viernes, 16 de octubre de 2020

Un vampire sous l´Empire

    

Sous l'Empire, Fouché demanda un jour audience à Napoléon et lui dit : « Un fait bien étrange se passe dans la rue Saint-Éloi, hôtel Pepin; il est arrivé là un individu nommé Rafin. Ses papiers, remis au propriétaire, ont paru suspects; on a environné cet homme d'une surveillance spéciale. Le soir, il sort de l'hôtel à onze heures précises, prend souvent un fiacre, d'autres fois va à pied, toujours vers le même lieu, le cimetière du Père-Lachaise, et chaque fois qu'il y arrive, mes agents le perdent de vue; mais, à quatre heures du matin, on l'aperçoit aux environs de ce cimetière; il reprend le chemin de l'hôtel Pepin. Ce manège répété a excité la surprise de mes hommes. On suit Rafin, presque pas à pas; mais, aux approches du cimetière, le moment arrive toujours où on le perd de vue. On a posté du monde dans l'intérieur : ceux-là n'ont rien découvert. - Vous me dites là, duc d'Otrante, une anecdote fantasmagorique, dit l'empereur. Est-ce un vampire? - Sire, ils sont rares en France, au xixe siècle... » 
Quelque temps plus tard, Fouché raconta la fin de l'histoire à l'ancien consul, Cambacérès : « Monseigneur, nous ne sommes pas au XIXe siècle, mais aux IXe, Xe, XIe ou plus tôt, il y a des prestidigitateurs habiles... Une nuit, on arrête Rafin à cent pas du Père-Lachaise. D'un coup de poing, il renverse dans la boue deux de mes gaillards les plus solides, qui ont prétendu avoir été frappés, non par une main d'homme, mais par une barre de fer... il se calme, exhibe des papiers convenables; on feint d'être satisfait; mais des camarades le suivent et le perdent à point nommé. A quatre heures, on l'arrête; on le fouille; on retrouve sur lui les pièces de tantôt et rien de suspect; on presse la recherche, car ceux qu'on en a chargés sont, quoique peu délicats, sur le point d'être suffoqués par l'odeur infecte qui s'exhale de toute la personne de Rafin. 
« Deux jours se passent, lui continue à faire des visites à une jeune et jolie couturière; elle vivait paisiblement, fraîche, rieuse, et depuis que Rafin la fréquente, elle devient pâle, maigre, maladive. Dans une autre maison, une femme perd ses couleurs et son embonpoint. Le troisième jour, un jeune homme arrive à l'hôtel, demande Rafin... l'appelle " assassin ", " monstre ", tire un couteau et lui porte un coup à l'aine, mais un seul, rien qu'un; quatre témoins l'ont vu. 
« Rafin tombe roide mort... On envoie chercher un chirurgien et la police; on déshabille Rafin, et l'on voit le sang jaillir par six plaies; deux à la gorge, deux à l'aine droite, une dans le bas-ventre et l'autre à la cuisse... On s'est mis à la recherche de l'assassin, on l'a trouvé. Voici ce qui en était : ce jeune homme aimait une demoiselle, Rafin se place entre eux, et est préféré; aussitôt la pauvre fille perd la santé, elle se plaint de cauchemars affreux, que son sang est sucé nocturnement par un être hideux qui ressemble à Rafin... 
« On me soumet l'affaire, elle me paraît si bizarre, que je fais relâcher le jeune homme, surtout lorsqu'un incident complique la situation. Le corps de Rafin avait été déposé dans une salle basse, ... le mort a disparu... Au bout de dix semaines, qu'on juge de l'effroi du portier de l'hôtel Pepin, et de tout le voisinage, lorsqu'on voit arriver Rafin, qui froidement réclame sa clef et ses vêtements.... Sa réponse est brève et simple : des jeunes étudiants ont volé son cadavre pour le disséquer; ils y ont surpris un reste de vie; ils l'ont soigné... Tout cela, sans doute, est plausible, on s'en contente, hors moi. Je donne mes ordres, cet homme est arrêté, conduit dans un cachot; je m'y rends; je le pique avec un instrument de chirurgie qui ne peut faire que peu de mal; à peine la première goutte de sang a jailli, que les six blessures antérieures se rouvrent, tous les secours sont inutiles, Rafin meurt de nouveau. 
« Nous étions onze personnes présentes à cette expérience remarquable; notre stupéfaction ne peut être comprise. Nous sommes au xixe siècle, et il y a devant nous un vampire, un boucolâtre. Ce fait incroyable confond et MM. Cuvier, et Fourcroy, et Cadet, et Portai, savants de première classe, que j'avais appelés. Ils ne virent là qu'un tour de passe-passe, qu'une rouerie de police devant l'autorité, une manière neuve de se débarrasser d'un individu dangereux; ils ont cru au poison, pas au sortilège, et le silence qu'ils gardent provient moins de leur parole engagée que du résultat d'une scène dont ils voudraient ne pas avoir été les spectateurs... Je fis constater le décès, on entoura le corps mort d'une multitude de linges, on le mit dans une bière de fer, on lui coupa la tête, les mains, les pieds, tout cela fut enseveli ensemble. Je fis exhumer au bout d'un an, on trouva les diverses parties en putréfaction avancée, aucune n'y manquait. » 

