miércoles, 12 de mayo de 2010

MADEMOISELLE SQUELETTE






A Paul Bilhaud.

Mademoiselle Squelette!
Je la surnommais ainsi :
Elle était si maigrelette !

Elle était de la Villetle,
Je la connus h Bercy,
Mademoiselle Squelette.

Très ample était sa toilette,
Pour que son corps fut grossi
Elle était si maigrelette!

Nez camard, voix aigrelette;
Mais elle me plut ainsi,
Mademoiselle Squelette.

J'en fis la bizarre emplette.
Ça ne m'a pas réussi :
Elle était si maigrelette!

Elle aimait la côtelette
Rouge, et le vin pur aussi,
Mademoiselle Squelette!

Sa bouche un peu violette
Avait un parfum ranci,
Elle était si maigrelette!

Comme elle était très-follette,
Je l'aimai couci-couci,
Mademoiselle Squelette.

Au lit, cette femmelette
Me causa plus d'un souci :
Elle était si maigrelette!

Puis un jour je vis seulette,
L'œil par les pleurs obscurci,
Mademoiselle Squelette.

Cherchant une gouttelette
De sang très peu cramoisi :
Elle était si maigrelette!

Sa phtisie étant complète,
Elle en eut le cœur transi,
Mademoiselle Squelette.


Alors plus d'escarpolette;
Plus un dimanche à Passy...
Elle était si maigrelette !

Sa figure verdelette
Faisait dire aux gens ; «Voici
Mademoiselle Squelette! »

Un soir à l'espagnolette
Elle vint se pendre ici.
Elle était si maigrelette!

Horreur! Une cordelette
Décapitait sans merci
Mademoiselle Squelette ;
Elle était si maigrelette...


M. Rollinat

domingo, 9 de mayo de 2010

Ballade de M. Gaga

"Anxieux, tel qu'un kangourou,

Il est haineux du famélique,

Autant qu'il craint le gabelou

À l'Autorité symbolique.

Microcéphale et sapajou,

Le bas-nègre de Tombouctou

Est un petit jean chrysostome

Devant ce fol désagrégat

Dont ne pourrait nul idiome

Styler la hideur du fantôme!

Ga, ga, ga, ga, ga, ga!

Monsieur Gaga n'est pas gaga..."


André Veidaux

sábado, 8 de mayo de 2010

Tres cosas me tienen preso

Tres cosas me tienen preso
de amores el corazón,
la bella Inés, el jamón
y berenjenas con queso.

Esta Inés (amantes) es
quien tuvo en mí tal poder,
que me hizo aborrecer
todo lo que no era Inés.

Trájome un año sin seso,
hasta que en una ocasión
me dio a merendar jamón
y berenjenas con queso.

Fue de Inés la primer palma,
pero ya júzgase mal
entre todos ellos cuál
tiene más parte en mi alma.

En gusto, medida y peso
no le hallo distinción,
ya quiero Inés, ya jamón,
ya berenjenas con queso.

Alega Inés su beldad,
el jamón que es de Aracena,
el queso y berenjena
la española antigüedad.

Y está tan en fil el peso
que juzgado sin pasión
todo es uno, Inés, jamón,
y berenjenas con queso.

A lo menos este trato
de estos mis nuevos amores,
hará que Inés sus favores,
me los venda más barato.

Pues tendrá por contrapeso
si no hiciere razón,
una lonja de jamón
y berenjenas con queso.

miércoles, 5 de mayo de 2010

Plus que naine




"Une naine plus que naine

Ces jours passez vint à mourir

(Sans que rien la put secourir),

Une mignonne incomparable.

Qui passoit pour choze admirable.

Qui l'on alloit voir tour à tour

Et que jadis (mesme) à la Cour

On ne voyoit qu'avec merveille

Personne enfin de grand renom.

Étoit-ce une baronne? Non.

Une marquize, une duchesse,

Une comtesse ou vicomtesse?

Elle n'éloit rien de cela.

Que diable étoit celle-là?

C'étoit (ô fortune cruelle !)

