lunes, 21 de septiembre de 2020

Comme quoi Napoléon n´a jamais existé

 


"Napoléon Bonaparte, dont on a dit et écrit tant de choses, n'a pas même existé. Ce n'est qu'un personnage allégorique. C'est le soleil personnifié; et notre assertion sera prouvée si nous faisons voir que tout ce qu'on publie de Napoléon-le-Grand est emprunté du grand astre.

Voyons donc sommairement ce qu'on nous dit de cet homme merveilleux.

Qu'il s'appelait Napoléon Bonaparte;

Qu'il était né dans une île de la Méditerranée;

Que sa mère se nommait Letitia;

Qu'il avait trois sœurs et quatre frères, dont trois furent rois;

Qu'il eut deux femmes, dont une lui donna un fils;

Qu'il mit fin à une grande révolution;

Qu'il avait sous lui seize maréchaux de son empire, dont douze étaient en activité de service;

Qu'il triompha dans le Midi, et qu'il succomba dans le Nord;

Qu'enfin, après un règne de douze ans, qu'il avait commencé en venant de l'Orient, il s'en alla disparaître dans les mers occidentales.

Reste donc à savoir si ces différentes particularités sont empruntées du soleil, et nous espérons que quiconque lira cet écrit en sera convaincu.

Et d'abord, tout le monde sait que le soleil est nommé Apollon par les poètes; or la différence entre Apollon et Napoléon n'est pas grande, et elle paraîtra encore bien moindre si on remonte à la signification de ces noms ou à leur origine.

Il est constant que le mot Apollon signifie exterminateur; et il paraît que ce nom fut donné au soleil par les Grecs, à cause du mal qu'il leur fit devant Troie, où une partie de leur armée périt par les chaleurs excessives et par la contagion qui en résulta, lors de l'outrage fait par Agamemnon à Chrysès, prêtre du Soleil, comme on le voit au commencement de l'Iliade d'Homère; et la brillante imagination des poètes grecs transforma les rayons de l'astre en flèches enflammées que le dieu  irrité lançait de toutes parts, et qui auraient tout exterminé si, pour apaiser sa colère, on n'eût rendu la liberté à Chryséis, fille du sacrificateur Chrysès.

C'est vraisemblablement alors et pour cette raison que le soleil fut nommé Apollon. Mais, quelle que soit la circonstance ou la cause qui a fait donner à cet astre un tel nom, il est certain qu'il veut dire exterminateur.

Or Apollon est le même mot qu'Apoléon. Ils dérivent du grec: Apollyô, ΑπολλὩ ou Apoleô Αροεὡ deux verbes grecs qui n'en font qu'un, et qui signifient perdre, tuer, exterminer. De sorte que, si le prétendu héros de notre siècle s'appelait Apoléon, il aurait le même nom que le soleil, et il remplirait d'ailleurs toute la signification de ce nom; car on nous le dépeint comme le plus grand exterminateur d'hommes qui ait jamais existé. Mais ce personnage est nommé Napoléon, et conséquemment il y a dans son nom une lettre initiale qui n'est pas dans le nom du soleil. Oui, il y a une lettre de plus, et même une syllabe; car, suivant les inscriptions qu'on a gravées de toutes parts dans la capitale, le vrai nom de ce prétendu héros était Néapoléon ou Néapolion. C'est ce que l'on voit notamment sur la colonne de la place Vendôme.

Or, cette syllabe de plus n'y met aucune différence. Cette syllabe est grecque, sans doute, comme le reste du nom, et, en grec, nê νη ou nai ναι est une des plus grandes affirmations, que nous pouvons rendre par le mot véritablement. D'où il suit que Napoléon signifie: véritable exterminateur, véritable Apollon. C'est donc véritablement le soleil.

Mais que dire de son autre nom? Quel rapport le mot Bonaparte peut-il avoir avec l'astre du jour? Ou ne le voit point d'abord; mais on comprend au moins que, comme bona parte signifie bonne partie, il s'agit sans doute là de quelque chose qui a deux parties, l'une bonne et l'autre mauvaise; de quelque chose qui, en outre, se rapporte au soleil Napoléon. Or rien ne se rapporte plus directement au soleil que les effets de sa révolution diurne, et ces effets sont le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres; la lumière que sa présence produit, et les ténèbres qui prévalent dans son absence; c'est une allégorie empruntée des Perses. C'est l'empire d'Oromaze et celui d'Arimane, l'empire de la lumière et des ténèbres, l'empire des bons et des mauvais génies. Et c'est à ces derniers, c'est aux génies du mal et des ténèbres que l'on dévouait autrefois par cette expression imprécatoire: Abi in malam partem. Et si par mala parte on entendait les ténèbres, nul doute que par bona parte on ne doive entendre la lumière; c'est le jour, par opposition à la nuit. Ainsi on ne saurait douter que ce nom n'ait des rapports avec le soleil, surtout quand on le voit assorti avec Napoléon, qui est le soleil lui-même, comme nous venons de le prouver.

2° Apollon, suivant la mythologie grecque, était né dans une île de la Méditerranée (dans l'île de Délos); aussi a-t-on fait naître Napoléon dans une île de la Méditerranée, et de préférence on a choisi la Corse, parce que la situation de la Corse, relativement à la France, où on a voulu le faire régner, est la plus conforme à la situation de Délos relativement à la Grèce, où Apollon avait ses temples principaux et ses oracles.

Pausanias, il est vrai, donne à Apollon le titre de divinité égyptienne; mais, pour être divinité égyptienne, il n'était pas nécessaire qu'il fût né en Egypte; il suffisait qu'il y fût regardé comme un dieu, et c'est ce que Pausanias a voulu nous dire; il a voulu nous dire que les Egyptiens l'adoraient, et cela encore établit un rapport de plus entre Napoléon et le soleil; car on dit qu'en Egypte Napoléon fut regardé comme revêtu d'un caractère surnaturel, comme l'ami de Mahomet, et qu'il y reçut des hommages qui tenaient de l'adoration.

