viernes, 5 de abril de 2013

Les Comprachicos



I
Qui connait à cette heure le mot comprachicos ? et qui en sait le sens ?
Les comprachicos, ou comprapequeños, étaient une hideuse et étrange affiliation nomade, fameuse au dix-septième siècle, oubliée au dix-huitième, ignorée aujourd'hui. Les comprachicos sont, comme «la poudre de succession», un ancien détail social caractéristique. Ils font partie de la vieille laideur humaine.
Pour le grand regard de l'histoire, qui voit les ensembles, les comprachicos se rattachent à l'immense fait Esclavage. Joseph vendu par ses frères est un chapitre de leur légende. Les comprachicos ont laissé trace dans les législations pénales d'Espagne et d'Angleterre. On trouve ça et là dans la confusion obscure des lois anglaises la pression de ce fait monstrueux, comme on trouve l'empreinte du pied d'un sauvage dans une forêt.
Comprachicos, de même que comprapequenos, est un mot espagnol composé qui signifie «les achète-petits».
Les comprachicos faisaient le commerce des enfants.
Ils en achetaient et ils en vendaient.
Ils n'en dérobaient point. Le vol des enfants est une autre industrie.
Et que faisaient-ils de ces enfants ?
Des monstres.
Pourquoi des monstres ?
Pour rire.
Le peuple a besoin de rire ; les rois aussi. Il faut aux carrefours le baladin ; il faut aux louvres le bouffon. L'un s'appelle Turlupin, l'autre Triboulet.
Les efforts de l'homme pour se procurer de la joie sont parfois dignes de l'attention du philosophe,
Qu'ébauchons-nous dans ces quelques pages préliminaires ? un chapitre du plus terrible des livres, du livre qu'on pourrait intituler : l'Exploitation des malheureux par les heureux.

II
Un enfant destiné à être un joujou pour les hommes, cela a existé. (Cela existe encore aujourd'hui.) Aux époques naïves et féroces, cela constitue une industrie spéciale. Le dix-septième siècle, dit grand siècle, fut une de ces époques. C'est un siècle très byzantin ; il eut la naïveté corrompue et la férocit délicate, variété curieuse de civilisation. Un tigre faisant la petite bouche, Mme de Sévigné minaude à propos du bûcher et de la roue. Ce siècle exploita beaucoup les enfants ; les historiens, flatteurs de ce siècle, ont caché la plaie, mais ils ont laiss voir le remède, Vincent de Paul.
Pour que l'homme-hochet réussisse, il faut le prendre de bonne heure. Le nain doit être commencé petit. On jouait de l'enfance. Mais un enfant droit, ce n'est pas bien amusant. Un bossu, c'est plus gai.
De là un art. Il y avait des éleveurs. On prenait un homme et l'on faisait un avorton ; on prenait un visage et l'on faisait un mufle. On tassait la croissance ; on pétrissait la physionomie.
Cette production artificielle de cas tératologiques avait ses règles. C'était toute une science. Qu'on s'imagine une orthopédie en sens inverse. Là où Dieu a mis le regard, cet art mettait le strabisme. Là où Dieu a mis l'harmonie, on mettait la difformité. Là où Dieu a mis la perfection, on rétablissait l'ébauche. Et, aux yeux des connaisseurs, c'était l'ébauche qui était parfaite. Il y avait également des reprises en sous-oeuvre pour les animaux ; on inventait les chevaux pies ; Turenne montait un cheval pie.
De nos jours, ne peint-on pas les chiens en bleu et en vert ? La nature est notre canevas. L'homme a toujours voulu ajouter quelque chose à Dieu, L'homme retouche la création, parfois en bien, parfois en mal. Le bouffon de cour n'était pas autre chose qu'un essai de ramener l'homme au singe. Progrès en arrière. Chef-d'oeuvre à reculons. En même temps, on tâchait de faire le singe homme. Barbe, duchesse de Cleveland et comtesse de Southampton, avait pour page un sapajou. Chez Françoise Sutton, baronne Dudley, huitième pairesse du banc des barons, le thé était servi par un babouin vêtu de brocart d'or que lady Dudley appelait «mon nègre». Catherine Sidley, comtesse de Dorchester, allait prendre séance au parlement dans un carrosse armorié derrière lequel se tenaient debout, museaux au vent, trois papions en grande livrée. Une duchesse de Medina-Coeli, dont le cardinal Polus vit le lever, se faisait mettre ses bas par un orang-outang. Ces singes montés en grade faisaient contrepoids aux hommes brutalisés et bestialisés. Cette promiscuité, voulue par les grands, de l'homme et de la bête, était particulièrement soulignée par le nain et le chien. Le nain ne quittait jamais le chien, toujours plus grand que lui.
Le chien était le bini du nain. C'était comme deux colliers accouplés. Cette juxtaposition est constatée par une foule de monuments domestiques, notamment par le portrait de Jeffrey Hudson, nain de Henriette de France, fille de Henri IV, femme de Charles Ier.
Dégrader l'homme mène à le déformer. On complétait la suppression d'état par la défiguration. Certains vivisecteurs de ces temps-là réussissaient très bien à effacer de la face humaine l'effigie divine. Le docteur Conquest, membre du collège d'Amen-Street et visiteur juré des boutiques de chimistes de Londres, a écrit un livre en latin sur cette chirurgie à rebours dont il donne les procédés.
A en croire Justus de Carrick-Fergus, l'inventeur de cette chirurgie est un moine nomm Aven-More, mot irlandais qui signifie Grande Rivière.
Le nain de l'électeur palatin, Perkeo, dont la poupée-ou le spectre-sort d'une boîte à surprises dans la cave de Heidelberg, était un remarquable spécimen de cette science très variée dans ses applications.
Cela faisait des êtres dont la loi d'existence était monstrueusement simple : permission de souffrir, ordre d'amuser.

