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viernes, 25 de mayo de 2012

La Baleine en Rut


LA BALEINE EN RUT



Comme elle avait suivi le poulpe et l'espadon.
Dans des mers charriant les herbes des Florides,
La baleine sentit passer par ses fanons
Le terrestre printemps et ses tiédeurs fluides.

Le soleil descendait parmi les archipels...
Elle courut dans l'or et les phosphorescences
Projetant des jets d'eaux de toute sa puissance.
Pour s'ébrouer parmi des chemins d'arc-en-ciel.

Elle voulut d'abord épouser la chaloupe
Que d'un grand élan fou poussaient les pagayeurs.
Elle approcha ses flancs onctueux de sa poupe
Et la cassa du battement de son grand cœur.

Brûlant de la chaleur d'un sexe gigantesque,
Elle voulut de sa nageoire en éventail
Étreindre une île au corps dentelé d'arabesques
De pierre, avec des seins de craie et de corail.

Elle ne put monter sur elle et dans l'eau bleue,
Cherchant éperdument une forme à saillir,
Avec le battement immense de sa queue
Essaya d'épuiser sa force et son désir.

Mais le rut de la mer vibrait au creux des anses.
Les crabes se prenaient dans leurs pinces entre eux
Et les poissons volants, ivres de jouissance,
Faisaient sur les embruns des cercles lumineux.

Des électricités baignaient le fond des criques.
Le poisson-scie aimait la torpille au long corps.
On entendait mugir les squales hystériques,
La coquille uni valve ouvrait un sexe d'or.

Et la baleine alors sentant passer sur elle
La douleur d'être seul familière aux géants,
A travers les bas-fonds aux fleurs surnaturelles
S'élança dans la nuit des abîmes béants.

Mais le peuple des flots fuyait devant sa masse.
Les polypiers fermaient leurs molles cavités.
Les poissons éperdus plongeaient dans les crevasses
Les infusoires verts éteignaient leurs clartés.

Les déserts sous-marins ont des splendeurs si vastes!
C'est là que vous dormez, coques des vaisseaux morts!
Dans cette solitude où l'on ne voit plus d'astres,
La baleine glissa par les courants du nord.

Dans les forêts de madrépores fantastiques,
Broyant avec ses flancs les perles par millions,
Brûlante, elle roula vers les pays arctiques.
Vers la mer froide où les soleils sont sans rayons.

Mais même dans les bleus d'aurore boréale,
Ne projetant que des jets d'eaux cristallisés,
Elle fondait encor les grands icebergs pâles,
Les banquises de neige avec son chaud baiser.


Maurice Magre, La montée aux enfers

jueves, 1 de marzo de 2012

Himno a la tortilla de patata


HIMNO A LA TORTILLA DE PATATA
A María José Berruezo, gala y alegría de Pamplona.

Tortilla de patata,
rico doblón jugoso y sartenero,
acuñado con oro petulero,
en el que el huevo fiel quizá retrata
a don Carlos III
con pelucona, belfo y narizota.
Pandero de gitano calvorota
con el parche agorero, mudo y frito.
Adufe doradito,
que en su tunar se pica alguna sota.
Palo y pinta de putas
con piel de nalgas héticas y enjutas.
Adarga de Mio Cid el de Vivar,
que las pasó canutas
con tanto cabalgar y cabalgar
– polvo, sudor y latapor
Castilla la gris, color de rata,
católico apostólico aduar.
Tortilla de patata,
ojo tuerto aceitoso,
faro sobre la frente de un coloso,
de un Polifemo hispánico y pacífico;
piedra de Champollion sin jeroglífico,
sin Horus, sin Anubis,
sin muertos que se afeitan testa y pubis
para estar presentables
en el mar de los limos insondables,
poblado por la Historia Natural,
con el nombre en latín de cada cosa:
el sargazo, de piel filamentosa,
y la medusa, eructo de cristal.
Ronda, rondón, rondel, rondín, rondón,
Tortilla madurita,
que en Cataluña todos llaman truita.
Sextante de Colón,
vidriera y rosetón
del pórtico de sombras de Toledo.
Mitad de los quevedos de Quevedo,
mirando a España con el ceño amargo.
Nimbo amarillo y seco
pintado por El Greco
(ese señor tan largo).
Ruleta de casino
de provincias, asmático y cansino:
cana al aire y chirlata.
Tortilla de patata.
Rueda de la Fortuna; Lotería
de la España que juega y disparata,
esperando algún día
– tiro por la culata:
pícaros, ganapanes, jornaleros,
peones, mamporreros
y gente de zoquete y alpargata
¡tortilla de patata!

Jorge Llopis

miércoles, 2 de noviembre de 2011

Le monstre





Le monstre

En face d'un miroir est une femme étrange
Qui tire une perruque où l'or brille à foison,
Et son crâne apparaît jaune comme une orange
Et tout gras des parfums de sa fausse toison.

Sous des lampes jetant une clarté sévère
Elle sort de sa bouche un râtelier ducal,
Et de l'orbite gauche arrache un œil de verre
Qu'elle met avec soin dans un petit bocal.

Elle ôte un nez de cire et deux gros seins d'ouate
Qu'elle jette en grinçant dans une riche boîte,
Et murmure : « Ce soir, je l'appelais mon chou;

« Il me trouvait charmante à travers ma voilette!»
Et maintenant cette Eve, âpre et vivant squelette,
Va désarticuler sa jambe en caoutchouc


M. Rollinat
Les névroses

à comparer avec une autre variation de l´auteur autour de ce petit motif misogyne
http://freaklit.blogspot.com/2010/05/mademoiselle-squelette.html

lunes, 10 de octubre de 2011

Rin Rin Renacuajo



El hijo de rana, Rinrín renacuajo

Salió esta mañana muy tieso y muy majo

Con pantalón corto, corbata a la moda

Sombrero encintado y chupa de boda.



-¡Muchacho, no salgas¡- le grita mamá

pero él hace un gesto y orondo se va.



Halló en el camino, a un ratón vecino

Y le dijo: -¡amigo!- venga usted conmigo,

Visitemos juntos a doña ratona

Y habrá francachela y habrá comilona.



A poco llegaron, y avanza ratón,

Estírase el cuello, coge el aldabón,

Da dos o tres golpes, preguntan: ¿quién es?

-Yo doña ratona, beso a usted los pies



¿Está usted en casa? -Sí señor sí estoy,

y celebro mucho ver a ustedes hoy;

estaba en mi oficio, hilando algodón,

pero eso no importa; bienvenidos son.



Se hicieron la venia, se dieron la mano,

Y dice Ratico, que es más veterano :

Mi amigo el de verde rabia de calor,

Démele cerveza, hágame el favor.



Y en tanto que el pillo consume la jarra

Mandó la señora traer la guitarra

Y a renacuajo le pide que cante

Versitos alegres, tonada elegante.



-¡Ay! de mil amores lo hiciera, señora,

pero es imposible darle gusto ahora,

que tengo el gaznate más seco que estopa

y me aprieta mucho esta nueva ropa.



-Lo siento infinito, responde tía rata,

aflójese un poco chaleco y corbata,

y yo mientras tanto les voy a cantar

una cancioncita muy particular.



Mas estando en esta brillante función

De baile y cerveza, guitarra y canción,

La gata y sus gatos salvan el umbral,

Y vuélvese aquello el juicio final



Doña gata vieja trinchó por la oreja

Al niño Ratico maullándole: ¡Hola!

Y los niños gatos a la vieja rata

Uno por la pata y otro por la cola



Don Renacuajito mirando este asalto

Tomó su sombrero, dio un tremendo salto

Y abriendo la puerta con mano y narices,

Se fue dando a todos noches muy felices



Y siguió saltando tan alto y aprisa,

Que perdió el sombrero, rasgó la camisa,

se coló en la boca de un pato tragón

y éste se lo embucha de un solo estirón



Y así concluyeron, uno, dos y tres

Ratón y Ratona, y el Rana después;

Los gatos comieron y el pato cenó,

¡y mamá Ranita solita quedó!


(Rafael Pombo)

lunes, 26 de septiembre de 2011

Le cul de Chausson




Amis, on a brûlé le malheureux Chausson,
Ce coquin si fameux, à la tête frisée ;
Sa vertu par sa mort s'est immortalisée :
Jamais on n’expira de plus noble façon.

Il chanta d’un air gai la lugubre chanson
Et vêtit sans pâlir la chemise empesée,
Et du bûcher ardent de la pile embrasée,
Il regarda la mort sans crainte et sans frisson.

En vain son confesseur lui prêchait dans la flamme,
Le crucifix en main, de songer à son âme ;
Couché sous le poteau, quand le feu l'eut vaincu,

L'infâme vers le ciel tourna sa croupe immonde,
Et, pour mourir enfin comme il avait vécu,
Il montra, le vilain, son cul à tout le monde...

Claude Le Petit


Jacques Chausson, dit « des Estangs », fut un écrivain français arrêté le 16 août 1661 pour une tentative de viol sur un jeune noble de dix-sept ans, Octave des Valons...

"Cejourd’huy vendredy, vingt neuvième jour du mois d’aoust, est comparu pardevant nous un quidam vetu de drap couleur canelle, lequel nous a declaré qu’il venoit pour obéir à notre ordonnance en datte du jour d’hier, lequel quidam nous aurions questionné et interrogé en la maniere et façon qui s’ensuit : Interrogé quel nom il avoit, a repondu etre nommé et appelé Octave Jullien Des Valons, Ecuyer, fils de Germain Des Valons, Ecuyer, sieur de Duchesne, et de deffunte Louise Angelique Du Vesnien, sa femme. Interrogé quel age il avoit, a repondu qu’il avoit eu dix sept ans le dix huitieme jour de mars passé. Interrogé quel etoit le sujet de la dispute qu’il avoit eu, le mardy douzieme d’aoust dernier, avec les nommez Jacques Chausson et Jacques Paulmier, dans un second appartement d’une maison située rue Saint Antoine, aupres de la vieille rue du Temple, occupée par ledit Chausson ; a repondu que, connoissant ledit Chausson, et ayant été mené chez luy par un jeune homme appelé Le Sueur, il etoit enfin venu chez luy ledit jour douze aoust, et que ledit Paulmier avoit dit audit Chausson en parlant de luy Des Valons : « Voilà un joly blondin ! » surquoy ledit Chausson avoit repondu : « Je le croys assez joly garçon pour vous offrir ses services » ; que luy Des Valons ayant repliqué qu’il souhaitteroit etre propre à quelque chose, ledit Chausson avoit pris la parole, et dit que le service qu’on lui demandoit ne luy couteroit rien, et que ledit sieur Paulmier etoit de son côté assez obligeant pour luy en rendre de pareils lorsqu’il voudroit ; que luy Des Valons, ayant eu le malheur de temoigner qu’il ne demandoit pas mieux que d’effectuer de sa part l’envie qu’il avoit d’obliger ledit Paulmier, ledit Chausson s’etoit avancé, et l’ayant embrassé luy avoit deffait en meme tems le bouton de sa culotte, et ensuite ledit Paulmier s’etoit mis en devoir de le connoitre charnellement, et de commettre avec luy le crime de sodomie, ce qu’ayant senty, il s’etoit mis à crier, et etoit debattu, ensorte qu’une vieille femme, travaillant à la journée chez le sieur Petit, Marchand de bas, principal de laditte maison, etoit accourue".