3° On prétend que sa mère se nommait Letitia. Mais sous le nom de Letitia, qui veut dire la joie, on a voulu désigner l'aurore, dont la lumière naissante répand la joie dans toute la nature; l'aurore qui enfante au monde le soleil, comme disent les poètes, en lui ouvrant, avec ses doigts de rose, les portes de l'Orient.

Encore est-il bien remarquable que, suivant la mythologie grecque, la mère d'Apollon s'appelait Leto, Λετο ou Lêtô Λἡτω. Mais si de Leto les Romains firent Latone, mère d'Apollon, on a mieux aimé, dans notre siècle, en faire Letitia, parce que lætitia est le substantif du verbe lætor ou de l'inusité læto qui voulait dire inspirer la joie.

Il est donc certain que cette Letitia est prise, comme son fils, dans la mythologie grecque.

4o D'après ce qu'on en raconte, ce fils de Letitia avait trois sœurs, et il est indubitable que ces trois sœurs sont les trois Grâces, qui, avec les Muses, leurs compagnes, faisaient l'ornement et les charmes de la cour d'Apollon, leur frère.

5o On dit que ce moderne Apollon avait quatre frères. Or, ces quatre frères sont les quatre saisons de l'année, comme nous allons le prouver. Mais d'abord qu'on ne s'effarouche, point en voyant les saisons représentées par des hommes plutôt que par des femmes. Cela ne doit pas même paraître nouveau, car, en français, des quatre saisons de l'année, une seule est féminine, c'est l'automne, et encore nos grammairiens sont peu d'accord à cet égard. Mais en latin autumnus n'est pas plus féminin que les trois autres saisons; ainsi, point de difficulté là-dessus. Les quatre frères de Napoléon peuvent représenter les quatre saisons de l'année; et ce qui suit va prouver qu'ils les représentent réellement.

Des quatre frères de Napoléon, trois, dit-on, furent rois, et ces trois rois sont le Printemps, qui règne sur les fleurs; l'Été, qui règne sur les moissons; et l'Automne, qui règne sur les fruits. Et comme ces trois saisons tiennent tout de la puissante influence du soleil, on nous dit que les trois frères de Napoléon tenaient de lui leur royauté et ne régnaient que par lui. Et quand on ajoute que, des quatre frères de Napoléon, il y en eut un qui ne fut point roi, c'est que des quatre saisons de l'année, il en est une qui ne règne sur rien: c'est l'Hiver.

Mais si, pour infirmer notre parallèle, on prétendait que l'hiver n'est pas sans empire, et qu'on voulût lui attribuer la triste principauté des neiges et des frimas, qui, dans cette fâcheuse saison, blanchissent nos campagnes, notre réponse serait toute prête; c'est, dirions-nous, ce qu'on a voulu nous indiquer par la vaine et ridicule principauté dont on prétend que ce frère de Napoléon a été revêtu après la décadence de toute sa famille, principauté qu'on a attachée au village de Canino, de préférence à tout autre, parce que canino vient de cani, qui veut dire les cheveux blancs de la froide vieillesse, ce qui rappelle l'hiver. Car, aux yeux des poètes, les forêts qui couronnent nos coteaux en sont la chevelure, et quand l'hiver les couvre de ses frimas, ce sont les cheveux blancs de la nature défaillante, dans la vieillesse de l'année:

Cum gelidus crescit canis in montibus humor.

Ainsi, le prétendu prince de Canino n'est que l'hiver personnifié; l'hiver qui commence quand il ne reste plus rien des trois belles saisons, et que le soleil est dans le plus grand éloignement de nos contrées envahies par les fougueux enfants du Nord, nom que les poètes donnent aux vents qui, venant de ces contrées, décolorent nos campagnes et les couvrent d'une odieuse blancheur; ce qui a fourni le sujet de la fabuleuse invasion des peuples du Nord dans la France, où ils auraient fait disparaître un drapeau de diverses couleurs, dont elle était embellie, pour y substituer un drapeau blanc qui l'aurait couverte tout entière, après l'éloignement du fabuleux Napoléon. Mais il serait inutile de répéter que ce n'est qu'un emblème des frimas que les vents du Nord nous apportent durant l'hiver, à la place des aimables couleurs que le soleil maintenait dans nos contrées, avant que par son déclin il se fût éloigné de nous; toutes choses dont il est facile de voir l'analogie avec les fables ingénieuses que l'on a imaginées dans notre siècle.

6o Selon les mêmes fables, Napoléon eut deux femmes; aussi en avait-on attribué deux au soleil. Ces deux femmes du soleil étaient la Lune et la Terre: la Lune, selon les Grecs (c'est Plutarque qui l'atteste), et la Terre, selon les Egyptiens; avec cette différence bien remarquable que, de l'une (c'est-à-dire de la Lune), le Soleil n'eut point de postérité, et que de l'autre il eut un fils, un fils unique; c'est le petit Horus, fils d'Osiris et d'Isis, c'est-à-dire du Soleil et de la Terre, comme on le voit dans l'Histoire du ciel, T. 1, page 61 et suivantes. C'est une allégorie égyptienne, dans laquelle le petit Horus, né de la terre fécondée par le soleil, représente les fruits de l'agriculture; et précisément on a placé la naissance du prétendu fils de Napoléon au 20 mars, à l'équinoxe du printemps, parce que c'est au printemps que les productions de l'agriculture prennent leur grand développement.

7o On dit que Napoléon mit fin à un fléau dévastateur qui terrorisait toute la France, et qu'on nomma l'hydre de la Révolution. Or, une hydre est un serpent, et peu importe l'espèce, surtout quand il s'agit d'une fable. C'est le serpent Python, reptile énorme qui était pour la Grèce l'objet d'une extrême terreur, qu'Apollon dissipa en tuant ce monstre, ce qui fut son premier exploit; et c'est pour cela qu'on nous dit que Napoléon commença son règne en étouffant la révolution française, aussi chimérique que tout le reste; car on voit bien que révolution est emprunté du mot latin revolutus, qui signale un serpent enroulé sur lui-même. C'est Python, et rien de plus.