III
Cette fabrication de monstres se pratiquait sur une grande échelle et comprenait divers genres.
Il en fallait au sultan ; il en fallait au pape. A l'un pour garder ses femmes ; à l'autre pour faire ses prières. C'était un genre à part ne pouvant se reproduire lui-même. Ces à peu près humains étaient utiles à la volupté et à la religion. Le sérail et la chapelle Sixtine consommaient la même espèce de monstres, ici féroces, là suaves.
On savait produire dans ces temps-là des choses qu'on ne produit plus maintenant, on avait des talents qui nous manquent, et ce n'est pas sans raison que les bons esprits crient à la décadence.
On ne sait plus sculpter en pleine chair humaine ; cela tient à ce que l'art des supplices se perd ; on était virtuose en ce genre, on ne l'est plus ; on a simplifié cet art au point qu'il va bientôt peut-être disparaître tout à fait. En coupant les membres à des hommes vivants, en leur ouvrant le ventre, en leur arrachant les viscères, on prenait sur le fait les phénomènes, on avait des trouvailles ; il faut y renoncer, et nous sommes privés des progrès que le bourreau faisait faire à la chirurgie.
Cette vivisection d'autrefois ne se bornait pas à confectionner pour la place publique des phénomènes, pour les palais des bouffons, espèces d'augmentatifs du courtisan, et pour les sultans et papes des eunuques, Elle abondait en variantes. Un de ces triomphes, c'était de faire un coq pour le roi d'Angleterre.
Il était d'usage que, dans le palais du roi d'Angleterre, il y eût une sorte d'homme nocturne, chantant comme le coq. Ce veilleur, debout pendant qu'on dormait, rôdait dans le palais, et poussait d'heure en heure ce cri de basse-cour, répété autant de fois qu'il le fallait pour suppléer à une cloche. Cet homme, promu coq, avait subi pour cela en son enfance une opération dans le pharynx, laquelle fait partie de l'art décrit par le docteur Conquest. Sous Charles II, une salivation inhérente l'opération ayant dégoûté la duchesse de Portsmouth, on conserva la fonction, afin de ne point amoindrir l'éclat de la couronne, mais on fit pousser le cri du coq par un homme non mutilé. On choisissait d'ordinaire pour cet emploi honorable un ancien officier. Sous Jacques II, ce fonctionnaire se nommait William Sampson Coq, et recevait annuellement pour son chant neuf livres deux schellings six sous.
Il y a cent ans à peine, à Pétersbourg, les mémoires de Catherine II le racontent, quand le czar ou la czarine étaient mécontents d'un prince russe, on faisait accroupir le prince dans la grande antichambre du palais, et il restait dans cette posture un nombre de jours déterminé, miaulant, par ordre, comme un chat, ou gloussant comme une poule qui couve, et becquetant à terre sa nourriture..
(...)
IV
Le commerce des enfants au dix-septième siècle se complétait, nous venons de l'expliquer, par une industrie. Les comprachicos faisaient ce commerce et exerçaient cette industrie, Ils achetaient des enfants, travaillaient un peu cette matière première, et la revendaient ensuite. (...)
Vous masquer à jamais avec votre propre visage, rien n'est plus ingénieux. Les comprachicos travaillaient l'homme comme les chinois travaillent l'arbre. Ils avaient des secrets, nous l'avons dit. Ils avaient des trucs. Art perdu. Un certain rabougrissement bizarre sortait de leurs mains. C'était ridicule et profond. Ils touchaient à un petit être avec tant d'esprit que le père ne l'eût pas reconnu. Quelquefois ils laissaient la colonne dorsale droite, mais ils refaisaient la face. Ils démarquaient un enfant comme on démarque un mouchoir.
Les produits destinés aux bateleurs avaient les articulations disloquées d'une façon savante. On les eût dit désossés. Cela faisait des gymnastes.
Non seulement les comprachicos ôtaient à l'enfant son visage, mais ils lui ôtaient sa mémoire. Du moins ils lui en ôtaient ce qu'ils pouvaient. L'enfant n'avait point conscience de la mutilation qu'il avait subie. Cette épouvantable chirurgie laissait trace sur sa face, non dans son esprit. Il pouvait se souvenir tout au plus qu'un jour il avait été saisi par des hommes, puis qu'il s'était endormi, et qu'ensuite on l'avait guéri.
Guéri de quoi ? il l'ignorait. Des brûlures par le soufre et des incisions par le fer, il ne se rappelait rien. Les comprachicos, pendant l'opération, assoupissaient le petit patient au moyen d'une poudre stupéfiante qui passait pour magique et qui supprimait la douleur. Cette poudre a été de tout temps connue en Chine, et y est encore employée à l'heure qu'il est, La Chine a eu avant nous toutes nos inventions, l'imprimerie, l'artillerie, l'aérostation, le chloroforme.
Seulement la découverte qui en Europe prend tout de suite vie et croissance, et devient prodige et merveille, reste embryon en Chine et s'y conserve morte. La Chine est un bocal de foetus.
Puisque nous sommes en Chine, restons-y un moment encore pour un détail. En Chine, de tout temps, on a vu la recherche d'art et d'industrie que voici : c'est le moulage de l'homme vivant. On prend un enfant de deux ou trois ans, on le met dans un vase de porcelaine plus ou moins bizarre, sans couvercle et sans fond, pour que la tête et les pieds passent. Le jour on tient ce vase debout, la nuit on le couche pour que l'enfant puisse dormir.
L'enfant grossit ainsi sans grandir, emplissant de sa chair comprimée et de ses os tordus les bossages du vase. Cette croissance en bouteille dure plusieurs années. A un moment donné, elle est irrémédiable. Quand on juge que cela a pris et que le monstre est fait, on casse le vase, l'enfant en sort, et l'on a un homme ayant la forme d'un pot.
C'est commode ; on peut d'avance se commander son nain de la forme qu'on veut."
Victor Hugo,
L´Homme Qui Rit

miércoles, 3 de abril de 2013

Physiologie des bienheureux

 

"La lecture des traités médiévaux sur l´intégrité et sur les propriétés du corps des ressuscités est (…) particulièrement instructive. Le problème que les pères de l´Église devaient aborder était celui de l´identité entre le corps ressuscité et celui qui était échu à l´homme de son vivant. Une telle identité semblait en effet impliquer que toute la matière qui avait appartenu au corps du mort dût ressusciter et reprendre sa place dans l´organisme bienheureux. Mais c´est justement là que commençaient les difficultés. Si, par exemple, un voleur –ultérieurement repenti et racheté- avait été amputé d´une main, celle-ci devait-elle se recoller au corps au moment de la résurrection ? Et –se demande Thomas d´Aquin- la côte d´Adam dont le corps d´Ève a été formé ressuscitera-telle en celui-ci ou chez Adam ? D´autre part, selon la science médiévale, les aliments se transforment en chair vivante grâce à la digestion ; dans le cas d´un athropophage, qui s´est nourri d´autres corps humains, cela devrait impliquer que dans la résurreciton une même matière doive être réintégrée en plusieurs individus. Que dire également des cheveux et des ongles ? Et du sperme, de la sueur, du lait, des urines et autres sécrétions ? Si les intestins ressuscitent –argumente un théologien-, ils devront ressusciter soit vides, soit pleins. S´ils sont pleins, cela signifie que même les excréments ressusciteront ; s´ils sont vides, on aura alors un organe dépourvu de toute foncion naturelle.