Jacques Chausson fut reconnu coupable de sodomie et condamné au bûcher. Il eut d’abord la langue coupée et fut brûlé sans avoir été étranglé au préalable avec son complice Jacques Paulmier, dit « Fabri ».

Ironiquement, Claude le Petit devait, l’année suivante, connaître le même sort que le héros de son poème...

viernes, 23 de septiembre de 2011

Quand vous riez, Hélène





VOUS FAITES VOIR DES OS QUAND VOUS RIEZ HELENE



Vous faites voir des os quand vous riez, Hélène,
Dont les uns sont entiers et ne sont guère blancs ;
Les autres, des fragments noirs comme de l'ébène
Et tous, entiers ou non, cariés et tremblants.

Comme dans la gencive ils ne tiennent qu'à peine
Et que vous éclatez à vous rompre les flancs,
Non seulement la toux, mais votre seule haleine
Peut les mettre à vos pieds, déchaussés et sanglants.

Ne vous mêlez donc plus du métier de rieuse ;
Fréquentez les convois et devenez pleureuse :
D'un si fidèle avis faites votre profit.

Mais vous riez encore et vous branlez la tête !
Riez tout votre soul, riez, vilaine bête :
Pourvu que vous creviez de rire, il me suffit.


Paul Scarron

viernes, 16 de septiembre de 2011

Le pensionnat de Humming-Bird Garden





Le pensionnat de Humming-Bird Garden



Le jardin ratissé, calme, offrait devant la haute maison ses pelouses vertes et ses allées géométriques aux jeux des petites filles. Quand je dis offrait, il eût fallu spécifier que c’était le jour. Or, il était nuit. La haute bâtisse se dressait trouée par trois fenêtres éclairées sur le fond parfaitement bleu de la nuit. À l’horizon, c’étaient des forêts animées par le frémissement du vent, retentissantes du cri des chouettes et des chats-huants, des plaintes des lapins assassinés (on trouve en tas leurs poils et leurs ossements sur le sol, au-dessous des nids de rapaces nocturnes), du travail sourd et souterrain des taupes, c’était l’océan sillonné de requins et de paquebots, croisé, non loin des côtes, par le va-et-vient des torpilleurs portant le pavillon de l’Union Jack, troublé par les vagues, les coups de queue des marsouins et les chocs d’épaves sur les récifs, égayé par des bals de crevettes et d’hippocampes, brillant de l’émigration des sardines et des anguilles, grouillant dans les rochers ténébreux de crabes et de langoustes, c’étaient des marais receleurs de cadavres, cadavres d’enlisés momifiés dans des poses horribles, cadavres d’assassinés jetés là par des bandits après exploration des poches et des bagages, c’étaient des routes blanches et des voies ferrées luisantes, c’était le rayonnement céleste d’une grande ville : Londres sans doute, visible réellement ou imaginable, de cette contrée d’Angleterre appelée comté de Kent.

Il était onze heures de la nuit. Un homme assez jeune se dirigeait à travers la forêt, péniblement en raison des racines et des fougères, vers cette bâtisse de briques rouges entourée de pelouses unies.

Peu à peu, des nuages montèrent de derrière les marais et remplirent le ciel. Nuages lourds de tonnerres futurs et receleurs d’éclairs. Des cris de haleurs venaient du côté de la mer.

À l’une des fenêtres de la bâtisse un bruit clair retentit. Bruit de claques sonores, bruit de fouet. Un cri s’éleva, puis plusieurs qui se confondirent bientôt en un gémissement monotone.

Dans une salle, une femme de trente-cinq ans, fort belle, brune à reflets roux, fouettait une fille de seize ans étendue en travers de ses genoux. Elle avait d’abord frappé avec la main. On distinguait encore l’empreinte rouge des cinq doigts sur la chair délicate. Le pantalon descendu emprisonnait de dentelles les genoux de la victime dont les cheveux dénoués voilaient le visage. La croupe frémissante se contractait spasmodiquement. Les empreintes de doigts disparaissaient peu à peu, remplacées par les zébrures rouges du martinet de cuir de la correctrice. Parfois, quand le cinglement avait meurtri particulièrement l’enfant, un bond la faisait sursauter davantage, les cuisses s’entrouvraient et c’était un spectacle sensuel qui émouvait une autre jeune fille, attendant dans un coin de la pièce son tour d’être châtiée.

Et voici que maintenant que l’éclair va paraître dans ce ciel évoqué, malgré sa noirceur, sur le papier blanc, je comprends pourquoi le tableau se composa de telle façon. La similitude de l’éclair et du coup de martinet sur la croupe blanche d’une pensionnaire de seize ans suscita seule la montée de la tempête dans l’impassible nuit qui recouvrait le pensionnat.

Pensionnat d’Humming-Bird Garden, tu te dressais depuis longtemps sans doute dans mon imagination, maison de briques rouges entourée de calmes pelouses, avec les dortoirs où les vierges sentant passer les fils de la vierge de minuit se retournent voluptueusement, sans s’éveiller, dans leurs lits, avec la chambre de la directrice, femme autoritaire et son arsenal de fouets, de verges et de cravaches, avec les salles de classes où les chiffres blancs sympathisent du fond du tableau noir avec les mystérieux graphiques dessinés dans le ciel par les étoiles, mais tandis que tu restais immobile dans un paysage de leçon de choses, l’orage de toute éternité montait derrière ton toit d’ardoise pour éclater, lueur d’éclair, à l’instant précis où le martinet de la correctrice rayerait d’un sillon rouge les fesses d’une pensionnaire de seize ans et éclairerait douloureusement, tel un éclair, les mystérieuses arcanes de mon érotique imagination. N’ai-je écrit cette histoire que pour évoquer votre ressemblance, éclair, coup de fouet ! et dois-je dresser l’apparence de cette nuit d’orage, sombre femme mais belle, avec ses seins évocateurs des rochers pointus du rivage, ses profonds yeux noirs, les boucles noires de ses cheveux et le teint identique aux prunes d’été, qui, brandissant un fouet cruel d’un bras robuste, en dépit du désordre de sa robe sombre, désordre qui révèle ses admirables seins et sa cuisse musclée, poursuit une marche majestueuse et fait naître le respect.

Dans la chambre éclairée du pensionnat, le châtiment tire à sa fin. La fillette congestionnée murmure à peine. La dispensatrice donne encore deux ou trois coups de fouet, quelques claques puis, soigneusement, elle rabat la fine chemise, remonte le pantalon, redresse la victime et lui désigne un coin où elle va s’agenouiller.

Cependant, l’homme marchait toujours à travers la forêt. Les premières gouttes de pluie n’avaient tout d’abord pas transpercé l’épais feuillage. Ç’avait d’abord été l’odeur de la poussière mouillée, puis celle des feuilles, puis celle de l’herbe. Enfin, l’eau était tombée sur le marcheur. Son chemin était devenu plus rude. Glissant sur la terre glaise, s’enfonçant dans les fondrières et le terreau mou dissimulé par l’herbe, le visage inondé au soufflet des basses branches, il allait vers la lisière. Il l’atteignit enfin.

Légèrement en contrebas, la plaine offrait un panorama orageux. Les éclairs frappaient de leur lueur tantôt le ventre flasque des nuages et le sommet moutonnant des forêts, tantôt la façade d’une maison qu’elle blanchissait et rendait terrible comme une maison hantée. Le tonnerre mêlait son grondement discontinu au bruit constant de la mer. Le vent se calma. À la pluie d’orage succéda une pluie fine qui, par sa monotonie, donnait une impression de perpétuité.

L’homme se dirigea vers la seule maison éclairée : le pensionnat d’Humming-Bird Garden.

La maîtresse avait attiré à elle la seconde enfant, blonde et robuste, avec deux fossettes aux joues, fossettes identiques à celles que lorsque à son tour elle se trouva à plat ventre sur les genoux du bourreau, troussée et dénudée, révéla son cul blanc et cambré.

Un instant, l’acharnée correctrice s’attarda à contempler ce spectacle troublant, chair blanche qu’elle allait ensanglanter et qui se perdait étrangement dans la masse des jupes, du jupon et de la chemise relevés. Elle dégrafa les jarretières et rabattit les bas jusqu’aux genoux : une jambe s’était dégagée du pantalon qui pendait au pied de l’autre.

Puis l’adroite tortionnaire commença à claquer partir des jarrets les cuisses rondes en remontant vers la taille. Elle embrasa au passage les deux superbes méplats, d’abord masses blanches, puis roses rougissantes, puis orange presque sanguines. Sous les coups, elles se contractèrent, réduisant la raie médiane en un très court sillon. Bientôt, la masse musclée fut prise de soubresauts, se contractant et se relâchant sans mesure, laissant entrevoir le fossé brun où une bouche charnue s’apercevait, plissée et ombragée par des poils. Parfois même, et comme pour sa compagne, un grand sursaut cambrait davantage les reins, écartait les cuisses et le sexe était dévoilé. Quand le sang courut rapidement sous la chair, l’exécutrice saisit le martinet qui, là aussi, zébra de sang la peau fine. Puis le fouet succéda, puis la cravache.

L’homme atteignit la maison. Un instant son imagination fut pareille aux bâtisses surnaturellement blanchies à l’approche de l’orage, et le calme spectacle de la pelouse rasséréna ses pensées. Cependant, le son des coups sur la chair attira son attention. Il gagna le pied même du bâtiment et, par un tuyau d’écoulement des eaux de gouttière, se hissa jusqu’à la fenêtre ouverte d’où venait le bruit.

L’exécution était presque terminée. Maintenant, les mains parachevaient l’œuvre. Elles meurtrissaient d’une tape sèche les rares endroits qu’avait épargnés le cuir.

Puis, l’enfant habillée et redressée, la maîtresse se leva et commanda :

— Dolly et vous, Nancy, déshabillez-moi, que je me couche.