8o Le célèbre guerrier du XIXe siècle avait, dit-on, douze maréchaux de son empire à la tête de ses armées, et quatre en non activité. Or, les douze premiers (comme bien entendu) sont les douze signes du zodiaque, marchant sous les ordres du soleil Napoléon, et commandant chacun une division de l'innombrable armée des étoiles, qui est appelée milice céleste dans la Bible, et se trouve partagée en douze parties, correspondant aux douze signes du zodiaque. Tels sont les douze maréchaux qui, suivant nos fabuleuses chroniques, étaient en activité de service sous l'empereur Napoléon; et les quatre autres, vraisemblablement, sont les quatre points cardinaux, qui, immobiles au milieu du mouvement général, sont fort bien représentés par la non-activité dont il s'agit.

Ainsi, tous ces maréchaux, tant actifs qu'inactifs, sont des êtres purement symboliques, qui n'ont pas eu plus de réalité que leur chef.

9o On nous dit que ce chef de tant de brillantes armées avait parcouru glorieusement les contrées du Midi; mais qu'ayant trop pénétré dans le Nord, il ne put s'y maintenir. Or, tout cela caractérise parfaitement la marche du soleil.

Le soleil, on le sait bien, domine en souverain dans le Midi comme on le dit de l'empereur Napoléon. Mais ce qu'il y a de bien remarquable, c'est qu'après l'équinoxe du printemps le soleil cherche à gagner les régions septentrionales, en s'éloignant de l'équateur. Mais au bout de trois mois de marche vers ces contrées, il rencontre le tropique boréal qui le force à reculer et à revenir sur ses pas vers le Midi, en suivant le signe du Cancer, c'est-à-dire de l'Ecrevisse, signe auquel on a donné ce nom (dit Macrobe) pour exprimer la marche rétrograde du soleil dans cet endroit de la sphère. Et c'est là-dessus qu'on a calqué l'imaginaire expédition de Napoléon vers le Nord, vers Moscow, et la retraite humiliante dont on dit qu'elle fut suivie.

Ainsi, tout ce qu'on nous raconte des succès ou des revers de cet étrange guerrier, ne sont que des allusions diverses relatives au cours du soleil.

10o Enfin, et ceci n'a besoin d'aucune explication, le soleil se lève à l'Orient et se couche à l'Occident, comme tout le monde le sait. Mais pour des spectateurs situés aux extrémités des terres, le soleil paraît sortir, le matin, des mers orientales, et se plonger, le soir, dans les mers occidentales. C'est ainsi, d'ailleurs, que tous les poètes nous dépeignent son lever et son coucher. Et c'est là tout ce que nous devons entendre quand on nous dit que Napoléon vint par mer de l'Orient (de l'Egypte), pour régner sur la France, et qu'il a été disparaître dans les mers occidentales, après un règne de douze ans, qui ne sont autre chose que les douze heures du jour pendant lesquelles le soleil brille sur l'horizon.

Il n'a régné qu'un jour, dit l'auteur des Nouvelles Messéniennes en parlant de Napoléon; et la manière dont il décrit son élévation, son déclin et sa chute, prouve que ce charmant poète n'a vu, comme nous, dans Napoléon, qu'une image du soleil; et il n'est pas autre chose; c'est prouvé par son nom, par le nom de sa mère, par ses trois sœurs, ses quatre frères, ses deux femmes, son fils, ses maréchaux et ses exploits; c'est prouvé par le lieu de sa naissance, par la région d'où on nous dit qu'il vint, en entrant dans la carrière de sa domination, par le temps qu'il employa à la parcourir, par les contrées où il domina, par celles où il échoua, et par la région où il disparut, pâle et découronné, après sa brillante course, comme le dit le poète Casimir Delavigne.

Il est donc prouvé que le prétendu héros de notre siècle n'est qu'un personnage allégorique dont tous les attributs sont empruntés du soleil. Et par conséquent Napoléon Bonaparte, dont on a dit et écrit tant de choses, n'a pas même existé, et l'erreur où tant de gens ont donné tête baissée vient d'un quiproquo, c'est qu'ils ont pris la mythologie du XIXe siècle pour une histoire."

 Jean-Baptiste Peres, Comme quoi Napoléon n'a jamais existé ou Grand erratum source d'un nombre infini d'errata à noter dans l'histoire du XIXe siècle (1827)

Struwwelhitler



Struwwelhitler
A Nazi Story Book

When the children have been good,
That is, be it understood,
Good at killing, good at lying,
Good at on each other spying.
When their fourteen Pas, and mas,
Grandmammas, and Grandpapas,
Great Grandparents too, are sure
That their Aryan stock is pure.
They shall have the pretty things,
Krupp Von Bohlen kindly brings,
And the blessings, only listen!
Brought by Stinnes, Frick, and Thysssen,
Who will welcome all your savings
While you feed on grass and shavings
only such as these shall look
At this pretty picture book...

 

1. Struwwelhitler

Just look at him! there he stands
With his nasty hair and hands
See! the horrid blood drops drip
From each dirty finger tip;
And the sloven, I declare,
never once has combed his hair,
îecrust never could be brittler
Than the word of Adolf Hitler

