Mostrando entradas con la etiqueta feerie. Mostrar todas las entradas
Mostrando entradas con la etiqueta feerie. Mostrar todas las entradas

domingo, 30 de octubre de 2011

La fée Paillardine




Il était une fois une fée qui se nommait Paillardine. Elle était bien faite, grande et ferme ; ses cheveux étaient bruns et son teint était un peu bis ; en un mot, c'était une foutée délicieuse, puisqu'elle tenait plus qu'elle ne promettait encore pour la jouissance. Elle joignait un tempérament aussi prodigieux qu'immanquable aux yeux les plus paillards et par conséquent les plus beaux. Sa peau était aussi douce qu'elle était unie. Le mouvement de son cul était si recommandable et si parfait qu'il paraissait nouveau à chaque coup qu'on lui mettait. La nature départ rarement en nos pays ces heureux talents et ces véritables dons du Ciel, car enfin (l'on n'y peut penser sans gémir) combien peu nos femmes déchargent-elles en France ! Paillardine ajoutait à tant de perfections celle d'être au moins au coup pour le coup. Quelle foutée ! L'idée seule non seulement me fait bander, mais encore elle est riante du côté de l'esprit, puisque les brouilleries sont courtes avec une semblable femme, qu'une arcée produit seule le raccommodement et que seule elle épargne cent protestations plus gentilles les unes que les autres. Quoi qu'il en soit, Paillardine, qui joignait le pouvoir au désir, foutait, comme l'on peut croire, avec un succès et une abondance merveilleuse. Quand elle n'eût été que femme du monde, étant telle que je l'ai décrite avec vérité, eût-elle jamais manqué de fouteurs ? Non, sans doute. Aussi n'en manquait-elle jamais. Indépendamment des fouteurs réglés dont elle avait toujours une douzaine de garde auprès d'elle, du plus petit coup de sa baguette il eût paru cinquante vits[1] en état de satisfaire la paillardise qu'elle ressentait et qu'elle inspirait. Mais elle ne voulait point faire d'éclat ; elle aimait mieux envoyer par le monde trois ou quatre femmes dont elle était sûre et qui lui rendaient un compte fidèle des grands vits qui paraissaient et de leur bonne ou mauvaise qualité. Ces émissaires avaient chacune une mesure très exacte aux armes de la fée. Elle voulait que la taille des vits que l'on choisissait pour elle fût au moins dix pouces de roi. Au-dessous de cette taille un vit n'était seulement pas regardé ; c'était même la plus petite mesure à laquelle Paillardine n'aimait pas trop se réduire. Les bains étaient toujours préparés pour laver et parfumer ceux dont elle faisait à tous les moments recrue. Sans une aussi sage précaution, le défaut de propreté aurait pu faire tort à des gens recommandables.

D'ailleurs par mille autres grandes qualités, infatigable dans ses plaisirs, jamais satisfaite dans ses désirs, Paillardine, à tout moment, satisfaisait son beau con[2].

À son réveil, elle trouvait des jeunes gens à vit raide qui, commandés pour passer la nuit auprès d'elle, attendaient la volonté de la fée pour satisfaire leurs désirs et les siens. De quelque côté qu'elle se tournât, elle ne voyait qu'arcées, soit qu'on la servît à table, soit que l'on s'empressât aux autres choses que toute femme et surtout une fée ne peut exiger jamais ; enfin il ne paraissait à ses yeux que des hommes pleins de désirs et de vits pleins de foutre. Malgré la grande volonté dont elle était animée, elle ne pouvait cependant employer tout le foutre qui lui était préparé (quoique, à dire la vérité, elle en fût, comme l'on dit, lessivée). Les filles de son palais branlaient donc tous les jours des vits qui ne devaient pas servir auprès de Paillardine, non seulement pour les amuser, mais encore pour les soulager dans leurs besoins et les entretenir dans leurs désirs.

La Fontaine a très bien dit que le foutre n'était rien sans le coeur[3]. Il convient qu'une putain connaît rarement le sentiment, mais enfin la femme la plus abandonnée donne des préférences, et souvent, ne pouvant mieux avoir, les honnêtes gens du monde sont obligés de s'en contenter. Il en fut ainsi de Paillardine. Elle entendit faire des récits prodigieux du prince Membru [4] ; tout ce qui lui fut rapporté anima sa paillardise et, pour dire les choses comme elles étaient, ces magnifiques récits lui foutaient la cervelle et lui firent prendre avec dégoût et regarder comme cure-dents les plus beaux vits de sa garde. Mais comme celui qu'elle désirait n'était pas un homme du commun, il ne s'agissait pas de l'envoyer chercher sans aucun ménagement ; il n'eût point été agréable de le forcer ; de plus, il fallait éviter l'éclat (car les fouteurs sont partout réduits à bien des peines). Dans l'embarras où elle était, dans le trouble de la confusion de pensées qu'inspire toujours le désir, elle eut recours à Godmichette, sa confidente, et celle à qui l'excès de ses désirs et de ses besoins n'était jamais caché. C'était une fille très jolie, vive à l'excès, et d'autant plus agréable qu'elle était, à ce qu'on m'a fort assuré, originaire de Gascogne, c'est-à-dire fouteuse, vive et séduisante. Elle se trouvait très bien de sa condition ; indépendamment de tous les agréments qu'elle avait auprès de sa maîtresse, ses profits étaient bons, car souvent les seconds coups étaient pour elle, mais toujours à coups sûrs les troisièmes. Paillardine n'en faisait jamais usage ; elle trouvait qu'ils la faisaient trop attendre.