E.-L. de Lamothe-Langon, Les Après-dîners de S A S. Cambacérès...,  I


La translation de la Sainte Maison

 


« Le cardinal Benoît Gaétan s'était fort heureusement servi d'un porte-voix pour déterminer Pierre de Mouron à abdiquer; lorsqu'il fut élu pape, il essaya d'une autre fourberie pour extorquer de l'argent aux fidèles : il annonça publiquement que les anges étant à ses commandements , il ferait enlever de Nazareth en Galilée, des mains des musulmans, la maison où la vierge Marie était née, où elle avait été mariée avec saint Joseph, et où elle avait conçu par l'opération du Saint-Esprit. Effectivement , huit jours n'étaient pas écoulés depuis cette promesse, que le saint-père ordonnait aux peuples de se rendre en Dalmatie pour voir la maison que les anges avaient transportée sur leurs bras, et qu'ils avaient placée sur une colline déserte appelée Tersulto ; elle y demeura pendant trois ans et sept mois. 

« Comme la longueur du chemin empêchait beaucoup de chrétiens d'y apporter leurs offrandes, les anges, toujours d'après le commandement de Boniface, la transportèrent au milieu d'une immense forêt, dans le territoire de Racanati, dépendance de la marche d'Ancône. Après ce deuxième prodige, les prêtres publièrent les miracles de la santa casa ; ils racontaient que la nature entière tressaillait d'allégresse autour de la demeure de la Vierge , que les vents murmuraient de célestes mélodies, que les chênes inclinaient leurs cimes séculaires pour rendre hommage à la mère de Dieu, et qu'une lumière éclatante éclairait la forêt pendant la nuit. Aussi accourut-on bientôt de toutes les parties de l'Italie
pour voir ces merveilles et pour faire des présents à la sainte madone. 

« Malheureusement les voleurs, toujours si nombreux dans la basse Italie, voulurent partager avec la Vierge les dons des pèlerins ; et comme le pape n'y trouvait pas son compte, il ordonna à ses anges
de la transporter hors de la forêt ; ceux-ci déposèrent la maison dans un champ appartenant à deux frères
qui la veille avaient perdu leur père ; elle devint entre eux une cause de disputes, chacun des frères revendiquant la possession du lot où elle se trouvait. Pour les mettre d"accord, les anges enlevèrent une quatrième fois la maison miraculeuse, et la transportèrent au milieu d'un champ qui appartenait à une sainte femme appelée Lorette. Sans doute la vierge Marie se plut beaucoup dans cette terre de
prédilection , car il est constant que depuis le treizième siècle jusqu'à nos jours elle n'a point changé de place; ou bien, ce qui est plus probable, le pape ne lui fit pas faire un cinquième voyage, parce qu'il la trouva suffisamment rapprochée de Rome pour ne point avoir à redouter les brigands qui avaient la sacrilège audace de partager avec la madone les offrandes des fidèles. » 

 

M. Lachâtre, Histoire des papes. Mystères d´iniquités de la cour de Rome. Crimes, meurtres, empoisonnements, parricides, adultères, incestes, débauches et turpitudes des pontifes romains depuis Saint-Pierre jusqu´à nos jours, 1842



miércoles, 14 de octubre de 2020

Les crimes de Jean XXIII, le forban antipape

 


Balthasar de Cossa ou de la Cuisse était de Naples et d'une famille noble; ses parents, malgré les inclinations martiales qu'il manifestait dès son enfance, l'avaient fait entrer dans un monastère; aussi n'y fit-il pas un long séjour. Après son évasion du couvent, il s'enrôla dans une troupe d'écumeurs de mer, qui exploitaient les côtes de l'Italie inférieure pendant les guerres de Ladislas et de Louis d'Anjou. Il devint bientôt le chef de ces corsaires et se distingua par des atrocités effroyables : sans foi, sans honte, sans remords, méprisant toutes les lois divines et humaines, Balthasar possédait au plus haut degré les qualités qui font en temps de guerre les grands capitaines, ceux qu'on nomme les conquérants, et en temps de paix les grands scélérats. 

