domingo, 30 de octubre de 2011

La fée Paillardine




Il était une fois une fée qui se nommait Paillardine. Elle était bien faite, grande et ferme ; ses cheveux étaient bruns et son teint était un peu bis ; en un mot, c'était une foutée délicieuse, puisqu'elle tenait plus qu'elle ne promettait encore pour la jouissance. Elle joignait un tempérament aussi prodigieux qu'immanquable aux yeux les plus paillards et par conséquent les plus beaux. Sa peau était aussi douce qu'elle était unie. Le mouvement de son cul était si recommandable et si parfait qu'il paraissait nouveau à chaque coup qu'on lui mettait. La nature départ rarement en nos pays ces heureux talents et ces véritables dons du Ciel, car enfin (l'on n'y peut penser sans gémir) combien peu nos femmes déchargent-elles en France ! Paillardine ajoutait à tant de perfections celle d'être au moins au coup pour le coup. Quelle foutée ! L'idée seule non seulement me fait bander, mais encore elle est riante du côté de l'esprit, puisque les brouilleries sont courtes avec une semblable femme, qu'une arcée produit seule le raccommodement et que seule elle épargne cent protestations plus gentilles les unes que les autres. Quoi qu'il en soit, Paillardine, qui joignait le pouvoir au désir, foutait, comme l'on peut croire, avec un succès et une abondance merveilleuse. Quand elle n'eût été que femme du monde, étant telle que je l'ai décrite avec vérité, eût-elle jamais manqué de fouteurs ? Non, sans doute. Aussi n'en manquait-elle jamais. Indépendamment des fouteurs réglés dont elle avait toujours une douzaine de garde auprès d'elle, du plus petit coup de sa baguette il eût paru cinquante vits[1] en état de satisfaire la paillardise qu'elle ressentait et qu'elle inspirait. Mais elle ne voulait point faire d'éclat ; elle aimait mieux envoyer par le monde trois ou quatre femmes dont elle était sûre et qui lui rendaient un compte fidèle des grands vits qui paraissaient et de leur bonne ou mauvaise qualité. Ces émissaires avaient chacune une mesure très exacte aux armes de la fée. Elle voulait que la taille des vits que l'on choisissait pour elle fût au moins dix pouces de roi. Au-dessous de cette taille un vit n'était seulement pas regardé ; c'était même la plus petite mesure à laquelle Paillardine n'aimait pas trop se réduire. Les bains étaient toujours préparés pour laver et parfumer ceux dont elle faisait à tous les moments recrue. Sans une aussi sage précaution, le défaut de propreté aurait pu faire tort à des gens recommandables.

D'ailleurs par mille autres grandes qualités, infatigable dans ses plaisirs, jamais satisfaite dans ses désirs, Paillardine, à tout moment, satisfaisait son beau con[2].

À son réveil, elle trouvait des jeunes gens à vit raide qui, commandés pour passer la nuit auprès d'elle, attendaient la volonté de la fée pour satisfaire leurs désirs et les siens. De quelque côté qu'elle se tournât, elle ne voyait qu'arcées, soit qu'on la servît à table, soit que l'on s'empressât aux autres choses que toute femme et surtout une fée ne peut exiger jamais ; enfin il ne paraissait à ses yeux que des hommes pleins de désirs et de vits pleins de foutre. Malgré la grande volonté dont elle était animée, elle ne pouvait cependant employer tout le foutre qui lui était préparé (quoique, à dire la vérité, elle en fût, comme l'on dit, lessivée). Les filles de son palais branlaient donc tous les jours des vits qui ne devaient pas servir auprès de Paillardine, non seulement pour les amuser, mais encore pour les soulager dans leurs besoins et les entretenir dans leurs désirs.

La Fontaine a très bien dit que le foutre n'était rien sans le coeur[3]. Il convient qu'une putain connaît rarement le sentiment, mais enfin la femme la plus abandonnée donne des préférences, et souvent, ne pouvant mieux avoir, les honnêtes gens du monde sont obligés de s'en contenter. Il en fut ainsi de Paillardine. Elle entendit faire des récits prodigieux du prince Membru [4] ; tout ce qui lui fut rapporté anima sa paillardise et, pour dire les choses comme elles étaient, ces magnifiques récits lui foutaient la cervelle et lui firent prendre avec dégoût et regarder comme cure-dents les plus beaux vits de sa garde. Mais comme celui qu'elle désirait n'était pas un homme du commun, il ne s'agissait pas de l'envoyer chercher sans aucun ménagement ; il n'eût point été agréable de le forcer ; de plus, il fallait éviter l'éclat (car les fouteurs sont partout réduits à bien des peines). Dans l'embarras où elle était, dans le trouble de la confusion de pensées qu'inspire toujours le désir, elle eut recours à Godmichette, sa confidente, et celle à qui l'excès de ses désirs et de ses besoins n'était jamais caché. C'était une fille très jolie, vive à l'excès, et d'autant plus agréable qu'elle était, à ce qu'on m'a fort assuré, originaire de Gascogne, c'est-à-dire fouteuse, vive et séduisante. Elle se trouvait très bien de sa condition ; indépendamment de tous les agréments qu'elle avait auprès de sa maîtresse, ses profits étaient bons, car souvent les seconds coups étaient pour elle, mais toujours à coups sûrs les troisièmes. Paillardine n'en faisait jamais usage ; elle trouvait qu'ils la faisaient trop attendre.