La fée lui confia donc avec quelle ardeur elle désirait le prince Membru. « Pars, ma chère Godmichette, lui dit-elle. Juge par toi-même si le prince mérite ma curiosité. Si tu trouves, continua-t-elle, que ce ne soit point à tort que je désire qu'il me foute, je me fie en ton zèle pour animer son imagination pour moi, et pour lui donner toute l'envie de me le mettre que mérite mon désir. Mon char à couilles est tout prêt. Fends les airs, et compte que mes vits volants ne te laisseront point en chemin. Le repos, le bonheur, les plaisirs de ta maîtresse dépendent aujourd'hui de ton zèle et de ton affection. Songe que je me fous si mal depuis que l'idée du prince me tourmente, que la pitié doit animer ton attachement».

(...)
[Godmichette se rend à la cour du roi des Décharges, y rencontre le jeune prince Membru, plus vigoureux de corps que vif d'esprit, auquel elle fait connaître les premiers émois sexuels. Il est bientôt l'heure de revenir auprès de la fée Paillardine]

Membru, déterminé pour le départ, s'abandonna à la conduite de Godmichette. Le char se trouva pris au point du jour et se rendit à la fenêtre de la chambre du prince ; l'un et l'autre montèrent dans la voiture, et se confiant aux vits volants, ils arrivèrent au palais de Paillardine. Elle n'avait point dormi de la nuit, tant elle était impatiente du succès de son ambassade ; elle attendait le retour de Godmichette sur une terrasse qui couronnait sa délicieuse habitation. Quelle fut sa joie quand, d'aussi loin que peut voir une amante, elle aperçut qu'ils étaient deux dans la voiture ! Pour lors, une douce moiteur s'empara de son con, un pantellement[5] que donne quelquefois le grand désir de foutre suspendit tous ses sens ; les vits se rabattirent et, prenant leur tournant avec une adresse merveilleuse, ils conduisirent le char aux pieds de Paillardine. Membru, le voyant arrêté, sauta légèrement à terre et courut à Paillardine.

Godmichette leur dit alors : « Voilà, voilà l'un et l'autre. J'ai rempli ma commission, je vous laisse. » Et elle conduisit sa voiture à la remise.

Le prince trouva la fée fort à son goût. Pour elle, de son côté, elle éprouva tous les mouvements de la curiosité et brûlait, comme l'on dit, de voir ce dont elle était si vivement occupée, quoique ce ne fût que sur parole. Elle se laissa conduire sans proférer un seul mot, mais avec une complaisance infinie, sous un large canapé qu'elle avait fait apporter sur la terrasse pour attendre plus commodément l'arrivée du prince. Elle se laissa coucher, et Membru, toujours dans le plus profond silence, ayant levé les gazes dont elle était vêtue, ne put retenir des signes d'admiration à la vue de toutes les beautés qui le frappèrent. Il tira son large vit ; quand Paillardine l'aperçut, pénétrée d'admiration, elle s'écria : « Grand Dieu ! ce que je vois peut-il être ? » Pour lors, elle le voulut baiser, mais le prince lui dit : « Mordieu, madame, n'en faites rien, vous me le feriez décharger. Foutons, croyez-moi, pour faire connaissance. » La fée se soumit à une si douce proposition et, s'abandonnant à tout événement, se laissa facilement enconner. Les mouvements involontaires de son cul enchantèrent le prince et le firent décharger presque en un instant ; mais Paillardine, honteuse d'avoir été prévenue dans un office qu'elle exécutait avec tant de plaisir et qu'elle tirait si fort à vanité de bien faire, ne lui donnant pas le temps de débander, fit si bien, qu'avant qu'il ne finît son second coup, elle le rattrapa et qu'elle arriva en même temps que lui à la seconde décharge avec un accord merveilleux et cette justesse de temps bien difficile à rencontrer. En une demi-heure, Membru la foutit quatre coups. Je n'entreprendrai point de décrire leurs plaisirs ; en effet, qui pourrait dépeindre le degré de transports, de délices et de satisfaction de ces grands fouteurs ? L'auteur de l'ode du foutre [6] y suffirait à peine.




Comte de Caylus

[1]. Sexe masculin. « Mot qui vient du grec, selon quelques-uns, ou du latin, et qui ne se dit jamais par un honnête homme sans enveloppe. C'est la partie qui fait les empereurs et les rois ; c'est la partie de l'homme qui fait la garce et le cocu. En latin, on appelle cette partie mentula, verpa, veretrum ; en italien, cazzo ; e espagnol, carajo » (Leroux, Dictionnaire comique).

[2]. Sexe féminin.

[3]. La citation attribuée à la Fontaine est : « Aimer sans foutre est peu de chose,/Foutre sans aimer ce n'est rien. »


[4]. Qui a de gros membres. Ce sens est celui que revêt le mot dans les textes du Moyen Âge où il sert à caractériser de vigoureux chevaliers. On le trouve dans le Roman de Fierabras (v. 981) : « Oncques nul homme ne vit chevalier si membru », mais aussi dans la Satyre Ménippée où il décrit les qualités d'un âne : « Au surplus un asne bien fait, / Bien membru, bien gras, bien refait » (François-Just-Marie Raynouard, Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours, Paris, Silvestre, 1842, p. 186).

[5]. Substantif formé à partir du verbe panteler (« Haleter, avoir la respiration embarrassée et pressée », Dictionnaire de l'Académie, 1694).

