viernes, 25 de febrero de 2011

Manger les pieds, manger les seins




"L'intérêt porté sur les pieds en tant que substitut de l'organe masculin a réveillé également sa conscience féminine. Le moi prend une attitude passive féminine vis-à-vis du sur- moi et de même qu'il exerce une action sadique contre la verge
qu'il anesthésie, il exerce une action sadique sur les zones féminines érotisées, Lorsque son moi s'identifie avec sa partie féminine , il devient masochiste, « Le contact du pied avec quelque chose 'de rugueux ou de poussiéreux m'excite toujours », Il aime l'idée des cailloux ou des morceaux de bois qui entrent dans la plante du pied nu. a Les pieds sont comme des femmes qu'il faut traîner dans la boue ». Un autre jour il dit : « Je vois souvent des femmes nues, exhibées attachées ; leur souffrance est plus morale que physique. L'excitation provient alors de l'idée de violer leur pudeur. Le besoin de réagir contre la pudeur des sexes m'oblige à aimer l'exhibition de la femme ».

Il semble que Robert éprouve de la jouissance à être féminisé. De même que l`éjaculation se produit quand il a désinvesti ses organes génitaux de toute libido pour en investir au contraire le reste de son corps, de même l'idée de privation est
essentielle dans le fétichisme de ses pieds, pour qu'il puisse arriver à une jouissance.

« Pour que la privation m'excite, dît-il, il faut, qu'elle soit constante, naturelle et partielle. Les femmes nues hindoues ne m'impressionnent pas. Elles sont trop nues, il n'y a pas privation d'une partie spéciale. Mes sœurs, au contraire,
étaient privées de façon permanente (d'un pénis). Les pieds nus : des gravures du xviri* siècle m'impressionnent parce qu'il y a privation constante et partielle. C'est l'idée de cette privation qui me fait jouir ». Un autre jour, il dit : « J'ai aussi eu l'idée que le membre viril était de trop, qu'il serait plus commode de ne pas avoir de sexualité* J'ai vu un prêtre hindou qui s'était châtré », Ou une autre fois : « J'ai considéré que l`idéal était de ne pas avoir d'organes génitaux, alors ils ont repoussé partout. Le transfert sur les pieds s'est fait parce que j'espérais devenir comme mes sœurs », « .«.Mes organes me paraissent surajoutés, colles après coup », « >,,Ma verge éveille toujours une idée féminine* Quand je pense à ma verge, je me dis toujours « ça » ou « elle », Mes pieds et ma tête sont féminins, ma jambe est quelque chose de masculin ».

L'idée de l`identification avec la femme devient encore plus explicite dans cette association : « L'homme nus -pieds ne m'excite que rarement parce qu'il est fort et qu'il peut repousser les cailloux ». Il ne faut pas oublier que dans le monstre
il y a une équivalence entre les pieds et les seins et qu'une partie du sadisme dirigé contre les pieds est aussi dirigée contre les seins. Parfois Robert a des envies de faire mal aux seins de sa femme, de les mordre ou des les arracher. Il a
aussi le désir de voir les seins nus des femmes, mais leur vue l'excite moins que celle des pieds. Même pour la plante du pied se manifeste l'ambivalence- hermaphrodite.

« Enfant, dit-il, j'avais cette idée que l'homme avait trois jambes tandis que la femme n'en avait que deux. Il se pourrait bien que j'aie identifié la jambe au pénis et la plante du pied au gland, La plante du pied est la seule partie cachée
chez certains nègres »...

De même, il dira une autre fois : « Le gland _ éveille chez moi quelque chose de féminin- Ça a la forme d'un petit pain fendu en deux. C'est comme les grandes lèvres d'une petite fille. Souvenir infantile de mes sœurs ».

Par cette analogie de la plante du pied et du gland, nous entrons plus avant dans l'idée de masturbation.

" Je me demande, dit-il si les idées de masturbation ne sont pas chez moi des formes de castration. Il y a l'idée d'user la verge, de la broyer jusqu'à ce qu'elle disparaisse et ces mêmes idées je les ai pour mes pieds. Mettre la verge entre
les orteils est peut-être un transfert pour la mettre entre les doigts, ce qui était défendu. C'est une masturbation refoulée et déplacée ».

