jueves, 18 de abril de 2013

Ouha, Roi des Singes

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« Le silence s´est fait, tandis que Ouha, majestueux, lentement, s´assied, un pied posé à la même hauteur que son ventre, l´autre pendant sur le tronc décapité d´un arbre double, dont le deuxième fût forme le dossier d´une étrange cathèdre : c´est le trône du roi, au centre presque de la clairière, juste au-dessous de la lune, dont le disque rit, comme de regarder la bizarre assemblée, du haut du firmament de lapis sombre, lazuli pailleté d´or.

Les femmes, sur un signe de Ouha –orang-outang polygame qui prend ses épouses parmi les compagnes et les égales de l´homme –se sont assisses devant lui, et c´est comme un vivant trophée de sa gloire simiesque que caressent ses yeux de braises (…).

En des attitudes diverses, les orangs écoutaient, ou mieux suivaient la mimique de la harangue royale. Il en était de pareils à des viaillards chenus, dont blanchissait le poil, le collier de barbe en brosses rudes de chaque côté des bajoues (…) D´autres, accoudés, affectaient des poses graves et lasses, laissaient choir leurs crânes presque entre leurs genoux écartés, comme pliés sous le faix de graves pensées : certains girouettaient de la face, semblaient inattentifs et railleurs, babouinaient inlassablement, en plissant leurs mufles noirs, bruns, roux, fauves, gris, sur de terribles mâchoires cliquetantes. Quelques-uns semblaient perdus en des abrutissements loitains, puis, sortant de leur apathie, approuvaient avec des gestes de salut, de leurs mains applaudisseuses, vers Ouha tendues.

Plusieurs, bouffons, se grattaient le derrière et les plus sérieux, soudaint obscènes, se caressèrent mutuellement ou eux-mêmes, sans se départir de leur mine soucieuse. Et l´exemple, manuel et contagieux de quelques-uns, se propagea de groupe à groupe. Par esprit d´imitation, la luxure grandissait, s´épanouissait. Des spasmes subits, des grimaces joyueuses ou des soupirs béats rompaeint un instant une immobilité vite reprise.

Mabel Smith pensait assister à un sabbat inattendu, troublée quand même par ces gestes, effarée surtout par la ressemblance des faces simiesques avec les figures humaines, la parité des signes qu´on aurait dit d´homme saffolés. Elle doutait d´être, ou non, hallucinée bizarrement d´assister, avec la sensation de l´éveil, à un cauchemar à la fois grotesque et terrible en sa bouffonnerie : un sénat d´hommes déguisés en singe, et qui, par excentricité, se livreraient à des parodies de sérieuses discussions, coupées de gageures lubriques, de folies, de gestes et d´exclamations patriotiques furibondes, brisées, zigzaguées, comme un nuage d´éclairs, de menaces, de colères, de cris exrpimant, à l´exagération, toutes les émotions humaines… »

F. Champsaur
Ouha, Roi des Singes

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