miércoles, 25 de mayo de 2011

La Batrachomyomachie





LA BATRAKHOMYOMAKHIE





EN commençant, et avant tout, je supplie le chœur des Muses de descendre du Hélikôn en mon esprit, à cause d’un chant que j’ai mis dans mes tablettes, récemment, sur mes genoux ; guerre immense, œuvre pleine du tumulte guerrier d’Arès, me flattant de faire entrer dans les oreilles de tous les hommes comment les Rats, combattants intrépides, se ruèrent sur les Grenouilles, imitant les travaux des Géants nés de Gaia, ainsi qu’on le rapporte parmi le mortels.

Et cette guerre eut cette origine.

Un jour, un Rat altéré, ayant échappé au péril de la Belette, trempa son tendre menton dans le marais voisin, se délectant de l’eau douce comme miel. Une babillarde se plaisant dans le marais le vit et lui dit ces paroles :

— Étranger, qui es-tu ? D’où es-tu venu vers ce rivage ? Qui est ton père ? Dis-moi vrai en toutes choses, de peur que je te prenne mentant. En effet, si je reconnais en toi un digne ami, je te conduirai dans ma demeure, et je t’offrirai de nombreux et illustres présents hospitaliers. Moi, je suis le Roi Physignathos aux joues enflées, honoré dans tout le marais, chef immuable des Grenouilles, et mon père Pèleus le fangeux, m’a engendré autrefois, s’étant uni d’amour à Hydromédousè la Reine de l’eau, sur les bords de l’Éridanos. Mais je vois que, beau et brave entre tous, tu dois être un Roi porte-sceptre et un guerrier dans les batailles. Allons ! dis-moi promptement ta race.

Et Psikharpax le voleur de miettes lui répondit et dit :

— Pourquoi m’interroger sur ma race, ami ? Elle est connue de tous les hommes, et des Dieux, et des oiseaux aériens. À la vérité, je me nomme Psikharpax le voleur de miettes, et je suis fils de Trôxartès le rongeur de pain, mon père magnanime, et ma mère, certes, est Leikomylè qui lèche les meules, fille du roi Pternotrôktès rongeur de jambon. Elle m’enfanta dans un trou et me nourrit de choses bonnes à manger, de figues, de noix, et de toute façon. Mais comment ferais-tu de moi ton ami, moi qui ne suis point ton semblable de nature? En effet, ta vie est dans les eaux, et moi j’ai coutume de ronger toute chose parmi les hommes. Le pain trois fois pétri ne m’échappe point dans la corbeille ronde, ni les galettes larges contenant beaucoup de sésame, ni le morceau de jambon, ni le foie revêtu de sa blanche tunique, ni le fromage nouveau de doux lait caillé, ni le bon gâteau de miel que désirent les Bienheureux eux-mêmes, ni aucune des choses que les cuisiniers préparent pour le repas des hommes, quand ils ornent les plats d’argile d’assaisonnements de toute sorte.

Je n’ai jamais fui non plus la clameur terrible de la guerre, et, me ruant droit dans la bataille, je me suis mêlé aux premiers combattants. Et je ne crains point l’homme, bien qu’il ait un grand corps ; mais, montant sur son lit, je mords le bout de son doigt. Et même une fois, je l’ai saisi au talon, et, quand il eut senti la douleur, aussitôt son doux sommeil fut troublé par ma morsure. À la vérité, je crains deux ennemis sur toute la terre, l’épervier et la belette, qui me causent de grands maux, et aussi la ratière lamentable où veille une destinée pleine de ruses. Mais je crains par-dessus tout la Belette, car elle est de beaucoup la plus forte, et elle entre aussi dans les trous, et elle y furette. Je ne mange ni les radis, ni les choux, ni les citrouilles, et je ne me repais point non plus du vert poireau, ni du persil. Ces choses sont votre nourriture, à vous qui vivez dans les marais.

À ces paroles, Physignathos aux joues enflées, souriant, lui répondit :

— Étranger, tu te glorifies beaucoup de ton ventre ; mais de nombreuses choses admirables à voir sont à nous, dans le marais et sur terre ; car le Kroniôn a donné en partage aux Grenouilles d’être amphibies, de sauter sur la terre et de plonger dans l’eau, et d’habiter des demeures divisées en deux éléments. Si tu veux savoir ces choses, cela est aisé. Monte sur mon dos, mais tiens-toi bien, de peur de périr ; et, de cette façon, tu parviendras, joyeux, dans ma demeure.