Le problème de l´identité et de l´intégrité du corps ressuscité se change ainsi bien vite en celui de la physiuologie de la vie bienheureuse. Comment devront être conçues les fonctions vitales du corps paradisiaque ? Pour s´orienter sr un terrain si accidenté, les pères disposaient d´un paradigme précieux : le corps édénique d´Adam et d´Ève avant la chute. « Ce que Dieu a palnté dans les délices de la béatitude et de la félicité éternelles », écrit Scot Érigène, « est la nature humaine même créée à l´image de Dieu ». La physiologie du corps bienheureux pouvait se présenter, dans cette perspective, comme une restauration du corps édénique, archétype de la nature humaine interrompue. Cela impliquait, cependant, des conséquences que les pères n´étaient psa en mesure d´accepter intégralement Certes, comme l´avait expliqué Augustin, la sexualité d´Adam avant la chute ne ressemblait pas à la nôtre, vu que ses parties génitales pouvaient être mues volontairement comme les mains ou les pieds, de sorte que l´union sexuelle pouvait avoir lieu sans qu´elle eût aucunement besoin d´être aiguillonée par la concupiscence. Quant à la nouttirure adamique, elle était infiniment plus noble que la nôtre, parce qu´elle consistait seulement en fruits cuiellis sur les arbres du paradis. Mais même ainsi, comment concevoir le rôle des parties génitales –ou même sexuellement des aliments- chez les bienheureux ?

Si l´on admettait, en effet, que les resssuscités utilisent la sexualité pour se reproduire et des aliments pour se nourrir, cela impliquait que le nombre et la forme corporelle des hommes s´accroîtraient ou varieraient à l´infini et qu´il existerait alors d´innombrables bienheureux qui n´auraient pas vécu avant la résurreciton et dont l´humanité serait par conséquent impossible à définir. Les deux principales foncions de la vie animale –la nutrition et la génération- sont affectées à la conservation de l´individu et de l´espèce ; mais, après la résurrection, le genre humain atteindrait un nombre préétabli et, en absence de la mort, ces deux fonctions deviendraient complètement inutiles. En outre, si les ressuscités continuaient à manger et à se reproduire, le paradis ne serait jamais assez grand non seulement pour les contenir tous, mais aussi pour recueillir leurs excréments, au point de justifier l´invective ironique de Guillaume de Paris : Maledicta Paradisus in qua tantum cacatur ! »

G. Agamben
L´Ouvert. De l´homme et de l´animal

King Kong´s Penis Redux

 http://thefilmist.files.wordpress.com/2009/09/kingkong1.jpg?w=580

"Fay´s attitude toward Kong´s penis is a ticklish problem. On the one hand there is the purely bestial part of it (the lesser part, we might say). On the other, there are several metaphorical tensions. Let us take them in order. Fay, the rather ordinary virgin of the masses, is terrified of Kong´s penis, which is huge. No normal girl wants to make love with a giant gorilla (yet, how often will a woman describe her lover affectionately as a “big gorilla” or a "hairy ape”?). But Fay, the woman of wisdom through nightmare, is aware that the loss of Kong´s penis, although it would probably have killed her as it thrilled her, is tragic. It is a loss that will haunt her all her life. She grows from one woman into the other as she sees Kong change from monster supreme to victim supreme. Kong beings as horror and ends as martyr, and in the process his penis is humanized (tenderized). The impossible union between Fay and Kong is symbolic of mankind´s fatal impasse, the dream of paradise lost irrevocably. However, this particular symbolic inference is complicated by several other factors, notably the idea that Kong is the black man violating American womanhood and the idea that Kong is the emerging (and rampant) Third World nations. With the first we suffer from colossal penis envy and ego collapse, for we sense Fay´s attraction in spite of herself. In the latter, we have violated Kong´s sanctuary and brought him back for profit and display, and now he threatens (literally) to screw us. Kong is the classic myth of racist and imperialist repression and anxiety. Carl Denham is the white entrepreneur par excellence. Like Rappaccini in his noxious garden, he fosters evil into being.
(…)
King´s sex organ (seen, dreamed, inferred, or guessed at) is indicative of our fear of his creative energy. Our destruction of him is confession of our limited imagination. His death will weigh on us more heavily than his life and it is part of his power that he will be continuously resurrected (by us, in fact) (…) In this respect, we can say that Kong leaps sexually erect into New York city´s streets directly from our nightmares of guilt. We have created him and can no longer awaken from him. (…) We are ambivalent about her and Kong. Hence a frequently suicidal madness that engulfs us. Given time, Fay in her understanding might well have come to love Kong physically, might well have accommodated herself (as the sex books tell us) to Kong´s penis. But there is no time. Kong is killed and split into millions of Kongs. And they are coming at us without quarter.

What is needed to free Kong is for Fay Wray to give herself sexually to Kong out of love and trust. That alone would allow Kong to break through. That she does not do it is part of the tragedy of the story. Although Fay Wray does arrive at a deepness of womanhood at the end, it is a deepness with nowhere to go (…) She is the living memorial of the tragedy of loss. But just what would Kong have been freed into? (…) I don´t think that Kong would turn into a handsome prince as a result of union with Fay. Nor do I think that he would turn into, say, a dwarf or a pumpkin, though the ramifications are increasing. Perhaps he would just expire beautifully, or disappear, and it would all be with the seed (so large) he would leave in Fay. Jesus, son of Kong! Or something like. Fay, then would become the bearer of mankind´s redemption. A chance to regain Paradise. For sure Adam in the Garden is not so remote from Kong. Would not he, too, have been inarticulate with confusion and rage in the New World? Would not he, too, have been cornered atop the Empire State Building for daring to walk the streets with his penis erect? His affront to civilization would never have been tolerated (...) Kong is godlike in in his unprogenitured existence. We cannot say Kong, son of. We can only say Kong is and Kong was. And therein lie much history and sorrow”.

K. Bernard, "King Kong: A Meditation"

viernes, 22 de marzo de 2013

How big is King Kong´s Penis?




