miércoles, 8 de octubre de 2014

Dalí canta la caca-delfín



¿Es noble para Dalí la escatología?
¿Cree usted casualidad que los arrebatos de los místicos vayan tan a menudo unidos a la defecación y al pedo? El ano, exaltado por Quevedo en sus Gracias y desgracias del ojo del culo, es, sobre todo, un símbolo que purifica nuestros actos de canibalismo. Todo lo humano, cuando lo trasciende la espiritualidad de la muerte, se convierte en místico. 
En la corte de Francia, tras el nacimiento del Delfín, se recogía, ante los grandes del reino, los excrementos del heredero del trono y
se convocaba a los más grandes artistas para que se inspiraran en la paleta de la mierda real. La corte entera se vestía de color caca-delfín. Esto es noble. Se trata de aceptar al hombre en su totalidad, incluida su caca, incluida su muerte. Además, la paleta excremental es de una riqueza infinita que va del gris al verde y de los ocres al marrón; si no, fijaos en Chardin. Y en gastronomía nada halaga más al ojo que el matiz de la cagarruta. El verdadero escándalo es que no nos atrevemos a decirlo ni a pensarlo. ¡Viva la caca-delfín!
Fijémonos también en los americanos, incapaces de mirar la muerte cara a cara y con toda una industria puesta bajo el eslogan de «Morid, nosotros nos encargamos de lo demás», que tiende a escamotear la realidad del fenómeno, a minimizarlo, adorarlo, pasteurizarlo, estandarizarlo, a suprimirle todo cuanto tiene de trágico. Pero la muerte concebida sin grandeza sólo puede inspirar
una vida pírrica, de ideas adocenadas. Si la muerte pierde su sentido, la existencia humana no tiene relieve. La caca-delfín es impensable en los USA; se la reemplaza por el rosa bombón, es decir, por la insipidez y la mediocridad.
Yo sueño con devolver a la muerte su solemnidad y su fascinación. Quizá sea preciso, como en los tiempos de grandeza de El Escorial, recuperar los pudrideros en los que se asistía a la descomposición lenta de los cuerpos y en los cuales la vista y el olfato llevaban al espíritu y a la memoria los valores fermentados de una verdadera espiritualidad. Los cuerpos, devastados por los gusanos, cumplían su última y noble función: el retorno a la tierra. En la aceptación de la escatología, de la defecación y de la muerte hay una energía espiritual que yo exploto con mucha frecuencia.
Estoy persuadido de que, inconscientemente, el impulso profundo que me llevó a destripar mi pequeño erizo muerto y en descomposición exigía sin duda que me lo comiese.

Dalí: hacer morir y comer
Me gusta mucho triturar con los dientes los cráneos de los pajarillos, los huesos para extraer la médula, las becadas podridas, guisadas y servidas sin vaciar, y lamento no haber podido comer jamás el célebre pavo vivo pero cocido, que es, según parece, un plato mágico.
 Sé que soy feroz y mi conciencia se complace en los apetitos caníbales, ya que mi degustación es una prueba constante de mi realidad viviente. Saboreo mejor la vida, el saberme vivo, cuando devoro un muerto. La mandíbula es, además, un maravilloso instrumento para medir nuestra propia ansia de vivir y la calidad de lo real, que no es más que una inmensa reserva de podredumbre cuyos cementerios son nuestras mesas. La verdad está en los dientes. Toda filosofía se verifica en el arte de comer. Un hombre se manifiesta tal cual es cuando tiene el tenedor en la mano. La aristocracia de la Gran Cocina me ha seducido siempre. Al igual que a mi padre, me entusiasman los mariscos, loscrustáceos cuya carne virgen está protegida por los huesos puestos astutamente en su exterior, pero 
detesto las ostras separadas de su concha y la blandura de las espinacas.
Joseph de Maistre lo ha dicho todo, sobre este asunto, al observar que en un campo de batalla el hombre no desobedece jamás y que la tierra entera, embebida continuamente de sangre, es un altarinmenso en el que todo lo que vive debe ser inmolado sin fin, sin medida, sin descanso, hasta la consumación de las cosas, hasta la extinción del mal, hasta la muerte de la muerte.
  Salvador Dalí y André Parigaud, Confesiones Inconfesables, 1975

