domingo, 10 de abril de 2016

L´arbre hommier




Une fantastique vision fit loucher Mauri.
Dans le mitan de la serre s´élevait un arbre aux branches duquel poussaient des corps humains en formation ou presque parfaitement constitués. Le tronc de cet arbre ressemblait à tous les troncs d´arbres ; en revanche, ses feuilles, carrées, avaient l´épaisseur et le lisse d´une portion de courroie de cuir, et elles étaient pourvues de soupapes microscopiques dont les accélérés mouvements indiquaient l´activité de la respiration des êtres  qui se balançaient, en l´air, comme des pendus. Les branches étaient fortes ; chacune d´elles ne portait qu´un fruit humain. Celui-cci y adhérait, par la tête, au moyen d´un pédoncule qui se brisait lorsque le corps était mûr. Mais le docteur pouvait toujours, à son gré, prévenir la rupture du pédoncule et laisser, pendant un très long temps, le bonhomme suspendu à sa branche. Ainsi, il y avait un fœtus de quatre mois, un enfant de deux ans, un autre de six ans, un troisième de diz ans. Une jeune fille de seize ans, admirablement belle, conversait avec un homme barbu qui avait dépassé la trentaine et qui fumait une pipe. L´arbre avait treize branches, et chaque branche produisait un être de race différente. Français, Anglais, Grec, Russe, Scandinave, Italien, Hongrois, Espagnol, Chinois, Japonais, y étaient représentés. La collection se complétait par un aveugle, un sourd-muet et un décapité.
-Comment diable peut-on faire pousser des gens à un arbre ?
- C´est difficile et délicat à expliquer. Si vous aviez fait de la botanique une étude approfondie, ou même superficielle, vous sauriez que (…) la racine nourrit la branche. Si vous plongez une racine dans un perpétuel bain de merde, par exemple, les fruits de la branche nourrie par cette racine pueront le caca. Et ainsi de suite. Eh bien, substituez à cette merde une couche épaisse d´organes sexuels, le fruit obtenu par cette nourriture sera évidemment de même race que celle des organes sexuels (…) :: Je suis donc parvenu à me procurer –et à quel prix, grand Dieu !- une quantité suffisante d´organes, je les ai enfouis dans le sol, j´y ai enfoncé les racines d´un cyprès et voici le résultat ! Chacun de ces types parle une langue différente, mais tous comprennent le français, sauf le sourd-muet et le décapité
- Comment les nourrissez-vous ?
- En pissant au pied de l´arbre.

Le Tutu, moeurs fin de siècle. 1891

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