lunes, 31 de enero de 2011

First Vampire Poem Ever




“Der Vampir”
by: Heinrich August Ossenfelder

My dear young maiden clingeth
Unbending, fast and firm
To all the long-held teaching
Of a mother ever true;
As in vampires unmortal
Folk on the Theyse’s portal *
Heyduck-like do believe. **
But my Christine thou dost dally,
And wilt my loving parry
Till I myself avenging
To a vampire’s health a-drinking
Him toast in pale tockay. ***

And as softly thou art sleeping
To thee shall I come creeping
And thy life’s blood drain away.
And so shalt thou be trembling
For thus shall I be kissing
And death’s threshold thou’ it be crossing
With fear, in my cold arms.
And last shall I thee question
Compared to such instruction
What are a mother’s charms?

1748
(2 years after Dom Augustin Calmet published his treatise on vampires,
Dissertations sur les Apparitions des Anges des Démons et des Esprits, et sur les revenants, et Vampires de Hongrie, de Bohème, de Moravie, et de Silésie

and 20 years after the beginning of the Vampire hysteria that swept East Prussia, Hungary and Austrian Serbia...)


NOTES
* Theyse (Tisza): it is the second biggest river in Hungary

** Heyduck: a semimilitary official of seventeenth and eighteenth
century Hungary.

*** Tokay: a well known type of Hungarian wine.

viernes, 21 de enero de 2011

La chasse à l’homme




"Tout à coup, les passagers de l’Arkansas virent déboucher d’un fourré de bananiers et de palmiers épineux deux hommes en haillons, qui détalaient de toute la vitesse de leurs jambes, espérant sans doute trouver un refuge dans les vastes marécages
dont le fleuve est bordé.

Ils étaient chaudement poursuivis par une troupe de Noirs, armés de bâtons, de fourches et même de fusils et de revolvers. Les nègres gagnaient du terrain de minute en minute et ils poussaient déjà des hurlements de triomphe en déchargeant
leurs armes dans la direction des fugitifs qui paraissaient à bout de forces.

Le capitaine de l’Arkansas, en bon Yankee passionné pour tous les sports, même pour la chasse à l’homme, donna l’ordre au timonier de se rapprocher du rivage pour permettre aux passagers de suivre les péripéties de la lutte. On vit alors que les
deux fuyards étaient un Blanc et un Peau-Rouge. Déjà les paris s’engageaient.

– Je mets cinq dollars sur le Blanc.
– Et moi dix sur le Peau-Rouge. Il a des jarrets superbes.
– Tenu ?
– Tenu !
– J’accepte les Noirs à dix contre un.

Mais tout à coup les choses prirent une autre tournure. On sait quels sont aux États-Unis le mépris et la haine des hommes blancs pour les nègres. Ceux-ci ont au théâtre des places spéciales, en chemin de fer on ne leur permet de monter que dans certains wagons, dans les restaurants même un Noir ne s’aviserait jamais de venir s’asseoir à la table où un Blanc se trouve déjà.

Les parieurs, qui s’étaient d’abord amusés de la poursuite, ne tardèrent pas à passer de la curiosité à l’indignation.

– C’est une honte, s’écria un gros marchand de blé de Saint Louis, Yankee pur sang ; voilà maintenant que les hommes noirs se mettent à chasser les citoyens américains comme si c’étaient de simples sangliers.
– C’est indigne !
– Il faut empêcher cela.
– Sus aux moricauds !
– Il faut tirer sur les nègres !…
– C’est cela !…

Les cervelles étaient arrivées à un état d’exaltation intense. Quelques gentlemen, plus décidés que les autres, intimèrent au capitaine l’ordre d’approcher l’Arkansas du rivage autant que cela serait possible et en même temps de détacher du vapeur un
canot pour recueillir les fugitifs. Le capitaine yankee qui, au fond, était exactement de l’avis de ces passagers ne se fit pas tirer l’oreille pour obéir.
Louvoyant avec précaution entre les bancs de boue, et de joncs, le vapeur se rapprocha du rivage.

Pendant ce temps, les tireurs qui venaient d’exercer leur adresse contre les caïmans s’empressaient de recharger leurs armes et couraient chercher de nouvelles munitions dans leurs cabines.

Sitôt qu’ils furent à bonne portée, les Noirs furent accueillis par une décharge générale. Trois ou quatre tombèrent, plus ou moins grièvement blessés, aux cris de joie de l’assistance.

– Bien tiré, sir ! un coup superbe. Hourra pour la vieille Amérique !
– Mort aux Noirs !

Voyant leurs camarades blessés, les nègres s’étaient arrêtés net, tout ébahis de cette intervention inattendue. Ils se gardèrent bien de riposter, sachant combien il aurait été grave pour eux d’attaquer un navire américain. Le moins qui eût pu leur
arriver eût été d’être pendus haut et court comme pirates.

Après une courte délibération, ils battirent prudemment en retraite et ils eurent bientôt disparu dans l’immense et ondoyant océan des plantations de coton et de maïs. Les deux fugitifs, sans que personne s’y opposât, gagnèrent paisiblement le
canot qui les transporta à bord du vapeur.

À peine eurent-ils mis le pied sur le pont qu’ils furent entourés d’un cercle de curieux pleins de sympathie pour l’état lamentable où ils se trouvaient. Ils offraient, il faut le dire, un spectacle pitoyable. De leurs vêtements arrachés, brûlés par place, il ne leur restait que des lambeaux. Ils étaient couverts de
boue et de sang, balafrés d’égratignures et meurtris de coups.