domingo, 5 de octubre de 2014

Le Grand Masturbateur



"L’été agonisait derrière la palissade
à l’ouest s’élevait le principal édifice de la ville
construit en fausses briques rouges
on entendait confusément le bruit de la ville
quelques passants parmi lesquels les paysans pullulaient
peuplaient la route qui unissait l’humble village de Hunt
à l’orgueilleuse Kistern.
A gauche serpentait une autre route
plus humble et plus petite
une petite route
mélancolique
au bord de laquelle on avait déposé
pour l’engrais des champs environnants
des tas de foin et de merde.
Cette route restait déserte à partir de midi
l’heure unique à laquelle elle connaissait un peu de mouvement
car c’est alors seulement qu’elle servait à conduire les ouvriers
pour les constructions et reconstructions
des nouveaux pavillons
du sanatorium de Kistern.
Le soir quand les ouvriers étaient de retour de leur travail
la petite route retrouvait son calme habituel
et de nouveau redevenait déserte.
Parfois seulement
traînait avec paresse
un grand chariot
chargé de petites pailles
et conduit par deux salauds.
Le soir tombait
à toute vitesse sur le paysage.
A l’horizon
la grande silhouette de l’usine de chocolat se perdait
déjà
dans le brouillard du crépuscule.
***
Malgré l’obscurité régnante
le soir était encore peu avancé
aux bords des grandes escaliéreries d’agate
où
fatigué par la lumière du jour
qui durait depuis le lever du soleil
le grand Masturbateur
son immense nez appuyé sur le parquet d’onyx
ses énormes paupières closes
le front mangé par d’affreuses rides
et le cou gonflé par le célèbre furoncle où bouillonnent les fourmis
s’immobilise
confit dans cette heure du soir encore trop lumineuse
tandis que la membrane qui recouvre entièrement sa bouche
durcit le long de l’angoissante de l’énorme sauterelle
agrippée immobile et collée contre elle
depuis cinq jours et cinq nuits.
***
Tout l’amour
et tout l’enivrement
du grand Masturbateur
résidait
dans les cruels ornements d’or faux
qui recouvrent ses tempes délicates et molles
en imitant
la forme d’une couronne impériale
dont les fines feuilles d’acanthe bronzé
se prolongent
jusqu’aux joues roses et imberbes
et continuent leurs fibres dures
jusqu’à les fondre
dans l’albâtre clair de sa nuque.
Afin de donner une apparence glaciale d’ancienne ornementation
d’un style incertain et hybride qui rendrait possible l’erreur
par mimétisme avec l’architecture compliquée de l’allée
et afin de rendre invisible ou au moins inaperçue l’horreur désirable de cette chair
– triomphante confite raide retardée soignée
agacée molle exquise abattue marquonisée battue lapidée
dévorée ornée punie – au visage humain qui ressemble à celui
de ma mère.
***
Le deuxième visage du grand Masturbateur
était de taille plus réduite que celui du premier
mais son expression était orgueilleuse et plus douce.
Rasé depuis cinq jours
il portait la moustache à peine naissante
rongée roussie
légèrement merdeuse
de véritable merde.
Ce visage était placé
triomphalement
et face
au premier
mais au fond de l’allée.
Entre les deux grands Masturbateurs
reposait sur un oreiller de plumes
un énorme cadre
construit
d’une infinité
de minuscules sculptures
de couleurs vives et variées
représentant Les Guillaume Tell.
Plus loin
après le second visage du grand Masturbateur
s’élevaient
deux grandes sculptures de Guillaume Tell
l’une faite
en vrai chocolat
l’autre en fausse merde
toutes les deux aux bouches effacées
et placées
triomphalement
l’une en face de l’autre.
Les deux visages de grands Masturbateurs l’énorme cadre et