[6]. Il s'agit de l'Ode à Priape écrite par Alexis Piron.

domingo, 5 de junio de 2011

Auto de la mujer barbuda








Esta mujer barbuda era la única hija del cuarto herrero del rey Donteach de Irlanda, y se llamaba Scianabhan, que se traduce por «la joya de las mujeres». Y no bien fue bautizada, barbeó. Barbeó espeso y seguido, de la parte izquierda del rostro sedoso pelo verde, y de la parte de la derecha, crespo pelo rojo. Y era muy admirada, y la casa del herrero visitada por los reyes cuando iban a Tara a juntas, y por multitud de gentes de toda condición, que no se cansaban de alabar a la barbuda, la cual crecía muy gentil y donairosa, y era cortés y sonreía a todos, y aprendió a tocar el arpa y era maestra en el arte del bordado. Pero la barba le vedaba el amor. No había en toda Irlanda príncipe, guerrero, mendigo, labriego ni remador que osase enamorarla ni pedirla en matrimonio aun reconociendo sus altas prendas, la gentileza de su cuerpo, la dulzura de su mirar y de su voz, y la hermosura de sus manos, y las riquezas que llevaría de dote, y todo por la barba. Y ya se ponía Scianabhan en los veintinueve años cumplidos para San David, y comenzaba a entristecer. Y de librarse de la barba ni había que hablar, que cuanto más la afeitaba más fácilmente le medraba, y en unas horas le poblaba otra vez el rostro que acababa de rasurar con piedra pómez. Ya no cantaba Scianabhan acompañándose con el arpa, que lloraban ella y el arpa a la vez.

Pero llegó amor. Aconteció que pasó por delante de la casa del cuarto herrero un mozo que se llamaba Achy -es decir, Nuca Roja-, y vio a la barbuda en la ventana, bordando un chaleco de lana para un ruiseñor amigo que tenía, y que ya iba viejo, el vespertino cantor del bosque, y lo enfermaban los inviernos. Contestó la barbuda muy dulce al alegre saludo del mozo, quien, sin pensarlo más, entró en la fragua, y preguntó a un criado que allí estaba tirando del fuelle, si aquélla era la famosa hija del cuarto herrero, y si seguía soltera. De sí dijo Achy que tenía una yegua paridera en un prado vecino a Dublín que llaman Bregia, y dos calendas en un molino en el Connaught, y que su oficio era botonero, y allí mismo, delante del cuarto herrero y de su hija, hizo de un cuerno de buey una botonadura completa de gabán, imitando los botones tréboles de cuatro hojas. El cuarto herrero y su hija encontraron al mozo muy de su gusto, y lo aposentaron en la herrería, que dijo que quería imponerse del carácter de aquella prenda antes de pasar a matrimonio.

Toda Irlanda comentó los amores que le salían a la barbuda, y el botonero cada día estaba más contento de haber encontrado aquella joya, y ya hablaba de casarse para San Martín en Cork. Pasó camino de Tara, adonde iba a oír un concierto de arpa, el rey Chiuas Haistig, o sea, Oreja Chata, que era uno de los más notorios entre los doscientos cuarenta y siete reyes que había por entonces en Irlanda, y quiso saludar a los novios, y saliendo al campo tras el almuerzo, a solas con el mozo botonero, le preguntó cómo se había enamorado de la barbuda y si aquellos coloreados pelos no eran impedimento de amor. Y el mozo botonero contestó:

-Me enamoré, señor rey, al verla en la ventana bordando, y me pareció que tenía el hermoso rostro, apoyando la mejilla izquierda en él, descansando en un trozo de verde prado que volase en la mañana por el aire, y al volverse hacia mí, para responder a mi saludo, vi que del lado derecho se había ruborizado.

-Entonces -insistió el rey-, ¿no viste que aquello era barba de dos colores?

-No me dio tiempo amor para ver tanto, cuantimás que todo se me era mirar cómo venía su dulce voz a buscarme por el aire.

El rey Chiuas Haistig, que era hijo de una bruja del mismo nombre, fue aquella misma noche a ver a su madre, y le contó su conversación con el botonero enamorado, y le preguntó si no habría remedio para la gran barba de la hija del cuarto herrero. Lo había, y era plantar un guisante de olor envuelto en una onza de tierra de bosque en la espesura de la barba, y conforme fuese creciendo el guisante iría alimentándose de pelo, tal que en llegando a florecer, la barba estaría borrada del rostro de la lozana barbuda. Oreja Chata le mandó la noticia con un guisante de olor al botonero, deseándole eterno amor, felices bodas y abundante prole.

Pero aconteció que la medicina sólo surtía efecto si estaba la moza que la usaba en su virginidad, que de andar alzándose en el sexto, sería remedio tan contrario que todo el cuerpo se le cubriría de vello. No bien comenzó a arraigar el guisante, comenzó a vestirse de pelo todo el cuerpo de la moza y era pelo tocudo, semejante al que embraga en el vacuno del monte, y sudoroso. Y el botonero se asustó de tanta fealdad, y huyó a Francia, buscando emplearse en Aquisgrán, en el guardarropa de los Doce Pares. Scianabhan quedaba preñada de cinco meses y días, y por no delatarse ante toda Irlanda, que estaba pendiente de sus amores, pasó de oculto a Gran Bretaña con una nodriza, y en la selva de Dartmoor parió un niño, al que le fue puesto de nombre Merlín cuando recibió bautismo. Reinaba en ambas Bretañas Galaín el Perezoso, abuelo del rey perpetuo Arturo.