Il parla donc ainsi et présenta son dos, et Psikharpax le voleur de miettes monta promptement d’un saut léger, entourant de ses pattes le cou mou. Et, à la vérité, il se réjouit d’abord, quand il contempla les ports voisins, en se délectant de la natation de Physignathos aux joues enflées ; mais quand, enfin, il fut baigné par les eaux pourprées, pleurant beaucoup et se reprochant son repentir tardif, il s’arracha les poils, et il serrait ses pieds contre son ventre, et, dans sa poitrine, son cœur battait à cause de la nouveauté, et il voulait revenir à terre.

Et il gémissait profondément, par la violence de la froide peur. Et, d’abord, il étendit sa queue sur l’eau, en la remuant comme un aviron, et suppliant les Dieux, afin de revenir à terre, parce qu’il était baigné par les eaux pourprées. Et il criait beaucoup, et il dit ceci du fond de sa gorge :

Le taureau ne porta pas ainsi le fardeau d’amour, quand il mena Europè dans la Krètè, à travers les flots ! Il ne fit pas comme cette grenouille qui, sur son dos, me porte en nageant vers sa demeure, tandis qu’elle élève son corps pâle au-dessus de l’eau blanche.

Mais voici qu’un Hydre apparut soudainement, horrible apparition pour tous deux, et il dressait son cou au-dessus de l’eau. Et Physignathos aux joues enflées, l’ayant vu, plongea, ne songeant pas que son compagnon abandonné allait périr. Et, plongeant au fond du marais, il évita la noire Kèr.

Et Psikharpax le voleur de miettes, dès qu’il eut été abandonné, tomba aussitôt à la renverse dans l’eau ; et il serrait les pattes, et il criait en périssant. Et il fut souvent submergé, et il remonta souvent en battant l’eau ; mais il ne lui était pas permis d’éviter la destinée. Et ses poils, étant mouillés, pesaient sur lui plus lourdement ; et, enfin, comme il périssait, il dit ceci :

— Tu ne cacheras point par ruse, Physignathos aux joues enflées, les choses que tu as faites, en me jetant, naufragé, du haut de ton corps, comme d’une roche. Tu ne l’aurais emporté sur moi, à terre, ô très-mauvais, ni au pugilat, ni à la lutte, ni à la course ; mais, là où tu m’as aventuré, tu m’as jeté dans l’eau. Les Dieux ont un œil vengeur, et tu seras châtié par l’armée des Rats, et tu n’échapperas point. Ayant ainsi parlé, il expira dans l’eau. Et Leikhopinax qui lèche les plats, assis sur les molles rives, le vit, et il gémit terriblement, et il courut l’annoncer aux Rats.

Et dès qu’ils eurent appris sa destinée, une grande colère les saisit tous, et ils ordonnèrent à leurs hérauts de convoquer, au lever du jour, les Rats à l’agora, dans les demeures de Trôxartès le rongeur de pain, père du malheureux Psikharpax le voleur de miettes, qui, dans les marais, flottait le ventre en l’air, comme un cadavre. Et le malheureux ne flottait point près du bord, mais au milieu de cette mer. Et quand ils furent tous arrivés, en même temps que le jour, le premier, Trôxartès le rongeur de pain se leva, irrité à cause de son fils, et il fit cette harangue :

— Ô amis, bien que j’aie subi seul bien des maux de la part des Grenouilles, cette Moire mauvaise vous est faite à tous. Et je suis maintenant très-malheureux, car j’ai perdu trois fils. Et, en effet, la très-haissable Belette saisit le premier et le tua, l’ayant surpris hors du trou. Les hommes féroces ont mené l’autre à la mort, à l’aide d’une invention nouvelle, de la machine en bois pleine de ruses qu’ils nomment Ratière, perdition des Rats. Celui-ci était le troisième, aimé de moi et de sa chaste mère, et Physignathos aux joues enflées l’a étouffé, l’ayant conduit dans l’abîme. Mais, allons ! armons-nous et ruons-nous sur les Grenouilles, ayant revêtu nos corps d’armes artistement travaillées.