les sculptures de Guillaume Tell avaient entre eux de tels rapports
et étaient distribués de telle sorte qu’ils provoquaient une
crise mentale similaire à celle que peut produire dans l’esprit
l’asymétrie qui entraîne la confusion fautive entre la topaze qui
remplace le regard dans les visages sculptés représentant le
moment du plaisir et un tas excrémentiel.
***
Sous l’étrange symbole
tiède
de deux grands Guillaume Tell
ils cherchaient le plaisir
se compissant
en même temps
l’un l’autre.
L’urine bouillait
sur son menton
était chaude encore
sous les aisselles
tiédissait
à l’origine
du con
et se refroidissait
à l’extrémité des cuisses.
Elle lui pissait
en pleine figure
l’urine bouillait
au milieu de la poitrine
et ne tiédissait
que sous la plante des pieds.
Leurs regards étaient pleins
de l’affluence froide
d’images
semblables
aux fontaines fameuses
attachées
au principe de la mort
et fixées
dès l’enfance
dans le flot
de leurs images
inconscientes.
***
Derrière les épaules
du simulacre
sous l’apparence
de deux Guillaume Tell
une courte
allée de fontaines
évoquait
la décomposition
claire
d’ânes pourris
de chevaux pourris
de chattes pourries
de chevaux pourris
de bouches pourries
de poules pourries
d’affreux coqs pourris
de sauterelles pourries
d’oiseaux pourris
de mortes pourries
d’angoissantes sauterelles pourries
de chevaux pourris
d’ânes pourris
d’oursins pourris
de bernards l’hermite pourris
et tout particulièrement
de poules pourries
et d’ânes pourris
et aussi de sauterelles pourries
ainsi qu’une sorte de poisson
dont la tête est d’une ressemblance
poignante
avec celle d’une sauterelle.
***
Toutes ces fontaines étaient enrichies
par un grand nombre de médailles en faux bronze
incrustées dans leurs pierres
et souvent à demi cachées par les lichens?
ou par la mousse qui poussait
entre les jointures.
Les images gravées en relief dans ces médailles ainsi que les
inscriptions à l’état de neuf (bien significatif) avaient une puissante
efficacité démoralisatrice en agissant sur la réflexion.
Dans une de ces médailles
il y avait l’image
d’un homme
au développement
retardé
doué
d’une complexion
malsaine
et qui symbolisait
simultanément
l’image
du désir
l’image
de la mort
et encore l’image
de la merde desséchée
avec un fruit
de cyprès
à l’intérieur.
A côté de cette
médaille sans inscription
on en voyait une autre
dans laquelle étaient gravés
de très doux reliefs
faits de minuscules harpes.
Dans une autre médaille
on voyait
minutieusement sculptés
les visages de Napoléon
et de Guillaume Tell
la scène du massacre
des frères Macchabées
et la figure ornementale
d’un papillon
symbolisant
l’injure.
Il y avait aussi une médaille
qui portait les trois mots
suivants
l’injure
l’agriculture
l’impérialisme
Et encore
une autre
qui perpétuait
trois autres inscriptions
couronne
or faux
grande merde
Enfin dans les médailles
les plus resplendissantes
étaient gravées
les immortelles
figurations
d’ânes pourris
de chevaux pourris
de chattes pourries
de chevaux pourris
de bouches pourries
de poules pourries
d’affreux coqs pourris
de sauterelles pourries
d’oiseaux pourris
de mortes pourries
d’angoissantes sauterelles pourries
de chevaux pourris
d’ânes pourris
d’oursins pourris
de bernards l’hermite pourris
et tout particulièrement
de poules pourries
et d’ânes pourris
et aussi de sauterelles pourries
ainsi qu’une sorte de poisson
dont la tête est d’une ressemblance
poignante
avec celle d’une sauterelle.
***
La contemplation successive de toutes ces médailles évoquait
avec précision la scène de la mante religieuse dévorant le mâle