De tous côtés les exclamations se croisaient.
– Coquins de Noirs, dans quel état ont-ils mis ces pauvres gens !
– Il faut leur donner des habits !
– Et, avant tout, leur faire boire un bon coup de whisky, cela
les remettra.
– Ils doivent avoir faim !
– Non, le whisky d’abord, ils mangeront après..."

G. LE ROUGE

martes, 18 de enero de 2011

Artamène ou le Grand Cyrus



Pour ceux et celles qui ne veulent ou ne peuvent, pour des raisons d`emploi du temps, lire les 13 095 pages (soit environ 2 100 000 mots) de l`Artamène ou le Grand Cyrus de Madeleine et Georges de Scudéry nous présentons directement la fin du roman, où tous les conflits et contradictions sont enfin résolus. Pour le reste on peut se demander s`il y a jamais eu quelqu`un qui aie eu le courage et l`oisiveté de lire jusqu`à là...


"Mais enfin le jour destiné à l'entiere felicité de Cyrus estant arrivé, le
Temple où la Ceremonie de son Mariage se devoit faire fut esclairé de mille
Lampes magnifiques ; toutes les Rues d'Ecbatane furent tendues de riches Tapis
de Sidon ; on esleva encore de Arcs et des Obelisques à la gloire de Cyrus et de
Mandane, depuis le Palais jusques à ce Temple : dont les Inscriptions meslant
l'Amour à la Guerre, ne parloient pas moins de la grandeur de la passion de
Cyrus, que de celle de ses Conquestes. Une harmonie admirable fit retentir
toutes les Voutes du Temples, pendant toute la Ceremonie : qui eut toute la
magnificence que meritoient ceux pour qui elle estoit faite. Jamais on n'avoit
tant veû de Rois, et de Princes en mesme lieu, qu'il s'en trouva en celuy-là :
et jamais le Bandeau Royal n'avoit esté porté de meilleure grace que Cyrus le
portoit. Pour Mandane elle avoit sur le visage toute la Majesté qu'il falloit
pour occuper dignement le premier Thrône du Monde : et sa beauté parut si
esclattante le jour de cette celebre Feste, qu'elle surpassa d'autant toute
celle de autres Dames, que la bonne mine, l'esprit, la valeur, et la vertu de
Cyrus, surpassoient le merite de tous les autres hommes. Aussi furent ils l'un
et l'autre l'objet de l'admiration de tous ceux qui les virent sur un superbe
Throsne qu'on avoit eslevé au milieu du Temple : et ils le surent encore
davantage, lors qu'estant retournez au Palais apres la Ceremonie de leur
Mariage, ils y reçeurent les Complimens de tout ce qu'il y avoit de plus Grand
et de plus illustre au Monde. Cette Feste ne fut pourtant pas honnorée de la
presence du Prince Mazare : car ne se tentant pas l'ame assez ferme, pour voir
avec tranquilité la felicité de son Rival, tout son amy qu'il estoit devenu, il
partit pour s'en retourner en son Pais, la nuit qui preceda le Mariage de Cyrus
: et ne se trouva point ny au magnifique Festin que Ciaxare fit dans son Palais,
ny au Bal qui le suivit. Mais en partant, il laissa une Lettre pour Cyrus, et
une pour Mandane : et il leur escrivit d'une maniere qui redoubla si fort
l'estime et l'amitié qu'ils avoient pour ce Prince, que s'il eust pû deviner
leurs sentimens, il en eust eu beaucoup de consolation. Aussi meritoit il qu'ils
les eussent : car il leur demandoit pardon de sa foiblesse ; il assuroit à
Mandane qu'il ne se marieroit jamais ; et il disoit à Cyrus que comme il n'avoit
point d'Heritiers, il pretendoit que ceux qui devoient estre ses Sujets fussent
un jour les tiens : afin que Mandane peust regner sur les Saces, comme elle
regnoit dans son coeur. La douleur qu'ils eurent du départ de Mazare, ne les
empescha pourtant pas de s'estimer infiniment heureux, de voir que les Dieux
avoient rendu leurs fortunes inseparables : et de voir qu'ils estoient unis d'un
lien si indissoluble, qu'il n'y avoit plus que la mort qui les pûst separer. Les
trois jours qui suivirent cette grande Ceremonie, furent encore des jouis de
Feste, et de réjouissance : les quatre qui suivirent furent destinez au Mariage
de Myrsile, d'Intapherne, d'Atergaris, et d'Hidaspe : et durant un Mois ce ne
furent que divertissemens publics dans cette grande Cour, où tous les plaisirs
se trouvoient alors. Cyrus sçeut en ce temps là, que Thomiris estoit retournée
aux Tentes Royales : et qu'Agathyrse s'estant jetté dans Issedon, s'en estoit
fait declarer Roy, sans que la Reine des Massagettes se preparast à le renverser
du Thrône, tant elle estoit accablée par la douleur qui la possedoit : et
qu'ainsi Elybesis estoit devenuë Sujete de celuy à qui elle avoit fait une
infidellité, dans l'esperance d'estre Reine. Apres cela il reçeut des
Deputations de tous les Royaumes qu'il avoit conquis ; de toutes les Villes
principales, qui estoient sous son obeïssance, et de tous les Princes qui
estoient ses Tributaires. Ainsi il en eut de Babilone, de Suse, de Sardis,
d'Ephese, de Cumes, de Sinope, de Themiscire, d'Artaxate, d'Apamée, de Gnide, et