La naine de Mademoizelle,

Dont le très-chétif petit corps

Est maintenant au rang des morts.

Jamais près de Roi ny de Prince

On ne vid de naine si mince.

Quand une puce la mordoit

Et qu'icelle se défendoit,

La puce, pour finir la guerre,

La metoit aizément par terre,

Et la moindre haleine du vent

La laizoit tomber bien souvent.

Enfin elle étoit si petite

(Quoy qu'aucunement favorite)

Que dans un petit balancier

De cuivre, d'airain ou d'acier,

Étant par plaizir un jour mise

Avec robe, jupe et chemize

Et de plus sa coiffure encor

Tout ne pezoit qu'un louis d'or.

Or, en faveur de la princesse

Qui fut son illustre maîtresse

J'ai fait ce huitain, laid ou beau

Pour être mis sur son tombeau :

« Dans cette fosse souterraine

Git une naine plus que naine;

Mais j'ay tort de parler ainsi :

Elle n'est plus gizante icy.

Ce tombeau rien d'elle n'enserre,

Car deux très-petits vers de terre

En firent un maigre repas

Le propre jour de son trépas. »

LORET

martes, 4 de mayo de 2010

Amitié




AMITIE



Mon ami le plus cher ne m'a pas appelé
Bâtard, faussaire, escroc ni proxénète infâme.
Comme je suis très pauvre, il ne m'a pas volé ;
Comme je suis garçon, il n'a pas pris ma femme.



Il ne m'a pas poussé dans un puits ; il n'a pas
Mêlé de l'arsenic dans mon vin. Magnanime :
Il eût pu métoutfer entre deux matelas, —
La peur des tribunaux l'a préservé du crime.



Même il a hasardé la générosité.

Le brave homme, jusqu'à ne pas prendre pour cible

Mon crâne ou pour fourreau ma gorge. Sois sensible



A cette hyperbolique et burlesque bonté,

O mon cœur ; dans l'oubli noyons l'irréparable,

Et sous un lourd pardon broyons ce misérable.



I. GILKIN

domingo, 2 de mayo de 2010

Monsieur Lewin



Et avec cet instinct de servilité basse qui couche la chienne lécheuse aux pieds de son maître, avec ce sentiment de respect et de crainte féminine pour l'autorité, d'où qu'elle vienne, toutes ces comédiennes, les novices et les arrivées, étaient
remplies d'admiration secrète pour le tenancier.

Au dehors, devant les artistes des autres théâtres, elles l'appelaient bien « le Requin », surnom qui lui était revenu, comme à la Comédie-Parisienne celui de l'Aquarium ; mais, sincèrement, elles raffolaient de lui et mendiaient son regard ; elles avaient plein la bouche de « Monsieur Lewin », en lui parlant, trop heureuses quand il penchait sur elles sa face soufflée d'abcès qui va crever, sa face aux yeux de perroquet, aux favoris pendants, qui grisonnaient sous la teinture fauve. Il n'avait qu'à lever le doigt au choix, comme dans le salon d'un bordel, quand le troupeau passait au foyer, pour que l'élue le suivit fièrement dans le cabinet
directorial, entre deux actes, comme il voudrait, là où il voudrait. Jeanne Durel, la Mascotte, rebelle aux hommes, ayant l'horreur physique du mâle, n'avait pas résisté à celui-ci. Elle avait été gagnée par la profondeur du vice qu'elle pressen-
tait en lui, pareille à ces névropathes affriandés par les odeurs infectes et qui s'y délectent. Au moment même, Marcus était adoré par Suzanne Dequercy, une comédienne intelligente et distinguée, férue pour lui d'une passion farouche. Elle passait les nuits dans la rue à guetter son amant et chaque jour suppliait à genoux qu'il la reçût. Il s'amusa à réunir chez soi les deux femmes, et Suzanne n'eut point le courage de s'en défendre.