et aussi les vitraux décoratifs en couleurs aux motifs à métamorphoses
qui n’existent que dans ces infâmes intérieurs Modern-Style
dans lesquels est assise au piano une très belle femme
à la chevelure ondulée au regard terrifiant au sourire hallucinatoire
à la gorge splendide
prête à crier un chant imminent
menaçant
impérial
doux
orgueilleux
confit
battu
abattu
lapidé
souriant
spécial
théâtral
retardé
printanier
parfumé
altéré
commémoratif
historique
artistique
***
Après la courte allée de fontaines
suivait
l’allée des simulacres de la terreur
présidée
par une artistique sculpture polychromée
à sens affreusement pornographique
représentant
la tragique et traditionnelle scène
de la chasse aux papillons.
L’allée des sciences spirito-artistiques
était présidée
par l’habituel
couple sculpté
aux visages doux et nostalgiques
où c’est l’homme qui mange
l’incommensurable
merde
que la femme
lui chie
avec amour
dans la bouche.
L’allée la plus énigmatique
était présidée
par un énorme simulacre
représentant le grand chimalié chanasié.
Il y avait encore d’autres allées
où restaient depuis des siècles
d’anciens simulacres
disposés
sans ordre
et correspondant aux plus diverses
et parfois anachroniques
représentations.
On pouvait y admirer
plusieurs reproductions très réalistes
du remarquable personnage irrésistible
et délicat au chignon et aux seins de femme
à la grosse verge et aux lourds testicules.
Ainsi que les plus puérils simulacres
de la poésie traditionnelle telle
qu’une gifle appuyée contre un courant d’air
et qui fait voir qu’elle dissimule
et les petites semences à la braguette déboutonnée
à la tête rasée
avec une merde sur la tête
et les rochers à figuration paranoïaque
et les visages de femmes
à la bouche effacée
dans les reliefs du Modern-Style.
Aussi les vases mythologiques
ornés de minuscules visages
hermaphrodites
aux boucles
et aux moustaches
dorées
au sourire
vomissant
et aux très fines dents.
Aussi
les hosties consacrées
et les morves sèches
et immobiles
au bord de virages vertigineux.
Et les minuscules
ombrelles
de toutes les couleurs du monde
sur lesquelles on apercevait
les précieuses trichromies
représentant les diverses variétés de perroquets
et les nombreuses espèces d’animaux
en état de rut
sur le dos desquels
étaient peints
les lacs célèbres
et autres sortes
de crépuscules
Il y avait
aussi
les ânes pourris
les visages orientaux
les reliefs impériaux
les cascades maritimes
au sable
fait des plus petits
coquillages
aux couleurs froides
et puis les tigres scientifiques
et aussi
l’apparemment fausse
sauterelle
composée
d’une infinité
de minuscules
et pourtant très nettes
photos de requins
telles que si l’on soufflait
sur cette sauterelle
toutes les photos
se dispersaient
ne laissant
qu’une horrible chose
abattue
confite
angoissée
légèrement
impériale
et coloniale.
Il y avait encore
les olives glacées
immobiles
fixées
dans les endroits
indéterminés.
Enfin les reliefs sculptés
représentant
divers meubles
et voulant signifier
le moment psychologique
et sentimental
d’un jour
clair
d’été
quand un ami
du propriétaire du canot
retrouve
le chauffeur de ce canot
(le chauffeur d’une complexion
malsaine mais doué d’une remarquable
mémoire visuelle)
et lui donne
l’ordre
d’ aller chercher
ses amis
sur une plage
différente
de celle dont on a convenu
auparavant
parce que les deux jeunes filles
qui ne connaissaient pas du tout
ce pays
voulurent aller
à pied
jusqu’à la plage
voisine.
Et maintenant
il était trop tard
ou mieux encore tous
ils étaient trop fatigués
(les deux messieurs surtout)
pour revenir
à la première
plage".