miércoles, 5 de agosto de 2020

L´habitus et la bouffe


"Il va de soi qu’on ne peut autonomiser les consommations alimentaires, surtout saisies à travers les seuls produits consommés, par rapport à l’ensemble du style de vie : ne serait-ce que parce que le goût en matière de plats (dont les produits, surtout au degré d’indétermination où la statistique les saisit, ne peuvent donner qu’une idée très approximative) est associé, par l’intermédiaire du mode de préparation, à toute la représentation de l’économie domestique et de la division du travail entre les sexes, le goût pour les plats cuisinés (pot-au-feu, blanquette, daube) qui demandent un fort investissement de temps et d’intérêt étant en affinité avec une conception traditionnelle du rôle féminin : c’est ainsi que l’opposition est particulièrement marquée, sous ce rapport, entre les classes populaires et les fractions dominées de la classe dominante où les femmes, dont le travail a une forte valeur marchande (ce qui contribue sans doute à expliquer qu’elles aient une plus haute idée de leur valeur), entendent consacrer en priorité leur temps libre au soin des enfants et à la transmission du capital culturel et tendent à mettre en question la division traditionnelle du travail entre les sexes ; la recherche de l’économie de temps et de travail dans la préparation se conjugue avec la recherche de la légèreté et de la faible teneur en calories des produits pour incliner vers les grillades et les crudités (les « salades composées ») et aussi vers les produits et les plats surgelés, les yaourts et les laitages sucrés, autant de choix qui sont aux antipodes des plats populaires, dont le plus typique est le pot-au-feu, fait de viande à bon marché et bouillie – par opposition à grillée ou rôtie –, mode de cuisson inférieur qui demande surtout du temps. Ce n’est pas par hasard que cette forme de cuisine – on dit d’une femme qui se consacre entièrement à son foyer qu’elle est « pot-au-feu » – symbolise un état de la condition féminine et de la division du travail entre les sexes comme les pantoufles que l’on chausse avant le dîner symbolisent le rôle complémentaire dévolu à l’homme.
(...) 
Le goût en matière alimentaire dépend aussi de l’idée que chaque classe se fait du corps et des effets de la nourriture sur le corps, c’est-à-dire sur sa force, sa santé et sa beauté, et des catégories qu’elle emploie pour évaluer ces effets, certains d’entre eux pouvant être retenus par une classe qui sont ignorés par une autre, et les différentes classes pouvant établir des hiérarchies très différentes entre les différents effets : c’est ainsi que là où les classes populaires, plus attentives à la force du corps (masculin) qu’à sa forme, tendent à rechercher des produits à la fois bon marché et nourrissants, les professions libérales donneront leur préférence à des produits savoureux, bons pour la santé, légers et ne faisant pas grossir. Culture devenue nature, c’est-à-dire incorporée, classe faite corps, le goût contribue à faire le corps de classe : principe de classement incorporé qui commande toutes les formes d’incorporation, il choisit et modifie tout ce que le corps ingère, digère, assimile, physiologiquement et psychologiquement. Il s’ensuit que le corps est l’objectivation la plus irrécusable du goût de classe, qu’il manifeste de plusieurs façons. D’abord dans ce qu’il a de plus naturel en apparence, c’est-à-dire dans les dimensions (volume, taille, poids, etc.) et les formes (rondes ou carrées, raides ou souples, droites ou courbes, etc.) de sa conformation visible, où s’exprime de mille façons tout un rapport au corps, c’est-à-dire une manière de traiter le corps, de le soigner, de le nourrir, de l’entretenir, qui est révélatrice des dispositions les plus profondes de l’habitus : c’est en effet au travers des préférences en matière de consommation alimentaire qui peuvent se perpétuer au-delà de leurs conditions sociales de production (comme en d’autres domaines un accent, une démarche, etc.)21, et aussi bien sûr au travers des usages du corps dans le travail et dans le loisir qui en sont solidaires, que se détermine la distribution entre les classes des propriétés corporelles.
La médiation par laquelle s’établit la définition sociale des nourritures convenables n’est pas seulement la représentation quasi consciente de la configuration approuvée du corps perçu, et en particulier de sa grosseur ou de sa minceur. C’est, plus profondément, tout le schéma corporel, et en particulier la manière de tenir le corps dans l’acte de manger, qui est au principe de la sélection de certaines nourritures. Ainsi par exemple si le poisson est, dans les classes populaires, une nourriture peu convenable pour les hommes, ce n’est pas seulement parce qu’il s’agit d’une nourriture légère, qui ne tient pas au corps, et qu’on ne prépare, en fait, que pour des raisons hygiéniques, c’est-à-dire pour les malades et pour les enfants ; c’est aussi qu’il fait partie, avec les fruits (bananes exceptées), de ces choses délicates qui ne peuvent être manipulées par des mains d’homme et devant lesquelles l’homme est comme un enfant (c’est la femme qui, se plaçant dans un rôle maternel, comme elle fait dans tous les cas semblables, se chargera de préparer le poisson dans l’assiette ou de peler la poire) ; mais c’est surtout qu’il demande à être mangé d’une façon qui contredit en tout la manière proprement masculine de manger, c’est-à-dire avec retenue, par petites bouchées, en mastiquant légèrement, avec le devant de la bouche, sur le bout des dents (pour les arêtes). C’est bien toute l’identité masculine, – ce que l’on appelle la virilité –, qui est engagée dans ces deux manières de manger, du bout des lèvres et par petits morceaux, comme les femmes à qui il convient de chipoter, ou à pleine bouche, à pleines dents et par grosses bouchées, comme il convient aux hommes, au même titre qu’elle est engagée dans les deux manières, parfaitement homologues, de parler, avec le devant de la bouche ou avec toute la bouche, et en particulier le fond de la bouche, la gorge (selon l’opposition, déjà notée ailleurs, entre la bouche, la fine bouche, la bouche pincée, ou les lèvres, et la gueule, – fort en gueule, coup de gueule, engueuler et aussi « s’en foutre plein la gueule »). Cette opposition se retrouverait dans tous les usages du corps, et en particulier dans les plus insignifiants en apparence, qui, à ce titre, sont prédisposés à servir de pense-bête où sont déposées les valeurs les plus profondes du groupe, ses « croyances » les plus fondamentales. Il serait facile de montrer par exemple que les Kleenex, qui demandent qu’on prenne son nez délicatement, sans trop appuyer et qu’on se mouche en quelque sorte du bout du nez, par petits coups, sont au grand mouchoir de tissu, dans lequel on souffle très fort d’un coup et à grand bruit, en plissant les yeux dans l’effort et en se tenant le nez à pleins doigts, ce que le rire retenu dans ses manifestations visibles et sonores est au rire à gorge déployée, que l’on pousse avec tout le corps, en plissant le nez, en ouvrant grande la bouche et en prenant son souffle très profond (« j’étais plié en deux »), comme pour amplifier au maximum une expérience qui ne souffre pas d’être contenue, et d’abord parce qu’elle doit être partagée, donc clairement manifestée à l’intention des autres. Et la philosophie pratique du corps masculin comme une sorte de puissance, grande, forte, aux besoins énormes, impérieux et brutaux, qui s’affirme dans toute la manière masculine de tenir le corps, et en particulier devant les nourritures, est aussi au principe de la division des nourritures entre les sexes, division reconnue, tant dans les pratiques que dans le discours, par les deux sexes. Il appartient aux hommes de boire et de manger plus, et des nourritures plus fortes, à leur image. Ainsi à l’apéritif, les hommes seront servis deux fois (et plus si c’est fête) et par grandes rasades, dans de grands verres (le succès du Ricard ou du Pernod tenant sans doute pour beaucoup au fait qu’il s’agit d’une boisson à la fois forte et abondante – pas un « dé à coudre »), et ils laisseront les amuse-gueule (biscuits salés, cacahuètes, etc.) aux enfants et aux femmes, qui boivent un petit verre (« il faut garder ses jambes ») d’un apéritif de leur fabrication (dont elles échangent les recettes). De même, parmi les entrées, la charcuterie est plutôt pour les hommes, comme ensuite le fromage, et cela d’autant plus qu’il est plus fort, tandis que les crudités sont plutôt pour les femmes, comme la salade : ce sont les uns ou les autres qui se resserviront ou se partageront les fonds de plats. La viande, nourriture nourrissante par excellence, forte et donnant de la force, de la vigueur, du sang, de la santé, est le plat des hommes, qui en prennent deux fois, tandis que les femmes se servent une petite part : ce qui ne signifie pas qu’elles se privent à proprement parler ; elles n’ont réellement pas envie de ce qui peut manquer aux autres, et d’abord aux hommes, à qui la viande revient par définition, et tirent une sorte d’autorité de ce qui n’est pas vécu comme une privation ; plus, elles n’ont pas le goût des nourritures d’hommes qui, étant réputées nocives lorsqu’elles sont absorbées en trop grande quantité par les femmes (par exemple, manger trop de viande fait « tourner le sang », procure une vigueur anormale, donne des boutons, etc.), peuvent même susciter une sorte de dégoût."