Quand les victoires de Ladislas eurent rétabli le calme dans les royaumes de Naples et de Sicile, il fut forcé de renoncer à son métier de forban; alors il songea à se faire prêtre et vint à l'université do Bologne, où il acheta le bonnet de docteur; plus tard, Boniface IX lui vendit l'archidiaconat de celte ville. Bientôt il se fatigua de cette résidence et vint à la cour do Rome, où il s'éleva jusqu'à la dignité de cardinal et de camérier secret, en récompense d'infâmes complaisances pour le pape Boniface. Ses nouvelles fonctions lui donnèrent une immense influence, dont il profita pour récupérer les sommes considérables qu'il avait dépensées dans les lupanars de Bologne; il se fit nommer collecteur général du Saint-Siége, envoya des quêteurs dans toute l'Europe, rançonna les ecclésiastiques d'Allemagne, de Danemark, de Suède, de Norvège, sous la menace de les reléguer dans des provinces éloignées de leurs Eglises; les contraignit de lui acheter des indulgences, des absolutions, des reliques, des bénéfices, des annates et des commendes ; enfin le camérier fit si bien jouer tous les ressorts de la fourberie sacerdotale qu'en moins de deux ans il se trouva plus riche que le pape, et qu'il put alors acheter l'impunité de ses crimes. Et du reste il ne se faisait point faute d'en commettre , car l'on comptait à Rome un nombre prodigieux de jeunes religieuses qu'il avait déflorées en s'introduisant nuitamment dans leurs cellules; on racontait qu'il entretenait un commerce incestueux avec la femme de son frère ; on l'accusait d'avoir violé trois jeunes soeurs dont la plus âgée n'avait pas douze ans, et d'avoir encore abusé de la mère, du fils et du père !
Le scandale de ses débauches devint si grand, que Boniface lui-même, cet éhonté sodomite, fut obligé de l'éloigner de sa cour; il lui donna une mission à l'extérieur, et le chargea de faire rentrer dans le devoir les Bolonais qui s'étaient révoltés contre le Saint-Siège. Le cardinal-légat se mit à la tète des troupes pontificales, battit les Visconti, qui venaient au secours des insurgés, et s'empara de la ville ; alors il se trouva maître absolu, et put donner un libre cours à ses passions désordonnées. Bientôt il n'exista plus dans Bologne un adolescent ou une jeune fille, quel que fût son rang ou la noblesse de sa famille, qui pût se croire à l'abri des poursuites de cet infâme prêtre; les pères et les mères qui osaient disputer leurs enfants aux pourvoyeurs du cardinal étaient plongés dans les cachots de l'inquisition ; et l'on assure même que ce monstre, par un raffinement de lubricité, abusait des enfants en présence des parents, et pendant que ses victimes se tordaient sous les tenailles ardentes des bourreaux ! ! !


Après la mort de Boniface IX, protecteur de Balthasar Cossa , les Bolonais conçurent l'espérance d'être délivrés de leur tyran, et envoyèrent des ambassadeurs à Innocent VII, pour lui offrir des sommes énormes afin de l'intéresser en leur faveur et pour obtenir le rappel du légat. Malheureusement Balthasar fut instruit de la négociation ; il envoya immédiatement à Rome le double de la somme proposée au saint-père, et fit avorter les p/ojets de ses ennemis; les principaux citoyens, qu'il soupçonna d'avoir trempé dans ce complot, furent déférés aux triljunaux de l'Inquisition, leurs biens confisqués et eux-mêmes décapités par son ordre. 

Le règne d'Innocent VII s'écoula sans amener aucun changement pour les infortunés Bolonais ; enfin sous le pontificat de Grégoire XII, son successeur, quelques citoyens courageux osèrent encore réclamer
son expulsion. Grégoire fulmina contre le coupable légal une sentence d'anathème et le révoqua de ses fonctions; mais celui-ci, loin de se soumettre aux ordres du saint-père, intrigua, distribua de l'argent aux autres cardinaux, les détacha de son parti, et les détermina à se réunir en concile pour élire un nouveau pape. Les Florentins, gagnés par ses promesses , autorisèrent la tenue d'un synode dans la ville de Pise, et le résultat de cette assemblée fut la déposition de Grégoire et l'élection de Pierre Philargi. Nous avons vu comment le cardinal Balthasar avait exercé la souveraine autorité sous ce nouveau pape, et de quelle manière il s'était défait d'Alexandre V pour s'emparer de la tiare. 

[Le cardinal Balthasar avait décidé que le pape ne retournerait plus dans la ville sainte, et qu'il recevrait lui-même les honneurs du triomphe que les Romains préparaient à Alexandre. En conséquence, 1a veille du départ, qui avait été fixé pour le 3 mai 1410, il lui fit administrer, par Daniel de Sainte-Sophie, son médecin ordinaire, un clystère empoisonné dont il mourut dans la nuit. Dès le lendemain, Daniel anéantit les preuves du crime en enlevant les entrailles de sa victime sous prétexte d'embaumer le corps.

(...) Balthasar Gossa convoqua le conclave pour le 14 mai 1410; il s'y présenta dans le costume d'un forban, revêtu d'une cotte de mailles, un glaive au côté, et vint prendre sa place au milieu des cardinaux, les menaçant de sa colère s'ils osaient nommer un pape qui ne fût pas de sa convenance. Tous les prélats, glacés par la frayeur, écoutaient en silence les blasphèmes de cet abominable assassin; enfin un d'entre eux proposa d'élever le cardinal de Malte au souverain pontificat. — Non, je le rejette, cria Balthasar. D'autres cardinaux présentèrent successivement l'évêque de Palestine, le métropolitain de Ravenne, l'archevêque de Bordeaux ; Balthasar les refusa tous. Enfin les membres du conclave, interdits et tremblants, ne songeant plus qu'à leur propre sûreté, le prièrent de leur désigner le cardinal qu'il désirait nommer pape. — Eh bien! qu'on me donne le manteau pontifical, leur répondit-il, et j'en couvrirai le seul cardinal qui soit digne de le porter 1 Angelo de Lodi s'empressa de le lui présenter. Aussitôt il s'en revêtit, et étendant le bras vers la tiare : « Je suis pape! » s'écria-t-il. Ensuite il se rendit à la cathédrale pour les cérémonies de la chaise percée, et se fit couronner sous le nom de Jean XXIII. ]