La fée lui confia donc avec quelle ardeur elle désirait le prince Membru. « Pars, ma chère Godmichette, lui dit-elle. Juge par toi-même si le prince mérite ma curiosité. Si tu trouves, continua-t-elle, que ce ne soit point à tort que je désire qu'il me foute, je me fie en ton zèle pour animer son imagination pour moi, et pour lui donner toute l'envie de me le mettre que mérite mon désir. Mon char à couilles est tout prêt. Fends les airs, et compte que mes vits volants ne te laisseront point en chemin. Le repos, le bonheur, les plaisirs de ta maîtresse dépendent aujourd'hui de ton zèle et de ton affection. Songe que je me fous si mal depuis que l'idée du prince me tourmente, que la pitié doit animer ton attachement».

(...)
[Godmichette se rend à la cour du roi des Décharges, y rencontre le jeune prince Membru, plus vigoureux de corps que vif d'esprit, auquel elle fait connaître les premiers émois sexuels. Il est bientôt l'heure de revenir auprès de la fée Paillardine]

Membru, déterminé pour le départ, s'abandonna à la conduite de Godmichette. Le char se trouva pris au point du jour et se rendit à la fenêtre de la chambre du prince ; l'un et l'autre montèrent dans la voiture, et se confiant aux vits volants, ils arrivèrent au palais de Paillardine. Elle n'avait point dormi de la nuit, tant elle était impatiente du succès de son ambassade ; elle attendait le retour de Godmichette sur une terrasse qui couronnait sa délicieuse habitation. Quelle fut sa joie quand, d'aussi loin que peut voir une amante, elle aperçut qu'ils étaient deux dans la voiture ! Pour lors, une douce moiteur s'empara de son con, un pantellement[5] que donne quelquefois le grand désir de foutre suspendit tous ses sens ; les vits se rabattirent et, prenant leur tournant avec une adresse merveilleuse, ils conduisirent le char aux pieds de Paillardine. Membru, le voyant arrêté, sauta légèrement à terre et courut à Paillardine.

Godmichette leur dit alors : « Voilà, voilà l'un et l'autre. J'ai rempli ma commission, je vous laisse. » Et elle conduisit sa voiture à la remise.

Le prince trouva la fée fort à son goût. Pour elle, de son côté, elle éprouva tous les mouvements de la curiosité et brûlait, comme l'on dit, de voir ce dont elle était si vivement occupée, quoique ce ne fût que sur parole. Elle se laissa conduire sans proférer un seul mot, mais avec une complaisance infinie, sous un large canapé qu'elle avait fait apporter sur la terrasse pour attendre plus commodément l'arrivée du prince. Elle se laissa coucher, et Membru, toujours dans le plus profond silence, ayant levé les gazes dont elle était vêtue, ne put retenir des signes d'admiration à la vue de toutes les beautés qui le frappèrent. Il tira son large vit ; quand Paillardine l'aperçut, pénétrée d'admiration, elle s'écria : « Grand Dieu ! ce que je vois peut-il être ? » Pour lors, elle le voulut baiser, mais le prince lui dit : « Mordieu, madame, n'en faites rien, vous me le feriez décharger. Foutons, croyez-moi, pour faire connaissance. » La fée se soumit à une si douce proposition et, s'abandonnant à tout événement, se laissa facilement enconner. Les mouvements involontaires de son cul enchantèrent le prince et le firent décharger presque en un instant ; mais Paillardine, honteuse d'avoir été prévenue dans un office qu'elle exécutait avec tant de plaisir et qu'elle tirait si fort à vanité de bien faire, ne lui donnant pas le temps de débander, fit si bien, qu'avant qu'il ne finît son second coup, elle le rattrapa et qu'elle arriva en même temps que lui à la seconde décharge avec un accord merveilleux et cette justesse de temps bien difficile à rencontrer. En une demi-heure, Membru la foutit quatre coups. Je n'entreprendrai point de décrire leurs plaisirs ; en effet, qui pourrait dépeindre le degré de transports, de délices et de satisfaction de ces grands fouteurs ? L'auteur de l'ode du foutre [6] y suffirait à peine.




Comte de Caylus

[1]. Sexe masculin. « Mot qui vient du grec, selon quelques-uns, ou du latin, et qui ne se dit jamais par un honnête homme sans enveloppe. C'est la partie qui fait les empereurs et les rois ; c'est la partie de l'homme qui fait la garce et le cocu. En latin, on appelle cette partie mentula, verpa, veretrum ; en italien, cazzo ; e espagnol, carajo » (Leroux, Dictionnaire comique).

[2]. Sexe féminin.

[3]. La citation attribuée à la Fontaine est : « Aimer sans foutre est peu de chose,/Foutre sans aimer ce n'est rien. »


[4]. Qui a de gros membres. Ce sens est celui que revêt le mot dans les textes du Moyen Âge où il sert à caractériser de vigoureux chevaliers. On le trouve dans le Roman de Fierabras (v. 981) : « Oncques nul homme ne vit chevalier si membru », mais aussi dans la Satyre Ménippée où il décrit les qualités d'un âne : « Au surplus un asne bien fait, / Bien membru, bien gras, bien refait » (François-Just-Marie Raynouard, Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours, Paris, Silvestre, 1842, p. 186).

[5]. Substantif formé à partir du verbe panteler (« Haleter, avoir la respiration embarrassée et pressée », Dictionnaire de l'Académie, 1694).

[6]. Il s'agit de l'Ode à Priape écrite par Alexis Piron.

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