Pierre Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement, 1979

martes, 28 de julio de 2020

Put the Blame on (Über-Degenerate) Wagner


"Richard Wagner is in himself alone charged with a greater abundance of degeneration than all the degenerates put together with whom we have hitherto become acquainted. The stigmata of this morbid condition are united in him in the most complete and most luxuriant development. He displays in the general constitution of his mind the persecution mania, megalomania and mysticism; in his instincts vague philanthropy, anarchism, a craving for revolt and contradiction; in his writings all the signs of graphomania, namely, incoherence, fugitive ideation, and a tendency to idiotic punning, and, as the groundwork of  his being, the characteristic emotionalism of a colour at once erotic and religiously enthusiastic.
For Wagner's persecution mania, we have the testimony of his most recent biographer and friend, Ferdinand Praeger, who relates that for years Wagner was convinced that the Jews had conspired to prevent the representation of his operas—a delirium inspired by his furious anti-Semitism. His megalomania is so well known through his writings, his verbal utterances, and the whole course of his life, that a bare reference to it is sufficient. It is to be admitted that this mania was essentially increased by the crazy procedure of those who surrounded Wagner. A much firmer equilibrium than that which obtained in Wagner's mind would have been infallibly disturbed by the nauseous idolatry of which Bayreuth was the shrine. The Bayreuther Blätter is a unique phenomenon. To me, at least, no other instance is known of a newspaper which was founded exclusively for the deification of a living man, and in every number of which, through long years, the appointed priests of the temple have burned incense to their household god, with the savage fanaticism of howling and dancing dervishes, bent the knee, prostrated themselves before him, and immolated all opponents as sacrificial victims.
We will take a closer view of the graphomaniac Wagner. His Collected Writings and Poems form ten large thick volumes, and among the 4,500 pages which they approximately contain there is hardly a single one which will not puzzle the unbiased reader, either through some nonsensical thought or some impossible mode of expression. Of his prose works (his poems will be treated of further on), the most important is decidedly The Art-work of the Future. (01) The thoughts therein expressed—so far as the wavering shadows of ideas in a mystically emotional degenerate subject may be so called—occupied Wagner during his whole life, and were again and again propounded by him in ever new terms and phraseology. The Opera and the Drama, Judaism in Music, On the State and Religion, The Vocation of the Opera, Religion and Art, are nothing more than amplifications of single passages of The Art-work of the Future. This restless repetition of one and the same strain of thought is itself characteristic in the highest degree. The clear, mentally sane author, who feels himself impelled to say something, will once for all express himself as distinctly and impressively as it is possible for him to do, and have done with it. He may, perhaps, return to the subject, in order to clear up misconceptions, repel attacks, and fill up lacunæ; but he will never wish to rewrite his book, wholly or in part, two or three times in slightly different words, not even if in later years he attains to the insight that he has not succeeded in finding for it an adequate form. The crazed graphomaniac, on the contrary, cannot recognise in his book, as it lies finished before him, the satisfying expression of his thoughts, and he will always be tempted to begin his work afresh, a task which is endless, because it must consist in giving a fixed linguistic form to ideas which are formless.