 Dès le lendemain de son élection, le saint-père, par reconnaissance du service que lui avait rendu le médecin Daniel, l'empoisonna avec du vin de Chypre; ensuite ses émissaires partirent pour Rome, et
introduisirent dans la cité apostolique une foule de bandits qui brisèrent les statues de Grégoire, déchirèrent ses portraits dans les basiliques, et remplacèrent ses armoiries par celles de Jean XXIII. Intimidés par ces démonstrations, les sénateurs envoyèrent une députation à Pise, pour prêter serment
d'obédience et de fidélité à Balthasar, et pour le supplier de venir prendre possession du Vatican. Le
rusé pontife eut d'abord l'air de ne point se soucier de leurs offres; ensuite il feignit de céder aux sollicitations des ambassadeurs, et annonça qu'il consentait à retourner à Rome. Huit jours après, Jean XXIII faisait son entrée dans la ville sainte, accompagné de ses cardinaux et suivi d'une armée formidable. Le jour de son arrivée il célébra l'office divin dans la basilique de Saint Pierre, et bénit solennellement la bannière de l'Eglise, qu'il confia à la garde de Louis d'Anjou; il bénit également l'étendard du sénat et du peuple, et le donna à Paul des Ursins, en le nommant grand gonfalonier et généralissime des troupes du Saint-Siège. Le soir, il donna une fête magnifique dans la
quelle fut déployé tout le luxe des saturnales des Néron et des Caligula ; et le lendemain, à son réveil, pour avoir, sans doute, plus d'un point de ressemblance avec ces tyrans, il fit décapiter plusieurs
seigneurs et magistrats qu'il soupçonnait de favoriser son compétiteur Grégoire. Ces exécutions sanglantes ne suspendirent pas néanmoins les réjouissances publiques, et le Saint-Père continua pendant un mois entier à donner à ses hôtes le spectacle de ses dégoûtantes orgies.

(...) Jean XXIII gouvernait Rome en despote absolu, accablant les citoyens d'exactions, et n'épargnant ni ses cardinaux ni les officiers de sa cour, car Théodoric de Niem rapporte qu'il invitait les ecclésiastiques de son obédience à des festins pour faire un appel à leur bourse, sous le nom de collecte de la cène. «Voici, ajoute l'auteur, comment le saint-père s'y prenait : Il faisait verser à ses convives des vins généreux, et quand l'ivresse avait gagné toutes les tètes, il appelait des camériers qui présentaient des urnes vides dans lesquelles chacun mettait son offrande. Ceux qui se dispensaient d'assister aux orgies de Balthasar Cossa n'échappaient point pour cela à sa cupidité; les officiers de la chambre apostolique venaient le lendemain leur présenter des quittances de sommes empruntées au saint-père; ceux qui prétendaient ne point avoir de dettes étaient immédiatement arrêtés, conduits dans les cachots du Vatican,et torturés par les inquisiteurs, qui les forçaient, selon l'expression pittoresque de Jean, « à délier la bourse. »

 Toutes les richesses qu'il arrachait aux peuples étaient partagées entre ses concubines et ses mignons, ou étaient englouties dans des travaux de bâtisses inutiles ou ridicules; c'est ainsi qu'il dépensa des sommes prodigieuses pour faire relever la muraille intérieure du bourg de Saint-Pierre, et pour faire pratiquer un chemin dérobé entre les parois des murailles, afin de pouvoir introduire secrètement dans son palais les victimes de ses débauches ou de sa tyrannie.

 

M. Lachâtre, Histoire des papes. Mystères d´iniquités de la cour de Rome. Crimes, meurtres, empoisonnements, parricides, adultères, incestes, débauches et turpitudes des pontifes romains depuis Saint-Pierre jusqu´à nos jours, 1842

martes, 22 de septiembre de 2020

Le Petit Chaperon Rouge (version paysanne trash)

 




Le conte de la mère-grand 

"C'était une femme qui avait fait du pain. Elle dit à sa fille :

– Tu vas porter une époigne toute chaude et une bouteille de lait à ta grand.

Voilà la petite fille partie. À la croisée de deux chemins, elle rencontra le bzou qui lui dit :

– Où vas-tu ?
– Je porte une époigne toute chaude et une bouteille de lait à ma grand.
– Quel chemin prends-tu ? dit le bzou, celui des aiguilles ou celui des épingles ?
– Celui des aiguilles, dit la petite fille.
– Eh bien ! moi, je prends celui des épingles.

La petite fille s'amusa à ramasser des aiguilles.

Et le bzou arriva chez la Mère grand, la tua, mit de sa viande dans l'arche et une bouteille de sang sur la bassie.

La petite fille arriva, frappa à la porte.
– Pousse la porte, dit le bzou. Elle est barrée avec une paille mouillée.

– Bonjour, ma grand, je vous apporte une époigne toute chaude et une bouteille de lait.
– Mets-les dans l'arche, mon enfant. Prends de la viande qui est dedans et une bouteille de vin qui est sur la bassie.

Suivant qu'elle mangeait, il y avait une petite chatte qui disait :

– Pue !... Salope !... qui mange la chair, qui boit le sang de sa grand.