Ayant ainsi parlé, il les excita tous à s’armer, et Arès, à la vérité, qui songe toujours à la guerre, les fit s’armer. Et, d’abord, ils mirent autour de leurs jambes des knèmides, ayant fendu des cosses de fèves vertes, bien préparées, et qu’ils avaient eux-mêmes rongées pendant la nuit. Et ils avaient des cuirasses habilement faites de la peau d’une Belette écorchée, et ils les recouvrirent de roseaux. Et leur bouclier était le milieu bombé d’une lampe, et leur lance était une très-longue aiguille, toute d’airain, travail d’Arès, et le casque, sur leurs tempes, était une coque de noix.

Ainsi les Rats étaient debout et en armes. Et dès que les Grenouilles les eurent vus, elles sortirent de l’eau. Puis, étant venues en un seul lieu, elles s’assemblèrent pour délibérer sur la guerre mauvaise. Et tandis qu’elles examinaient d’où venaient cette levée d’armes et ce tumulte, un héraut vint à elles, portant le sceptre dans ses mains, le fils du magnanime Tyroglyphos le troueur de fromage, Embasikhytros qui trotte dans les marmites. Et il venait leur annoncer la nouvelle funeste de la guerre, et il dit ceci : — Ô Grenouilles, les Rats, vous ayant menacées, m’ont envoyé vous avertir de vous armer pour la guerre et le combat. Ils ont vu, en effet, sur l’eau, Psikharpax le voleur de miettes, qu’a tué votre Roi Physignathos aux joues enflées. Combattez maintenant, vous qui êtes les plus braves d’entre les Grenouilles. Ayant ainsi parlé, il fit son message, et sa parole, étant entrée dans les oreilles de toutes, troubla les esprits des Grenouilles insolentes.

Et, les réprimandant toutes, Physignathos aux joues enflées, se levant, dit :

— Ô amis, je n’ai point tué ce Rat, et je ne l’ai point vu périr. Sans doute il s’est noyé en jouant auprès du marais et en imitant la natation des Grenouilles ; et, maintenant, voici que, pleins de méchanceté, ceux-ci m’accusent, moi qui suis innocent. Mais, allons ! délibérons pour savoir comment nous détruirons les Rats artificieux. Et moi, je dirai d’abord ce qui me semble le plus sage. Tenons-nous tous, couverts de nos armes, sur les hauteurs du rivage, là où il est le plus escarpé ; et quand les Rats se jetteront impétueusement sur nous, chacun saisissant par le casque celui qu’il rencontrera, nous les entraînerons dans le marais avec leurs casques. Et, en effet, nous les étoufferons ainsi dans l’eau, car ils ne savent pas nager ; et, pleins de joie, nous élèverons ici un trophée à cause des Rats que nous aurons tués.

Ayant ainsi parlé, il les fit tous s’armer. Et ils entourèrent leurs jambes de feuilles de mauves, et ils avaient des cuirasses de larges et vertes poirées, et ils firent des boucliers avec des feuilles de choux, et ils avaient pour lance un long roseau pointu, et ils couvrirent leurs têtes de légères coquilles de limaçon. Et, s’étant ainsi armés, ils se tinrent debout sur la hauteur du rivage, brandissant leurs lances, et chacun étant plein de colère. Et Zeus, ayant appelé les Dieux dans l’Ouranos étoilé, leur fit voir la puissance de cette guerre, et les braves com. battants, nombreux et grands et portant de longues lances. Telle s’avançait l’armée des Centaures et des Géants.

Et, souriant doucement, il demanda qui viendrait en aide aux Grenouilles ou aux Rats affligés. Et il dit à Athènaiè :

— Ô ma fille, ne vas-tu point venir en aide aux Rats ? En effet, tous bondissent toujours à travers ton temple, se délectant de l’odeur des graisses et des restes des sacrifices.

Ainsi parla le Kronide, et Athènè lui répondit :