Dolly et Nancy se mirent à genoux. Elles délacèrent les souliers de cuir jaune et, glissant leurs petites mains sous les jupes, elles détachèrent les jarretelles et amenèrent les bas. Debout, elles dégrafèrent minutieusement le corsage et la jupe. La femme apparut en pantalon de dentelle et soutien-gorge. Ces deux vêtements tombèrent à leur tour. Nue, les seins durs, la croupe cambrée, la femme dominait les deux fillettes qui, obéissant à un rite convenu, baisèrent la bouche méchante, le ventre rond, le cul robuste, avant de la revêtir d’une chemise fine et courte et de natter ses cheveux ardents.

Alors, l’homme cramponné au balcon leva la fenêtre à guillotine et pénétra dans la pièce. Il sortit de sa poche un revolver noir et le posa sur la cheminée. Ramassant les bas de la femme qui le considérait sans bouger, il emprisonna dans l’un la tête de Dolly et dans l’autre celle de Nancy, enfin se retournant :

— Conduis-moi.

Elle précéda dans un couloir sombre, poussa une porte grinçante, pénétra dans un dortoir.

Dans trente lits blancs dormaient ou, plutôt, feignaient de dormir, trente jeunes filles. Sous la clarté tremblante des veilleuses, leur chevelure, le plus souvent blonde et parfois rousse, semblait frémir. La maîtresse réveilla le dortoir. Sous trente couvertures blanches, trente corps palpitants s’agitèrent. Les yeux grands ouverts, les enfants contemplaient leur redoutable tyran et le Corsaire Sanglot, puisque c’était lui, personnage nouveau, terrible et délicieux comme leurs rêves.

Elles se levèrent et leur théorie descendit l’escalier de sapin verni. La pluie avait cessé. Le jardin sentait comme tous les romanciers l’ont dit. Imaginez maintenant sur la pelouse verte trente jeunes filles à la chemise retroussée au-dessus de la croupe, à genoux. Et que fit le héros d’une si troublante aventure ? Les échos retentirent longtemps des corrections infligées à ces corps en émoi. Le petit jour levait son doigt au dessus de la forêt quand le Corsaire cessa de meurtrir ces cuisses tendres et ces hanches musclées.

Après quoi, il y eut une étreinte entre lui et la terrible maîtresse qui avait assisté, sans mot dire, aux actions de son amant.

Encore une fois, Louise Lame et le Corsaire Sanglot se sont rencontrés. À l’Angelus (sonne-t-on l’Angelus en Angleterre), ils se séparent. Lui, regagne son chemin de la forêt épaisse. Elle, fait rentrer au dortoir les élèves amoureuses et humiliées. Elle délivre Nancy et Dolly endormies avec un bas sur leur tête.

Jusqu’à midi les trente-deux filles dormiront, étonnées au réveil de cette liberté accordée. Regardant le grand soleil de midi frapper leur lit étroit, elles se souviendront des événements de la nuit. L’amour et la jalousie ensemble tortureront leurs âmes. Il leur faudra se lever et reprendre le travail écolier. Quand il leur faudra subir le fouet de la maîtresse, elles seront prises d’un étrange émoi. Souvenir du séducteur cruel et charmant, haine de celle qui le posséda. Et tout se passe comme j’ai dit. Bientôt même et pour mieux évoquer ce matin tendre où elles rencontrèrent l’amour, elles entreprennent de se meurtrir elles-mêmes. Les récréations se passent maintenant derrière les buissons de prunelliers. Et, deux à deux, elles se fouettent mutuellement, bienheureuses quand le sang entoure leurs cuisses d’un mince et chaud reptile. Corsaire Sanglot poursuit sa marche solitaire, tandis qu’en souvenir de lui, dans une calme plaine environnée de bois du comté de Kent, trente jeunes filles se flagellent de jour et de nuit et comptent au matin, en faisant leur toilette, avec une indicible fierté, les cicatrices dont elles sont marquées.

Le soir, la maîtresse, comme à l’ordinaire, choisit deux victimes et les emmène dans sa chambre. Et elle frappe ces cuisses qui ont souffert par lui, avec rage. Elle aurait aussi voulu souffrir comme elles et la haine amoureuse la dresse. Car elle n’a pas suffi au contentement du Corsaire.

Il lui a fallu d’abord la possession barbare de ses élèves, et rien ne pourra désormais consoler ces âmes en peine.

En dépit des années passant sur la pelouse unie et les allées et les arbres de la forêt proche.

En dépit des années passant sur ces fronts soucieux, sur ces yeux amoureux des ténèbres, sur ces corps énervés.

Et, quelque nuit, l’orage roulant sur la plaine et le marécage éclairera de nouveau la façade sévère et le marais aux feux follets.


Mais plus jamais le Corsaire Sanglot ne reparaîtra dans le pensionnat où des cœurs sans défaillance l’attendirent, cœurs aujourd’hui séniles dans d’immondes anatomies de vieilles femmes.


Robert Desnos, La liberté ou l´amour

viernes, 9 de septiembre de 2011

Tapez Messieurs!


TAPEZ, MESSIEURS!

CHANSONNETTE

Paroles de P.-L. FLERS. Musique de S. BOIJSSAGOL-RAITER.

I

Les hommes qui sont amoureux,

Prétendent, qu'ils sont malheureux,

Que la femme est un être affreux,

Quell' plaisant'rie ;

Je leur dirai, sans les fâcher,

Qu'ils ne savent pas l'attacher

II faut quelquefois la moucher,

Pour qu'ell' sourie !

C'est une crème assurément,

Mais pour qu'elle prenn' solid'ment

II faut la fouetter simplement ;

La pauv'chérie.

REFRAIN


II

Tapez, tapez,

Messieurs, faut taper sur ces dames

Voulez-vous être aimés des femmes

Tapez, tapez,

Qu'elle soit volcan ou statue

La femme adore être battue.

Ça vous renverse et vous abat,

Pourtant n'en soyez pas baba,

Car la femme, lorsqu'on la bat,

Est très heureuse.

C'est un être adorant les coups.

Quand elle en a reçu beaucoup,

En vous passant les bras au cou,

Très langoureuse,

Elle vous aime et vous dit tu,

Et, que ce soit vice ou vertu,

Vous revient comme un chien battu,

Très amoureuse.

Au refrain.


III

II faut doser selon le cas,

Flanquer la pile sans fracas

Avec, un jonc, un en-tout-cas,

Même une chaise ;

Mais frapper délicatement,

Le coup doit paraître charmant,

Presqu'une caresse vraiment,

Non un malaise.

Il faut battre sans éreinter.

C'est une affaire de doigté,

C'est comme pour ne pas rater

La mayonnaise.

Au refrain.


VI

Pour les Durand, ou les Dubois,

Dont les épous's sont comm' du bois,

Et qu'cett’ froideur met aux abois,

C'est une aubaine

Quand leurs femm's les appell'ront daim.

Sans discuter, d'un air badin,

Ils n'auront qu'à prendr' leur gourdin

Et sans mitaine

Puis après cett' conversation,

Quand vient la réconciliation,

Ils auront d'la satisfaction,

J'en suis certaine.

Au refrain.


c. 1900

miércoles, 22 de junio de 2011

Titus Andronicus' Complaint





To the Tune of Fortune



1
You noble minds and famous martial wights,
That in defence of native country fights,
Give ear to me that ten years fought for Rome,
Yet reaped disgrace when I returnèd home.

2
In Rome I lived in fame full threescore years,
By name belovèd dear of all his peers,
Full five-and-twenty valiant sons I had,
Whose forward virtues made their father glad.

3
For when Rome's foes their warlike forces felt,
Against them still my sons and I were sent;
Against the Goths full ten years' weary war
We spent, receiving many a bloody scar.

4
Just two-and-twenty of my sons were slain,
Before we did return to Rome again;
Of five-and-twenty sons I brought but three
Alive the stately towers of Rome to see.

5
When wars were done I conquest home did bring,
And did present my prisoners to the King;
The Queen of Goth, her sons, and eke a Moor,
Which did much murder, like was ne'er before.

6
The Emperor did make this Queen his wife,
Which bred in Rome debate and deadly strife;
The Moor with her two sons did grow so proud
That none like them in Rome was then allowed.

7
The Moor so pleased the new-made Empress' eye
That she consented with him secretly
For to abuse her husband's marriage bed,
And so in time a blackamoor she bred.

8
Then she, whose thoughts to murder were inclined,
Consented with the Moor with bloody mind
Against myself, my kin, and all my friends
In cruel sort to bring them to their ends.

9
So when in age I thought to live in peace,
Both woe and grief began then to increase;
Amongst my sons I had one daughter bright,
Which joyed and pleasèd best my age's sight.

10
My dear Lavinia was betrothed as then
To Caesar's son, a young and noble man,
Who in a hunting by the Emperor's wife
And her two sons bereavèd were of life.

11
He, being slain, was cast in cruel wise
Into a dismal den from light of skies;
The cruel Moor did come that way as then
With my two sons, who fell into that den.

12
The Moor then fetched the Emperor with speed,
For to accuse them of that murderous deed;
And then my sons within the den were found;
In wrongful prison they were cast and bound.

13
But now behold what wounded most my mind,
The Emperor's two sons of tiger's kind
My daughter ravishèd without remorse,
And took away her honour quite perforce.

14
When they had tasted of so sweet a flower
Fearing their sweet should shortly turn to sour,
They cut her tongue, whereby she could not tell
How that dishonour unto her befell.

15
Then both her hands they falsely cut off quite,
Whereby their wickedness she could not write,
Nor with her needle on her sampler sew
The bloody workers of her direful woe.

16
My brother Marcus found her in a wood,
Staining the grassy ground with purple blood
That trickled from her stumps and handless arms.
No tongue at all she had to tell her harms.

17
But when I saw her in that woeful case,
With tears of blood I wet my agèd face;
For my Lavinia I lamented more
Than for my two-and-twenty sons before.

18
Whenas I saw she could not write nor speak,
With grief my agèd heart began to break;
We spread a heap of sand upon the ground,
Whereby those bloody tyrants out we found.

19
For with a staff, without the help of hand,
She writ these words upon that plot of sand:
"The lustful sons of the proud Empress
Are doers of this hateful wickedness."

20
I tare the milk-white hairs from off my head,
I cursed the hour wherein I first was bred;
I wished the hand that fought for country's fame
In cradle's rock had first been stroken lame.

21
The Moor, delighting still in villainy,
Did say, to set my sons from prison free,
I should unto the King my right hand give,
And then my two imprisoned sons should live.

22
The Moor I caused to strike it off with speed,
Whereat I grievèd not to see it bleed,
But for my sons would willingly impart
And for their ransom send my bleeding heart.

23
But as my life did linger thus in pain,
They sent to me my bloodless hand again,
And therewithal the heads of my two sons,
Which filled my dying heart with fresher moans.