– Déshabille-toi, mon enfant, dit le bzou, et viens te coucher vers moi.
– Où faut-il mettre mon tablier ?
– Jette-le au feu, mon enfant, tu n'en as plus besoin.

Et pour tous les habits, le corset, la robe, le cotillon, les chausses, elle lui demandait où les mettre.

Et le loup répondait : "Jette-les au feu, mon enfant, tu n'en as plus besoin."

Quand elle fut couchée, la petite fille dit :

– Oh, ma grand, que vous êtes poilouse !
– C'est pour mieux me réchauffer, mon enfant !
– Oh ! ma grand, ces grands ongles que vous avez !
– C'est pour mieux me gratter, mon enfant !
– Oh ! ma grand, ces grandes épaules que vous avez !
– C'est pour mieux porter mon fagot de bois, mon enfant !
– Oh ! ma grand, ces grandes oreilles que vous avez !
– C'est pour mieux entendre, mon enfant !
– Oh ! ma grand, ces grands trous de nez que vous avez !
– C'est pour mieux priser mon tabac, mon enfant !
– Oh ! ma grand, cette grande bouche que vous avez !
– C'est pour mieux te manger, mon enfant !
– Oh ! ma grand, que j'ai faim d'aller dehors !
– Fais au lit mon enfant !
– Oh non, ma grand, je veux aller dehors.
– Bon, mais pas pour longtemps.

Le bzou lui attacha un fil de laine au pied et la laissa aller. Quand la petite fut dehors, elle fixa le bout du fil à un prunier de la cour.

Le bzou s'impatientait et disait : « Tu fais donc des cordes ? Tu fais donc des cordes ? »

Quand il se rendit compte que personne ne lui répondait, il se jeta à bas du lit et vit que la petite était sauvée. Il la poursuivit, mais il arriva à sa maison juste au moment où elle entrait. »

Recueillie par le folkloriste Achille Millien dans le Nivervais autour des années 1870 et publiée par Paul Delarue (1886-1956) dans Le Conte populaire français (Maisonneuve et Larose, 1957-1985).

lunes, 21 de septiembre de 2020

The Original Wicker Man

 


 "The most acceptable Sacrifice to their Gods, they esteemed Murderers, Thieves and Robbers, and also other Criminals, but for want of these Inoccents often suffered. In some places this Custome was observed, which, I suppose, was common to the Druids of Britain and Gaul; they made a Statue or Image of a Man in a vast proportion, whose limbs consisted of twigs, weaved togherer in the nature of Basket-ware. These they filled with live men and after that set it on fire and so destroyed the poor creatures in the smoke and flames; the strangeness of which custom, I have here thought no amiss to represent to the view.
TheThe ceremony observed in sacrificing of men to their Idols, in a Wicker image as it was strange, so  without any question to be made, it was not begun by chance,but upon some great occasion, and something extraordinary may be fought for in the magnitude of the statue itself, whence it proceeded.
The Heathens, in their festival Fires, which were most usually attended with the sacrifices of beasts, but sometimes of men, as this was always used to represent the occasion of the solemnity, which they did by some visible sign of an apparent signification, a custom not left off at this day, as sometimes by burning the effigies of the person, either to his honour, as in deifying him, or else in public desecration of some high and notorious crime and misdemeanour, sometimes they burnt living persons themselves (even for pleasure, on their public feast days) tNo the honour of their gods, and the mirth and jovialty of their barbarous spectators
Now, there is nothing that does so easily ocur to our first aprpehension, as that they might do it in the remembrance of the phoeniciens who were men of vast and exceeding stature, who for a long time had subdued and kept them under (...) they were those Giants that so long infected the land; wherefore in public detestation of that slavery they once endured under them, this vast figure of a man, made up in wicker or osyer work, might be introduced as in scorn and derision of them, having now lost their power over them, alghough the cause why they were first made (as it often falls out) might be forgotten, and so the representation only remain.
(...) The making them in wicker rather than any other materials, may very easily be attributed to the manner of the boats the britains used on their coasts, thereby, in their own little models, representing the phoenicians navigation, their wicker vessels becoming an emblem of the phoenician ships that enslaved them.
(...) This shall suffice to have been spoken of this custome of the britains in making these wicker statues..."

Aylett Sammes, Britannia Antiqua Illustrata, or the Antiquities of Ancient Britain, 1676

Comme quoi Napoléon n´a jamais existé

 


"Napoléon Bonaparte, dont on a dit et écrit tant de choses, n'a pas même existé. Ce n'est qu'un personnage allégorique. C'est le soleil personnifié; et notre assertion sera prouvée si nous faisons voir que tout ce qu'on publie de Napoléon-le-Grand est emprunté du grand astre.

Voyons donc sommairement ce qu'on nous dit de cet homme merveilleux.

Qu'il s'appelait Napoléon Bonaparte;

Qu'il était né dans une île de la Méditerranée;

Que sa mère se nommait Letitia;

Qu'il avait trois sœurs et quatre frères, dont trois furent rois;

Qu'il eut deux femmes, dont une lui donna un fils;

Qu'il mit fin à une grande révolution;

Qu'il avait sous lui seize maréchaux de son empire, dont douze étaient en activité de service;

Qu'il triompha dans le Midi, et qu'il succomba dans le Nord;

Qu'enfin, après un règne de douze ans, qu'il avait commencé en venant de l'Orient, il s'en alla disparaître dans les mers occidentales.