(...)
Together with this anarchistic acerbity, there is another feeling that controls the entire conscious and unconscious mental life of Wagner, viz., sexual emotion. He has been throughout his life an erotic (in a psychiatric sense), and all his ideas revolve about woman. The most ordinary incitements, even those farthest removed from the province of the sexual instinct, never fail to awaken in his consciousness voluptuous images of an erotic character, and the bent of the automatic association of ideas is in him always directed towards this pole of his thought. In this connection let this passage be read from the Art-work of the Future (p. 44), where he seeks to demonstrate the relation between the art of dancing, music, and poetry: 'In the contemplation of this ravishing dance of the most genuine and noblest muses, of the artistic man [?], we now see the three arm-in-arm lovingly entwined up to their necks; then this, then that one, detaching herself from the entwinement, as if to display to the others her beautiful form in complete separation, touching the hands of the others only with the extreme tips of her fingers; now the one, entranced by a backward glance at the twin forms of her closely entwined sisters, bending towards them; then two, carried away by the allurements of the one [!] greeting her in homage; finally all, in close embrace, breast to breast, limb to limb, in an ardent kiss of love, coalescing in one blissfully living shape. This is the love and life, the joy and wooing of art,' etc. (Observe the word-play: Lieben und Leben, Freuen und Freien!) Wagner here visibly loses the thread of his argument; he neglects what he really wishes to say, and revels in the picture of the three dancing [181] maidens, who have arisen before his mind's eye, following with lascivious longing the outline of their forms and their seductive movements.
The shameless sensuality which prevails in his dramatic poems has impressed all his critics. Hanslick (07) speaks of the 'bestial sensuality' in Rheingold, and says of Siegfried: 'The feverish accents, so much beloved by Wagner, of an insatiable sensuality, blazing to the uttermost limits—this ardent moaning, sighing, crying, and sinking to the ground, move us with repugnance. The text of these love-scenes becomes sometimes, in its exuberance, sheer nonsense.' Compare in the first act of the Walküre, (08) in the scene between Siegmund and Sieglinde, the following stage directions: 'Hotly interrupting'; 'embraces her with fiery passion'; 'in gentle ecstasy'; 'she hangs enraptured upon his neck'; 'close to his eyes'; 'beside himself'; 'in the highest intoxication,' etc. At the conclusion, it is said, 'The curtain falls quickly,' and frivolous critics have not failed to perpetrate the cheap witticism, 'Very necessary, too.' The amorous whinings, whimperings and ravings of Tristan und Isolde, the entire second act of Parsifal, in the scene between the hero and the flower-girls, and then between him and Kundry in Klingsor's magic garden, are worthy to rank with the above passages. It certainly redounds to the high honour of German public morality, that Wagner's operas could have been publicly performed without arousing the greatest scandal. How unperverted must wives and maidens be when they are in a state of mind to witness these pieces without blushing crimson, and sinking into the earth for shame! How innocent must even husbands and fathers be who allow their womankind to go to these representations of 'lupanar' incidents! Evidently the German audiences entertain no misgivings concerning the actions and attitudes of Wagnerian personages; they seem to have, no suspicion of the emotions by which they are excited, and what intentions their words, gestures and acts denote; and this explains the peaceful artlessness with which these audiences follow theatrical scenes during which, among a less childlike public, no one would dare lift his eyes to his neighbour or endure his glance.
With Wagner amorous excitement assumes the form of mad delirium. The lovers in his pieces behave like tom-cats gone mad, rolling in contortions and convulsions over a root of valerian. They reflect a state of mind in the poet which is well known to the professional expert. It is a form of Sadism. It is the love of those degenerates who, in sexual transport, become like wild beasts. (09) Wagner suffered from 'erotic madness,' which leads coarse natures to murder for lust, and inspires 'higher degenerates' with works like Die Walküre, Siegfried, and Tristan und Isolde.

(...) The fact that only in Bayreuth could this music be heard, unfalsified and in its full strength, was also of great importance for the esteem in which it was held. If it had been played in every theatre, if, without trouble and formalities, one could have gone to a representation of Wagner as to one of Il Trovatore, Wagner would not have obtained his most enthusiastic public from foreign countries. To know the real Wagner it was necessary to journey to Bayreuth. This could be done only at long intervals and at specified times; seats and lodgings had to be obtained long in advance, and at great expenditure of trouble. It was a pilgrimage requiring much money and leisure; hence 'hoi polloi' were excluded from it. Thus, the pilgrimnage to Bayreuth became a privilege of the rich and well-bred, and to have been to' Bayreuth came to be a great social distinction among the snobs of both worlds. The journey was a thing to make a great parade of and be haughty over. The pilgrim no longer belonged to the vulgar crowd, but to the select few; he became a hadji! Oriental sages so well know the peculiar vanity of the hadjis', that one of their proverbs contains an express warning against the pious man who has been thrice to Mecca.
Hence the pilgrimage to Bayreuth became a mark of aristocracy, and an appreciation of Wagner's music, in spite of his nationality, was regarded as evidence of intellectual pre-eminence. The prejudice in his favour was created, and provided one went to him in this mood, there was no reason why Wagner should not have the same influence on hysterical foreigners as on hysterical Germans. Parsifal was especially fitted completely to subjugate the French neo-Catholics and Anglo-American mystics who marched behind the banner of the Salvation Army. It was with this opera that Wagner chiefly triumphed among his non-German admirers. Listening to the music of Parsifal has become the religious act of all those who wish to receive the Communion in musical form.
These are the explanatory causes of Wagner's conquest, first of Germany, and then of the world. The absence of judgment and independence among the multitude, who chant the antiphony in the Psalter; the imitation of musicians possessed of no originality, who witnessed his triumph, and, like genuine little boys wanting 'to be taken,' clung to his coat-tails—these did what was still needed to lay the world at his feet. As it is the most widely diffused, so is Wagnerism the most momentous aberration of the present time. The Bayreuth festival theatre, the Bayreuther Blätter, the Parisian Revue Wagnérienne, are lasting monuments by which posterity will be able to measure the whole breadth and depth of the degeneration and hysteria of the age.