24
Then past relief, I up and down did go,
And with my tears writ in the dust my woe;
I shot my arrows towards heaven high,
And for revenge to hell did sometimes cry.

25
The Empress then, thinking I was mad,
Like furies she and both her sons were clad,
She named Revenge, and Rape and Murder they,
To undermine and know what I would say.

26
I fed their foolish veins a certain space,
Until my friends and I did find a place,
Where both her sons unto a post were bound,
Where just revenge in cruel sort was found.

27
I cut their throats, my daughter held the pan
Betwixt the stumps, wherein their blood then ran;
And then I ground their bones to powder small,
And made a paste for pies straight therewithal.

28
Then with their flesh I made two mighty pies,
And at a banquet served in stately wise
Before the Empress set this loathsome meat,
So of her sons' own flesh she well did eat.

29
Myself bereaved my daughter then of life;
The Empress then I slew with bloody knife,
And stabbed the Emperor immediately,
And then myself, even so did Titus die.

30
Then this revenge against their Moor was found:
Alive they set him half into the ground,
Whereas he stood until such time he starved;
And so God send all murderers may be served.


From Richard Johnson's The Golden Garland of Princely Pleasures, printed in 1620

jueves, 16 de junio de 2011

The virgin is a lovely number


No matter what life you lead
the virgin is a lovely number:
cheeks as fragile as cigarette paper,
arms and legs made of Limoges,
lips like Vin Du Rhône,
rolling her china-blue doll eyes
open and shut.
Open to say,
Good Day Mama,
and shut for the thrust
of the unicorn.
She is unsoiled.
She is as white as a bonefish.
Once there was a lovely virgin
called Snow White.
Say she was thirteen.
Her stepmother,
a beauty in her own right,
though eaten, of course, by age,
would hear of no beauty surpassing her own.
Beauty is a simple passion,
but, oh my friends, in the end
you will dance the fire dance in iron shoes.
The stepmother had a mirror to which she referred
something like the weather forecast—
a mirror that proclaimed
the one beauty of the land.
She would ask,
Looking glass upon the wall,
who is fairest of us all?
And the mirror would reply,
You are fairest of us all.
Pride pumped in her like poison.
Suddenly one day the mirror replied,
Queen, you are full fair, 'tis true,
but Snow White is fairer than you.
Until that moment Snow White
had been no more important
than a dust mouse under the bed.
But now the queen saw brown spots on her hand
and four whiskers over her lip
so she condemned Snow White
to be hacked to death.
Bring me her heart, she said to the hunter,
and I will salt it and eat it.
The hunter, however, let his prisoner go
and brought a boar's heart back to the castle.
The queen chewed it up like a cube steak.
Now I am fairest, she said,
lapping her slim white fingers.
Snow White walked in the wildwood
for weeks and weeks.
At each turn there were twenty doorways
and at each stood a hungry wolf,
his tongue lolling out like a worm.
The birds called out lewdly,
talking like pink parrots,
and the snakes hung down in loops,
each a noose for her sweet white neck.
On the seventh week
she came to the seventh mountain
and there she found the dwarf house.
It was as droll as a honeymoon cottage
and completely equipped with
seven beds, seven chairs, seven forks
and seven chamber pots.
Snow White ate seven chicken livers
and lay down, at last, to sleep.
The dwarfs, those little hot dogs,
walked three times around Snow White,
the sleeping virgin. They were wise
and wattled like small czars.
Yes. It's a good omen,
they said, and will bring us luck.
They stood on tiptoes to watch
Snow White wake up. She told them
about the mirror and the killer-queen
and they asked her to stay and keep house.
Beware of your stepmother,
they said.
Soon she will know you are here.
While we are away in the mines
during the day, you must not
open the door.
Looking glass upon the wall . . .
The mirror told
and so the queen dressed herself in rags
and went out like a peddler to trap Snow White.
She went across seven mountains.
She came to the dwarf house
and Snow White opened the door
and bought a bit of lacing.
The queen fastened it tighdy
around her bodice,
as tight as an Ace bandage,
so tight that Snow White swooned.
She lay on the floor, a plucked daisy.
When the dwarfs came home they undid the lace
and she revived miraculously.
She was as full of life as soda pop.
Beware of your stepmother,
they said.
She will try once more.
Looking glass upon the wall . . .
Once more the mirror told
and once more the queen dressed in rags
and once more Snow White opened the door.
This time she bought a poison comb,
a curved eight-inch scorpion,
and put it in her hair and swooned again.
The dwarfs returned and took out the comb
and she revived miraculously.
She opened her eyes as wide as Orphan Annie.
Beware, beware, they said,
but the mirror told,
the queen came,
Snow White, the dumb bunny,
opened the door
and she bit into a poison apple
and fell down for the final time.
When the dwarfs returned
they undid her bodice,
they looked for a comb,
but it did no good.
Though they washed her with wine
and rubbed her with butter
it was to no avail.
She lay as still as a gold piece.
The seven dwarfs could not bring themselves
to bury her in the black ground
so they made a glass coffin
and set it upon the seventh mountain
so that all who passed by
could peek in upon her beauty.
A prince came one June day
and would not budge.
He stayed so long his hair turned green
and still he would not leave.
The dwarfs took pity upon him
and gave him the glass Snow W h i t e -
its doll's eyes shut forever—
to keep in his far-off castle.
As the prince's men carried the coffin
they stumbled and dropped it
and the chunk of apple flew out
of her throat and she woke up miraculously.
And thus Snow White became the prince's bride.
The wicked queen was invited to the wedding feast
and when she arrived there were
red-hot iron shoes,
in the manner of red-hot roller skates,
clamped upon her feet.
First your toes will smoke
and then your heels will turn black
and you will fry upward like a frog,
she was told.
And so she danced until she was dead,
a subterranean figure,
her tongue flicking in and out
like a gas jet.
Meanwhile Snow White held court,
rolling her china-blue doll eyes open and shut
and sometimes referring to her mirror
as women do.




ANNE SEXTON
Snow White and the Seven Dwarfs

jueves, 2 de junio de 2011

Les femmes à barbe




La femme à barbe



Quand le vilain paillasse eut fini sa parade,
J’entrai. Je vis alors debout sur une estrade
Une fille très grande en de pompeux atours
Que des gouttes de suif tachait comme des larmes.
Roide ainsi qu’un soldat qui présente les armes,
Elle avait le nez fort et courbé des vautours.
Elle était pourtant jeune – une barbe imposante
Lui couvrait le menton, noire, épaisse et luisante.
L’étonnement me prit, puis je voulus savoir !
Je l’invitai d’abord à dîner pour le soir.
Elle y vint, elle était habillée en jeune homme !
Un frisson singulier me courut sur la peau ;
La fille était fort laide et cet homme assez beau.


Moi, je m’assis en face un peu timide, et comme
Si j’allais me livrer à quelques accouplements
Monstrueux… Je sentais venir par moment,
Regardant cette fille aux formes masculines,
Un besoin tout nouveau de choses libertines,
Des curiosités de plaisirs que l’on tait,
Et des frissons de femme à l’approche du mâle.
J’avais la gorge aride et mon cœur palpitait ;
Je me vis dans la glace et me trouvai très pâle ;
Ces malsaines ardeurs me troublaient malgré moi.
Elle but comme un homme et se grisa de même ;
Et puis jetant ses bras à mon cou – Viens, je t’aime,
Mon gros chéri, dit-elle, allons-nous en chez toi.


À peine fûmes-nous arrivés dans ma chambre,
Elle ouvrit ma culotte et caressa mon membre,
Puis se déshabilla très vite. Deux boutons
D’une chair noire et sèche indiquait ses tétons.
Elle était jaune, maigre, efflanquée et très haute.
Sa carcasse montrait les creux de chaque côte.
Pas de seins, pas de ventre – un homme, avec un trou.
Quand j’aperçus cela je me dressai debout ;
Mais elle m’étreignit sur sa poitrine nue,
Elle me terrassa d’une force inconnue,
Me jeta sur le dos d’un mouvement brutal,
M’enfourcha tout à coup comme on fait un cheval,
Et dans son vagin sec elle enserra ma pine.


Sa grande barbe noire ombrageait sa poitrine ;
Son masque grimaçait d’une étrange façon ;
Et je crus que j’étais baisé par un garçon !…


Rapide, l’œil brillant, acharnée et féroce,
Elle allait, elle allait, me secouant très fort.
Elle m’inocula sa jouissance atroce
Qui me crispa les os comme un spasme de mort ;
Et puis tordue, avec des bonds d’épileptique,
Sur ma bouche colla sa gueule de sapeur
D’où je sentis venir une chaude vapeur
De genièvre, mêlée au parfum d’une chique.
Pâmée, elle frottait sa barbe sur mon cou,
Puis soudain redressant sa grande échine maigre,
Elle se releva, disant d’une voix aigre,
- Nom de Dieu, que je viens de tirer un bon coup !


Guy de Maupassant
in Parnasse Satyrique




La femme à barbe



Entrez dans mon établissement
Vous n'trouverez pas dans toute la foire
Un phénomène plus surprenant
Que c'te barbe qui fait ma gloire
Vous pouvez toucher n'craignez rien
Ça n'vous restera pas dans la main
Touchez voyez qu'c'est pas des frimes
Et ça n'vous coûte que dix centimes

{Refrain:}
Entrez bonnes d'enfants et soldats
Tâchez moyen d'faire ployer c'bras
On ferait plutôt ployer un arb'
C'est moi qu'je suis la femme à barbe
C'est moi qu'je suis la femme à barbe

Quand j'vins au monde on reconnut
Que j'serais l'honneur de la famille
Jusqu'ici l'on n'avait pas vu
De barbe au menton d'une fille
En m'gratifiant de c't agrément
L'ciel m'a fait un fier boniment
Avec ça je n'suis pas feignante
J'soulève des poids d'trois cent cinquante

{au Refrain}

J'trouve qu'au sujet de c't ornement
Les hommes ont âme un peu trop fière
J'n'suis qu'une femme et cependant
Moi j'en vaux six d'mandez à Pierre
Pierre l'hercule d'en face un agneau
Qu'est jaloux d'moi comme un taureau
Aussitôt qu'un civil me lorgne
Ah nom d'un chien comme y vous l'cogne

{au Refrain}

Les sergents de la garnison
Me font parfois la galanterie
D'm'offrir un canon sans façon
Mais j'vas pas avec l'infanterie
On a d'la barbe mais d'la pudeur
J'suis une femme et pas un sapeur
J'plains celui qu'aurait l'impudence
D'pas respecter ma corpulence

{Refrain:}
Entrez bonnes d'enfants et soldats
Les hommes grêlés ne paieront pas
C'est pas d'la chair mais c'est du marb'
C'est moi qu'je suis la femme à barbe
C'est moi qu'je suis la femme à barbe



Paroles d'Elie Frébault - Musique de Paul Blaquière 1935
chantée par Mademoiselle Thérésa aux Concerts de l'Alcazar.

miércoles, 25 de mayo de 2011

La Batrachomyomachie





LA BATRAKHOMYOMAKHIE





EN commençant, et avant tout, je supplie le chœur des Muses de descendre du Hélikôn en mon esprit, à cause d’un chant que j’ai mis dans mes tablettes, récemment, sur mes genoux ; guerre immense, œuvre pleine du tumulte guerrier d’Arès, me flattant de faire entrer dans les oreilles de tous les hommes comment les Rats, combattants intrépides, se ruèrent sur les Grenouilles, imitant les travaux des Géants nés de Gaia, ainsi qu’on le rapporte parmi le mortels.