« Quand je suis pieds nus, je cherche un équilibre entre un terrain dur et un terrain mou, entre l'usure et l'endurcissement, entre la masturbation et la castration. »

Les pulsions sadiques dirigées contre le pied nous apportent aussi un reflet de la phase anale. Le pied est non seulement un déplacement du pénis , mais encore de la colonne fécale. « J'ai essayé de me meurtrir les pieds," de les fustiger
avec des baguettes. À ce moment je considérais que le pied ne m appartenait plus. Mais ce qui me 'frappe, c'est, que le pied lui-même ne m'excite pas tant, ce sont plutôt les circonstances qui amènent l'excitation -Les pieds ne m'intéressent que parce qu'ils sortent de quelque chose, d'une marge, d'une limite* Ça fait penser à l'avarice, ce qui est au-delà de la limite ne m'appartient plus ». « La limite de la jupe, c'est la limite de castration. L'acte de châtrer est sadique ; il doit se faire au-delà d'une certaine limite. Les pieds nus sortant d'un pantalon ne m'impressionnent guère. La jupe qui marque les jambes et qui a l'air de les relier l'une à l'autre a dû jouer un rôle énorme, elle a l'air de quelque chose de simple, quand on l'enlève on est en face d'une dualité. Et puis la fente remonte plus haut qu'on ne croit ».

« J'ai eu le fantasme de manger les pieds, manger les seins> Longtemps j'ai cru que le sein représentait l'organe féminin. Je Sens que tout ce sadisme est primitivement dirigé contre ma mère. J'avais vu ses jambes et sa poitrine mais je n'avais
pas vu la ceinture. J'étais eu colère contre les parties que' je voyais, que j'aurais voulu détruire pour voir le reste ».

Cette tendance à investir d'une libido sadique anale tous les symboles génitaux, semble s'être développée vers 6 ans, Tandis qu'à 13 ans Robert réprimait tant qu'il pouvait sa sexualité et qu'il était devenu très pudibond, à 16 ans il devient grossier et prend plaisir à dire et faire toutes sortes de saletés. Il lit les ouvrages de Rabelais, essaie de dégoûter ; les gens qui mangent, devient colérique et agressif. Il s'intéresse à ses défécations. Vers 18 ans, la sphère anale ayant
été par trop érotisée, il va lutter contre elle et en employant les mêmes procédés que dans sa lutte contre l'onanisme. Au lieu de déféquer en se penchant en avant, il se penche en arrière et se raidit tant qu'il peut.

«Quand il y a un morceau de matière qui sort de l'anus, il y "a une raison de tendre sa musculature. C'est un peu cela qui se passe avec la marge de perversion ».

Déjà dans l'enfance il s'est établi un rapport entre le pied et les fantaisies anales ;

« Quand j'avais huit ans, j'ai passé huit jours dans un pensionnat de jeunes filles. Biles se baignaient souvent et j'avais vu que chez quelques-unes la plante des pieds était jaunie. Ça m'avait un peu dégoûté. J'avais rapproché cela de la mort, de la mortification. Cette mortification est liée à l`onanisme, elle n'est pas seulement une idée péjorative, elle est liée à l'ascétisme », ,

De toutes ces associations nous pouvons tirer quelques conclusions importantes. Tout d'abord, nous trouvons ici une confirmation éclatante de la théorie de Freud que le fétiche -est un reste de l'idée infantile que la mère possède aussi un
pénis (voir Freud : Fétichisme).

Dans le traumatisme initial, Robert n`a pas pu voir le pénis /de sa mère, mais nous avons déjà dit qu*il est probable qu'il a vu sa jambe et celle-ci a été homologuée au pénis supposé. De même plus tard, lorsqu'il vit sa mère nue jusqu'à la cein-
ture, faire sa toilette devant lui, il a pris les seins pour l'équivalent du membre viril.

L`idée que le père dans l'acte châtrait la mère a éveillé chez Robert le désir de détruire la jambe ou le sein qui dépassait le jupon ou la taille. D'où ce sadisme précoce qui ensuite s`est retourné contre son fétiche. Enfin dans de multiples
fantaisies que nous n'avons pas toutes citées et sur lesquelles nous reviendrons plus loin, Robert veut manger son fétiche pour pouvoir le détruire. Nous voyons par différentes associations précédentes la castration opérée de façon anale et le
plaisir sadique à anéantir le substitut du pénis supposé de sa mère.

Réduire l'organe de la mère (auquel s'est probablement associée l'idée de l'organe du père) à des matières fécales, à un membre mort, voilà le désir de Robert , mais ce vœu sadique ne peut s'accomplir sans la punition du surmoi qui impose une attitude de tension à la défécation et une autocastration. Les sentiments de culpabilité associés à cette fantaisie provoquent également une constipation chronique avec céphalée..."

Fragments d`analyse d`un pervers sexuel
REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 1929

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