miércoles, 3 de abril de 2013

Physiologie des bienheureux

 

"La lecture des traités médiévaux sur l´intégrité et sur les propriétés du corps des ressuscités est (…) particulièrement instructive. Le problème que les pères de l´Église devaient aborder était celui de l´identité entre le corps ressuscité et celui qui était échu à l´homme de son vivant. Une telle identité semblait en effet impliquer que toute la matière qui avait appartenu au corps du mort dût ressusciter et reprendre sa place dans l´organisme bienheureux. Mais c´est justement là que commençaient les difficultés. Si, par exemple, un voleur –ultérieurement repenti et racheté- avait été amputé d´une main, celle-ci devait-elle se recoller au corps au moment de la résurrection ? Et –se demande Thomas d´Aquin- la côte d´Adam dont le corps d´Ève a été formé ressuscitera-telle en celui-ci ou chez Adam ? D´autre part, selon la science médiévale, les aliments se transforment en chair vivante grâce à la digestion ; dans le cas d´un athropophage, qui s´est nourri d´autres corps humains, cela devrait impliquer que dans la résurreciton une même matière doive être réintégrée en plusieurs individus. Que dire également des cheveux et des ongles ? Et du sperme, de la sueur, du lait, des urines et autres sécrétions ? Si les intestins ressuscitent –argumente un théologien-, ils devront ressusciter soit vides, soit pleins. S´ils sont pleins, cela signifie que même les excréments ressusciteront ; s´ils sont vides, on aura alors un organe dépourvu de toute foncion naturelle.

Le problème de l´identité et de l´intégrité du corps ressuscité se change ainsi bien vite en celui de la physiuologie de la vie bienheureuse. Comment devront être conçues les fonctions vitales du corps paradisiaque ? Pour s´orienter sr un terrain si accidenté, les pères disposaient d´un paradigme précieux : le corps édénique d´Adam et d´Ève avant la chute. « Ce que Dieu a palnté dans les délices de la béatitude et de la félicité éternelles », écrit Scot Érigène, « est la nature humaine même créée à l´image de Dieu ». La physiologie du corps bienheureux pouvait se présenter, dans cette perspective, comme une restauration du corps édénique, archétype de la nature humaine interrompue. Cela impliquait, cependant, des conséquences que les pères n´étaient psa en mesure d´accepter intégralement Certes, comme l´avait expliqué Augustin, la sexualité d´Adam avant la chute ne ressemblait pas à la nôtre, vu que ses parties génitales pouvaient être mues volontairement comme les mains ou les pieds, de sorte que l´union sexuelle pouvait avoir lieu sans qu´elle eût aucunement besoin d´être aiguillonée par la concupiscence. Quant à la nouttirure adamique, elle était infiniment plus noble que la nôtre, parce qu´elle consistait seulement en fruits cuiellis sur les arbres du paradis. Mais même ainsi, comment concevoir le rôle des parties génitales –ou même sexuellement des aliments- chez les bienheureux ?

Si l´on admettait, en effet, que les resssuscités utilisent la sexualité pour se reproduire et des aliments pour se nourrir, cela impliquait que le nombre et la forme corporelle des hommes s´accroîtraient ou varieraient à l´infini et qu´il existerait alors d´innombrables bienheureux qui n´auraient pas vécu avant la résurreciton et dont l´humanité serait par conséquent impossible à définir. Les deux principales foncions de la vie animale –la nutrition et la génération- sont affectées à la conservation de l´individu et de l´espèce ; mais, après la résurrection, le genre humain atteindrait un nombre préétabli et, en absence de la mort, ces deux fonctions deviendraient complètement inutiles. En outre, si les ressuscités continuaient à manger et à se reproduire, le paradis ne serait jamais assez grand non seulement pour les contenir tous, mais aussi pour recueillir leurs excréments, au point de justifier l´invective ironique de Guillaume de Paris : Maledicta Paradisus in qua tantum cacatur ! »

G. Agamben
L´Ouvert. De l´homme et de l´animal

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