Et cette guerre eut cette origine.

Un jour, un Rat altéré, ayant échappé au péril de la Belette, trempa son tendre menton dans le marais voisin, se délectant de l’eau douce comme miel. Une babillarde se plaisant dans le marais le vit et lui dit ces paroles :

— Étranger, qui es-tu ? D’où es-tu venu vers ce rivage ? Qui est ton père ? Dis-moi vrai en toutes choses, de peur que je te prenne mentant. En effet, si je reconnais en toi un digne ami, je te conduirai dans ma demeure, et je t’offrirai de nombreux et illustres présents hospitaliers. Moi, je suis le Roi Physignathos aux joues enflées, honoré dans tout le marais, chef immuable des Grenouilles, et mon père Pèleus le fangeux, m’a engendré autrefois, s’étant uni d’amour à Hydromédousè la Reine de l’eau, sur les bords de l’Éridanos. Mais je vois que, beau et brave entre tous, tu dois être un Roi porte-sceptre et un guerrier dans les batailles. Allons ! dis-moi promptement ta race.

Et Psikharpax le voleur de miettes lui répondit et dit :

— Pourquoi m’interroger sur ma race, ami ? Elle est connue de tous les hommes, et des Dieux, et des oiseaux aériens. À la vérité, je me nomme Psikharpax le voleur de miettes, et je suis fils de Trôxartès le rongeur de pain, mon père magnanime, et ma mère, certes, est Leikomylè qui lèche les meules, fille du roi Pternotrôktès rongeur de jambon. Elle m’enfanta dans un trou et me nourrit de choses bonnes à manger, de figues, de noix, et de toute façon. Mais comment ferais-tu de moi ton ami, moi qui ne suis point ton semblable de nature? En effet, ta vie est dans les eaux, et moi j’ai coutume de ronger toute chose parmi les hommes. Le pain trois fois pétri ne m’échappe point dans la corbeille ronde, ni les galettes larges contenant beaucoup de sésame, ni le morceau de jambon, ni le foie revêtu de sa blanche tunique, ni le fromage nouveau de doux lait caillé, ni le bon gâteau de miel que désirent les Bienheureux eux-mêmes, ni aucune des choses que les cuisiniers préparent pour le repas des hommes, quand ils ornent les plats d’argile d’assaisonnements de toute sorte.

Je n’ai jamais fui non plus la clameur terrible de la guerre, et, me ruant droit dans la bataille, je me suis mêlé aux premiers combattants. Et je ne crains point l’homme, bien qu’il ait un grand corps ; mais, montant sur son lit, je mords le bout de son doigt. Et même une fois, je l’ai saisi au talon, et, quand il eut senti la douleur, aussitôt son doux sommeil fut troublé par ma morsure. À la vérité, je crains deux ennemis sur toute la terre, l’épervier et la belette, qui me causent de grands maux, et aussi la ratière lamentable où veille une destinée pleine de ruses. Mais je crains par-dessus tout la Belette, car elle est de beaucoup la plus forte, et elle entre aussi dans les trous, et elle y furette. Je ne mange ni les radis, ni les choux, ni les citrouilles, et je ne me repais point non plus du vert poireau, ni du persil. Ces choses sont votre nourriture, à vous qui vivez dans les marais.

À ces paroles, Physignathos aux joues enflées, souriant, lui répondit :

— Étranger, tu te glorifies beaucoup de ton ventre ; mais de nombreuses choses admirables à voir sont à nous, dans le marais et sur terre ; car le Kroniôn a donné en partage aux Grenouilles d’être amphibies, de sauter sur la terre et de plonger dans l’eau, et d’habiter des demeures divisées en deux éléments. Si tu veux savoir ces choses, cela est aisé. Monte sur mon dos, mais tiens-toi bien, de peur de périr ; et, de cette façon, tu parviendras, joyeux, dans ma demeure.

Il parla donc ainsi et présenta son dos, et Psikharpax le voleur de miettes monta promptement d’un saut léger, entourant de ses pattes le cou mou. Et, à la vérité, il se réjouit d’abord, quand il contempla les ports voisins, en se délectant de la natation de Physignathos aux joues enflées ; mais quand, enfin, il fut baigné par les eaux pourprées, pleurant beaucoup et se reprochant son repentir tardif, il s’arracha les poils, et il serrait ses pieds contre son ventre, et, dans sa poitrine, son cœur battait à cause de la nouveauté, et il voulait revenir à terre.

Et il gémissait profondément, par la violence de la froide peur. Et, d’abord, il étendit sa queue sur l’eau, en la remuant comme un aviron, et suppliant les Dieux, afin de revenir à terre, parce qu’il était baigné par les eaux pourprées. Et il criait beaucoup, et il dit ceci du fond de sa gorge :

Le taureau ne porta pas ainsi le fardeau d’amour, quand il mena Europè dans la Krètè, à travers les flots ! Il ne fit pas comme cette grenouille qui, sur son dos, me porte en nageant vers sa demeure, tandis qu’elle élève son corps pâle au-dessus de l’eau blanche.

Mais voici qu’un Hydre apparut soudainement, horrible apparition pour tous deux, et il dressait son cou au-dessus de l’eau. Et Physignathos aux joues enflées, l’ayant vu, plongea, ne songeant pas que son compagnon abandonné allait périr. Et, plongeant au fond du marais, il évita la noire Kèr.

Et Psikharpax le voleur de miettes, dès qu’il eut été abandonné, tomba aussitôt à la renverse dans l’eau ; et il serrait les pattes, et il criait en périssant. Et il fut souvent submergé, et il remonta souvent en battant l’eau ; mais il ne lui était pas permis d’éviter la destinée. Et ses poils, étant mouillés, pesaient sur lui plus lourdement ; et, enfin, comme il périssait, il dit ceci :

— Tu ne cacheras point par ruse, Physignathos aux joues enflées, les choses que tu as faites, en me jetant, naufragé, du haut de ton corps, comme d’une roche. Tu ne l’aurais emporté sur moi, à terre, ô très-mauvais, ni au pugilat, ni à la lutte, ni à la course ; mais, là où tu m’as aventuré, tu m’as jeté dans l’eau. Les Dieux ont un œil vengeur, et tu seras châtié par l’armée des Rats, et tu n’échapperas point. Ayant ainsi parlé, il expira dans l’eau. Et Leikhopinax qui lèche les plats, assis sur les molles rives, le vit, et il gémit terriblement, et il courut l’annoncer aux Rats.

Et dès qu’ils eurent appris sa destinée, une grande colère les saisit tous, et ils ordonnèrent à leurs hérauts de convoquer, au lever du jour, les Rats à l’agora, dans les demeures de Trôxartès le rongeur de pain, père du malheureux Psikharpax le voleur de miettes, qui, dans les marais, flottait le ventre en l’air, comme un cadavre. Et le malheureux ne flottait point près du bord, mais au milieu de cette mer. Et quand ils furent tous arrivés, en même temps que le jour, le premier, Trôxartès le rongeur de pain se leva, irrité à cause de son fils, et il fit cette harangue :

— Ô amis, bien que j’aie subi seul bien des maux de la part des Grenouilles, cette Moire mauvaise vous est faite à tous. Et je suis maintenant très-malheureux, car j’ai perdu trois fils. Et, en effet, la très-haissable Belette saisit le premier et le tua, l’ayant surpris hors du trou. Les hommes féroces ont mené l’autre à la mort, à l’aide d’une invention nouvelle, de la machine en bois pleine de ruses qu’ils nomment Ratière, perdition des Rats. Celui-ci était le troisième, aimé de moi et de sa chaste mère, et Physignathos aux joues enflées l’a étouffé, l’ayant conduit dans l’abîme. Mais, allons ! armons-nous et ruons-nous sur les Grenouilles, ayant revêtu nos corps d’armes artistement travaillées.

Ayant ainsi parlé, il les excita tous à s’armer, et Arès, à la vérité, qui songe toujours à la guerre, les fit s’armer. Et, d’abord, ils mirent autour de leurs jambes des knèmides, ayant fendu des cosses de fèves vertes, bien préparées, et qu’ils avaient eux-mêmes rongées pendant la nuit. Et ils avaient des cuirasses habilement faites de la peau d’une Belette écorchée, et ils les recouvrirent de roseaux. Et leur bouclier était le milieu bombé d’une lampe, et leur lance était une très-longue aiguille, toute d’airain, travail d’Arès, et le casque, sur leurs tempes, était une coque de noix.

Ainsi les Rats étaient debout et en armes. Et dès que les Grenouilles les eurent vus, elles sortirent de l’eau. Puis, étant venues en un seul lieu, elles s’assemblèrent pour délibérer sur la guerre mauvaise. Et tandis qu’elles examinaient d’où venaient cette levée d’armes et ce tumulte, un héraut vint à elles, portant le sceptre dans ses mains, le fils du magnanime Tyroglyphos le troueur de fromage, Embasikhytros qui trotte dans les marmites. Et il venait leur annoncer la nouvelle funeste de la guerre, et il dit ceci : — Ô Grenouilles, les Rats, vous ayant menacées, m’ont envoyé vous avertir de vous armer pour la guerre et le combat. Ils ont vu, en effet, sur l’eau, Psikharpax le voleur de miettes, qu’a tué votre Roi Physignathos aux joues enflées. Combattez maintenant, vous qui êtes les plus braves d’entre les Grenouilles. Ayant ainsi parlé, il fit son message, et sa parole, étant entrée dans les oreilles de toutes, troubla les esprits des Grenouilles insolentes.