Alvaro Cunqueiro
Merlín y familia

jueves, 19 de mayo de 2011

Politically Correct Snow White




Once there was a young princess who was not at all unpleasant to look at and had a temperament that many found to be more pleasant than most other people´s. Her nickname was Snow White, indicative of the discriminatory notions of associating pleasant or attractive qualities with light, and unpleasant or unattractive qualities with darkness. Thus, at an early age, Snow White was an unwitting if fortunate target for this type of coulourist thinking.

When Snow White was quite young, her mother was suddenly stricken ill, grew more advanced in nonhealth, and finally was rendered noviable. Her father, the king, grieved for what can be considered a healthy period of time, then asked another woman to be his queen.Snow white did her best to please her new mother-of step, but a cold distance remained between them.

The queen’s prized possession was a magic mirror that would answer truthfully any question asked it. Now, years of social conditioning in a male hierarchial dictatorship had left the queen very insecure about her own self-worth. Physical beauty was the one standard she cared about now, and she defined herself solely in regard to her personal appearance. So every morning the queen would ask the mirror:

Mirror, mirror, on the wall, Who’s the fairest one of all?”

Her mirror would anwer:

“For all it’s worth, O my queen, Your beauty is the fairest to be seen.”

That dialogue went on regularly until once when the queen was having a bad hair day and was desperately in need of support, she asked the usual question and the mirror answered:

“Alas, if worth be based on beauty, Snow White has surpassed you, cutie.”

At this, the queen flew into a rage. She ordered the royal woodsperson to take Snow White into the forest and kill her. And, possibly to impress the males in the royal court, she barbarously ordered that the girl´s heart be cut out and brought back to her.

The woodsperson sadly agreed to these orders, and led the girl, who was actually now a young wommon, into the middle of the forest. But his connections to the earth and seasons had made him a kind soul, and he couldn´t bear to harm the girl. He told Snow White of the oppressive and unsisterly order of the queen and told her to run as deeply as she could into the forest.

The frightened Snow White did as she was told. The woodsperson, fearing the queen´s wrath but unwilling to take another life merely to indulge her vanity, went into town and had the confectioner concoct a heart of red marzipan. When he presented this to the queen, she hungrily devoured the heart in a sickening display of pseudo-cannibalism.

Snow White ran deep into the woods. Just when she thought she had fled as far as she could form civilization and its unhealthy influences, she stumbled upon a cottage. Inside she saw seven tiny beds, set in a row and all unmade. She also saw seven sets of dishes piled high in the sink and seven reclining chairs in front of seven remote-controlled TVs. She surmised that the cottage belonged to either seven little men or one sloppy numerologist. The beds looked so inviting that the tired youngster curled up on one and immediately fell asleep.

When she awoke several hours later, she saw the faces of seven bearded, vertically challenged men surrounding the bed. She sat up with a start and gasped. One of the men said, “You see that? Just like a flighty woman: resting peacefully one minute, up and screaming the next.”

"I agree", said another. "She´ll disrupt our strong bond of brotherhood and create competition among us for ther affections. I say we throw her in the river in a sack full of rocks".

"I agree we should get rid of her", said a third, "but why degrade the ecology? Let´s just feed her to a bear or something and let her become part of the food chain"

When Snow White finally regained her senses, she begged, “Please, please don’t kill me. I meant no harm by sleeping on your bed. I thought no one would ever notice.”

"Ah, you see?" said one of the men. "Female preoccupations are already surfacing. She´s complaining that we don´t make our beds"

"Kill her! Kill her!"

"Please, no!" she cried. "I have travelled so deep into these woods because my mother-of-step, the queen, ordered me to be killed".

"See that? Internecine female vindictiveness!"

“Don’t try to play victim with us, kid!”

(...)

we are known as the seven towering giants!” said the leader. Snow White´s suppression of a giggle did not go unnoticed. The leader continued “We are towering in spirit and so are giants among the men of the forest. We used to earn our living by digging in our mines, but we decided that such a rape of the planet was immoral and short-sighted (besides, the bottom fell out of the metals market). So now we are dedicated stewards of the earth and live here in harmony with nature. To make ends meet, we also conduct retreats for those who need to get in touch with their primitive masculine identities.”

“So what does that involve,” asked Snow White, “aside from drinking milk straight from the carton?”

“Your sarcasm is ill-advised,” warned the leader of the Seven Towering Giants. “My fellow giants want to get rid of our corrupting feminine presence, and I might not be able to stop them, understand? My men, we must speak our hearts openly and honestly. Let us adjourn to the sweat lodge!”

(...)

Meanwhile, back at the castle, the queen rejoiced at the thought that her rival in beauty had been eliminated. She puttered around her boudoir reading Elle and Glamour, and indulged herself with three whole pieces of chocolate without purging. Later, she confidently strolled up to her magic mirror and asked her same, sad question:

“Mirror, mirror, on the wall, Who’s the fairest one of all?”

The mirror replied,

“Your weight is perfect for your shape and height, But for sheer OOOOMPH!, you can’t beat Snow White.”

At this news, the queen clenched her fists and screamed at the top of her lungs. For years, her insecurities had been eating away at her until now they turned her into someone who was morally out of the mainstream. With cunning and malice, she began to devise a plan to ensure the nonviability of her daughter-of-step.

A few days later, Snow White, to be sure she didn´t touch or rearrange anything, was meditating on the floor in the middle of the cottage. Suddenly there was a knock on the door of the cottage. Snow White opened the door to find a chronologically gifted woman with a basket in her hand. By the look of her clothes, she was apparently unfettered by the confines of regular employment.