"In a recent meditation on King Kong and Tarzan of the Apes, I wrote the following: “We want Kong to grow big and approach the blonde maiden with blood-shot, lustful eyes”. There are several interesting problems here. For example, Fay Wray, the blonde maiden, who is to say she is a maiden? (Actually, she is not even blonde). When found by the impresario Carl Denham and taken to a waterfront café, she is alone and starving. She is down on her luck. She has come upon bad times. Denham clearly wants someone with nothing more to lose, and when he sees her there is a flash, or burst, of recognition. The cards, we can say, are pretty heavily stacked against maidenhood. Yet, surprisingly, Fay Way is a maiden, which gives this adventure much of its fairy-tale quality. 
We know this from a scene that is not (and could not be) in the movie but which obviously had to take place. For years the island savages have been giving maidens to Kong. They are not going to break with tradition simply because Fay Wray is white. The whiteness is merely an added spice, or sauce. She must be maiden and white. The scene not included in the movie is that wherein the chief, the elders, and the midwives of the tribe examine a naked Fay Wray gynecologically. As all those black fingers probe and poke Fay Wray, she must be thinking that nothing can be worse than this, just as in the waterfront café she had thought she could sink no lower. How rong she was and is. This limit to her imagination makes Kong´s initial appearance all the more devastating. Kong is literally beyond her wildest imaginings. It is worth noting that Fay´s first vision of Kong is an (arch) typical bride´s first night fantasy of her husband. When Kong appears, Fay Wray is severed forever from the civilization that bred her. The unspeakable has become life.
(…)
A second interesting point in the quotation is the oblique reference to Kong´s penis in the phrase “to grow big”. Exactly how big is Kong´s penis? It is a matter of monumental cultural and psychological interest. And a great mystery: for Kong´s penis is never shown; he is no common monkey in the zoo (Its abscence, of course, is the reason why it is dreamed about so much). It is quite possible that Denham, before he leaves the island with Kong, emasculates him (in another unfilmed episode) to assure his docility later on (An interesting question here is, if this is so, what did the savages do with it or them? There is quite possibly an interesting totemic myth buried here). That might well explain Kong´s interest in the Empire State building later on. 
Realizing that he is without his penis or its generative power (…), and that there is something he cannot do with Fay Wray without it, he seeks to attach another penis to himself. Here his ape brain reveals itself (Question: Does Fay Wray have any inkling og what Kong intends? Probably, though only an inkling. Kong constantly shatters the limits of her nightmares. He plunges her from one insanity into another –but who is to say that heaven itself is not awaiting her within that final, absolute, insanity?) It this is so, we might well accuse Kong of certain immodesty. A penis (even erect) the size of the Empire State Building? But we cannot be sure, for we have never seen it. There is, however, some slight indirect evidence of size. When Kong storms the walls that separate him from the savages, seeking his stolen maiden, with what does he batter them? It is definitely a possibility. But still, not Empire State dimension, not even the upper dome. We can only put that gesture down to a rage beyond all reason.
Which still leaves us with the problem of Kong´s penis. There is, of course, the peculiar behavior of Kong from the beginning. He obviously does not ravish Fay Wray immediately. He is not even sexually curious about her. How are we to explain his earl playfulness with her and his later libidinous determination? (he has not chosen the Empire State idly). The answer, I think, is to be found in his age (…) During his voyage to America he arrives at puberty (…). But now there is no penis or penis power witht which to effect his end (assuming Denham´s butchery, which we need not) is that he very likely has little recollection of his penis and what its varying aspects were (question: Did Kong ever masturbate?).
(…) 
But we need not be equally at sea. A simple scientific approach will give us at least a reasonable working hypothesis. (…) Kong must be about 24 feet tall. Further, we can usually count on a six-foot man having a three-inch inert and six-inch erect penis. Assuming the validity of comparative anatomy, we can say therefore that Kong´s penis would be twelve inches inert and twenty-four inches, or two feet, erect. And this is a startling fact. Because it really doesn´t seem so very big. (…) Possibly it is some horrendous blue or purple, or pointed, or wickedly curved –but even these would have limited shock value. A more experienced woman than Fay might even, momentarily and in spite of herself, entertain the thought of what it would be like. So we are left with this fact: that the penis Kong ought to have is insufficient to cause the terror and anxiety he inspires. Therefore the penis Kong has is the one he ought not to have.
(…)
The entire drama of Kong is not built around his general size or destructiveness but around his relationship with Fay Wray. And the entire point of this relationship is that it is male and female, and that it aspires to the condition of consummation! The only question –and it harbors an anxiety that reaches into the very depth of our civilization- is When? When will Kong´s twenty-four-inch erect penis penetrate the white and virgin (and quivering) body of Fay Wray? And there, of course, we have the solution. It is easily conceivable that in these circumstances some people, perhaps many, would say, “Who cares?” Precisely. Twenty-four inches is not that awe-inspiring. But people say no such thing. It is obvious that Kong must exceed the estimates of comparative anatomy to inspire the universal dread that he does.

Kong´s penis, therefore, is at least six feet inert and twelve feet erect. In a state of sexual excitement it very likely rises over his head. That would certainly explain the battering at the savages´wall and it certainly explains the terror in New York City´s streets (…). And so, in the end, when Kong, haf-crazed by the bullets and frustration s he has experienced, identifies sexually with the Empire State Building, he is not, after all, being inmodest. He has sought only what all true lovers seek, in the only way that he could. He has brought his love to the threshold of his love and valiantly persevered to his last desperate breath. Dazed beyond recall, so near and yet so far, he loosens his grip, his fingers slip. No longer can he guide his newfound power into her. Kong cannot live erect in the New World.”

Kenneth Bernard
"King Kong: A Meditation"

sábado, 16 de marzo de 2013

Papaoutemari

 
PAPAOUTEMARI (à la manière de Pierre Loti)