— Ô Père, jamais je ne viendrai en aide aux Rats affligés, car ils m’ont fait subir beaucoup de maux, rongeant mes bandelettes et nuisant à mes lampes, à cause de l’huile ; et ce qu’ils m’ont fait m’a trop mordu au cœur. Ils ont rongé mon péplos que j’avais tissé d’une trame subtile et d’un fil très-fin, et ils y ont fait des trous ; et le ravaudeur me demande beaucoup et me presse, et j’en suis irritée ; car il exige des intérêts, ce qui est affreux pour les Immortels ; et j’ai travaillé en empruntant, et je n’ai pas de quoi rendre. Mais je ne veux pas non plus venir en aide aux Grenouilles, car elles n’ont pas l’esprit sain. Récemment, revenant de la guerre, j’étais très-fatiguée et j’avais besoin de sommeil et, par leur bruit, elles ne m’ont pas laissée fermer l’œil, et je suis restée couchée tout éveillée, ayant mal à la tête, jusqu’à ce que le coq eût chanté. Allons ! ne les secourons donc point, ô Dieux, de peur qu’un d’entre nous soit blessé par un trait aigu et qu’il ait le corps percé d’une lance ou d’une épée ; car les voici ardents au combat, même quand un Dieu viendrait à leur rencontre. Mais, tous, du haut de l’Ouranos, charmons-nous en regardant le combat.

Elle parla ainsi, et tous les autres Dieux lui obéirent et se réunirent tous en un seul lieu. Et, alors, deux hérauts s’avancèrent, portant le signal du combat, et des Cousins, ayant de grandes trompettes, sonnèrent terriblement le trépignement de la mêlée ; et, de l’Ouranos, le Kronide Zeus tonna, présage de la guerre mauvaise.

Et le premier, Hypsiboas qui crie haut frappa de sa lance Leikhènôr qui lèche l’homme, debout entre les premiers combattants, dans le ventre, en plein foie. Et celui-ci tomba à la renverse, et il souilla de poussière ses poils délicats ; et il tomba avec bruit, et ses armes résonnèrent sur lui. Et, après celui-ci, Troglodytès l’habitant des trous frappa Pèléiôn le limoneux, et lui enfonça sa forte lance dans la poitrine ; et la noire mort saisit le guerrier tombé et son âme s’envola de son corps. Puis, Seutlaios le poiréen tua Embasikhytros qui trotte en marmite, d’un coup au cœur ; mais la douleur saisit Okimidès l’enfant du basilic, et il frappa Seutlaios le poiréen d’un roseau pointu. Et Artophagos le mangeur de pain frappa Polyphonos le bavard, dans le ventre, et celui-ci tomba à la renverse, et son âme s’envola de son corps. Mais Limnokharis la grâce du marais voyant périr Polyphonos, et prévenant Troglodytè s, le frappa au milieu du cou d’une pierre telle qu’une meule, et la nuit enveloppa ses yeux.

Et Leikhènôr lança contre Limnokharis la grâce du marais sa pique éclatante, et la pique, sans s’égarer, le frappa dans le foie. Dès qu’il vit cela, Krambophagos qui mange les choux, fuyant, tomba des hautes rives ; mais Leikhènôr ne cessa point de combattre et le frappa. Et Krambophagos tomba et ne se releva point, et le marais fut teint de son sang pourpré ; et il resta flottant auprès du bord, ses grasses entrailles hors du ventre. Et, sur ces mêmes rives, fut tué Tyrophagos le mangeur de fromage. Et Kalaminthios qui hante les roseaux, voyant Pternoglyphos le troueur de jambon, fut saisi de frayeur ; et, fuyant, il sauta dans le marais, après avoir jeté son bouclier. Et l’irréprochable Borborokoitès qui couche dans la fange tua Philtraios le charmant.

Et Hydrokharis la grâce de l’eau tua le roi Pternophagos le rongeur de jambon, l’ayant frappé d’un rocher sur le haut de la tête. Et sa cervelle coula par ses narines, et la terre fut souillée de sang. Et Leikhopinax qui lèche les plats, se ruant avec sa lance, tua l’irréprochable Borborokoitès, et l’obscurité enveloppa ses yeux. Alors, Prassophagos le mangeur de poireau, saisissant l’occasion, entraîna par un pied Knissodiôktès qui accourt à l’odeur de la graisse, et, le tenant par le tendon, le noya dans le marais. Mais Psikharpax le voleur de miettes, vengeant ses compagnons morts, frappa Prassophagos, comme celui-ci n’était pas encore remonté à terre ; et Prassophagos tomba devant lui, et son âme alla chez Aidès. Pèlobatès qui trotte dans la fange, l’ayant vu, lui jeta une poignée de boue à la tête, et il l’aveugla aussitôt ; mais Psikharpax, très-irrité de cela, saisissant de sa patte robuste une lourde pierre, fardeau de la terre, qui gisait dans la plaine, en frappa Pèlobatès sous les genoux ; et toute la jambe droite fut fracassée, et il tomba à la renverse dans la poussière.