A cinquante ans, une fringale inassouvie, toujours aiguisée, de la femme, brûlait le sang de Lewin. Le libertinage n'avait fait qu'enrager celte luxure furieuse, continuellement en quête d'objets nouveaux et de satisfactions inconnues. Dans
son désir de diriger un théâtre était entrée, en grande part, la joie d'avoir un troupeau de feuune à ses ordres. S» vocation de ruffian. s'exerçait sans
conteste sur ce bétail, chair exploitable selon sa caisse, chair malléable dans son lit. II permettait des entreteneurs à ses comédiennes, mais il se montrait violemment jaloux de leurs amours accidentelles, comme d^une atteinte à son bien. Si
l'amant heureux d'une d'elles se trouvait être quelque acteur de son théâtre, il le persécutait avec acharnement. A certaines heures, quand il tenait entre ses bras une de ces belles filles, ses sujettes, dans un brusque réveil de sa nature d'Oriental, il était tenaillé de l'envie de l'égorger, pour qu'elle ne profitât plus à aucun autre. Ce sadisme n'effrayait pas ses compagnes de plaisir; cette corruption exaspérée les amusait et les intéressait, et toutes s'étaient vautrées en d'indicibles trios sur le canapé de son cabinet. Il gardait toujours une raccoleuse pour ses menus. C'était Jeanne Durel, à ce moment-là.

Envers ses acteurs, il se montrait d'une grossièreté inouïe, n'ayant nulle gratitude de leurs efforts ni de leur succès. Mais lorsqu'un comédien avait la faveur du public, Marcus se faisait aimable, insinuant, flatteur, pour l'attirer dans sa
troupe; il savait caresser la vanité du sujet et jouait comme pas un Téternelle fable du corbeau et du renard. Aux périodes de renouvellement d'engagement, c'étaient les mômes grimaces pour le pensionnaire qu'il désirait enfermer de nouveau
dans un traité a gros dédit. Et les grands enfants niais, oubliant leurs griefs, les mécomptes de la veille, se laissaient prendre à ces câlineries de levantin, à ces paroles sucrées, comme l'alouette au miroir. Sitôt qu'il tenait son homme, le com-
père revenait à son naturel. Pour ceux à qui il avait été obligé de concéder une rémunération lucrative, il avait des regards terribles les jours de paiement. Il se tenait derrière le grillage de la caisse, à côté du comptable. Les salariés se pré-
sentaient en tremblant, cependant que ses yeux durs, tout chargés de haine, suivaient les billets qui disparaissaient vile dans les poches.

Un jour, Lebreton, le grand premier rôle, blessé dans son amour-propre à propos d'une dislribulion de pièce, avait osé entrer en lutte avec Lewin. Une violente dispute avait commencé sur la scène durant la répétition. « Requin, sale maquereau, » cria Lebreton. Alors, le directeur, saisissant le comédien au milieu du corps, l'avait précipité dans orches-
tre au risque de le tuer. Six semaines plus tard, tout était rentré dans l´ordre. Lebreton avait présenté ses excuses et était redevenu soumis et docile, entre tous.


H. bauer

lunes, 19 de abril de 2010

STERCORAIRES





A la face du ciel, chez les peuples du Gange,
Toutes les saletés des villes sans égout
— Pour la mouche et le ver délicieux ragoût —
Bavent sur le pavé leur innommable fange.



Des tas de détritus et de déjections
Où dans l'ordure luit la blancheur des cadavres,
Forment des continents de caps mous et de havres
Qu'un liquide puant baigne d'infections.



Bouses, fumiers malsains, carcasses et charognes
Brasillent au soleil qui fait fumer leur jus.
Les vautours vidangeurs et les aigles goulus
Disputent ce festin aux macabres cigognes.



Puis, repus de poisons, loin des lieux habités.
Ils cherchent pour mourir les hauts monts solitaires.
— Les poètes aussi, pareils aux stercoraires,
Manjrent les excréments des boueuses cités.



Les intestins chargés de pourriture humaine,
Dont le venin leur brûle et leur corrompt le sang.
Sur leurs Himalayas ils crèvent en poussant
Un effroyable cri de douleur et de haine.

GILKIN