de beaucoup d'autres. Ceux qui s'estoient soûlevez contre Arsamone, luy
envoyerent aussi des Deputez, pour luy offrir la Couronne de Pont et de Bithinie
: et il en eut en particulier d'Heraclée, et de Chrysopolis. Le Roy de Phrigie
luy envoya des Ambassadeurs, avec des presens magnifiques : la Reine Tarine,
Mere du Prince Mazare, fit la mesme chose : le Prince de Cilicie en fit autant :
le Roy d'Armenie de mesme : le Prince Phyloxipe envoya aussi se réjouir avec
Cyrus de ce que l'Oracle que la Princesse de Salamis avoit reçeu, avoit esté
heureusement accomply en sa personne. Amasis Roy d'Egypte, le Prince Sesostris
son Fils, et la belle Thimarete y envoyerent aussi. Le Prince Thrasibule renvoya
encore vers Cyrus : le Roy d'Hicanie, et le Prince Meliante firent la mesme
chose : Pittacus enfit autant : et tous les autres Sages qu'il avoit presque
tous connus en Grece luy escrivirent : pour luy tesmoigner la joye qu'ils
avoient de voir que la Fortune avoit rendu justice a sa vertu. Apres quoy
Cambise et la Reine sa Femme retournerent à Persepolis, où ils ne firent plus
que prier les Dieux : quoy que Cyrus ordonnait à Adusius qu'il envoya pour
commander en Pense, de prendre leurs conseils en toutes choses. Tigrane Se
Onesile s'en retournerent à Artaxate, charmez de la vertu de Cyrus, et de celle
de Mandane : où Silamis leur Parent les suivit. Intapherne avec la Princesse de
Bithinie, s'en alla à Chrysopolis, avec la qualité de Roy Tributaire que Cyrus
luy donna. Atergatis, et Istrine, suivirent Gadate : Hidaspe, et Arpasie, s'en
allerent avec Gobrias : le Prince Artamas, retourna vers sa chere Palmis :
Cresus, Myrsile et Doralise, demeurerent à la Cour de Cyrus, le Prince de
Paphlagonie espousa Telagene, et s'en retourna en son Païs : Chrysante eut le
Gouvernement de la Lydie : Aglatidas eut celuy de Babilone : Ligdamis eut celuy
d'Ephese, et s'en retourna trouver sa chere Cleonice : Araspe eut celuy de
Capadoce, quand il fut revenu de Persepolis : Thrasimede eut celuy de Carie, car
les Cariens se soûmirent volontairement à Cyrus : Feraulas demeura attaché a la
Personne de ce Prince, et espousa mesme Martesie quelque temps apres : Megabise
fut envoyé en une partie de l'Arabie, qui se donna a Cyrus : et ce Grand Prince
eut enfin tant de recompenses a donner par la grandeur de ses Conquestes, qu'il
n'y eut aucun de tous ceux qui l'avoient servy, qui ne fust satisfait de sa
liberalité. Ciaxare le fut mesme tousjours de s'estre démis de la Souveraine
puissance : quoy que ce ne soit pas la coustume de faire une semblable action
sans s'en repentir. Ainsi le plus Grand Prince du Monde, apres avoir esté le
plus malheureux de tous les Amans, se vit le plus heureux de tous les hommes :
car il se vit possesseur de la plus grande Beauté de l'Asie, de la plus
vertueuse Personne de la Terre ; et d'une Personne encore de qui le grand esprit
sur passoit la grande beauté : et qui respondit si tendrement à sa passion, dés
que la vertu le luy permit, qu'il eut lieu de croire qu'il estoit autant aimé
qu'il aimoit. De plus, comme Cyrus fit encore d'autres Conquestes, il vit son
Estat borné du costé de l'Orient, parla Mer Rouge : de celuy de l'Occident par
l'Isle de Chypre et par l'Egypte : du Septentrion, par le Pont Euxin : et du
Midy par l'Ethiopie. Il eut encore l'avantage de se voir Maistre de tous les
Thresors de David, de Salomon, et de Cresus : et il se vit plus couvert de
gloire, que jamais nul autre Prince n'en avoit esté couvert. Il sçeut mesme si
bien l'art de jouïr de tous les plaisirs innocens, qu'en demeurant durant
l'Automne, et durant l'Hiver à Babilone ; durant le Printemps à Suse : et durant
l'Esté à Ecbatane ; il estoit presques dans un Printemps eternel, sans sentir
jamais ny la grande incommodité du froid, ny celle du chaud. De plus, ce Grand
Prince eut encore la gloire d'avoir mis un si bel ordre dans son Estat, et
d'avoir estably de si belles Loix, et pour la Guerre, et pour la Paix ; qu'il a
merité d'estre proposé pour Modelle à tous les Princes qui l'ont suivy : et pour
achever sa felicité, le Ciel voulut qu'elle ne fust plus troublée d'aucune sorte
de malheur, pendant le reste de sa vie. Ainsi on peut assurer, que depuis que la
Fortune et l'Amour ont fait des hommes heureux, ils n'en ont jamais fait de plus
heureux que Cyrus le fut, depuis le jour qu'il monta sur un Thrône si eslevé,
qu'il n'y en avoit point d'autre en toute la Terre qui ne fust beaucoup au
dessous..."

sábado, 4 de diciembre de 2010

Les Gratteurs de Pourceaux



LES GRATTEURS DE POURCEAUX

Il y a quelques mois, dans le Valais, je fus témoin d'une scène devant laquelle-se serait pâmé d'aise le gros Courbet, le peintre réaliste et déboulonneur, auquel la France doit quelques mauvais tableaux de plus et une glorieuse colonne de moins.