Port-Lligat, septembre 1930.

(Salvador Dalí, La Femme visible, Éditions Surréalistes, 1930)

sábado, 6 de septiembre de 2014

Éloge gargantuesque du torchecul



"- J'ai découvert, répondit Gargantua, à la suite de longues et minutieuses recherches, un moyen de me torcher le cul. C'est le plus seigneurial, le plus excellent et le plus efficace qu'on ait jamais vu.

- Quel est-il ? dit Grandgousier.
- C'est ce que je vais vous raconter à présent, dit Gargantua.
Une fois, je me suis torché avec le cache-nez de velours d'une demoiselle, ce que je trouvai bon, vu que sa douceur soyeuse me procura une bien grande volupté au fondement ;
une autre fois avec un chaperon de la même et le résultat fut identique ;
une autre fois avec un cache-col ;
une autre fois avec des cache-oreilles de satin de couleur vive, mais les dorures d'un tas de saloperies de perlettes qui l'ornaient m'écorchèrent tout le derrière.
Que le feu Saint-Antoine brûle le trou du cul à l'orfèvre qui les a faites et à la demoiselle qui les portait.
"Ce mal me passa lorsque je me torchai avec un bonnet de page, bien emplumé à la Suisse.
"Puis, alors que je fientais derrière un buisson, je trouvai un chat de mars et m'en torchai, mais ses griffes m'ulcérèrent tout le périnée.
"Ce dont je me guéris le lendemain en me torchant avec les gants de ma mère, bien parfumés de berga-motte.
"Puis je me torchai avec de la sauge, du fenouil, de l'aneth, de la marjolaine, des roses, des feuilles de courges, de choux, de bettes, de vigne, de guimauve, de bouillon-blanc (c'est l'écarlate au cul), de laitue et des feuilles d'épinards (tout ça m'a fait une belle jambe !), avec de la mercuriale, de la persicaire, des orties, de la consoude, mais j'en caguai du sang comme un Lombard, ce dont je fus guéri en me torchant avec ma braguette.
"Puis je me torchai avec les draps, les couvertures, les rideaux, avec un coussin, une carpette, un tapis de jeu, un torchon, une serviette, un mouchoir, un peignoir ; tout cela me procura plus de plaisir que n'en ont les galeux quand on les étrille.

- C'est bien, dit Grandgousier, mais quel torche-cul trouvas-tu le meilleur ?
- J'y arrivais, dit Gargantua ; vous en saurez bientôt le fin mot.
Je me torchai avec du foin, de la paille, de la bauduffe, de la bourre, de la laine, du papier.
Mais Toujours laisse aux couilles une amorce Qui son cul sale de papier torche.

- Quoi ! dit Grandgousier, mon petit couillon, t'attaches-tu au pot, vu que tu fais déjà des vers ?
- Oui-da, mon roi, répondit Gargantua, je rime tant et plus et en rimant souvent je m'enrhume.

Ecoutez ce que disent aux fienteurs les murs de nos cabinets :
Chieur,
Foireux,
Péteur,
Breneux,
Ton lard fécal
En cavale
S'étale
Sur nous.

Répugnant,
Emmerdant,
Dégouttant,
Le feu saint Antoine puisse te rôtir
Si tous
Tes trous
Béants
Tu ne torches avant ton départ.

"En voulez-vous un peu plus ?
- Oui-da, répondit Grandgousier.
- Alors, dit Gargantua :
En chiant l'autre jour j'ai flairé
L'impôt que mon cul réclamait :
J'espérais un autre bouquet.
Je fus bel et bien empesté.
Oh ! si l'on m'avait amené
Cette fille que j'attendais
En chiant,
J'aurais su lui accommoder
Son trou d'urine en bon goret ;
Pendant ce temps ses doigts auraient
Mon trou de merde équipé,
En chiant.