I
Une plage semée de tortues vertes, de noix coco et de rameaux de corail. Un sable rouge, d’un rouge brun de sang séché. Sur ma tête, une voûte mystérieuse formée par des cholas, des palétuviers, des manguiers, des arbres à pain, des baobabs et des dighuelas. En face, la mer. C’est une mer verte et magnifique, pareille à un miroir bleu, — mais à un miroir qui ne refléterait rien, et dont ne changerait jamais la couleur étincelante et profonde.
L’Amiral-Picard, le sous-marin de haut bord que je commande, est depuis un mois au radoub dans la cale sèche de Toutouasamémé. Me voilà immobilisé en pleine Polynésie, de l’autre côté de la boule terrestre. Et une grande mélancolie amère et puissante me serre le cœur quand je songe que, partout où j’ai vécu, où des femmes m’ont aimé, j’étais partout aux antipodes de quelque chose…
II
Lorsque je ne suis pas retenu à bord par les obligations du service, j’habite près de la grève une case qui a des murs en pandanus et en roseaux. J’ai acheté à un vieux sorcier les quelques meubles qui m’étaient nécessaires. Oh ! bien peu de chose ! Une couchette de jonc, un rideau de plumes de perruches, une calebasse qui me sert pour les ablutions matinales, et une descente de lit en peau de porc-épic. C’est tout.
Là, je me sens chez moi. J’ai adopté le costume indigène, fait de verroteries, de tatouages et de fibres. Il laisse paraître agréablement les lignes harmonieuses de mon corps, et me donne, ma foi, très bon air. Ma demeure est intime et sombre. On n’y pénètre que par un petit trou, pareil à l’entrée d’une ruche d’abeilles, tout au ras du sol.
Quelquefois, à plat ventre, je m’étends là pour regarder la mer, la mer trop bleue, et le rivage étincelant où passent en silence les ombres des gypaètes…
III
Je la revois quand elle marchait sous les cacaouettiers, dans la grande lumière matinale, je revois ma petite amie Papaoutemari.
Je l’ai appelée : Papaoutemari, ce qui veut dire, dans le langage polynésien, Regard de Vierge.
Moins grande que moi, elle me vient à la ceinture. Elle porte les cheveux en brosse, ainsi que les femmes annamites. Je revois ses oreilles de poupée, toujours froides comme celles des chattes, ses lèvres noires, ses mains délicates dont l’intérieur est pâle, la souple ligne de son dos rougi vers le bas, et ses yeux petits, rapprochés, pétillants de malice… Mais comment peindre cette chose enchanteresse, les yeux de Papaoutemari ? Ce n’est pas sans peine que je suis devenu son ami. Jamais, ni pour Rarahu, ni pour Azyadé, ni pour Mme Chrysanthème, il ne m’a fallu tant de diplomatie !
J’ai dû poser devant ma porte une écuelle pleine de lait de bufflonne, des colliers, une montre, une paire de bretelles et un parapluie… Ainsi, j’ai gagné sa confiance. Chère petite Papaoutemari ! où es-tu maintenant, toi dont l’âme ingénue m’a permis de comprendre ce qu’étaient nos premiers ancêtres aux premiers âges du monde ? Peut-être es-tu vieille, peut-être es-tu morte, puisque c’est l’inexorable destin… Mais sans doute d’autres petites Papaoutemari sont nées à leur tour, et, sur la plage où tu gambadais, jouent en ce moment avec les tortues vertes…
IV
Un matin, ma petite amie m’a présenté sa famille, qui est devenue un peu la mienne. Étrange famille éphémère, perdue en plein océan, et que je vais peut-être quitter demain pour toujours…
Ils étaient trois, qui se sont d’abord tenus à l’écart en faisant des gestes. Ils se communiquaient leurs impressions sur moi, sans doute… Mon beau-père a une singulière figure, et semble assez peu vénérable, je dois le reconnaître, malgré sa barbe en éventail pareille à celle que je voyais aux matelots sur mes images d’enfance. Ma belle-mère l’accompagne, une petite vieille ridée et renfrognée, mais qui a les yeux de Papaoutemari… Il y a là aussi mon beau-frère, un enfant…
J’ai dû faire un mouvement trop brusque, car toute la société, soudain, s’effarouche… Mon beau-père bondit sur un palmier et y monte des pieds et des mains, à la mode néo-zélandaise, très vite, comme ayant quelque affaire urgente à terminer là-haut. Ma belle-mère presse contre elle, d’un geste protecteur, Papaoutemari et le petit beau-frère, et me regarde en poussant des cris d’effroi.
Mais on me voit si calme que la paniquc s’évanouit.
Ma nouvelle famille se rapproche ; nous nous asseyons en rond, et je distribue des cacaouettes dont Papaoutemari choisit les plus beaux pour me les éplucher.
Ce fut notre repas de noces.
V
Chaque jour, quand j’arrive, après avoir été relever le point sur l’Amiral-Picard toujours au radoub, je trouve Papaoutemari en train de jouer à un jeu différent.
Elle est coquette, cette petite. La glace que j’emploie pour me raser est, dans son esprit, quelque chose de prodigieux. Elle la prend, se regarde, puis passe vite la main derrière… Personne !… Surprise, irritée, elle vient vers moi, me tire par la manche et me demande des explications dans sa langue qu’aucun missionnaire ne parle sur la surface du globe, et que nul n’a pu m’enseigner.
***
Elle veut s’instruire, et montre pour m’imiter une volonté touchante de perfectionnement. Comme elle a vu cirer mes bottes, elle a essayé l’autre jour de faire briller ses pieds en les frottant avec ma brosse à dents et de la pâte dentifrice. Chère petite Papaoutemari !
***
Elle est si délicieusement puérile, si fantasque ! Hier, à la nuit tombante, n’a-t-elle pas plongé sa main mignonne dans mon grand encrier, et barbouillé toutes les feuilles d’un manuscrit de roman… Chère petite Papaoutemari ! Elle a bien compris que j’étais très en colère et que je faisais la grosse voix. Alors elle est allée se réfugier sur le sommet de la paillote. J’ai dû moi-même grimper là-haut avec des agilités d’acrobate pour la rejoindre ; je l’ai consolée doucement jusqu’à ce qu’elle appuyât sa petite tête sur ma poitrine, et m’entourât le cou de ses bras fluets et tièdes. Ainsi nous nous sommes réconciliés, et couché près d’elle sur les palmes sèches de la toiture, j’ai connu l’orgueil et le délice d’être aimé d’un amour primitif, sous la Croix du Sud, dans l’absolu silence et la paix magnifique d’une nuit équatoriale.
VI
Nous sommes au mois d’août. C’est l’hiver. Il est onze heures du matin, et il fait nuit noire, car sous ces lointaines latitudes l’ordre des saisons et des heures se trouve renversé, et ce n’est pas la moindre cause de ma perpétuelle angoisse que ce retournement des choses naturelles. Vers midi, l’aube est venue, l’aube de mon dernier jour.
Oui, c’est mon dernier jour à Toutouasamémé. Depuis deux mois que je vis ici, séparé des miens par l’épaisseur effroyable de la terre, je me suis endormi dans une existence de rêve et d’oubli. Mais il faut partir. L’ordre est arrivé hier, comme un coup de foudre. L’Amiral-Picard met à la voile dans une heure. Il faut partir.
Quel temps ! il fait sombre et froid. Les nuages semblent traîner sur le sol, et le ciel menace d’un déluge.
Les empaquetages ont commencé.
Dans son instinct de créature primitive, Papaoutemari a prévu ce départ. Ses regards s’attachent sur moi avec une mobilité déconcertante ; elle suit tous mes gestes.
Comme elle me voyait emballer les souvenirs que je voulais emporter, — des madrépores, quelques-uns de ces moucherons irisés qui naissent et dansent une heure au crépuscule, des idoles de porphyre, ma descente de lit, un tronc de baobab, — elle m’a d’abord imité. Elle a essayé de ranger et d’empaqueter. Le mouvement trompait sa douleur. Et puis elle a exigé un souvenir, elle aussi. Elle s’est approchée de moi par derrière, pour recueillir une mèche de mes cheveux. Comme elle ne sait pas se servir des ciseaux, elle a saisi une touffe à pleines mains et s’est mise à tirer… Je n’ai pas eu le courage de lui faire des reproches…
Deux heures. L’alizé souffle avec une violence croissante. Oh ! la tristesse des adieux, par ce temps d’averse et de rafales, par ce froid subit, si imprévu dans la nature tropicale, et qui lui donne un aspect morne et transi…
Tout à l’heure il faudra se dire adieu pour toujours. Et l’éternité va commencer entre nous deux… Ah ! si du moins un enfant issu mon sang pouvait perpétuer ma race sur cette terre perdue…
***
Ma famille a voulu me saluer une dernière fois, et je l’aperçois là-bas, toujours très réservée, très discrète… Je fais un signe et je montre quelques cacaouettes… Mon petit beau-frère galope aussitôt vers moi, suivi de loin par mon beau-père et ma belle-mère. Je m’assieds au milieu de mes parents sauvages, et nous attendons, de cette attente cruelle et désœuvrée qui précède les grands départs. Papaoutemari s’est blottie, suivant son habitude, contre moi. Sans pouvoir parler, elle tremble, et elle m’exprime, par ses yeux si profondément touchants, la détresse de son cœur. Un coup de sifflet m’annonce que la baleinière va venir me prendre. Allons, c’est la fin… Il faut se quitter, avec la certitude de ne plus jamais nous revoir. Ah ! c’est aussi horrible que si nous mourions tous, à ce moment-là, les uns devant les autres…
Mais voici qu’un accident trouble nos adieux. L’équipage du canot se dirige vers moi. Ma famille comprend qu’on vient me prendre. Papaoutemari ramasse un crabe vert, et le jette contre ces méchants. Les siens l’imitent, et mes hommes doivent s’avancer en se garant contre cette fusillade imprévue.
Comme ils savent quelle affection m’unit aux agresseurs, ils n’osent trop rien dire. Pourtant, j’en entends un qui pousse tout bas un gros juron. Mes ballots s’en vont un par un. Il ne reste plus rien de ce qui fut ma maison tant aimée. Un dernier coup d’œil autour de moi, un dernier baiser à Papaoutemari, et je m’embarque.
Tandis que le canot rejoint L’Amiral-Picard, je regarde tristement ceux qui sont restés sur la rive. Mon beau-père seul paraît ému et, pour me dire au revoir, agite sa queue tricolore. Mais ma belle-mère se gratte l’aisselle; Papaoutemari et son frère jouent ensemble, déjà presque consolés. Ainsi, durant ces deux mois de vie comune où nous avons dormi côte à côte, cette petite guenon ne m’a pas compris, et sans doute je ne l’ai pas comprise. Personne n’arrive à se connaître, hélas ! Et il en fut d’elle et de moi comme de tous les êtres qui demeurent étrangers les uns aux autres, et ne sont vraiment unis que le jour où ils se confondent, sous la terre clémente, en une poussière sans nom.