C'était au bas d'une côte pelée, sur les bords d'une mare fangeuse; trois crétins goitreux, à tètes énormes, entouraient un porc obèse, couché tout près du chemin. Le plus ingambe de ces nains difformes et hébétés, descendu dans la mare, y puisait à pleines mains de la vase gluante et verdâtre, en remplissait son chapeau à larges bords et la passait ensuite à ses compagnons, dont l'un engluait le porc de cet
induit aussi repoussant à la vue qu'à l'odorat, tandis que l'autre, se servant de ses doigts crochus comme d'un peigne, grattait doucement l'épine dorsale du
stupide et sale animal.

«Le porc se laissait faire avec volupté, fermait complètement ses petits yeux enfoncés dans un épais bourrelet de graisse, et répondait par des grognements reconnaissants aux délicates attentions de ses bons amis.

« Quelle écoeurante occupation ! dis-je à mon camarade de voyage et excellent ami, le docteur Philosophus.

— Bah l fit celui-ci avec le sourire narquois qui lui est particulier, ce spectacle est-il donc si nouveau pour vous que vous n'y soyez pas encore habitué?

— Et où voulez-vous que je me sois habitué à voir des gratteurs de pourceaux ?

— Un peu partout, mon cher ami, mais surtout en France, où, par le temps qui court, ce métier est à la fois très-commun et très-lucratif.

— Cela, un métier commun?

— On ne peut pas plus commun.

— Vous voulez rire?

'— J'aurais, ma foi, plutôt envie de pleurer, je vous affirme. »
Et comme je continuais à ne pas comprendre : « Dites-moi, je vous prie, continua-t-il, avez-vous parcouru les derniers états de recensement de
la population de Paris? '

— Pas plus tard, que ce matin dans mon journal.

— Combien y a-t-il de libres-penseurs?

— Dix mille.

— Et des gens qui, ne pensant rien du tout, se font gloire de ne croire à rien, de n'avoir aucune religion?

—.Huit mille...

— Ce qui fait, n'est-il pas vrai, un total de dix- huit mille?

— Parfaitement.

— Donc, d'après les chiffres officiels, voici dix-huit-mille bipèdes qui, n'ayant aucune religion, n'obéissent à aucune loi morale, puisque sans Dieu il n'y a pas de morale, et ne s'occupent que de leur ventre.

— C'est encore vrai.

— Ces bipèdes n'apparaissent pas pour la première fois sur la terre : Horace, un poëte latin du siècle d'Auguste, connaissait leurs ancêtres et nous a fait connaître le nom qu'ils portaient à cette époque Epicuri de grege porci.

— Les porcs du troupeau d'Épicure.

— Vous voyez que le nom est. presque aussi ancien que la chose. Je pourrais m'arrêter là, mais je tiens à poursuivre mes interrogations.

— Pensez-vous que ces êtres dégradés, n`ayant ni religion ni morale, aient au moins une patrie?

— La Commune est là pour nous prouver qu'ils n'ont pas plus de patrie que de Dieu.

-^- Et de famille?

— Pas davantage, puisqu'ils s'en débarrassent le plus qu'ils peuvent, qu'ils réclament le divorce et prétendent que la légitimité des enfants est une in-
justice criante, contraire à ce code dégoûtant qu'ils appellent la loi naturelle.

— N'êtes-vous pas persuadé, et certes les preuves ne vous en ont pas manqué pendant cette sacrilège orgie qu'on appela la Commune, que la plupart de ces citoyens sont poussés par leur instinct vers l'ordure et que la fange a pour eux un attrait irrésistible?

— Je ne puis le nier.

— Enfin, ne voyez-vous pas fréquemment qu'après avoir vécu comme des animaux, ils se font gloire de mourir comme des animaux, et demandent en grâce d'être, après décès, enfouis dans un pourrissoir, n'importe où il se trouve, soit à Paris, soit à Lyon?

— C'est encore malheureusement vrai.

— Bien ; voici donc d'abord un beau troupeau de pourceaux tout trouvé. Et quand je dis pourceaux en parlant de ces êtres-là, franchement, ce n'est pas aux bipèdes que je crois manquer de respect, mais bien a l'animal auquel je les compare, et j'espère qu'il me pardonnera mon irrévérence. Reste maintenant à trouverles gratteurs. »

' — Ce sera plus difficile.

— Plus difficile 1 s'écria Philosophus, mais vous êtes donc aveugle

— Pas même borgne, comme... »
Il ne me laissa pas achever.

« Les gratteurs de pourceaux l mais vous en rencontrez à chaque pas, reprit-il; les gratteurs de pourceaux, ce sont les flatteurs du peuple.

— Vous êtes peu poli pour le peuple.