"Dites tout de suite que je n'y connais rien !
Par la mère Dieu, ce n'est pas moi qui les ai composés, mais les ayant entendu réciter à ma grand-mère que vous voyez ici, je les ai retenus en la gibecière de ma mémoire.
- Revenons, dit Grandgousier, à notre propos.
- Lequel, dit Gargantua, chier ?
- Non, dit Grandgousier, mais se torcher le cul.
- Mais, dit Gargantua, voulez-vous payer une barrique de vin breton si je vous dame le pion à ce propos ? - Oui, assurément, dit Grandgousier.
- Il n'est, dit Gargantua, pas besoin de se torcher le cul s'il n'y a pas de saletés.
De saletés, il ne peut y en avoir si l'on n'a pas chié.
Il nous faut donc chier avant que de nous torcher le cul !
- Oh ! dit Grandgousier, que tu es plein de bon sens, mon petit bonhomme ; un de ces jours prochains, je te ferai passer docteur en gai savoir, pardieu !
Car tu as de la raison plus que tu n'as d'années.
Allez, je t'en prie, poursuis ce propos torcheculatif.
Et par ma barbe, au lieu d'une barrique, c'est cinquante feuillettes que tu auras, je veux dire des feuillettes de ce bon vin breton qui ne vient d'ailleurs pas en Bretagne, mais dans ce bon pays de Véron.

- Après, dit Gargantua, je me torchai avec un couvre-chef, un oreiller, une pantoufle, une gibecière, un panier (mais quel peu agréable torche-cul !), puis avec un chapeau.
Remarquez que parmi les chapeaux, les uns sont de feutre rasé, d'autres à poil, d'autres de velours, d'autres de taffetas.
Le meilleur d'entre tous, c'est celui à poil, car il absterge excellemment la matière fécale.
Puis je me torchai avec une poule, un coq, un poulet, la peau d'un veau, un lièvre, un pigeon, un cormoran, un sac d'avocat, une cagoule, une coiffe, un leurre.

"Mais pour conclure, je dis et je maintiens qu'il n'y a pas de meilleur torche-cul qu'un oison bien duveteux, pourvu qu'on lui tienne la tête entre les jambes.
Croyez-m'en sur l'honneur, vous ressentez au trou du cul une volupté mirifique, tant à cause de la douceur de ce duvet qu'à cause de la bonne chaleur de l'oison qui se communique facilement du boyau du cul et des autres intestins jusqu'à se transmettre à la région du coeur et à celle du cerveau.
Ne croyez pas que la béatitude des héros et des demi-dieux qui sont aux Champs Elysées tienne à leur asphodèle, à leur ambroisie ou à leur nectar comme disent les vieilles de par ici.
Elle tient, selon mon opinion, à ce qu'ils se torchent le cul avec un oison ; c'est aussi l'opinion de Maître Jean d'Ecosse."

Rabelais, Gargantua, ch. XIII

viernes, 5 de septiembre de 2014

Guinefort, le saint canidé





De l´adoration du chien Guinefort

"Il faut parler en sixième lieu des superstitions outrageantes, dont certaines sont outrageantes pour Dieu, et d´autres pour le prochain. Sont outrageantes pour Dieu les superstitions qui accordent les honneurs divins aux démons ou à quelque autre créature: c´est ce que fait l´idolâtrie, et c´est ce que font les misérables femmes jeteuses de sorts, qui demandent le salut en adorant des sureaux ou en leur faisant des offrandes; méprisant les églises ou les reliques des saints, elles portent à ces sureaux, ou à des fourmilières ou à d´autres objets, leurs enfants, affin que guérison s´ensuive.

C´est ce qui se passait récemment dans le diocèse de Lyon où, comme je prêchais contre les sortilèges et entendais les confessions, de nombreuses femmes confessèrent qu élles avaient porté leurs enfants à saint Guinefort. Et comme je croyais que c´était quelque saint, je fis mon enquête et j´entendis pour finir qu´il s´agissait d´un chien lévrier, qui avait été tué de la manière suivante. 
 