Reste donc à savoir si ces différentes particularités sont empruntées du soleil, et nous espérons que quiconque lira cet écrit en sera convaincu.

Et d'abord, tout le monde sait que le soleil est nommé Apollon par les poètes; or la différence entre Apollon et Napoléon n'est pas grande, et elle paraîtra encore bien moindre si on remonte à la signification de ces noms ou à leur origine.

Il est constant que le mot Apollon signifie exterminateur; et il paraît que ce nom fut donné au soleil par les Grecs, à cause du mal qu'il leur fit devant Troie, où une partie de leur armée périt par les chaleurs excessives et par la contagion qui en résulta, lors de l'outrage fait par Agamemnon à Chrysès, prêtre du Soleil, comme on le voit au commencement de l'Iliade d'Homère; et la brillante imagination des poètes grecs transforma les rayons de l'astre en flèches enflammées que le dieu  irrité lançait de toutes parts, et qui auraient tout exterminé si, pour apaiser sa colère, on n'eût rendu la liberté à Chryséis, fille du sacrificateur Chrysès.

C'est vraisemblablement alors et pour cette raison que le soleil fut nommé Apollon. Mais, quelle que soit la circonstance ou la cause qui a fait donner à cet astre un tel nom, il est certain qu'il veut dire exterminateur.

Or Apollon est le même mot qu'Apoléon. Ils dérivent du grec: Apollyô, ΑπολλὩ ou Apoleô Αροεὡ deux verbes grecs qui n'en font qu'un, et qui signifient perdre, tuer, exterminer. De sorte que, si le prétendu héros de notre siècle s'appelait Apoléon, il aurait le même nom que le soleil, et il remplirait d'ailleurs toute la signification de ce nom; car on nous le dépeint comme le plus grand exterminateur d'hommes qui ait jamais existé. Mais ce personnage est nommé Napoléon, et conséquemment il y a dans son nom une lettre initiale qui n'est pas dans le nom du soleil. Oui, il y a une lettre de plus, et même une syllabe; car, suivant les inscriptions qu'on a gravées de toutes parts dans la capitale, le vrai nom de ce prétendu héros était Néapoléon ou Néapolion. C'est ce que l'on voit notamment sur la colonne de la place Vendôme.

Or, cette syllabe de plus n'y met aucune différence. Cette syllabe est grecque, sans doute, comme le reste du nom, et, en grec, νη ou nai ναι est une des plus grandes affirmations, que nous pouvons rendre par le mot véritablement. D'où il suit que Napoléon signifie: véritable exterminateur, véritable Apollon. C'est donc véritablement le soleil.

Mais que dire de son autre nom? Quel rapport le mot Bonaparte peut-il avoir avec l'astre du jour? Ou ne le voit point d'abord; mais on comprend au moins que, comme bona parte signifie bonne partie, il s'agit sans doute là de quelque chose qui a deux parties, l'une bonne et l'autre mauvaise; de quelque chose qui, en outre, se rapporte au soleil Napoléon. Or rien ne se rapporte plus directement au soleil que les effets de sa révolution diurne, et ces effets sont le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres; la lumière que sa présence produit, et les ténèbres qui prévalent dans son absence; c'est une allégorie empruntée des Perses. C'est l'empire d'Oromaze et celui d'Arimane, l'empire de la lumière et des ténèbres, l'empire des bons et des mauvais génies. Et c'est à ces derniers, c'est aux génies du mal et des ténèbres que l'on dévouait autrefois par cette expression imprécatoire: Abi in malam partem. Et si par mala parte on entendait les ténèbres, nul doute que par bona parte on ne doive entendre la lumière; c'est le jour, par opposition à la nuit. Ainsi on ne saurait douter que ce nom n'ait des rapports avec le soleil, surtout quand on le voit assorti avec Napoléon, qui est le soleil lui-même, comme nous venons de le prouver.

2° Apollon, suivant la mythologie grecque, était né dans une île de la Méditerranée (dans l'île de Délos); aussi a-t-on fait naître Napoléon dans une île de la Méditerranée, et de préférence on a choisi la Corse, parce que la situation de la Corse, relativement à la France, où on a voulu le faire régner, est la plus conforme à la situation de Délos relativement à la Grèce, où Apollon avait ses temples principaux et ses oracles.

Pausanias, il est vrai, donne à Apollon le titre de divinité égyptienne; mais, pour être divinité égyptienne, il n'était pas nécessaire qu'il fût né en Egypte; il suffisait qu'il y fût regardé comme un dieu, et c'est ce que Pausanias a voulu nous dire; il a voulu nous dire que les Egyptiens l'adoraient, et cela encore établit un rapport de plus entre Napoléon et le soleil; car on dit qu'en Egypte Napoléon fut regardé comme revêtu d'un caractère surnaturel, comme l'ami de Mahomet, et qu'il y reçut des hommages qui tenaient de l'adoration.