P. Reboux et C. Müller, À la Manière de...

jueves, 14 de marzo de 2013

Bertran and Bimi

Bertran fighting the orang utan Bimi on a hillock, his hands around the gorilla-like ape's neck; the ape clinging onto him and falling backwards with a surprised expression, the lock of black hair falling out of his left hand; another man, Hans Breitmann, below to right, looking back over his right shoulder at the fight; sea and hills in the distance; second state.  1900
Etching and aquatint

The orang-outang in the big iron cage lashed to the sheep-pen began the discussion. The night was stiflingly hot, and as I and Hans Breitmann, the big-beamed German, passed him, dragging our bedding to the fore-peak of the steamer, he roused himself and chattered obscenely. He had been caught somewhere in the Malayan Archipelago, and was going to England to be exhibited at a shilling a head. For four days he had struggled, yelled, and wrenched at the heavy bars of his prison without ceasing, and had nearly slain a lascar, incautious enough to come within reach of the great hairy paw. 
 
‘It would be well for you, mine friend, if you was a liddle seasick,’ said Hans Breitmann, pausing by the cage.’ You haf too much Ego in your Cosmos.’

The orang-outang’s arm slid out negligently from between the bars. No one would have believed that it would make a sudden snakelike rush at the German’s breast. The thin silk of the sleeping-suit tore out; Hans stepped back unconcernedly to pluck a banana from a bunch hanging close to one of the boats.

‘Too much Ego,’ said he, peeling the fruit and offering it to the caged devil, who was rending the silk to tatters.

Then we laid out our bedding in the bows among the sleeping Lascars, to catch any breeze that the pace of the ship might give us. The sea was like smoky oil, except where it turned to fire under our forefoot and whirled back into the dark in smears of dull flame. There was a thunderstorm some miles away; we could see the glimmer of the lightning. The ship’s cow, distressed by the heat and the smell of the ape-beast in the cage, lowed unhappily from time to time in exactly the same key as that in which the look-out man answered the hourly call from the bridge. The trampling tune of the engines was very distinct, and the jarring of the ash-lift, as it was tipped into the sea, hurt the procession of hushed noise. Hans lay down by my side and lighted a good-night cigar. This was naturally the beginning of conversation. He owned a voice as soothing as the wash of the sea, and stores of experiences as vast as the sea itself; for his business in life was to wander up and down the world, collecting orchids and wild beasts and ethnological specimens for German and American dealers. I watched the glowing end of his cigar wax and wane in the gloom, as the sentences rose and fell, till I was nearly asleep. The orang-outang, troubled by some dream of the forests of his freedom, began to yell like a soul in purgatory, and to pluck madly at the bars of the cage.

‘If he was out now dere would not be much of us left hereabout,’ said Hans lazily. ‘He screams goot. See, now, how I shall tame him when he stops himself.’
There was a pause in the outcry, and from Hans’ mouth came an imitation of a snake’s hiss, so perfect that I almost sprang to my feet. The sustained murderous sound ran along the deck, and the wrenching at the bars ceased. The orang-outang was quaking in an ecstasy of pure terror.
‘Dot stopped him,’ said Hans. ‘I learned dot trick in Mogoung Tanjong when I was collecting liddle monkeys for some peoples in Berlin. Efery one in der world is afraid of der monkeys — except der snake. So I blay snake against monkey, and he keep quite still. Dere was too much Ego in his Cosmos. Dot is der soul-custom of monkeys. Are you asleep, or will you listen, and I will tell a dale dot you shall not pelief?’
‘There’s no tale in the wide world that I can’t believe,’ I said.