“Help a woman of unreliable income, dearie,” she said, “and buy one of my apples.”

Snow White thought for a moment. In protest against agribusiness conglomerates, she had a personal rule against buying food from middlepersons. But her heart went out to the economically marginalized woman, so she said yes. What Snow White didn´t know was that this was really the queen in disguise and that the apple had been chemically and genetically altered so that whoever bit it would sleep forever.

The queen burst into tears.

“Why, what’s the matter?” asked Snow White.

“You’re so young and beautiful.” sobbed the queen. “How do you stay in such perfect shape?”

“Well, I meditate, work out in step aerobics three hours a day, and eat only half-portions of anything placed in front of me. Would you like me to show you?”

“Oh, yes, yes, please,” said the queen. So they started out with 30 minutes of simple hatha yoga meditation, then worked out on step for another hour. As they relaxed afterward, Snow White cut her apple in half and gave a piece to the queen. Without thinking, the queen bit into it, and both of them fell into a deep sleep.

Later that day, the Seven Towering Giants returned from a retreat in the woods, elaborately decked out in animal skins, feathers, and mud. With them was a prince from a nearby kingdom, who had come on this male retreat to find a cure for his impotence (or, as he preferred to call it, his involuntary suspension from phallocentric activity.) They were all laughing and high-fiving until they saw the bodies stopped short.

“What has happened?” asked the prince.

“Apparently our house guest and this other woman got into some sort of catfight and killed each other,” surmised one giant.

"If they thought that by doing this, they could make us slaves to our weaker emotions, they´re wrong" fumed another.

"Well, since we´ve got to dispose of them, let´s practise one of those Viking funerals we´ve read about".

“You know,” said the prince, “this might sound a little sick, but I trust you guys. I find that younger one attractive. Extremely attractive. Would you fellows mind…um…waiting outside while I…?”

“Stop right there!” said the leader of the giants. “These half-eaten apple pieces, that filthy-costume–this has all the earmarks of some sort of magic spell. They’re not really dead at all.”

“Whew,” sighed the prince, “that makes me feel better. So, could you guys take five and let me…?”

“Hold it, Prince,” said the leader. “Does Snow White make you feel like a man again?”

“She certainly does. Now, could you guys…?”

“Don’t touch her! You’ll break the spell.” The leader thought for a minute and said, "My brothers, I see certain economic possibilities arising from this. If we kept Snow White around here in that state, we could advertise our retreats as impotency therapy".

The giants nodded in agreement with this idea, but the prince interrupted, "But what about me? I´ve already paid for my retreat. Why can´t I, um take the cure?"

"No dice, Prince", said the leader. "you can look but don´t touch. Otherwise you´ll break the spell. Tell you what, though. You can have the other one if you want"


James Finn Garner
Politically Correct Bedtime Stories: Modern Tales for Our Life and Times

martes, 17 de mayo de 2011

Sadistic Sleeping Beauty





There was once a Baron of Selvascura who had an unmarried sister. This sister used to go and play in a garden with other girls her own age. One day they found a lovely rose in full bloom, so they made a compact that whoever jumped clean over it without touching a single leaf, should win something. But although many of the girls jumped leapfrog over it, they all hit it, and not one of them jumped clean over.

But when the turn came to Lilla, the Baron's sister, she stood back a little and took such a run at it that she jumped right over to the other side of the rose. Nevertheless, one leaf fell, but she was so quick and ready that she picked it up from the ground without anyone noticing and swallowed it, thereby winning the prize.

Not less than three days later, Lilla felt herself to be pregnant, and nearly died of grief, for she knew that she had done nothing compromising or dishonest, and could not understand how it was possible for her belly to have swollen. She ran at once to some fairies who were her friends, and when they heard her story, they told her not to worry, for the cause of it all was the rose-leaf she had swallowed.

When Lilla understood this, she took precautions to conceal her condition as much as possible, and when the hour of her deliverance came, she gave birth in hiding to a lovely little girl whom she named Lisa. She sent her to the fairies and they each gave her some charm, but the last one slipped and twisted her foot so badly as she was running to see the child, that in her acute pain she hurled a curse at her, to the effect that when she was seven years old, her mother, whilst combing out her hair, would leave the comb in her tresses, stuck into the head, and from this the child would perish.

At the end of seven years the disaster occurred, and the despairing mother, lamenting bitterly, encased the body in seven caskets of crystal, one within the other, and placed her in a distant room of the palace, keeping the key in her pocket. However, after some time her grief brought her to her grave. When she felt the end to be near, she called her brother and said to him, "My brother, I feel death's hook dragging me away inch by inch. I leave you all my belongings for you to have and dispose of as you like; but you must promise me never to open the last room in this house, and always keep the key safely in the casket." The brother, who loved her above all things, gave her his word; at the same moment she breathed, "Adieu, for the beans are ripe."

At the end of some years, this lord (who had in the meantime taken a wife) was invited to a hunting-party. He recommended the care of the house to his wife, and begged her above all not to open the room, the key of which he kept in the casket. However, as soon as he had turned his back, she began to feel suspicious, and impelled by jealousy and consumed by curiosity, which is woman's first attribute, took the key and went to open the room. There she saw the young girl, clearly visible through the crystal caskets, so she opened them one by one and found that she seemed to be asleep. Lisa had grown like any other woman, and the caskets had lengthened with her, keeping pace as she grew.