3° On prétend que sa mère se nommait Letitia. Mais sous le nom de Letitia, qui veut dire la joie, on a voulu désigner l'aurore, dont la lumière naissante répand la joie dans toute la nature; l'aurore qui enfante au monde le soleil, comme disent les poètes, en lui ouvrant, avec ses doigts de rose, les portes de l'Orient.

Encore est-il bien remarquable que, suivant la mythologie grecque, la mère d'Apollon s'appelait Leto, Λετο ou Lêtô Λἡτω. Mais si de Leto les Romains firent Latone, mère d'Apollon, on a mieux aimé, dans notre siècle, en faire Letitia, parce que lætitia est le substantif du verbe lætor ou de l'inusité læto qui voulait dire inspirer la joie.

Il est donc certain que cette Letitia est prise, comme son fils, dans la mythologie grecque.

4o D'après ce qu'on en raconte, ce fils de Letitia avait trois sœurs, et il est indubitable que ces trois sœurs sont les trois Grâces, qui, avec les Muses, leurs compagnes, faisaient l'ornement et les charmes de la cour d'Apollon, leur frère.

5o On dit que ce moderne Apollon avait quatre frères. Or, ces quatre frères sont les quatre saisons de l'année, comme nous allons le prouver. Mais d'abord qu'on ne s'effarouche, point en voyant les saisons représentées par des hommes plutôt que par des femmes. Cela ne doit pas même paraître nouveau, car, en français, des quatre saisons de l'année, une seule est féminine, c'est l'automne, et encore nos grammairiens sont peu d'accord à cet égard. Mais en latin autumnus n'est pas plus féminin que les trois autres saisons; ainsi, point de difficulté là-dessus. Les quatre frères de Napoléon peuvent représenter les quatre saisons de l'année; et ce qui suit va prouver qu'ils les représentent réellement.

Des quatre frères de Napoléon, trois, dit-on, furent rois, et ces trois rois sont le Printemps, qui règne sur les fleurs; l'Été, qui règne sur les moissons; et l'Automne, qui règne sur les fruits. Et comme ces trois saisons tiennent tout de la puissante influence du soleil, on nous dit que les trois frères de Napoléon tenaient de lui leur royauté et ne régnaient que par lui. Et quand on ajoute que, des quatre frères de Napoléon, il y en eut un qui ne fut point roi, c'est que des quatre saisons de l'année, il en est une qui ne règne sur rien: c'est l'Hiver.

Mais si, pour infirmer notre parallèle, on prétendait que l'hiver n'est pas sans empire, et qu'on voulût lui attribuer la triste principauté des neiges et des frimas, qui, dans cette fâcheuse saison, blanchissent nos campagnes, notre réponse serait toute prête; c'est, dirions-nous, ce qu'on a voulu nous indiquer par la vaine et ridicule principauté dont on prétend que ce frère de Napoléon a été revêtu après la décadence de toute sa famille, principauté qu'on a attachée au village de Canino, de préférence à tout autre, parce que canino vient de cani, qui veut dire les cheveux blancs de la froide vieillesse, ce qui rappelle l'hiver. Car, aux yeux des poètes, les forêts qui couronnent nos coteaux en sont la chevelure, et quand l'hiver les couvre de ses frimas, ce sont les cheveux blancs de la nature défaillante, dans la vieillesse de l'année:

Cum gelidus crescit canis in montibus humor.

Ainsi, le prétendu prince de Canino n'est que l'hiver personnifié; l'hiver qui commence quand il ne reste plus rien des trois belles saisons, et que le soleil est dans le plus grand éloignement de nos contrées envahies par les fougueux enfants du Nord, nom que les poètes donnent aux vents qui, venant de ces contrées, décolorent nos campagnes et les couvrent d'une odieuse blancheur; ce qui a fourni le sujet de la fabuleuse invasion des peuples du Nord dans la France, où ils auraient fait disparaître un drapeau de diverses couleurs, dont elle était embellie, pour y substituer un drapeau blanc qui l'aurait couverte tout entière, après l'éloignement du fabuleux Napoléon. Mais il serait inutile de répéter que ce n'est qu'un emblème des frimas que les vents du Nord nous apportent durant l'hiver, à la place des aimables couleurs que le soleil maintenait dans nos contrées, avant que par son déclin il se fût éloigné de nous; toutes choses dont il est facile de voir l'analogie avec les fables ingénieuses que l'on a imaginées dans notre siècle.

6o Selon les mêmes fables, Napoléon eut deux femmes; aussi en avait-on attribué deux au soleil. Ces deux femmes du soleil étaient la Lune et la Terre: la Lune, selon les Grecs (c'est Plutarque qui l'atteste), et la Terre, selon les Egyptiens; avec cette différence bien remarquable que, de l'une (c'est-à-dire de la Lune), le Soleil n'eut point de postérité, et que de l'autre il eut un fils, un fils unique; c'est le petit Horus, fils d'Osiris et d'Isis, c'est-à-dire du Soleil et de la Terre, comme on le voit dans l'Histoire du ciel, T. 1, page 61 et suivantes. C'est une allégorie égyptienne, dans laquelle le petit Horus, né de la terre fécondée par le soleil, représente les fruits de l'agriculture; et précisément on a placé la naissance du prétendu fils de Napoléon au 20 mars, à l'équinoxe du printemps, parce que c'est au printemps que les productions de l'agriculture prennent leur grand développement.