— Et voilà ce que c'est que de lire trop souvent les feuilles démocratiques qui n'appellent peuple que la canaille. Entendons-nous, personne plus que moi n'aime et ne respecte le vrai peuple, le peuple qui travaille et qui prie; ce peuple qui, courbé toute la semaine sur la charrue dans les campagnes, vient, le dimanche, austère et recueilli, s'agenouiller sur les dalles de pierre d'une église antique et prier Dieu de faire fructifier ses efforts ; ce peuple qui ensemence la terre et plante la vigne; ce peuple dont le labeur incessant permet à la France de payer une
rançon triplée par la lâcheté et l'ineptie de l'autre peuple, du peuple canaille. J'honore aussi le peuple ouvrier, qui use ses forces dans les ateliers, son intelligence dans l'industrie, pour nourrir et élever sa famille; qui n'ignore pas qu'au delà de la tombe il est une autre vie; qui, avec le peuple des campagnes, sait verser au profit de sa patrie ses sueurs et son sang.

« Ce peuple-là, les gratteurs de pourceaux le haïssent, et s'ils lui font des avances, c'est pour le ravaler à l'état d'abjection dans lequel ils tiennent la
canaille.

« Ils savent qu'il n'y a rien à faire avec des hommes dignes de ce nom; de là parfois leurs imprudentes colères, les insultes dont ils poursuivent les stupides
paysans, et ces soldats devant lesquels ils tremblent et contre lesquels ils vomissent de loin des insultes dignes de ceux qui les profèrent.

u Mais pour la canaille, au contraire, pour le peuple à eux, pour ce peuple qui ne croit pas, qui ne prie pas, qui ne travaille pas, qui ne se bat pas ; pour ce ramassis d'athées, d'ivrognes, de sales débauchés, de brutes immondes, qui furent la Commune, pour les voleurs et les repris de justice en rupture de ban, pour ces fainéants, ces aboyeurs d'insultes contre Dieu qui ne les punit pas sur l'heure, la religion qui leur pardonne et la force qui les méprise, pour tous ces candidats au bagne et à la déportation, quelles basses et continuelles flagorneries ; comme ils se prosternent devant eux, avec quel respect affecté ils leur brûlent sous les narines leur encens grossier l Écoutez-les : « Peuple, tu es grand, tu es sublime, tu es fort; nous sommes tes esclaves "

« Tu aimes l'ordure, peuple : tiens, avale ce roman, déguste cette tartine de haut goût, je te l'ai choisie bien faisandée avant de te l'offrir; j'y ai ajouté des épices dans cette colonne de mon journal; fais goûter à ta fille de ce feuilleton licencieux, cette lecture la rendra peu à peu digne de toi.

« Préfères-tu la boue, en voici une hottée ; c'est pour toi que j'ai ramassé ces scandales au coin des bornes, je te lès ai mâchés pour t'en rendre la trituration plus facile. Couche-toi, mon bijou, cuve ton vin à l'aise, laisse-moi te bien engluer, te boucher les yeux avec ces immondices : tu es si intelligent, si rusé, si fort, que tu n'as pas à craindre de surprise ; dors, et si je monte sur. ton corps pour m'élever, tiens-toi tranquille, c'est dans ton intérêt, pour voir de plus loin les dangers qui pourraient te menacer pendant ton sommeil.

« Qui donc t'a dit que tu as une âme? Quelque gredin de prêtre, conspirant contre ton repos. Dors paisible, j'écarterai de toi ces grosses mouches noires qui ne savent que t'importuner. Je ne suis pas le premier venu, et j'ai droit à ta confiance; je suis ouvrier comme toi, ouvrier de la pensée, il est vrai, mais je n'en suis pas moins un travailleur de la démocratie »

. « Voilà comment ils parlent dans leurs livres,dans leurs journaux, à la tribune, dans les clubs,dans les cabarets.
« Avocats sans cause, publicistes sans public, ambitieux sans talent et sans courage, immense volée de nullités, d'incapacités, de vanités inassouvies, d'orgueils démesurés, de cupidités besogneuses, de haines accumulées, représentants de tous les vices, auxquels il faut un esclave pour se hisser sur ses épaules.

a Et dans le seul but d'avoir cet esclave docile, ces gens-là brassent et pétrissent l'ordure afin d'obtenir les grognements approbatifs de leurs porcs jusqu'au jour où, une révolution éclatant, ils prendront le fouet pour éveiller leur immonde troupeau et le pousser à cet abattoir qu'on appelle les barricades.

« Que leur importe si le sang coule par torrent, puisque ce ne sera pas le leur?

« Mais en attendant ce jour funeste, eu peut-être ils trouveront encore quelque peu d'or à ramasser dans les décombres fumants et ensanglantés, ils se seront faits un nom et une position ; ils auront été chefs de parti ; ils auront acquis une notoriété qui leur permettra de gagner des centaines de mille francs en vendant des livres misérables écrits dans l'exil, ou des brochures infâmes colportées en contrebande; si leur peuple a la victoire, ils s'adjugeront ministères et préfectures, honneurs et grasses sinécures; et pour panser des blessures reçues à.
leur seul profit, ils lui jetteront, non plus quelques poignées de monnaie comme un souverain au jour de son sacre, mais quelques phrases creuses, telles que celle-ci, aumône faite à la populace par le grand Victor Hugo :
« Le Panthéon se demande comment il fera pour recevoir sous sa voûte ce peuple qui va avoir droit a son dôme! »
« Pauvre peuple, quelle poignée de glands!« Que la digestion t'en soit légère
Et voilà, mon cher ami, comment, avec un peu d'industrie, un bon gratteur de pourceaux peut se faire non pas dix, mais cent mille francs de rente. Dites, après cela, que ce métier ne vaut pas mieux que celui des éleveurs de lapins!»