When she beheld this lovely creature, the jealous woman at once thought, "By my life, this is a fine thing! Keys at one's girdle, yet nature makes horns! No wonder he never let anyone open the door and see the Mahomet that he worshipped inside the caskets!" Saying this, she seized the girl by the hair, dragged her out, and in so doing caused the comb to drop out, so that the sleeping Lisa awoke, calling out, "Mother, mother!"

"I'll give you mother, and father too!" cried the Baroness, who was as bitter as a slave, as angry as a bitch with a litter of pups, and as venomous as a snake. She straightaway cut off the girl's hair and thrashed her with the tresses, dressed her in rags, and every day heaped blows on her head and bruises on her face, blackening her eyes and making her mouth look as if she had eaten raw pigeons.

When her husband came back from his hunting-party and saw this girl being so hardly used, he asked who she was. His wife answered that she was a slave sent her by her aunt, only fit for the rope's end, and that one had to be forever beating her.

Now it happened one day, when the Baron had occasion to go to a fair, that he asked everyone in the house, including even the cats, what they would like him to buy for them, and when they had all chosen, one one thing and one another, he turned at last to the slave. But his wife flew into a rage and acted unbecomingly to a Christian, saying, "That's right, class her with all the others, this thick-lipped slave, let
everyone be brought down to the same level and all use the urinal. Don't pay so much attention to a worthless bitch, let her go to the devil." But the Baron who was kind and courteous insisted that the slave should also ask for something. And she said to him, "I want nothing but a doll, a knife and a pumice-stone; and if you forget them, may you never be able to cross the first river that you come to on your journey!"

The Baron bought all the other things, but forgot just those for which his niece had asked him; so when he came to a river that carried down stones and trees to the shore to lay foundations of fears and raise walls of wonder, he found it impossible to ford it. Then he remembered the spell put on him by the slave, and turned back and bought the three articles in question. When he arrived home he gave out to each one the thing for which they had asked.

When Lisa had what she wanted, she went into the kitchen, and, putting the doll in front of her, began to weep and lament and recount all the story of her troubles to that bundle of cloth just as if it had been a real person. When it did not reply, she took the knife and sharpened it on the pumice-stone and said, "Mind, if you don't answer me, I will dig this into you, and that will put an end to the game!" And the doll, swelling up like a reed when it has been blown into, answered at last,
"All right, I have understood you! I'm not deaf!"

This music had already gone on for a couple of days, when the Baron, who had a little room on the other side of the kitchen, chanced to hear this song, and putting his eye to the keyhole, saw Lisa telling the doll all about her mother's jump over the rose-leaf, how she swallowed it, her own birth, the spell, the curse of the last fairy, the comb left in her hair, her death, how she was shut into the seven caskets and placed in that room, her mother's death, the key entrusted to the brother, his departure for the hunt, the jealousy of his wife, how she opened the room against her husband's commands, how she cut off her hair and treated her like a slave, and the many, many torments she had inflicted on her. And all the while she wept and said, "Answer me,dolly, or I will kill myself with this knife." And sharpening it on the pumice-stone, she would have plunged it into herself had not the Baron kicked down the door and snatched the knife out of her hand.

He made her tell him the story again at greater length, and then he embraced his niece and took her away from that house, and left her in charge of one of his relations in order that she should get better, for the hard usage inflicted on her by that heart of a Medea had made her quite thin and pale. After several months, when she had become as beautiful as a goddess, the Baron brought her home and told everyone that she was his niece. He ordered a great banquet, and when the viands had been cleared away, he asked Lisa to tell the story of the hardships she had undergone and of the cruelty of his wife—a tale which made all the guests weep. Then he drove his wife away, sending her back to her parents, and gave his niece a handsome husband of her own choice. Thus Lisa testified that

Heaven rains favors on us when we least expect it.




GIAMBATTISTA BASILE
The Young Slave
Pentamerone

lunes, 16 de mayo de 2011

Blanche Neige décadente




LA PRINCESSE NEIGEFLEUR.



Quand la reine Imogine sut que la princesse Neigefleur n'était pas morte, que le lacet de soie qu'elle lui avait serré elle-même autour du cou ne l'avait qu'à demi étranglée et que les gnomes de la forêt avaient recueilli ce doux corps léthargique dans un cercueil de verre, pis, qu'ils le gardaient invisible dans une grotte magique, elle entra dans une grande colère : elle se dressa toute droite dans la stalle de cèdre où elle songeait, assise dans la plus haute chambre de sa tour, déchira dans toute sa longueur sa lourde dalmatique de brocart jaune enrichie de lys et de feuillages de perles, brisa contre terre le miroir d'acier qui venait de lui apprendre l'odieuse nouvelle et, saisissant de maie rage par la patte de derrière le crapaud enchanté qui lui servait pour ses maléfices, elle le lança à tonte volée dans la flamme de l'àtre où il fit frisst, grisst et prisst et s'évapora comme feuille sèche.

Cela fait, un peu calmée, elle ouvrit les vantaux de la haute fenêtre, dont les mailles de plomb enserraient des nains sonnant du cor, et se pencha sur la campagne. Elle était toute blanche de neige et, dans l'air froid de la nuit, de lents flocons éparpillés, comme de l'ouate, tendaient tout l'horizon d'une étrange hermine dont les mouchetures inversées auraient été blanches sur fond noir. Une grande rougeur incendiait la neige au pied de la tour, et la reine savait que c'était le feu des cuisines, des cuisines royales où les marmitons préparaient le festin du soir, car cela se passait le dimanche même de l'Epiphanie et il y avait grande fête au château ; et cette malfaisante reine Imogine ne put s'empêcher de sourire dans la noirceur de son âme, car elle savait qu'à ce moment même rôtissait pour la bouche du roi un paon merveilleux, dont elle avait traîtreusement remplacé le foie par un salmigondis d'œufs de lézards et de jusquiame, pharmaque horrible qui devait achever d'égarer les esprits du vieux monarque et bannir à tout jamais de cette chancelante mémoire le doux souvenir de la princesse Neigefleur.