7o On dit que Napoléon mit fin à un fléau dévastateur qui terrorisait toute la France, et qu'on nomma l'hydre de la Révolution. Or, une hydre est un serpent, et peu importe l'espèce, surtout quand il s'agit d'une fable. C'est le serpent Python, reptile énorme qui était pour la Grèce l'objet d'une extrême terreur, qu'Apollon dissipa en tuant ce monstre, ce qui fut son premier exploit; et c'est pour cela qu'on nous dit que Napoléon commença son règne en étouffant la révolution française, aussi chimérique que tout le reste; car on voit bien que révolution est emprunté du mot latin revolutus, qui signale un serpent enroulé sur lui-même. C'est Python, et rien de plus.

8o Le célèbre guerrier du XIXe siècle avait, dit-on, douze maréchaux de son empire à la tête de ses armées, et quatre en non activité. Or, les douze premiers (comme bien entendu) sont les douze signes du zodiaque, marchant sous les ordres du soleil Napoléon, et commandant chacun une division de l'innombrable armée des étoiles, qui est appelée milice céleste dans la Bible, et se trouve partagée en douze parties, correspondant aux douze signes du zodiaque. Tels sont les douze maréchaux qui, suivant nos fabuleuses chroniques, étaient en activité de service sous l'empereur Napoléon; et les quatre autres, vraisemblablement, sont les quatre points cardinaux, qui, immobiles au milieu du mouvement général, sont fort bien représentés par la non-activité dont il s'agit.

Ainsi, tous ces maréchaux, tant actifs qu'inactifs, sont des êtres purement symboliques, qui n'ont pas eu plus de réalité que leur chef.

9o On nous dit que ce chef de tant de brillantes armées avait parcouru glorieusement les contrées du Midi; mais qu'ayant trop pénétré dans le Nord, il ne put s'y maintenir. Or, tout cela caractérise parfaitement la marche du soleil.

Le soleil, on le sait bien, domine en souverain dans le Midi comme on le dit de l'empereur Napoléon. Mais ce qu'il y a de bien remarquable, c'est qu'après l'équinoxe du printemps le soleil cherche à gagner les régions septentrionales, en s'éloignant de l'équateur. Mais au bout de trois mois de marche vers ces contrées, il rencontre le tropique boréal qui le force à reculer et à revenir sur ses pas vers le Midi, en suivant le signe du Cancer, c'est-à-dire de l'Ecrevisse, signe auquel on a donné ce nom (dit Macrobe) pour exprimer la marche rétrograde du soleil dans cet endroit de la sphère. Et c'est là-dessus qu'on a calqué l'imaginaire expédition de Napoléon vers le Nord, vers Moscow, et la retraite humiliante dont on dit qu'elle fut suivie.

Ainsi, tout ce qu'on nous raconte des succès ou des revers de cet étrange guerrier, ne sont que des allusions diverses relatives au cours du soleil.

10o Enfin, et ceci n'a besoin d'aucune explication, le soleil se lève à l'Orient et se couche à l'Occident, comme tout le monde le sait. Mais pour des spectateurs situés aux extrémités des terres, le soleil paraît sortir, le matin, des mers orientales, et se plonger, le soir, dans les mers occidentales. C'est ainsi, d'ailleurs, que tous les poètes nous dépeignent son lever et son coucher. Et c'est là tout ce que nous devons entendre quand on nous dit que Napoléon vint par mer de l'Orient (de l'Egypte), pour régner sur la France, et qu'il a été disparaître dans les mers occidentales, après un règne de douze ans, qui ne sont autre chose que les douze heures du jour pendant lesquelles le soleil brille sur l'horizon.

Il n'a régné qu'un jour, dit l'auteur des Nouvelles Messéniennes en parlant de Napoléon; et la manière dont il décrit son élévation, son déclin et sa chute, prouve que ce charmant poète n'a vu, comme nous, dans Napoléon, qu'une image du soleil; et il n'est pas autre chose; c'est prouvé par son nom, par le nom de sa mère, par ses trois sœurs, ses quatre frères, ses deux femmes, son fils, ses maréchaux et ses exploits; c'est prouvé par le lieu de sa naissance, par la région d'où on nous dit qu'il vint, en entrant dans la carrière de sa domination, par le temps qu'il employa à la parcourir, par les contrées où il domina, par celles où il échoua, et par la région où il disparut, pâle et découronné, après sa brillante course, comme le dit le poète Casimir Delavigne.

Il est donc prouvé que le prétendu héros de notre siècle n'est qu'un personnage allégorique dont tous les attributs sont empruntés du soleil. Et par conséquent Napoléon Bonaparte, dont on a dit et écrit tant de choses, n'a pas même existé, et l'erreur où tant de gens ont donné tête baissée vient d'un quiproquo, c'est qu'ils ont pris la mythologie du XIXe siècle pour une histoire."

 Jean-Baptiste Peres, Comme quoi Napoléon n'a jamais existé ou Grand erratum source d'un nombre infini d'errata à noter dans l'histoire du XIXe siècle (1827)