Et, les réprimandant toutes, Physignathos aux joues enflées, se levant, dit :

— Ô amis, je n’ai point tué ce Rat, et je ne l’ai point vu périr. Sans doute il s’est noyé en jouant auprès du marais et en imitant la natation des Grenouilles ; et, maintenant, voici que, pleins de méchanceté, ceux-ci m’accusent, moi qui suis innocent. Mais, allons ! délibérons pour savoir comment nous détruirons les Rats artificieux. Et moi, je dirai d’abord ce qui me semble le plus sage. Tenons-nous tous, couverts de nos armes, sur les hauteurs du rivage, là où il est le plus escarpé ; et quand les Rats se jetteront impétueusement sur nous, chacun saisissant par le casque celui qu’il rencontrera, nous les entraînerons dans le marais avec leurs casques. Et, en effet, nous les étoufferons ainsi dans l’eau, car ils ne savent pas nager ; et, pleins de joie, nous élèverons ici un trophée à cause des Rats que nous aurons tués.

Ayant ainsi parlé, il les fit tous s’armer. Et ils entourèrent leurs jambes de feuilles de mauves, et ils avaient des cuirasses de larges et vertes poirées, et ils firent des boucliers avec des feuilles de choux, et ils avaient pour lance un long roseau pointu, et ils couvrirent leurs têtes de légères coquilles de limaçon. Et, s’étant ainsi armés, ils se tinrent debout sur la hauteur du rivage, brandissant leurs lances, et chacun étant plein de colère. Et Zeus, ayant appelé les Dieux dans l’Ouranos étoilé, leur fit voir la puissance de cette guerre, et les braves com. battants, nombreux et grands et portant de longues lances. Telle s’avançait l’armée des Centaures et des Géants.

Et, souriant doucement, il demanda qui viendrait en aide aux Grenouilles ou aux Rats affligés. Et il dit à Athènaiè :

— Ô ma fille, ne vas-tu point venir en aide aux Rats ? En effet, tous bondissent toujours à travers ton temple, se délectant de l’odeur des graisses et des restes des sacrifices.

Ainsi parla le Kronide, et Athènè lui répondit :

— Ô Père, jamais je ne viendrai en aide aux Rats affligés, car ils m’ont fait subir beaucoup de maux, rongeant mes bandelettes et nuisant à mes lampes, à cause de l’huile ; et ce qu’ils m’ont fait m’a trop mordu au cœur. Ils ont rongé mon péplos que j’avais tissé d’une trame subtile et d’un fil très-fin, et ils y ont fait des trous ; et le ravaudeur me demande beaucoup et me presse, et j’en suis irritée ; car il exige des intérêts, ce qui est affreux pour les Immortels ; et j’ai travaillé en empruntant, et je n’ai pas de quoi rendre. Mais je ne veux pas non plus venir en aide aux Grenouilles, car elles n’ont pas l’esprit sain. Récemment, revenant de la guerre, j’étais très-fatiguée et j’avais besoin de sommeil et, par leur bruit, elles ne m’ont pas laissée fermer l’œil, et je suis restée couchée tout éveillée, ayant mal à la tête, jusqu’à ce que le coq eût chanté. Allons ! ne les secourons donc point, ô Dieux, de peur qu’un d’entre nous soit blessé par un trait aigu et qu’il ait le corps percé d’une lance ou d’une épée ; car les voici ardents au combat, même quand un Dieu viendrait à leur rencontre. Mais, tous, du haut de l’Ouranos, charmons-nous en regardant le combat.

Elle parla ainsi, et tous les autres Dieux lui obéirent et se réunirent tous en un seul lieu. Et, alors, deux hérauts s’avancèrent, portant le signal du combat, et des Cousins, ayant de grandes trompettes, sonnèrent terriblement le trépignement de la mêlée ; et, de l’Ouranos, le Kronide Zeus tonna, présage de la guerre mauvaise.

Et le premier, Hypsiboas qui crie haut frappa de sa lance Leikhènôr qui lèche l’homme, debout entre les premiers combattants, dans le ventre, en plein foie. Et celui-ci tomba à la renverse, et il souilla de poussière ses poils délicats ; et il tomba avec bruit, et ses armes résonnèrent sur lui. Et, après celui-ci, Troglodytès l’habitant des trous frappa Pèléiôn le limoneux, et lui enfonça sa forte lance dans la poitrine ; et la noire mort saisit le guerrier tombé et son âme s’envola de son corps. Puis, Seutlaios le poiréen tua Embasikhytros qui trotte en marmite, d’un coup au cœur ; mais la douleur saisit Okimidès l’enfant du basilic, et il frappa Seutlaios le poiréen d’un roseau pointu. Et Artophagos le mangeur de pain frappa Polyphonos le bavard, dans le ventre, et celui-ci tomba à la renverse, et son âme s’envola de son corps. Mais Limnokharis la grâce du marais voyant périr Polyphonos, et prévenant Troglodytè s, le frappa au milieu du cou d’une pierre telle qu’une meule, et la nuit enveloppa ses yeux.

Et Leikhènôr lança contre Limnokharis la grâce du marais sa pique éclatante, et la pique, sans s’égarer, le frappa dans le foie. Dès qu’il vit cela, Krambophagos qui mange les choux, fuyant, tomba des hautes rives ; mais Leikhènôr ne cessa point de combattre et le frappa. Et Krambophagos tomba et ne se releva point, et le marais fut teint de son sang pourpré ; et il resta flottant auprès du bord, ses grasses entrailles hors du ventre. Et, sur ces mêmes rives, fut tué Tyrophagos le mangeur de fromage. Et Kalaminthios qui hante les roseaux, voyant Pternoglyphos le troueur de jambon, fut saisi de frayeur ; et, fuyant, il sauta dans le marais, après avoir jeté son bouclier. Et l’irréprochable Borborokoitès qui couche dans la fange tua Philtraios le charmant.

Et Hydrokharis la grâce de l’eau tua le roi Pternophagos le rongeur de jambon, l’ayant frappé d’un rocher sur le haut de la tête. Et sa cervelle coula par ses narines, et la terre fut souillée de sang. Et Leikhopinax qui lèche les plats, se ruant avec sa lance, tua l’irréprochable Borborokoitès, et l’obscurité enveloppa ses yeux. Alors, Prassophagos le mangeur de poireau, saisissant l’occasion, entraîna par un pied Knissodiôktès qui accourt à l’odeur de la graisse, et, le tenant par le tendon, le noya dans le marais. Mais Psikharpax le voleur de miettes, vengeant ses compagnons morts, frappa Prassophagos, comme celui-ci n’était pas encore remonté à terre ; et Prassophagos tomba devant lui, et son âme alla chez Aidès. Pèlobatès qui trotte dans la fange, l’ayant vu, lui jeta une poignée de boue à la tête, et il l’aveugla aussitôt ; mais Psikharpax, très-irrité de cela, saisissant de sa patte robuste une lourde pierre, fardeau de la terre, qui gisait dans la plaine, en frappa Pèlobatès sous les genoux ; et toute la jambe droite fut fracassée, et il tomba à la renverse dans la poussière.

Et Krangasides le fils de la vocifération, pour le défendre, revint sur Psikharpax et le frappa au milieu du ventre, et le roseau aigu s’y enfonça tout entier, et toutes les entrailles se répandirent à terre, arrachées avec la lance par une main vigoureuse. Et dès que Sitophagos le mangeur de blé l’eut vu sur les bords du fleuve, il s’éloigna du combat en boitant, car il souffrait beaucoup, et il sauta dans un fossé, afin de fuir la destinée terrible. Et Trôxartès le rongeur de pain frappa Physignathos aux joues enflées à l’extrémité du pied, et celui-ci, fuyant, sauta, affligé, dans le marais ; mais Prassaios nourri de poireau, le voyant tomber à demi inanimé, se rua parmi les premiers combattants et lança un roseau aigu ; mais il ne perça point le bouclier, et la pointe de la lance y resta.

Alors, le divin Origaniôn enfant de l’Origan, imitant Arès lui-même, frappa Trôxartès sur son casque irréprochable fait d’un morceau de marmite carrée. Et il était le seul, parmi les Grenouilles, qui combattît bravement dans la mêlée. Et les Rats se ruèrent tous sur lui ; mais, voyant cela, il ne soutint pas l’attaque de héros puissants, et il plongea dans les profondeurs du marais. Et il y avait, parmi les Rats, un seul adolescent qui l’emportait sur tous les autres en combattant de près, cher fils de l’irréprochable Artépiboulos le guetteur de pain, chef semblable à Arès lui-même, le hardi Méridarpax le voleur de portions, qui seul, entre les Rats, excellait encore en combattant. Et il s’arrêta orgueilleusement près du marais, en avant des autres, et il se vantait d’exterminer la race des belliqueuses Grenouilles. Et, certes, il l’eût fait, car sa force était grande, si le Père des hommes et des Dieux ne l’eût aussitôt deviné.

Et, alors, le Kroniôn eut pitié des Grenouilles qui périssaient, et, secouant la tête, il dit ceci : — Ô Dieux ! je vois de mes yeux une grande action. Méridarpax le voleur de portions ne m’a pas peu troublé en menaçant furieusement d’exterminer les Grenouilles auprès du marais. Envoyons très-promptement Pallas qui excite la mêlée guerrière, et Arès aussi, et ils éloigneront Méridarpax du combat, malgré sa vigueur. Le Kronide parla ainsi, mais Arès lui répondit :

— Kronide, ni la force d’Athènaiè, ni celle d’Arès, ne suffiront à préserver les Grenouilles de la destinée terrible. Allons plutôt tous à leur aide, ou bien brandis ta grande arme tueuse de Titans, très-puissante, avec laquelle tu as tué les Titans, les plus terribles de tous ; avec laquelle tu as tué autrefois Kapaneus, homme farouche, par laquelle tu as enchaîné Egkélados et dompté la race féroce des Géants ! Brandis-la, et, bien que celui-ci soit très-brave, il sera réprimé.

Il parla ainsi, et le Kronide lança la foudre fuligineuse. Et, d’abord, à la vérité, il tonna et il ébranla le grand Olympos ; puis il lança la foudre, arme terrible et tournoyante de Zeus. Et elle jaillit des mains du Roi. Et l’éclair épouvanta les Grenouilles et les Rats. Cependant, l’armée des Rats ne cessait pas de combattre, et elle n’en désirait que davantage détruire la race des belliqueuses Grenouilles ; mais, du haut de l’Olympos, le Kroniôn eut pitié des Grenouilles, et il leur envoya aussitôt des alliés. Et, soudainement, survinrent, avec des dos tels que des enclumes, et des ongles recourbés, marchant obliquement, louches, la bouche entourée de tenailles, la peau écaillée, le corps osseux, le dos large, les épaules reluisantes, les pieds tournés, les mains longues, regardant par la poitrine, il huit pattes, à deux têtes et manchots. — ceux qu’on nomme Crabes, et qui tranchèrent de leurs bouches les queues, les pieds et les pattes des Rats. Et les lances se rompaient sur eux. Et les misérables Rats, épouvantés par eux, prirent la fuite. Et voici que Hêlios tombait, et ce fut la fin de cette guerre d’un seul jour.