Max Nordau, Degeneration, 1892

Notes
01
Richard Wagner, Das Kunstwerk der Zukunft . Leipzig, 1850.
07 Edward Hanslick, Musikalische Stationen. Berlin, 1880, pp. 220, 243.
08 Wagner, Gesammelte Schriften und Dichtungen, Band VI., p. 3 ff.
09 In a book on degeneration it is not possible wholly to avoid the subject of eroticism, which includes precisely the most characteristic and conspicuous phenomena of degeneration. I dwell, however, on principle as little as possible on this subject, and will, therefore, in reference to the characterization of Wagner's erotic madness, quote only one clinical work: Dr. Paul Aubry, 'Observation d'Uxoricide et de Libéricide suivis du Suicide du Meurtrier,' Archives de l'Anthropologie criminelle, vol. vii., p. 326: 'This derangement [erotic madness] is characterized by an inconceivable fury of concupiscence at the moment of approach.' And in a remark on the report of a murder perpetrated on his wife and children by an erotic maniac—a professor of mathematics in a public school—whom Aubrey had under his observation, he says, 'Sa femme qui parlait facilement et à tous des choses que l'on tient ordinairement le plus secrètes, disait que son mari était comme un furieux pendant l'acte sexuel.' See also Ball, La Folie érotique. Paris, 1891, p. 127.

viernes, 3 de julio de 2020

The Time Capsule of Cupaloy


WITHIN the limitations imposed by space, the problems of preservation, and the difficulty of choosing the truly significant to represent all the enormous variety and vigor of our life, we have sought to deposit in the Time Capsule materials and information touching upon all the principal categories of our thought, activity, and accomplishment; sparing nothing, neither our wisdom nor our foolishness, our supreme achievements nor our recognized weaknesses.
We have included books and pictures that show where and how we live: some in apartments like dwellers in cliffs, but comfortably; others in detached houses; still others moving about the country in homes mounted on wheels.
We have set forth the story of our architecture, by which we have reared soaring pinnacles into the sky.
We have described the offices and the factories where we work, the machines that write, compute, tabulate, reproduce manuscript a thousandfold, sort out, and file; the machines that stamp and fashion metals; the machines and methods with which metals are knit together by electricity and cut apart by gas; the complex techniques of mass production, with which articles that consist of scores of different materials, requiring hundreds of operations to assemble, can nevertheless be sold among us for a few cents.
We have described in text and picture the arts and entertainment of our day; the games we play; the history & development & present attainments of painting, sculpture, music, the theater, motion pictures, and radio.
We have included copies of representative newspapers & magazines of this day, containing news, articles, fiction, and advertisements broadly characteristic of our period. We have also included a novel, the most widely read of our time. For good measure we have added specimens of our cartoons and "comics," such as daily and weekly delight millions in our newspapers and in our moving picture theaters.
Ours is a day of many faiths. We have provided descriptions of the world's religions, numbered their followers, and enclosed the Holy Bible, a book which is the basis of the Christian faith. We have provided outlines of the world's principal philosophies. We have discussed the all-pervading and effective educational systems of our time, and told in text and pictures the story of the training of our young.
We have included a copy of our Constitution, and something about our government, under which we live as free men, ruled by our own elected representatives chosen at regular intervals by the votes of all, both men and women. We have included, also, a history of our country and a chronological history of the world.
Our scientists have measured the speed of light and compared the distances of the planets, stars, and nebulæ; they have charted the slow evolution of primal protoplasm into man, fathomed the ultimate composition of matter and its relation to energy, transmuted the elements, measured the earth and explored it, harnessed earthquake, electricity, and magnetism to probe what lies be neath our feet; they have shifted the atoms in their lattices and created dyes, materials, stuffs that Nature herself forgot to make. The stories of these achievements have been set forth in the Time Capsule.
Our engineers & inventors have harnessed the forces of the earth and skies and the mysteries of nature to make our lives pleasant, swift, safe, and fascinating beyond any previous age. We fly faster, higher, and farther than the birds. On steel rails we rush safely, behind giant horses of metal and fire. Ships large as palaces thrum across our seas. Our roads are alive with self-propelling conveyances so complex the most powerful prince could not have owned one a generation ago; yet in our day there is hardly a man so poor he cannot afford this form of personal mobility.
Over wires pour cataracts of invisible electric power, tamed and harnessed to light our homes, cook our food, cool and clean our air, operate the machines of our homes & factories, lighten the burdens of our daily labor, reach out and capture the voices and music of the air, & work a major part of all the complex magic of our day.
We have made metals our slaves, and learned to change their characteristics to our needs. We speak to one another along a network of wires and radiations that enmesh the globe, and hear one another thousands of miles away as clearly as though the distance were only a few feet. We have learned to arrest the processes of decay; our foods are preserved in metal or frost and by these means we may have vegetables and fruits in any season, delicacies from foreign lands, and adequate diet anywhere.
All these things, and the secrets of them, and something about the men of genius of our time and earlier days who helped bring them about, will be found in the Time Capsule.
How our physicians have healed the sick, controlled pain, and conquered many diseases, has been recounted there; how we have suppressed epidemics through the enormous undertakings of our system of public health; how our drugs and biologicals are compounded, and the enormous and varied list of them.
There are included samples and specimens of the new materials of our time, created in the laboratories of our engineers and chemists, on the looms of our mills, and in the forges, furnaces, and vats of our factories.
There are also samples of the products of our farms, where machinery has turned scarcity into abundance; where research has produced plants never seen in nature; where science now is able to produce plants even without soil.
There are also many small articles that we wear or use; that contribute to the pleasure, comfort, safety, convenience, or healthfulness of our lives; articles with which we write, play, groom ourselves, correct our vision, remove our beards, illuminate our homes and work-places, tell time, make pictures, calculate sums, exchange values, protect property, train our children, prepare our food.
Believing, as have the people of each age, that our women are the most beautiful, most intelligent, and best groomed of all the ages, we have enclosed in the Time Capsule specimens of modern cosmetics, and one of the singular clothing creations of our time, a woman's hat.
That the pronunciation of our English tongue may not be lost, a "Key to English" has been prepared and printed in this book. That our vocabulary may not be forgotten, we have included in the Capsule a dictionary, defining more than 140,000 common words and phrases. That our idiom may be preserved, we have provided also a dictionary of slang and colloquial expressions. Finally, that our method of writing may be recovered, should all other record of it disappear, we have included a book in which the Lord's Prayer is translated into three hundred different tongues; also the fable "The Story of the North Wind & the Sun" translated into twenty-five languages. These may serve, as did the trilingual Rosetta stone, to help in the translation of our words.
In the Capsule there are only two actual books of our time, in the size and form to which we are accustomed. These are this book and the Holy Bible. All the rest have been photographed page by page on microfilm, which by the small space it requires has permitted us to include on four small reels the contents or equivalent of more than seventy ordinary books—enough in their usual form to fill the Capsule's crypt several times over. A magnifying instrument is included, with which the microfilm may be read.
Should those who recover the Capsule wish to know our appearance, and how we dress, act, and talk, there have been provided two reels of significant and typical scenes of our time, in pictures that move and speak, imprisoned on ribbons of cellulose coated with silver. If knowledge of machines for projecting these pictures and voices has disappeared, the machines may nevertheless be recreated, after recovery of the Capsule, from photographs and descriptions.
Each age considers itself the pinnacle & final triumph above all eras that have gone before. In our time many believe that the human race has reached the ultimate in material and social development; others, that humanity shall march onward to achievements splendid beyond the imagination of this day, to new worlds of human wealth, power, life, and happiness. We choose, with the latter, to believe that men will solve the problems of the world, that the human race will triumph over its limitations and its adversities, that the future will be glorious.
TO THE PEOPLE OF THAT FUTURE
WE LEAVE THIS LEGACY