‘If you haf learned pelief you haf learned somedings. Now I shall try your pelief. Goot! When I was collecting dose liddle monkeys — it was in ‘79 or ‘80, und I was in der islands of der Archipelago — over dere in der dark’— he pointed southward to New Guinea generally —‘Mein Gott! I would sooner collect life red devils than liddle monkeys. When dey do not bite off your thumbs dey are always dying from nostalgia — home-sick — for dey haf der imperfect soul, which is midway arrested in defelopment — und too much Ego. I was dere for nearly a year, und dere I found a man dot was called Bertran. He was a Frenchman, und he was goot man — naturalist to his bone. Dey said he was an escaped convict, but he was naturalist, und dot was enough for me. He would call all der life beasts from der forest, und dey would come. I said he was St. Francis of Assizi in a new dransmigration produced, und he laughed und said he haf never preach to der fishes. He sold dem for tripang — beche-demer.

‘Und dot man, who was king of beasts-tamer men, he had in der house shust such anoder as dot devil-animal in der cage — a great orang-outang dot thought he was a man. He haf found him when he was a child — der orang-outang — und he was child und brother und opera comique all round to Betran. He had his room in dot house — not a cage, but a room — mit a bed und sheets, und he would go to bed und get up in der morning und smoke his cigar und eat his dinner mit Bertran, und walk mit him hand in hand, which was most horrible. Herr Gott! I haf seen dot beast throw himself back in his chair und laugh when Bertran haf made fun of me. He was NOT a beast; he was a man, und he talked to Bertran, und Bertran comprehend, for I have seen dem. Und he was always politeful to me except when I talk too long to Bertran und say nodings at all to him. Den he would pull me away — dis great, dark devil, mit his enormous paws — shust as if I was a child. He was not a beast; he was a man. Dis I saw pefore I know him three months, und Bertran he haf saw the same; and Bimi, der orang-outang, haf understood us both, mit his cigar between his big dog-teeth und der blue gum.

‘I was dere a year, dere und at dere oder islands — somedimes for monkeys und somedimes for butterflies und orchits. One time Bertran says to me dot he will be married, because he haf found a girl dot was goot, und he enquire if this marrying idee was right. I would not say, pecause it was not me dot was going to be married. Den he go off courting der girl — she was a half-caste French girl — very pretty. Haf you got a new light for my cigar? Ouf! Very pretty. Only I say, “Haf you thought of Bimi? If he pull me away when I talk to you, what will he do to your wife? He will pull her in pieces. If I was you, Bertran, I would gif my wife for wedding-present der stuff figure of Bimi.” By dot time I had learned some dings about der monkey peoples. “Shoot him?” says Bertran. “He is your beast,” I said; “if he was mine he would be shot now!”
‘Den I felt at der back of my neck der fingers of Bimi. Mein Gott! I tell you dot he talked through dose fingers. It was der deaf-and-dumb alphabet all gomplete. He slide his hairy arm round my neck, und he tilt up my chin und looked into my face, shust to see if I understood his talk so well as he understood mine.
‘“See now dere!” says Bertran, “und you would shoot him while he is cuddlin’ you? Dot is der Teuton ingrate!”

‘But I knew dot I had made Bimi a life’s-enemy, pecause his fingers haf talk murder through the back of my neck. Next dime I see Bimi dere was a pistol in my belt, und he touched it once, und I open der breech to show him it was loaded. He haf seen der liddle monkeys killed in der woods: he understood.
‘So Bertran he was married, and he forgot clean about Bimi dot was skippin’ alone on der beach mit der half of a human soul in his belly. I was see him skip, und he took a big bough und thrash der sand till he haf made a great hole like a grave. So I says to Bertran, “For any sakes, kill Bimi. He is mad mit der jealousy.”
‘Bertran haf said “He is not mad at all. He haf obey und lofe my wife, und if she speak he will get her slippers,” und he looked at his wife agross der room. She was a very pretty girl.

‘Den I said to him, “Dost dou pretend to know monkeys und dis beast dot is lashing himself mad upon der sands, pecause you do not talk to him? Shoot him when he comes to der house, for he haf der light in his eye dot means killing — und killing.” Bimi come to der house, but dere was no light in his eye. It was all put away, cunning — so cunning — und he fetch der girl her slippers, und Bertran turn to me und say, “Dost dou know him in nine months more dan I haf known him in twelve years? Shall a child stab his fader? I haf fed him, und he was my child. Do not speak this nonsense to my wife or to me any more.”
‘Dot next day Bertran came to my house to help me make some wood cases for der specimens, und he tell me dot he haf left his wife a liddle while mit Bimi in der garden. Den I finish my cases quick, und I say, “Let us go to your houses und get a trink.” He laugh and say, “Come along, dry mans.”

‘His wife was not in der garden, und Bimi did not come when Bertran called. Und his wife did not come when he called, und he knocked at her bedroom door und dot was shut tight — locked. Den he look at me, und his face was white. I broke down der door mit my shoulder, und der thatch of der roof was torn into a great hole, und der sun came in upon der floor. Haf you ever seen paper in der waste-basket, or cards at whist on der table scattered? Dere was no wife dot could be seen. I tell you dere was nodings in dot room dot might be a woman. Dere was stuff on der floor und dot was all. I looked at dese things und I was very sick; but Bertran looked a liddle longer at what was upon the floor und der walls, und der hole in der thatch. Den he pegan to laugh, soft und low, und I knew und thank Gott dot he was mad. He nefer cried, he nefer prayed. He stood all still in der doorway und laugh to himself. Den he said, “She haf locked herself in dis room, and he haf torn up der thatch. Fi donc! Dot is so. We will mend der thatch und wait for Bimi. He will surely come.”

‘I tell you we waited ten days in dot house, after der room was made into a room again, und once or twice we saw Bimi comin’ a liddle way from der woods. He was afraid pecause he haf done wrong. Bertran called him when he was come to look on the tenth day, und Bimi come skipping along der beach und making noises, mit a long piece of black hair in his hands. Den Bertran laugh and say, “Fi donc!” shust as if it was a glass broken upon der table; und Bimi come nearer, und Bertran was honey-sweet in his voice und laughed to himself. For three days he made love to Bimi, pecause Bimi would not let himself be touched. Den Bimi come to dinner at der same table mit us, und the hair on his hands was all black und thick mit-mit what had dried on der hands. Bertran gave him sangaree till Bimi was drunk and stupid, und den ——’
Hans paused to puff at his cigar.

‘And then?’ said I.

‘Und den Bertran he kill him mit his hands, und I go for a walk upon der beach. It was Bertran’s own piziness. When I come back der ape he was dead, und Bertran he was dying abofe him; but still he laughed liddle und low und he was quite content. Now you know der formula of der strength of der orang-outang — it is more as seven to one in relation to man. But Bertran, he haf killed Bimi mit sooch dings as Gott gif him. Dot was der miracle.’