Cette frêle et doucereuse petite masque de Neigefleur, pourquoi s'avisait-elle aussi, avec ses grands yeux bleu faïence et son insipide face de poupée, de la
surpasser en beauté, elle, la merveilleuse Imogine des Iles d*Or? Il avait fallu qu'elle vînt dans ce mauvais petit royaume d'Aquitaine pour s'entendre crier à tue-tête et à toute heure du jour et par le vent des haies et par les roses des parterres et jusque par son miroir, un miroir véridique animé par les fées :

« Ta beauté est divine et charme les oiseaux et les hommes, grande reine Imogine, mais la princesse Neigefleur est plus belle que toi ! » La petite peste !
Alors elle n'avait plus eu ni trêve ni répit ; il n'y avait pas eu de vilenies dont elle n'eût, en vraie marâtre, accusé la petite princesse pour la perdre dans l'esprit du roi. Mais le vieil imbécile, aveuglé de tendresse, n'écoutait que d'une oreille, tout féru qu'il fût de passion sensuelle pour sa beauté de reine magicienne. Les poisons eux-mêmes n'avaient aucune prise sur ce frêle petit corps d'enfant : son innocence ou les fées la protégeaient. Elle se souvenait encore avec rage du jour où, n'y pouvant tenir, elle avait fait déshabiller par ses femmes l'épeurée petite princesse et fustiger ses frissonnantes épaules jusqu'au sang ; elle voulait voir enfin entamée et gâtée par les verges cette éblouissante nudité, et les verges, aux mains des mégères, s'étaient changées en plumes de paon qui n'avaient fait qu'effleurer et frôler la peau de la vierge frémissante.

C'est alors qu'exaspérée de dépit, elle avait résolu sa mort. Elle l'avait étranglée de ses mains royales et fait transporter durant la nuit à la lisière du parc, prête à accuser du meurtre quelque troupe de bohémiens. Bonheur inespéré ! elle n'avait même pas eu à servir cette belle invention au roi : les loups s'étaient chargés de l'affaire ; la princesse Neigefleur avait simplement disparu et l'orgueilleuse marâtre triomphait, quand voilà que son miroir magique interrogé la navrait. Elle s'en était vengée, il est vrai, en le brisant à l'instant même, mais elle était bien avancée, puisque sa rivale vivait endormie sous la garde tutélaire des nains !

Et très perplexe, elle allait prendre au fond d'une armoire une tête desséchée de pendu, qu'elle consultait dans les grandes occasions, et, l'ayant posée sur un
grand livre ouvert au milieu d'un pupitre, elle allumait trois cierges de cire verte et s'abîmait dans des pensées sinistres.

Elle cheminait maintenant très loin, très loin, très loin du palais endormi, dans le grand silence de la forêt gelée, la forêt pareille à un immense madrépore ; elle avait jeté sur sa robe de soie blanche une limousine de laine brune, qui la faisait ressembler à quelque vieux sorcier, et, son fier profil en retrait sous la sombre capuche, elle se hâtait au pied des chênes énormes, dont les troncs blancs de neige apparaissaient eux-mêmes comme de grands pénitents. Il y en avait qui, avec leurs branches dressées haut dans l'ombre, semblaient la maudire de toute la force de longs bras décharnés ; d'autres, écrasés dans d'étranges attitudes, paraissaient agenouillés sur le bord de la route ; on eût dit sous des cagoules de givre des moines en prière et tous processionnaient bizarrement, les mains singulièrement jointes et raidies au-dessus de la neige où les pas amortis n'éveillaient aucun bruit : il faisait presque doux dans la forêt, le gel l'avait assoupie, et la reine, tout entière à son projet, précipitait sa course silencieuse, les pans de son manteau hermétiquement ramenés sur on ne sait quel objet, qui vaguement remuait et vagissait.

Un enfant de six mois, qu'elle avait dérobé en passant dans la chambre d'une femme de service et qu'elle emportait par cette calme et douce nuit d'hiver pour l'égorger à minuit sonnant, ainsi qu'il est prescrit, à un carrefour de routes.. Les elfes ennemis des gnomes accourraient tous pour boire le sang tiède et elle les charmerait avec sa flûte de cristal, la flûte à trois trous des sûres incantations magiques. Une fois charmés, les elfes obéissants la conduiraient par le dédale de la forêt transie à la grotte des nains. L'entrée en était visible et béante, toute cette nuit bénie de l'Epiphanie, comme durant toute la nuit de Noël. Ces deux nuits-là, tout enchantement demeure suspendu par la toute-puissante grâce de Notre-Seigneur ; et toute caverne et cachette souterraine de gnomes, gardiens de trésors enfouis, s'ouvre accessible aux pas humains. Elle entrerait dans l'antre en dispersant avec
son émeraude la troupe effarée des Kobbolds, s'approcherait du cercueil de verre, en forcerait la serrure, en briserait les parois au besoin et frapperait au cœur sa rivale endormie ; elle ne lui échapperait pas cette fois.