Et Krangasides le fils de la vocifération, pour le défendre, revint sur Psikharpax et le frappa au milieu du ventre, et le roseau aigu s’y enfonça tout entier, et toutes les entrailles se répandirent à terre, arrachées avec la lance par une main vigoureuse. Et dès que Sitophagos le mangeur de blé l’eut vu sur les bords du fleuve, il s’éloigna du combat en boitant, car il souffrait beaucoup, et il sauta dans un fossé, afin de fuir la destinée terrible. Et Trôxartès le rongeur de pain frappa Physignathos aux joues enflées à l’extrémité du pied, et celui-ci, fuyant, sauta, affligé, dans le marais ; mais Prassaios nourri de poireau, le voyant tomber à demi inanimé, se rua parmi les premiers combattants et lança un roseau aigu ; mais il ne perça point le bouclier, et la pointe de la lance y resta.

Alors, le divin Origaniôn enfant de l’Origan, imitant Arès lui-même, frappa Trôxartès sur son casque irréprochable fait d’un morceau de marmite carrée. Et il était le seul, parmi les Grenouilles, qui combattît bravement dans la mêlée. Et les Rats se ruèrent tous sur lui ; mais, voyant cela, il ne soutint pas l’attaque de héros puissants, et il plongea dans les profondeurs du marais. Et il y avait, parmi les Rats, un seul adolescent qui l’emportait sur tous les autres en combattant de près, cher fils de l’irréprochable Artépiboulos le guetteur de pain, chef semblable à Arès lui-même, le hardi Méridarpax le voleur de portions, qui seul, entre les Rats, excellait encore en combattant. Et il s’arrêta orgueilleusement près du marais, en avant des autres, et il se vantait d’exterminer la race des belliqueuses Grenouilles. Et, certes, il l’eût fait, car sa force était grande, si le Père des hommes et des Dieux ne l’eût aussitôt deviné.

Et, alors, le Kroniôn eut pitié des Grenouilles qui périssaient, et, secouant la tête, il dit ceci : — Ô Dieux ! je vois de mes yeux une grande action. Méridarpax le voleur de portions ne m’a pas peu troublé en menaçant furieusement d’exterminer les Grenouilles auprès du marais. Envoyons très-promptement Pallas qui excite la mêlée guerrière, et Arès aussi, et ils éloigneront Méridarpax du combat, malgré sa vigueur. Le Kronide parla ainsi, mais Arès lui répondit :

— Kronide, ni la force d’Athènaiè, ni celle d’Arès, ne suffiront à préserver les Grenouilles de la destinée terrible. Allons plutôt tous à leur aide, ou bien brandis ta grande arme tueuse de Titans, très-puissante, avec laquelle tu as tué les Titans, les plus terribles de tous ; avec laquelle tu as tué autrefois Kapaneus, homme farouche, par laquelle tu as enchaîné Egkélados et dompté la race féroce des Géants ! Brandis-la, et, bien que celui-ci soit très-brave, il sera réprimé.

Il parla ainsi, et le Kronide lança la foudre fuligineuse. Et, d’abord, à la vérité, il tonna et il ébranla le grand Olympos ; puis il lança la foudre, arme terrible et tournoyante de Zeus. Et elle jaillit des mains du Roi. Et l’éclair épouvanta les Grenouilles et les Rats. Cependant, l’armée des Rats ne cessait pas de combattre, et elle n’en désirait que davantage détruire la race des belliqueuses Grenouilles ; mais, du haut de l’Olympos, le Kroniôn eut pitié des Grenouilles, et il leur envoya aussitôt des alliés. Et, soudainement, survinrent, avec des dos tels que des enclumes, et des ongles recourbés, marchant obliquement, louches, la bouche entourée de tenailles, la peau écaillée, le corps osseux, le dos large, les épaules reluisantes, les pieds tournés, les mains longues, regardant par la poitrine, il huit pattes, à deux têtes et manchots. — ceux qu’on nomme Crabes, et qui tranchèrent de leurs bouches les queues, les pieds et les pattes des Rats. Et les lances se rompaient sur eux. Et les misérables Rats, épouvantés par eux, prirent la fuite. Et voici que Hêlios tombait, et ce fut la fin de cette guerre d’un seul jour.


Attribué à Homère
puis à Pigrès d'Halicarnasse
et traduit par Leconte de Lisle

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