THE BOOK OF RECORD OF
THE
TIME CAPSULE
OF CUPALOY
DEEMED CAPABLE OF RESISTING THE EFFECTS OF TIME FOR FIVE THOUSAND YEARS • PRESERVING AN ACCOUNT OF UNIVERSAL ACHIEVEMENTS • EMBEDDED IN THE GROUNDS OF THE
NEW YORK WORLD'S FAIR
1939

Crypt of Civilization


Preserving Our History in a Tomb
“CRYPT OF CIVILIZATION” WILL RE-CREATE OUR DAILY LIFE FOR PEOPLE OF 8113 A.D.
THE YEAR is 8113. Spired cities built by the ancient people of the twentieth century have long since crumbled to dust. Of the airplanes and automobiles in which they traveled, not a rusted scrap remains. Their perishable tools, utensils, books, magazines, and newspapers have vanished completely. What learning they possessed is but dimly known. But where Oglethorpe University once stood, in what was Atlanta, Ga., a band of archaeologists has just unearthed a door of stainless steel. They break it open—and find themselves in a treasure house of the past. Pictures and records, perfectly preserved through the ages, tell them in every detail the long-forgotten story of what life was like in 1938.
That is the romantic, breath-taking vision that is taking practical form at Oglethorpe University today. Into a crypt as large as an average living room, hollowed out of the granite bed rock beneath the campus and lined with walls of gleaming chromium, experts are stuffing motion-picture films, copies of present-day encyclopedias, textbooks, works of art, and models of machines that will give future historians a complete picture of their distant ancestors.
When the crypt is filled, the air in it will be replaced with inert nitrogen gas, and it will be sealed against the ravages of the ages. Graven in a plaque upon the stainless-steel door, a message will direct that the vault be opened in 8113—a date chosen because it is as far in the future as the first recorded date in history, the beginning of the Egyptian calendar, is in the past.
For the first time, points out Dr. Thornwell Jacobs, president of the university and originator of the project, the art of copying books and pictures in reduced size on movie film permits storing a vast bulk of priceless records in limited space. Duplicate “microfilm” copies of volumes for the Georgia vault are being made upon standard cellulose acetate film and upon tissue-thin metal film, a new invention that is believed still more durable. To prepare it, the image of the negative is etched into stainless steel, nickel, or copper by photo-engraving methods. An inlay of another metal, such as platinum, is then deposited in the etched portions. The result is an indestructible picture on metal in black upon a white background.
Five rolls of film, surrounded by inert gas, are sealed in a glass tube. Protected by a layer of asbestos, the tube in turn is placed in a seamless receptacle of stainless steel, a foot long and four inches in diameter. The receptacle itself is inclosed in a ribbed casting of extra-strong alloy, capable of resisting a crushing force of thousands of pounds. Row upon row of these receptacles will line the metal shelves of the crypt. Barring accident, their contents should be found in perfect condition after sixty centuries!
Suppose the location of the vault is for- gotten with passing centuries? Descriptions of the deposit, engraved on metal, will be placed in all the great libraries and museums of the world, and even in such out-of-the-way places as monasteries in Tibet and temples in China and India! Some one of these clews will almost inevitably be discovered. If English is an unknown tongue by 8113, how can the records be deciphered ? The first thing to meet the eye of a person entering the vault will be a movie machine of the pioneer “mutoscope” type, with the addition of a phonograph attachment. Turning a crank reveals one of 3,000 metal plates, bearing, say, a picture of an apple and “APPLE” in print. Sound apparatus then pronounces the word.
Since no one knows what sort of electric current people will use in 8113 A.D., if it is available at all, a windmill generator will provide current for the electric sound-film projector.
Records to be stored away will include sound films of the voices of present-day leaders, stereoscopic photos of all the world’s masterpieces of sculpture, a year-by-year history-in-pictures of the United States for the last 100 years, and the world’s greatest masterpieces of poetry. Models will show every essential kind of modern tool and machine, household utensils and tableware, and great engineering feats. A complete set of costumes for men and women will be preserved in helium gas. There will be cook books, histories, science textbooks, and books of practical instruction in mechanics, engineering, and all the arts and manufactures. Two Popular Science handbooks are to be included. Supermen of 8113 may be chagrined to find that some of their inventions were anticipated as early as the twentieth century. Or, if world war or some natural cataclysm has made mankind revert to a barbaric state by that time, the “lost arts” preserved in the Georgia crypt might conceivably start the race back along the road to civilization."

Popular Science, December 1938