Dans le diocèse de Lyon près du village des moniales nommé Neuville, sur la terre du sire de Villars, a existé un château, dont le seigneur avait de son épouse un petit garçon. Un jour, comme le seigneur et la dame étaient sortis de leur maison et que la nourrice avait fait de même, laissant seul l'enfant dans le berceau, un très grand serpent entra dans la maison et se dirigea vers le berceau de l'enfant. A cette vue, le lévrier, qui était resté là, poursuivant le serpent et l'attaquant sous le berceau, renversa le berceau et couvrit de ses morsures le serpent, qui se défendait et mordait pareillement le chien. Le chien finit par le tuer, et il le projeta loin du berceau. Il laissa le berceau et de même le sol, sa propre gueule et sa tête, inondés du sang du serpent. Malmené par le serpent, il se tenait dressé près du berceau. Lorsque la nourrice entra, elle crut, à cette vue, que l'enfant avait été dévoré par le chien et elle poussa un hurlement de douleur très fort. L'entendant, la mère de l'enfant accourut à son tour, vit et crut les mêmes choses, et poussa un cri semblable. Pareillement, le chevalier, arrivant là à son tour, crut les mêmes choses, et tirant son épée, tua le chien. Alors s'approchant de l'enfant, ils le trouvèrent sain et sauf, dormant doucement. Cherchant à comprendre, ils découvrirent le serpent déchiré et tué par les morsures du chien. Reconnaissant alors la vérité du fait, et déplorant d'avoir tué si injustement un chien tellement utile, ils le jetèrent dans un puits situé devant la porte du château, jetèrent sur lui une très grande masse de pierres et plantèrent à côté des arbres en mémoire de ce fait. Or, le château fut détruit par la volonté divine et la terre, ramenée à l´état de désert, abandonnée par l´habitant.

Mais les paysans, entendant parler de la noble conduite du chien et dire comment il avait été tué, quoique innocent et pour une chose dont il dut attendre du bien, visitèrent le lieu, honorèrent le chien tel un martyr, le prièrent pour leurs infirmités et leurs besoins, et plusieurs y furent victimes des séductions du diable qui, par ce moyen, poussait les hommes dans l´erreur. Mais surtout, les femmes qui avaient des enfants faibles et malades les portaient en ce lieu. Dans un bourg fortifié distant d´une lieue de cet endroit, elles allaient chercher une vieille femme qui leur enseignait la manière rituelle d'agir, de faire des offrandes aux démons, de les invoquer, et qui les conduisait en ce lieu.
Quand elles y parvenaient, elles offraient du sel et d´autres choses ; elles pendaient aux buissons alentour les langes de l´enfant ; elles plantaient un clou dans les arbres qui avaient poussé en ce lieu ; elles passaient l´enfant nu entre les troncs de deux arbres : la mère, qui était d´un côté, tenait l´enfant et la jetait neuf fois à la vieille femme qui était de l´autre côté. En invoquant les démons, elles adjuraient les faunes qui étaient dans la forêt de Rimite de prendre cet enfant malade et affaibli qui, disaient-elles, était à eux ; et leur enfant, qu´ils avaient emporté avec eux, de le leur rendre gras et gros, sain et sauf.

Cela fait, ces mères infanticides reprenaient leur enfant et le posaient nu au pied de l´arbre sur la paille d´un berceau, et avec le feu qu´elles avaient apporté là, elles allumaient de part de d´autre de la tête deux chandelles mesurant un pouce, et elles les fixaient dans le tronc au-dessus. Puis elles se retiraient jusqu´à ce que les chandelles fussent consumées, de façon à ne pas entendre les vagissements de l´enfant et à ne pas le voir. C´est en se consumant ainsi que les chandelles brûlèrent entièrement et tuèrent plusieurs enfants, comme nous l´avons appris de plusieurs personnes. (…)
Lorsque les mères retournaient à leur enfant et le trouvaient vivant, elles le portaient dans les eaux rapides d´une rivière proche, appelée la Chalaronne, où elles le plongeaient neuf fois : s´il s´en sortait et ne mourait pas sur-le-champ ou juste après, c´est qu´il avait les viscères bien résistants.

Nous nous sommes transporté en ce lieu, nous avons convoqué le peuple de cette terre, et nous avons prêché contre tout ce qui était dit. Nous avons fait exhumer le chien mort et couper le bois sacré, et  nous avons fait brûler celui-ci avec les ossements du chien. Et j'ai fait prendre par les seigneurs de la terre un édit prévoyant la saisie et le rachat des biens de ceux qui afflueraient désormais  en ce lieu pour une telle raison."

Étienne de Bourbon, XIIIe siècle