Attribué à Homère
puis à Pigrès d'Halicarnasse
et traduit par Leconte de Lisle

miércoles, 11 de mayo de 2011

In The Name Of Thor




XI. Þórskenningar

"What figures should be employed to periphrase the name of Thor? Thus: one should call him Son of Odin and of Jörd, Father of Magni and Módi and Thrúdr, Husband of Sif, Stepfather of Ullr, Wielder and Possessor of Mjöllnir and of the Girdle of Strength, and of Bilskirnir; Defender of Ásgard and of Midgard, Adversary and Slaver of Giants and Troll-Women, Smiter of Hrungnir, of Geirrödr and of Thrívaldi, Master of Thjálfi and Röskva, Foe of the Midgard Serpent. Foster-father of Vingnir and Hlóra. So sang Bragi the Skald:

The line of Odin's Offspring
Lay not slack on the gunwale,
When the huge ocean-serpent
Uncoiled on the sea's bottom.

Thus sang Ölvir Cut-Nose-and-Crop-Ears:

The encírcler of all regions
And Jörd's Son sought each other.

Thus sang Eilífr:

Wroth stood Röskva's Brother,
And Magni's Sire wrought bravely:
With terror Thor's staunch heart-stone
Trembled not, nor Thjálfi's.

And thus sang Eysteinn Valdason:

With glowing eyes Thrúdr's Father
Glared at the sea-road's circler,
Ere the fishes' watery dwelling
Flowed in, the boat confounding.

Eysteinn sang further:

Swiftly Sif's Husband bouned him
To haste forth with the Giants
For his hardy fishing:
Well sing we Hrímnir's horn-stream.

Again he sang:

The earth-fish tugged so fiercely
That Ullr's Kinsman's clenched fists
Were pulled out past the gunwale;
The broad planks rent asunder.

Thus sang Bragi:

The strong fiend's Terrifier
In his right hand swung his hammer,
When he saw the loathly sea-fish
That all the lands confineth.

Thus sang Gamli:

While the Lord of high Bilskirnir,
Whose heart no falsehood fashioned,
Swiftly strove to shatter
The sea-fish with his hammer.

Thus sang Thorbjörn Lady's-Skald:

Bravely Thor fought for Ásgard
And the followers of Odin.

Thus sang Bragi:

And the vast misshapen circler
Of the ship's sea-path, fierce-minded,
Stared from below in anger
At the Skull-Splitter of Hrungnir.

Again sang Bragi:

Well hast Thou, Hewer-in-Sunder
Of the nine heads of Thrívaldi,
Kept thy goats . . . .

Thus sang Eilífr:

The Merciless Destroyer
Of the people of the Giants
Grasped with ready fore-arms
At the heavy red-hot iron.

Thus sang Úlfr Uggason:

Faintly the stout-framed thickling
A fearful peril called it,
At the great draught wondrous heavy
Drawn up by the Lord of he-goats.

Thus Úlfr sang further:

The very mighty Slayer
Of the Mountain-Man brought crashing
His fist on Hymir's temple:
That was a hurt full deadly.

Yet again sang Úlfr:

Vimur's ford's Wide-Grappler
'Gainst the waves smote featly
The glittering Serpent's head off.
With old tales the hall was gleaming.

Here he is called Giant of Vimur's Ford. There is a river called Vimur, which Thor waded when he journeyed to the garth of Geirrödr.

Thus sang Vetrlidi the skald:

Thou didst break the leg of Leikn,
Didst cause to stoop Starkadr,
Didst bruise Thrívaldi,
Didst stand on lifeless Gjálp.

Thus sang Thorbjörn Lady's-Skald:

Thou didst smite the head of Keila,
Smash Kjallandi altogether,

Ere thou slewest Lútr and Leidi,
Didst spill the blood of Búseyra;
Didst hold back Hengjankjapta,
Hyrrokkin died before;
Yet sooner in like fashion
Svívör from life was taken.


Snorri Sturluson
Edda
(Skáldskaparmál)

viernes, 29 de abril de 2011

Rentrée du Pétomane






La rentrée du Pétomane

Dilettantes de la musique,
O Parisiens de Paris,
Il est rentré l’artiste unique
dont votre coeur est tout épris,

Celui qui, sans ouvrir la bouche
Assez même pour dire zut
Ou laisser passer une mouche,
Pousse cependant de tels ut ;

Bref le fin ténor frais et rose
Qui possède une telle voix
Qu’à l’instar d’une rose éclose
Il charme deux sens à la fois.

Le revoici. Longtemps vous fûtes
Très peu rassurés sur son sort :
Vous le crûtes fini ; des brutes
Pensèrent à le dire mort.

Certains le disaient en tournée
Avec Schurmann ou bien Gunsbourg,
Tantôt en nouvelle-Guinée
Et tantôt à Saint-Petersbourg ;

D’aucuns prétendaient que Silvestre
L’avait adopté pour larbin ;
D’autres qu’il était chef d’orchestre
Dans la musique à Béhanzin ;

Ceux-ci l’envoyaient vent arrière
Jouir avec tranquillité
– Après sa trop courte carrière –
D’un repos pourtant mérité.

Tous ces bruits – disons-le bien vite –
Etaient des bruits sans fondement :
Il soignait une laryngite
Dans le Midi, tout simplement.

Or, le voilà guéri, le tendre
Et délicat chanteur ; bravo !
Et ce soir l’on pourra l’entendre
Dans son répertoire nouveau.

Mais ce qui l’émeut, quoi qu’il fasse
Pour s’en défendre, croyez bien,
C’est de retrouver fesse à face
Son cher public parisien.

– J’ai longtemps parcouru le monde
(Dit-il) qui ne m’a pas compris ;
C’est ma conviction profonde
Qu’il n’est public que de Paris. –

Que le pauvre homme se rassure :
Il retrouvera cette fois
Le même succès, car je le jure
Qu’il est plus que jamais en voix.

Une chose me stupéfie
Cependant, c’est que – me dit-on –
Pendant sa longue maladie
Il est devenu baryton.

Raoul Ponchon "Le Courrier Français 20 nov. 1892"
Poème à la gloire de Joseph Pujol, dit "Le Pétomane"

martes, 29 de marzo de 2011

L`Art de Péter



"La Nature stérile en Péteurs excellents

Sçait entre les Souffleurs partager les talents.

L'un peut jusqu'à six fois décharger son tonnerre;

L'autre du premier coup peut ébranler la Terre;

Un Héros jusqu'à dix peut porter ses exploits;

Un autre parler, rire et péter à la fois,

Mais tel qui bien souvent croit être un fort grand Sire,

Méconnoît ses défauts et n^apprête qu'à rire.

Tel aux plus grands Péteurs qui veut donner des lois.

Pour se faire écouter, n'a qu'un filet de voix.

Il faut plus de vigueur et jamais de mollesse.

Aux coups les plus bruyants on mesure l'adresse

Un gros Pet est souvent la clef de la fortune,

Il faut laisser la Vesse à la foule commune.

O siècle aveugle ! O moeurs! Les talents et l'honneur

Seront donc inutiles, si l'on n'est bon Péteur.

Quelques vents que l`on fasse, ou des Pets ou des Vesses,

Qu'on ait bien soin, surtout, de desserrer les fesses.

De crainte qu'en rentrant, ce dangereux captif

Ne devienne pour vous plus gênant, plus actif

Vive un Pet bien dodu ! dit le grand Hipocrate;

Rien n'est plus sain, plus propre à dilater la rate.

N*oubliez donc jamais, vous apprentis Péteurs,

Qu'un seul Pet étranglé peut causer des vapeurs.

Pétons tous à notre aise et sans perdre courage.

Ne croyons pas aux ne^ faire le moindre outrage.

L`oreille est pour entendre et le nez pour sentir;

Qui n'aime pas les Pets est prié de sortir;

Voulez vous du public mériter le suffrage

Il faut que votre cul varie son langage;

Qu´il imite la Flûte et tantôt le Basson,

Que tantôt avec l'Orgue il soit à l'unisson.

Un Péteur trop égal et toujours uniforme

En vain frappe l'oreille, il faut qu'il nous endorme.

On goûte peu ces Pets qui, bien loin d'égayer.

Etant sur le même air, ne peuvent qu'ennuyer.

Il faut donc qu´en tout temps musicien habile

Vous changiez votre ton soit aux champs, soit en ville.

Heureux! qui dans ses Pets d'une course légère

Sait quelquefois passer du plus doux au sévère.

Son derrière chéri de tous les Connaisseurs

Est souvent en public entouré d'Auditeurs;

Mais lorsque vous péte, éviter la bassesse.

Et qu'on puisse toujours admirer votre adresse.

Il est un heureux choix de Pets harmonieux;

Fuyez des mauvais sons le concours odieux.

Le Pet le mieux rempli, fût-il une merveille.

Ne me plaira Jamais^ s'il choque mon oreille.

Prenez garde, surtout^ qu'en cherchant à primer,

Votre orgueil, tôt ou tard^ ne vous fasse blâmer.

La plupart emportés d'une ardeur insensée.

Sans s'être préparés font partir la fusée

Ils croiroient perdre tout Péteurs impétueux,

S'ils pensoient que quelqu'autre ait pu péter comme eux.

Attende^ pour péter que la Nature sage

Dans son laboratoire ait formé son ouvrage.

Il faut que chaque Pet y soit mis en son lieu;

Que le plus gros, surtout y soit toujours au milieu

Et que les plus petits, préparant la carrière

Entrouvrent aux plus forts la porte de derrière.

Ce n'est pas qu'en pétant il faille régner ;

Un Pet fait simplement n'est pas à condamner,

J`aime un bon Pet qui part d'un derrière rustique;

Celui d^un Duc et Pair me donne la colique.

Vous verrez rarement au sein de la Grandeur,

Et surtout à la Cour, un habile Péteur.

Méfiez-vous d'un vent qui glisse d'une Jupe;

De ce foible avorton ne soyez pas la dupe.

Quelque soit son odeur, s'il ne retentit pas

Mon nez trop délicat n'y trouve aucun appas.

Il faut pour mon oreille une explosion forte;

A toute autre musique elle ferme la porte.

Mais J'entends du beau sexe un Partisan zélé

Prendre aussitôt en main le droit de l`offensé.

Ah! Monsieur, pour ce Pet, je vous demande grâce.

Me dit'il avec feu; si la note est trop basse,

Que du moins attendri par sa puante odeur,

Votre inflexible nez relâche sa rigueur.