Et comme elle se hâtait, ruminant sa vengeance, sous les fins coraux blancs et les arborescences de la forêt givrée, des psaumes et des voix relevèrent tout à coup, une vibration de cristal couru, à travers les branches engourdies, toute la forêt frémit comme une harpe, et la reine, immobilisée de stupeur, vit s'avancer un singulier cortège.

C'était, sous ce ciel nuageux d'hiver, dans l'étincelant décor d'une clairière de neige, des dromadaires et des chevaux racés et fins, et puis des palanquins de soie bariolée et brillante, des étendards surmontés de croissants, des boules d'or enfilées à de longs fers de lances, et des litières et des turbans. Des négrillons tout à fait diaboliques dans leur gandoura de soie verte piétinaient peureusement la neige, des anneaux allumés de pierreries tintaient à leurs chevilles et, sans l'émail éclatant de leur rire, on eût dit de petites statues de marbre noir. Ils se pressaient sur les pas de majestueux patriarches diadèmes de molles étoffes rayées d'or ; la gravité de leur hautain profil se continuait dans la soyeuse écume de longues barbes blanches, et d'immenses burnous de soie, du blanc argenté de leurs barbes, s'ouvraient sur de lourdes robes d'un bleu de nuit ou d'un rose d'aurore, toutes fleuries de pierreries et d'arabesques d'or ; et les palanquins, où de vagues femmes voilées s'entrevoyaient comme dans un rêve, oscillaient au dos des dromadaires, et la lune, qui venait de se lever, miroitait au revers de soie des étendards. Des parfums pénétrants et musqués de cinname, de benjoin et de nard s'exhalaient en minces tourbillons bleuâtres ; des ciboires tout bossues d'émaux brillaient entre des doigts d'un noir d'ébène en guise de cassolettes, et,
sous la lune montante, les psaumes éclataient, moins chantés que gazouilles en douce langue orientale, comme enroulés dans la gaze des voiles et la fumée des encensoirs.

La reine, arrêtée derrière un tronc d'arbre, avait reconnu les rois mages, le roi nègre Gaspar, le jeune cheik Melchior et le vieux Balthazar; ils allaient, comme il y a deux mille ans, rendre à l'Enfant divin leur adorant hommage.

Ils étaient déjà passés.

Et la reine, livide sous son manteau de berger, songeait trop tard que, la nuit de l'Epiphanie, la présence des Mages en marche vers Bethléem rompt le pouvoir des maléfices, qu'aucun sortilège n'est possible dans l'air nocturne encore imprégné de la myrrhe des encensoirs.

Elle avait donc fait un voyage inutile. Inutiles devenaient les lieues dévorées par elle dans la forêt fantôme; à recommencer sa périlleuse équipée par le froid et la neige. Elle voulut faire un pas et retourner en arrière, mais l'enfant, qu'elle tenait serré dans son manteau, pesait étrangement sur son bras ; il était devenu d'une lourdeur de plomb, il la figeait là immobilisée dans la neige, la neige étrangement amoncelée autour d'elle et où ses pieds raidis ne pouvaient avancer.

Un horrible charme la tenait prisonnière dans la forêt spectrale : c'était la mort certaine si elle ne pouvait en rompre le cercle. Mais qui viendrait à son secours? Tous les mauvais esprits restent prudemment tapis dans leurs retraites durant cette lumineuse nuit d'Epiphanie ; seuls les bons esprits, amis des humbles et des souffrants, s'y risquent à rôder encore, et cette insidieuse reine Imogine eut l'idée d'appeler les gnomes à son aide, les bons petits seigneurs, tout de vert vêtus et chaperonnés de primevères, qui avaient recueilli Neigefleur; et, les sachant enfantinement épris de musique, elle eut la force de tirer sa flûte de cristal de dessous son manteau et de la porter à ses lèvres.

Elle défaillait sous le poids de l'enfant devenu pareil à un bloc de glace ; ses pieds crispés dans la neige bleuissaient, devenaient noirs, et ses lèvres violettes trouvaient encore des sons mélancoliques et doux, d'une tristesse poignante et d'une volupté tendre, douloureux et captivants adieux d'une âme à l'agonie ; résignée, elle tentait encore dans une vague espérance un inutile appel.

Et, tandis que tout le mensonge de sa vie s'apitoyait sur ses lèvres, ses yeux fouillaient avidement le clair-obscur de la clairière, l'ombre des arbres, les sillons tortueux des racines et jusqu'aux souches laissées par les bûcherons : équivoques profils de végétaux où les gnomes d'abord se manifestent.

Tout à coup la reine tressaillit. De tous les points de clairière une multitude d'yeux brillants la fixaient : c'était comme un cercle d'étoiles jaunes refermé sur
elle. Il y en avait entre chaque arbre, il y en avait dans les racines des chênes, il y en avait loin, il y en avait tout près, et chaque paire d'yeux fulgurait
phosphorescente, à mi-hauteur d'homme, dans la nuit.

C'étaient les gnomes... enfin ! et la reine étouffait un cri de joie qui se figeait presque aussitôt d'épouvante : elle venait d'apercevoir deux oreilles pointues au-dessus de chaque paire d'yeux, au-dessous de chaque paire d'yeux un museau velu et un retroussement de babines à dents blanches.

Sa flûte magique n'avait appelé que les loups.

On retrouva le lendemain son corps dépecé par les bêtes : ainsi mourut par une claire nuit d'hiver la méchante reine Imogine.


Jean Lorrain
Princesses d´Ivoire et d´Ivresse