A. de Lamothe

Merci à notre ami et complice Sebastien Hubier de nous signaler ce texte étonnant

domingo, 21 de noviembre de 2010

Abominations of Yondo



The Abominations of Yondo


The sand of the desert of Yondo is not as the sand of other deserts; for Yondo lies nearest of all to the world's rim; and strange winds, blowing from a pit no astronomer may hope to fathom, have sown its ruinous fields with the gray dust of corroding planets, the black ashes of extinguished suns. The dark, orblike mountains which rise from its wrinkled and pitted plain are not all its own, for some are fallen asteroids half-buried in that abysmal sand. Things have crept in from nether space, whose incursion is forbid by the gods of all proper and well-ordered lands; but there are no such gods in Yondo, where live the hoary genii of stars abolished and decrepit demons left homeless by the destruction of antiquated hells.

It was noon of a vernal day when I came forth from that interminable cactus-forest in which the Inquisitors of Ong had left me, and saw at my feet the gray beginnings of Yondo. I repeat, it was noon of a vernal day; but in that fantastic wood I had found no token or memory of a spring; and the swollen, fulvous, dying and half-rotten growths through which I had pushed my way, were like no other cacti, but bore shapes of abomination scarcely to be described. The very air was heavy with stagnant odors of decay; and leprous lichens mottled the black soil and russet vegetation with increasing frequency. Pale-green vipers lifted their heads from prostrate cactus-boles and watched me with eyes of bright ochre that had no lids or pupils. These things had disquieted me for hours past; and I did not like the monstrous fungi, with hueless stems and nodding heads of poisonous mauve, which grew from the sodden lips of fetid tarns; and the sinister ripples spreading and fading on the yellow water at my approach were not reassuring to one whose nerves were still taut from unmentionable tortures. Then, when even the blotched and sickly cacti became more sparse and stunted, and rills of ashen sand crept in among them, I began to suspect how great was the hatred my heresy had aroused in the priests of Ong and to guess the ultimate malignancy of their vengeance.

I will not detail the indiscretions which had led me, a careless stranger from far-off lands, into the power of those dreadful magicians and mysteriarchs who serve the lion-headed Ong. These indiscretions, and the particulars of my arrest, are painful to remember; and least of all do I like to remember the racks of dragon-gut strewn with powdered adamant, on which men are stretched naked; or that unlit room with six-inch windows near the sill, where bloated corpse worms crawled in by hundreds from a neighboring catacomb. Sufficient to say that, after expending the resources of their frightful fantasy, my inquisitors had borne me blindfolded on camel-back for incomputable hours, to leave me at morning twilight in that sinister forest. I was free, they told me, to go whither I would; and in token of the clemency of Ong, they gave me a loaf of coarse bread and a leathern bottle of rank water by way of provision. It was at noon of the same day that I came to the desert of Yondo.

So far, I had not thought of turning back, for all the horror of those rotting cacti, or the evil things that dwelt among them. Now, I paused knowing the abominable legend of the land to which I had come; for Yondo is a place where few have ventured wittingly and of their own accord. Fewer still have returned - babbling of unknown horrors and strange treasure; and the life-long palsy which shakes their withered limbs, together with the mad gleam in their starting eyes beneath whitened brows and lashes, is not an incentive for others to follow. So it was that I hesitated on the verge of those ashen sands, and felt the tremor of a new fear in my wrenched vitals. It was dreadful to go on, and dreadful to go back, for I felt sure that the priests had made provision against the latter contingency. So after a little I went forward, singing at each step in loathly softness, and followed by certain long-legged insects that I had met among the cacti. These insects were the color of a week-old corpse and were as large as tarantulas; but when I turned and trod upon the foremost, a mephitic stench arose that was more nauseous even than their color. So, for the nonce, I ignored them as much as possible.

Indeed, such things were minor horrors in my predicament. Before me, under a huge sun of sickly scarlet, Yondo reached interminable as the land of a hashish-dream against the black heavens. Far-off, on the utmost rim, were those orb-like mountains of which I have told; but in between were awful blanks of gray desolation, and low, treeless hills like the backs of half-buried monsters. Struggling on, I saw great pits where meteors had sunk from sight; and divers-colored jewels that I could not name glared or glistened from the dust. There were fallen cypresses that rotted by crumbling mausoleums, on whose lichen blotted marble fat chameleons crept with royal pearls in their mouths. Hidden by the low ridges, were cities of which no stela remained unbroken - immense and immemorial cities lapsing shard by shard, atom by atom, to feed infinities of desolation. I dragged my torture-weakened limbs over vast rubbish-heaps that had once been mighty temples; and fallen gods frowned in rotting pasammite or leered in riven porphyry at my feet. Over all was an evil silence, broken only by the satanic laughter of hyenas, and the rustling of adders in thickets of dead thorn or antique gardens given to the perishing nettle and fumitory.

Topping one of the many mound-like ridges, I saw the waters of a weird lake, unfathomably dark and green as malachite, and set with bars of profulgent salt. These waters lay far beneath me in a cup-like hollow; but almost at my feet on the wave-worn slopes were heaps of that ancient salt; and I knew that the lake was only the bitter and ebbing dregs of some former sea. Climbing down, I came to the dark waters, and began to lave my hands; but there was a sharp and corrosive sting in that immemorial brine, and I desisted quickly preferring the desert dust that had wrapped me about like a slow shroud. Here I decided to rest for a little; and hunger forced me to consume part of the meager and mocking fare with which I had been provided by the priests. It was my intention to push on if my strength would allow and reach the lands that lie to the north of Yondo. Theses lands are desolate, indeed, but their desolation is of a more usual than that of Yondo; and certain tribes of nomads have been known to visit them occasionally. If fortune favored me, I might fall in with one of these tribes.

