauvaise écriture sur du papier rouge.
La neige tombée sur la maison de pauvres gens. C'est encore plus pénible à voir quand la lumière de la lune y pénètre. Par un beau clair de lune, rencontrer une inélégante voiture découverte.

54. Choses que l'on entend parfois avec plus d'émotion qu'à l'ordinaire.

Le bruit des voitures, au matin, le premier jour de l'an. Le chant des oiseaux. A l'aurore, le bruit d'une toux, et, il va sans dire, le son des instruments.

56. Choses qui gagnent à être peintes

Un pin. La lande en automne. Un village dans la montagne. Un sentier dans la montagne. La grue. Le cerf. Un paysage d'hiver, quand le froid est extrême. Un paysage d'été, au plus fort de la chaleur.

57. Choses qui émeuvent profondément.
...
A la fin du neuvième mois ou au début du dixième, la musique des grillons qui vous parvient, si faible qu'on ne sait dire si on l'entend ou non.
Une poule étalée sur sses poussins, pour les protéger.
Tard en automne, les gouttes de rosée qui brillent comme des perlent de toutes sortes sur les roseaux du jardin.
Le soir, quand le vent souffle dans les bambous, au bord de la rivière.
S'éveiller à l'aube, et aussi séceiller la nuit, c'est toujours émouvant.
Un village dans la montagne, sous la neige.
...
La lande en automne.
De très vieux bonzes qui font leurs pieux exercices.
Une chaumière délabrée où grimpe et s'accroche le houblon, avec un jardin où croissent à l'envi l'armoise et les herbes folles, lorsque la clarté de la lune les illumine sans laisser un coin sombre, et que le vent souffle doucement.
...


61. Choses sans valeur

Un grand bateau, à sec dans une baie, à marée basse.
Un grand arbre renversé par le vent et couché sur le sol, les racines en l'air.
Le dos d'un lutteur qui se retire après avoir été battu.
Le temps qu'une femme dont la chevelure est courte met à se peigner après avoir oté ses faux cheveux.

82. Choses qui ne servent plus à rien mais qui rappellent le passé.

Une natte à fleurs, vieille, et dont les bords usés sont en lambeaux.
Un pin desséché, auquel s'accroche une glycine.
Dans le jadrin d'une jolie maison, un incendie a brûlé les arbres. L'étang avait d'abord gardé son aspect primitif; mais il a été envahi par les lentilles d'eau, les herbes aquatiques.
...

Choses charmantes
A travers la cloison m’arrive le bruit faible d’une voix qui n’est sûrement pas celle d’une servante. En voici justement une qui répond d’une voie juvénile, et semble s’approcher avec un bruissement d’étoffes. Peut-être est-il temps qu’elle serve le repas.

J’entends résonner les baguettes et la cuiller qui s’entrechoquent ; ou bien le bruit que fait en retombant l’anse du vase où l’on met le sake[1] vient frapper mon oreille.

Avec de jolis vêtements d’étoffe foulée, des cheveux qui, sans être en désordre, se répandent sur les épaules.

Le soir, dans une salle superbement ornée, on n’a pas apporté la lampe de la chambre ; mais un feu ardent brûle dans le brasier rectangulaire ; sa clarté fait luire les cordons de l’écran, et briller distinctement les crochets qui servent à maintenir relevé le store à tête.

Il est charmant de voir apparaître, éclairé par le feu qu’on ranime parmi les fines cendres, dans un élégant brasier, un dessin habilement fait.

Ou encore de voir très distinctement les baguettes qui servent à remuer le feu, mises en croix l’une sur l’autre.

Très tard dans la nuit, après que tout le monde s’est endormi, quelques courtisans continuent cependant à causer dehors, et l’on entend, dans la pièce du fond, le bruit répété des pierres que les joueurs de go remettent dans leur bol[2]. C’est délicieux.

Une lumière allumée sur la véranda.

J’entends du bruit à travers la cloison ; c’est un homme qui est venu voir en secret une des dames, ils m’ont réveillée au milieu de la nuit. J’écoute ; mais je ne puis distinguer leurs paroles ; le galant rit tout bas, et je me demande, amusée, ce que les deux amis peuvent bien se dire.

Sei Shonagon
Notes de chevet