The infernal clamour in the cage recommenced. ‘Aha! Dot friend of ours haf still too much Ego in his Cosmos. Be quiet, dou!’

Hans hissed long and venomously. We could hear the great beast quaking in his cage.
‘But why in the world didn’t you help Bertran instead of letting him be killed?’ I asked.
‘My friend,’ said Hans, composedly stretching himself to slumber, ‘it was not nice even to mineself dot I should live after I haf seen dot room mit der hole in der thatch. Und Bertran, he was her husband. Goot-night, und — sleep well.’


R. Kipling Life´s Handicap

martes, 5 de marzo de 2013

Le Garamante




« Parmi les personnes curieuses de monstres, la plus curieuse qu'on eût jamais connue fut certainement Marcia Antonina Priscilla, la propre nièce du dernier César~ qui tenait de lui ce goût des monstres et qui l'avait poussé jusqu'à la fureur. Son palais ressemblait au marché célèbre qu'on appelle le marché des prodiges de la nature, où des marchands, venus de tous les points du monde, exhibent et vendent les plus étranges difformités de l'espèce humaine, soit que le caprice de la procréation les ait produites, soit qu'on les
ait obtenues par les patients et cruels artifices d'une éducation pétrissant les chairs comme de l'argile. C'est ainsi qu'on vit chez Priscilla des nains, des géants, des avortons, des hermaphrodites, des femmes à barbe, des gibbeux à double et triple bosse, des hommes-squelettes, des enfants à tête de veau, une femme-chienne, un couple d'êtres sans bras ni jambes, une jeune fille à queue de poisson, une autre à la peau de panthère, et enfin le fameux disloqué Mimmulas, dont le corps absolument dénué d'os, ou du moins
paraissant tel, se roulait, se déroulait, se nouait et se dénouait à la façon d'un serpent. 

Mais tous ces monstres, et même Mimmulas, qui avait longtemps été le favori de Priscilla, jusqu'à partager sa couche, tous furent éclipsés par Grunnax le Garamante. C'est le Phénicien Medherbal qui avait ramené le Garamante d'un voyage dans la Libye inconnue, voyage extraordinairement périlleux, puisqu'il avait traversé toute l'Afrique en large, des sources du Nil aux rivages de l'Océan extérieur. Et vraiment on ne pouvait que l'envier d'avoir afronté tant de dangers pour rapporter de son voyage une si rare et admirable merveille.

Grunnax le Garamante avait huit pieds de haut, et le plus grand géant de Priscilla lui venait à peine au menton. Son ventre était lourd et trop gros ses jambes étaient trop courtes et en cerceaux violemment arqués;  ses bras d émesurément longs faisaient  presque traîner à terre ses mains énormes.  Mais il paraissait d'une force si au-dessus des  forces humaines, ses gestes avaient une si puissante détente de catapulte, son visage respirait une telle férocité, qu'il en était beau, malgré sa peau toute noire entièrement couverte d'un poil rude et fauve, malgré les cavernes que faisait ses yeux l'effrayante proéminence de ses arcades sourcilières, et
malgré ses mâchoires prognathes, armées, à l'avant, de quatre dents qui croisaient deux à deux leurs coniques et redoutables poignards d'ivoire.

(…)Medherbal l'avait amené chez Priscilla  dans une cage dont les barreaux de fer avaient un pouce de diamètre; car le Garamante pouvait tordre dans ses poings jusqu'aux épieux de bronze des belluaires. Quand on s'approchait de sa cage, il grinçait des dents,roulait ses yeux terribles, poussait des cris aigus pareils à des appels de clairon, et se frappait la poitrine de ses mains avec un bruit qui faisait penser aux rugissements du
tonnerre.

Et cependant, à la vue de Priscilla, brusquement il s'adoucit, allongea vers elle ses lèvres comme pour un baiser, et se mit à parler en un langage susurrant et volubiïe a la fois, si bien que l'on eût dit un chant d'oiseau. Sans doute avait-il été tout de suite séduit par la grâce et la beauté de Priscilla, dont le charme, en effet, savait dompter tout le monde autour d'elle, jusqu'aux bêtes, disait-on, puisqu'elle passait pour avoir été aimée par un tigre.

Mais ce qu'il y eut de plus étonnant, c'est que Priscilla, elle aussi, fut séduite. Et bientôt ce ne fut plus un secret, pour ses intimes, que cet amour mutuel. Tout à fait dompté et la domptant à son tour, Grunnax le Garamantc devint son amant. Comme il demeurait formidable et dangereux pour les autres, elle continua de le tenir en cage; mais la cage désormais était une somptueuse chambre, lambrissée d'or, où elle vivait avec lui, heureuse de ses monstrueuses caresses, si heureuse qu'un jour enfin elle déclara vouloir le prendre pour époux.

Or c'est ici qu'éclate l'hostilité des dieux, jaloux de la gloire romaine. Ils savaient, eux, ui était Grunnax le Garamante, et quel destin lui était réservé s'il fût devenu l'époux de Priscilla, et ce qui devait arriver un mois plus tard, quand les prétoriens soulevés voulurent donner l'empire à celui que leur désignerait Priscilla, dont toute la légion était amoureuse. Les dieux, connaissant cet avenir, s'opposèrent a ce qu'il fût réalisé. Foudroyé d'une maladie soudaine et mystérieuse, en deux jours Grunnax le Garamante mourut.

Qu'il eût vécu un mois de plus, et c'est lui certainement que Priscilla eût désigné au choix des prétoriens, et c'est lui qui eût obtenu l'empire, et voila ce qui eût mis le comble à la gloire romaine, ce qui eût définitivement et triomphalement affirmé notre primauté en tout, jusque dans l'infamie. Car la pourpre des Césars a déjà, certes, été magnifiée par bien des monstres dans tous les genres, depuis la plus sanguinaire cruauté
jusque la plus immonde crapule; mais jamais encore elle n'avait connu l'incomparable lustre d'être portée par un monstre pareil, par un monstre aussi digne d'incarner toute notre bestiale grandeur, puisque Grunnax le Garamante n'était pas même un Libyen, puisque Medherbal, en mourant, a révélé le secret de son mensonge, puisque Priscilla voulait faire de Grunnax son époux, puisque cet époux serait devenu notre empereur, et
puisque cet empereur, héritier monstrueux des plus monstrueux Césars, cet empereur commandant au monde entier, cet empereur presque égal aux dieux de son vivant, cet empereur que son trépas devait un jour apothéoser, puisque cet empereur, enfin, eût été un singe ».

Jean Richepin, Contes de la Décadence romaine