The scant fare revived me, and, for the first time in weeks of which I had lost all reckoning, I heard the whisper of a faint hope. The corpse-colored insects had long since ceased to follow me; and so far despite the eeriness of the sepulchral silence and the mounded dust of timeless ruin, I had met nothing half so horrible as those insects. I began to think that the terrors of Yondo were somewhat exaggerated. It was then that I heard a diabolic chuckle on the hillside above me. The sound began with a sharp abruptness that startled me beyond all reason, and continued endlessly, never varying its single note, like the mirth of an idiotic demon. I turned, and saw the mouth of a dark cave fanged with green stalactites, which I had not perceived before. The sound appeared to come from within this cave.

With a fearful intentness I stared at the black opening. The chuckle grew louder, but for awhile I could see nothing. At last I caught a whitish glimmer in the darkness; then, with all the rapidity of nightmare, a monstrous Thing emerged. It had a pale, hairless, egg-shaped body, large as that of a gravid she-goat; and this body was mounted on nine long wavering legs with many flanges, like the legs of some enormous spider. The creature ran past me to the water's edge; and I saw that there were no eyes in its oddly sloping face; but two knife-like ears rose high above its head, and a thin, wrinkled snout hung down across its mouth, whose flabby lips, parted in that eternal chuckle, revealed rows of bats' teeth. It drank acidly of the bitter lake then, with thirst satisfied, it turned and seemed to sense my presence, for the wrinkled snout rose and pointed toward me, sniffing audibly. Whether the creature would have fled, or whether it meant to attack me, I do not know; for I could bear the sight no longer but ran with trembling limbs amid the massive boulders and great bars of salt along the lakeshore.

Utterly breathless I stopped at last, and saw that I was not pursued, I sat down, still trembling, in the shadow of a boulder. But I was to find little respite, for now began the second of those bizarre adventures which forced me to believe all the mad legends I had heard. More startling even than that diabolic chuckle was the scream that rose at my very elbow from the salt-compounded sand - the scream of a woman possessed by some atrocious agony, or helpless in the grip of devils. Turning, I beheld a veritable Venus, naked in a white perfection that could fear no scrutiny, but immersed to her navel in the sand. Her terror-widened eyes implored me and her lotus hands reached out with beseeching gesture. I sprang to her side - and touched a marble statue, whose carven lids were drooped in some enigmatic dream of dead cycles, and whose hands were buried with the lost loveliness of hips and thighs. Again I fled, shaken with a new fear; and again I heard the scream of a woman's agony. But this time I did not turn to see the imploring eyes and hands.

Up the long slope to the north of that accursed lake stumbling over boulders of basanite and ledges that were sharp with verdigris-covered metals; floundering in pits of salt, on terraces wrought by the receding tide in ancient aeons. I fled as a man flies from dream to baleful dream of some cacodemoniacal night. At whiles there was a cold whisper in my ear, which did not come from the wind of my flight; and looking back as I reached one of the upper terraces, I perceived a singular shadow that ran pace by pace with my own. This shadow was not the shadow of man nor ape nor any known beast; the head was too grotesquely elongated, the squat body too gibbous ; and I was unable to determine whether the shadow possessed five legs, or whether what appeared to be the fifth was merely a tail.

Terror lent me new strength, and I had reached the hilltop when I dared to look back again. But still the fantastic shadow kept pace by pace with mine; and now I caught a curious and utterly sickening odor, foul as the odor of bats who have hung in a charnel-house amid the mold of corruption. I ran for leagues, while the red sun slanted above the asteroidal mountains to the west; and the weird shadow lengthened with mine but kept always at the same distance behind me.

An hour before sunset I came to a circle of small pillars that rose miraculously unbroken amid ruins that were like a vast pile of potsherds. As I passed among these pillars I heard a whimper, like the whimper of some fierce animal, between rage and fear, and saw that the shadow had not followed me within the circle. I stopped and waited, conjecturing at once that I had found a sanctuary my unwelcome familiar would not dare to enter; and in this the action of the shadow confirmed me, the Thing hesitated, then ran about the circle of columns pausing often between them; and, whimpering all the while, at last went away and disappeared in the desert toward the setting sun.

For a full half hour I did not dare to move; then, the imminence of night, with all its probabilities of fresh terror, urged me to push on as far as I could to the north. For I was now in the very heart of Yondo where demons or phantoms might dwell who would not respect the sanctuary of the unbroken columns. Now, as I toiled on, the sunlight altered strangely; for the red orb nearing the mounded horizon, sank and smouldered in a belt of miasmal haze, where floating dust from all the shattered fanes and necropoli of Yondo was mixed with evil vapors coiling skyward from black enormous gulfs lying beyond the utmost rim of the world. In that light, the entire waste, the rounded mountains, the serpentine hills, the lost cities, were drenched with phantasmal and darkening scarlet.

Then, out of the north, where shadows mustered, there came a curious figure C a tall man fully caparisoned in chain-mail - or, rather, what I assumed to be a man. As the figure approached me, clanking dismally at each step on the sharded ground, I saw that its armor was of brass mottled with verdigris; and a casque of the same metal furnished with coiling horns and a serrate comb, rose high above its head. I say its head, for the sunset was darkening, and I could not see clearly at any distance; but when the apparition came abreast, I perceived that there was no face beneath the brows of the bizarre helmet whose empty edges were outlined for a moment against the smouldering light. Then the figure passed on, still clanking dismally and vanished.