Mais moi, toujours constant à ne me point dédire

Je soutiens que ce Pet ne vaut pas qu'on l'admire:

Consultons, si l'on veut sans faire aucun fracas,

Quelque Docteur instruit, qui décide le cas.

Mais sans aller si loin un grave Apothicaire,

La seringue à la main peut juger notre affaire

Maître de tous les culs dont les Pets sont à lui

Il peut gloser sur eux comme sur leur étui.

Pour moiy je continue et sans perdre courage

Je vais sur le métier remettre mon ouvrage.

Et vous Jeunes Péteurs^ sans faire de façons

Ecoutez de mon cul les utiles leçons:

Je dis donc qu'à péter si l`esprit s'évertue,

Le derrière à souffler aisément s'habitue... "


ANONYME
A Pordè-polis, Au siège de la Société des Francs-Péteurs, 1783.



PS les images ne correspondent pas a l`édition de cet étrange anonyme mais bien au célebre Art de Péter de Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut
(Florent-Q., rue Pet-en-Gueule, au Soufflet, Westphalie, 1751)
qu`on retrouvera un de ces quatre sur notre Miscelanea

sábado, 19 de marzo de 2011

O délicat con d'Irène




O délicat con d'Irène


C’est ici que tu es à ton aise, homme enfin digne de ton nom, c’est ici que tu te retrouves à l’échelle de tes désirs. Ce lieu, ne crains pas d’en approcher ta figure, et déjà ta langue, la bavarde, ne tient plus en place, ce lieu de délice et d’ombre, ce patio d’ardeur, dans ses limites nacrées, la belle image du pessimisme.
Ô fente, fente humide et douce, cher abîme vertigineux.

C'est dans ce sillage humain que les navires enfin perdus, leur machinerie désormais inutilisable, revenant à l'enfance des voyages, dressent à un mât de fortune la voilure du désespoir. Entre les poils frisés comme la chair est belle sous cette broderie bien partagée par la hache amoureuse, amoureusement la peau apparaît pure, écumeuse, lactée. Et les plis joints d'abord des grandes lèvres bâillent. Charmantes lèvres, votre bouche est pareille à celle d'un visage qui se penche sur un dormeur, non pas transverse et parallèle à toutes les bouches du monde, mais fine et longue, et cruciale aux lèvres parleuses qui la tentent dans leur silence, prête à un long baiser ponctuel, lèvres adorables qui avez su donner aux baisers un sens nouveau et terrible, un sens à jamais perverti.

Que j'aime voir un con rebondir.

Comme il se tend vers nos yeux, comme il bombe, attirant et gonflé, avec sa chevelure d’où sort, pareil aux trois déesses nues au-dessus des arbres du Mont Ida, l’éclat incomparable du ventre et des deux cuisses. Touchez mais touchez donc vous ne sauriez faire un meilleur emploi de vos mains. Touchez ce sourire voluptueux, dessinez de vos doigts l’hiatus ravissant. Là que vos deux paumes immobiles, vos phalanges éprises à cette courbe avancée se joignent vers le point le plus dur, le meilleur, qui soulève l’ogive sainte à son sommet, ô mon église. Ne bougez plus, restez, et maintenant avec deux pouces caresseurs, profitez de la bonne volonté de cette enfant lassée, enfoncez, avec vos deux pouces caresseurs écartez doucement, plus doucement, les belles lèvres, avec vos deux pouces caresseurs, vos deux pouces. Et maintenant, salut à toi, palais rose, écrin pâle, alcôve un peu défaite par la joie grave de l’amour, vulve dans son ampleur à l’instant apparue. Sous le satin griffé de l’aurore, la couleur de l’été quand on ferme les yeux.

Ce n´est pas pour rien, ni hasard ni préméditation, mais par ce BONHEUR d´expression qui est pareil à la jouissance, à la chute, à l´abolition de l´être au milieu du goutre lâché, que ces petites soeurs des grandes lèvres ont reçu comme une bénédiction céleste le nom de nymphes qui leur va comme un gant. Nymphes au bord des vasques, au coeur des eaux jaillissantes nymphes dont l’incarnat se joue à la margelle d’ombre, plus variables que le vent, à peine une ondulation gracieuse chez Irène, et chez mille autres mille effets découpés, déchirés, dentelles de l’amour, nymphes qui vous joignez sur un noeud de plaisir, et c’est le bouton adorable qui frémit du regard qui se pose sur lui, le bouton que j’effleure à peine que tout change. Et le ciel devient pur, et le corps est plus blanc. Manions-le, cet avertisseur d’incendie.

Déjà une fine sueur perle la chair à l’horizon de mes désirs. Déjà les caravanes du spasme apparaissent dans le lointain des sables. Ils ont marché, ces voyageurs, portant la poudre en poire, et les pacotilles dans des caisses aux clous rouillés, depuis les villes des terrasses et les longs chemins d’eaux qu’endiguent les docks noirs. Ils ont dépassé les montagnes. Les voici dans leurs manteaux rayés. Voyageurs, voyageurs, votre douce fatigue est pareille à la nuit. Les chameaux les suivent, porteurs de denrées. Le guide agite son bâton, et le simoun se lève de terre, Irène se souvient soudain de l’ouragan. Le mirage apparaît, et ses belles fontaines... Le mirage est assis tout nu dans le vent pur. Beau mirage membré comme un marteau-pilon. Beau mirage de l’homme entrant dans la moniche. Beau mirage de source et de fruits lourds fondant. Voici les voyageurs fous à frotter leurs lèvres. Irène est comme une arche au-dessus de la mer. Je n’ai pas bu depuis cent jours, et les soupirs me désaltèrent. Han, han. Ire appelle son amant. Son amant qui bande à distance. Han, han. Irène agonise et se tord. Il bande comme un dieu au-dessus de l’abîme. Elle bouge, il la fuit, elle bouge et se tend. Han. L’oasis se penche avec ses hautes palmes. Voyageurs vos burnous tournent dans les sablons. Irène à se briser halète. Il la contemple. Le con est embué par l’attente du vit. Sur le chott illusoire, une ombre de gazelle...

Enfer que tes damnés se branlent, Irène a déchargé.


Louis Aragon

viernes, 18 de marzo de 2011

La langue des rossignols



« Le docteur Jean-Mathieu Bechstein, célèbre naturaliste et grand chasseur (1757-1811), a laissé vingt-cinq ouvrages, tous relatifs à l'histoire naturelle, aux diverses espèces de chasse et à l'administration des forêts. Il s'était surtout livré à l'ornithologie, et avait fait une étude particulière des moeurs et du langage des oiseaux. On pense bien que le rossignol ne devait pas y être oublié.

Figurez-vous donc le gentil animal, perché sur sa branche, levant la tête, ouvrant le bec et dégoisant ainsi la kyrielle de ses sons ravissants:

Tiouou, tiouou, tiouou, tiouou,
Shpe tiou tokoua,
Tio, tio, tio, tio,
Kououtiou, kououtiou, kououtiou, kououtiou;
Tskouo, tskouo ; tskouo, tskouo;
Tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii,tsii,tsii, tsii.
Kouorror, tiou.
Tskoua pipitskouisi. Tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tsirrhading!
Tsisi si tosi si si si si si si si,
Tsorre, tsorre, tsorre, tsorrehi;
Tsatn tsatn tsatn tsatn tsatn tsatn tsatn tsi.
Db db db dia db db db db db
Kouioo trrrrrrrrritzt.
Lu lu lu ly ly ly lî lî lî, lî,
Kouio didl li loulyli.
Ha guour guour koiii kouio!
Kouio kououi kououi kououi koui koui
koui koui, ghi ghi ghi;
Oholi gholl gholl gholl ghîa hududoi.
Koui koui horr ha dia dia dillhi.
Hats hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets.
Touarrho hostehoi ;
Kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouiati;
Koui koui koui io io io io io io io koui
Lu lyle lolo didi io kouia.
Hihuai guai guay guia guia guia guia guia kouior tsio tsiopi

Voilà le texte pur de la langue des rossignols ; on ne sera peut-être pas fâché d'en avoir la traduction française, telle que nous l'a donnée un homme de beaucoup d'esprit. Feu M. Dupont de Nemours, membre de l'Institut, a ainsi rendu ce morceau ou partie de morceau, dans notre idiome:

Dors, dors, dors, dors, ma douce amie
Amie, amie,
Amie, amie,
Si belle et si chérie:
Dors en aimant,
Dors en couvrant,
Ma belle amie,
Nos jolis enfants,
Nosjolls, jolis, jolis, jolis, jolis,
Si jolis, si jolis, si jolis
Petits enfants.
(Un silence.)
Mon amie,
Ma belle amie,
A l'amour,
A l'amour ils doivent la vie;
A tes soins ils devront le jour.
Dors, dors, dors, dors, ma douce amie,
Auprès de toi veille l'amour,
L ‘amour,
Auprès de toi veille l'amour.

[...] Cet estimable écrivain ne s'est pas exclusivement occupé du chant du rossignol, il a encore cherché à comprendre et à traduire la langue d'autres oiseaux et même de quelques autres animaux. Quoique ces opinions soient très hasardées, elles peuvent cependant fixer l'attention sur une foule de faits curieux, car il est certain que les animaux vivant en société ou en famille doivent avoir quelques moyens de s'entendre et de se communiquer leurs idées.

C'est une erreur, selon cet observateur, de croire queles oiseaux répètent toujours le même son ; il assure que le croassement des corbeaux ne comprend pas moins de vingt-cinq mots différents que voici:

Cra, cre, cro, cron, cronon.
Grass, grçss, gross, gronss, grononess.
Crac, crea, crac, crona, groness.
Crao, creo, croc, crone, gronass.
Craon, creo, croo, crono, gronoss.

"Si nous pensons, continue l'auteur, qu'avec nos dix chiffres arabes, qui sont dix lettres, dix mots, en les combinant deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, on forme les chiffres diplomatiques de 100, de 1000, de 10... caractères, ou de plus de mots que n'en a aucune langue connue, on aura moins de peine à comprendre que les corbeaux puissent se communiquer leurs idées. Leurs vingt cinq mots suffisent bien pour exprimer : Là, ici, droite, gauche, en avant, halte, pâturez, garde à vous, l'homme armé, froid, chaud, partir, je t'aime, moi de même, un nid, et une dizaine d'autres qu'ils ont à se donner selon leurs besoins."

Passant des oiseaux aux quadrupèdes, l'auteur dit:
"Le chien n'emploie que des voyelles, et quelquefois, mais seulement dans la colère, les deux consonnes g et z. Le chat emploie les mêmes voyelles que le chien, et de plus six consonnes, m, n, g, r, y, f." »


(G. P. PHILIMNESTE, Le Livre des singularités, 1841.)