But on its heels ere the sunset faded, there came a second apparition, striding with incredible strides and halting when it loomed almost upon me in the red twilight - the monstrous mummy of some ancient king still crowned with untarnished gold but turning to my gaze a visage that more than time or the worm had wasted. Broken swathings flapped about the skeleton legs, and above the crown that was set with sapphires and orange rubies, a black something swayed and nodded horribly; but, for an instant, I did not dream what it was. Then, in its middle, two oblique and scarlet eyes opened and glowed like hellish coals, and two ophidian fangs glittered in an ape-like mouth. A squat, furless, shapeless head on a neck of disproportionate extent leaned unspeakably down and whispered in the mummy 's ear. Then, with one stride, the titanic lich took half the distance between us, and from out the folds of the tattered sere-cloth a gaunt arm arose, and fleshless, taloned fingers laden with glowering gems, reached out and fumbled for my throat . . .

Back, back through aeons of madness and dread, in a prone, precipitate flight I ran from those fumbling fingers that hung always on the dusk behind me, back, back forever, unthinking, unhesitating, to all the abominations I had left; back in the thickening twilight toward the nameless and sharded ruins, the haunted lake, the forest of evil cacti, and the cruel and cynical inquisitors of Ong who waited my return.


Clark Ashton Smith

martes, 16 de noviembre de 2010

Le bon amant



Le bon amant

À Rachilde, auteur de Queue de poisson.


En fumant des cigarettes, il l’attendait sur le balcon. Il faisait un temps froid et sec comme un coup de trique, mais il était tellement comburé par la fièvre de l’attente, que la température lui importait peu.
Enfin une voiture s’arrêta. Une masse noire sur le fond gris-perle du trottoir passa comme un éclair et s’engouffra dans la porte.
C’était elle.
Un peu suffoquée par les deux escaliers qu’elle venait de grimper comme une folle, elle entra, et fut aussitôt gloutonnement baisée sur ses petites mains et ses grandes paupières.
Puis alors il pensa à la regarder.
Elle était vraiment charmante, d’un charme troublant et inoubliable.
Sa petite tête fine et brune, émergeant des fourrures, était coiffée d’un chapeau tyrolien en feutre gris, de jeune garçon. Les bords en étaient rabattus très bas sur le front. Ses grands yeux paraissaient avoir de plus longs regards qu’à l’ordinaire, et elle s’était fait, ce soir-là, de mignons accroche-coeur, non pas à la manière des Espagnoles, mais de vraies petites guiches de jeune dos.
Après les premières effusions, quand elle se fut désemmitouflée :
– Mais il fait un froid de loup chez vous, mon cher !
Alors, très désespéré, il chercha fébrilement chez lui de vagues combustibles, mais en vain.
Vivant constamment au dehors, il avait toujours négligé ce détail de la vie domestique.
Alors elle devint furieuse et cruelle.
– Mais c’est idiot, mon cher ! Brûlez vos chaises, mais de grâce faites du feu. J’ai les pieds gelés.
Il refusa net. Son mobilier lui venait de l’héritage de sa mère, et le brûler lui paraissait un odieux sacrilège.
Il prit un moyen terme.
Il la fit se déshabiller et coucher.
Lui-même se dévêtit complètement.
Avec un canif qu’il avait préalablement bien affilé, il s’ouvrit le ventre verticalement, du nombril au pubis, en prenant soin que la peau seule fût coupée.
Elle, un peu étonnée, le regardait faire, ne sachant où il voulait en venir.
Puis, tout à coup, comprenant son idée, elle eut un éclat de rire et une bonne parole.
– Ah ! ça c’est gentil, mon cher.
L’opération était finie.
Comprimant de ses deux mains les intestins qui s’échappaient, il se coucha.
Elle, très amusée de ce jeu, enfouit ses petits petons roses dans la masse irisée des entrailles fumantes, et poussa un petit cri.
Elle n’aurait jamais cru que ce fût si chaud là-dedans.
Lui, de son côté, souffrit cruellement de ce contact très froid, mais l’idée qu’elle était bien le réconforta, et ils passèrent ainsi la nuit.
Bien qu’elle fût réchauffée depuis longtemps, elle laissa ses pieds dans le ventre de son ami.
Et c’était un spectacle adorable de voir ces petits pieds bien cambrés, dont la glaucité verdâtre des intestins faisait valoir la roseur exquise.
Au matin, il était un peu fatigué, et même de légères coliques le tourmentaient.
Mais comme il fut délicieusement récompensé !
Elle voulut absolument recoudre elle-même cette chaufferette physiologique.
Comme une bonne petite femme de ménage, elle descendit, en cheveux, acheter une belle aiguille d’acier et de la jolie soie verte.
Puis, avec mille précautions, comprimant de sa petite main gauche les intestins qui ne demandaient qu’à déborder, elle recousit de sa petite main droite les deux bords de la plaie de son bon ami.
À tous les deux, cette nuit est restée comme leur meilleur souvenir.


A. Allais

lunes, 8 de noviembre de 2010

Bonheur parfait



Que les chiens sont heureux!
Dans leur humeur badine,
Ils se sucent la pine,
Ils s`enculent entr`eux
Que les chiens sont heureux!

T. Gautier