jueves, 2 de junio de 2011

Les femmes à barbe




La femme à barbe



Quand le vilain paillasse eut fini sa parade,
J’entrai. Je vis alors debout sur une estrade
Une fille très grande en de pompeux atours
Que des gouttes de suif tachait comme des larmes.
Roide ainsi qu’un soldat qui présente les armes,
Elle avait le nez fort et courbé des vautours.
Elle était pourtant jeune – une barbe imposante
Lui couvrait le menton, noire, épaisse et luisante.
L’étonnement me prit, puis je voulus savoir !
Je l’invitai d’abord à dîner pour le soir.
Elle y vint, elle était habillée en jeune homme !
Un frisson singulier me courut sur la peau ;
La fille était fort laide et cet homme assez beau.


Moi, je m’assis en face un peu timide, et comme
Si j’allais me livrer à quelques accouplements
Monstrueux… Je sentais venir par moment,
Regardant cette fille aux formes masculines,
Un besoin tout nouveau de choses libertines,
Des curiosités de plaisirs que l’on tait,
Et des frissons de femme à l’approche du mâle.
J’avais la gorge aride et mon cœur palpitait ;
Je me vis dans la glace et me trouvai très pâle ;
Ces malsaines ardeurs me troublaient malgré moi.
Elle but comme un homme et se grisa de même ;
Et puis jetant ses bras à mon cou – Viens, je t’aime,
Mon gros chéri, dit-elle, allons-nous en chez toi.


À peine fûmes-nous arrivés dans ma chambre,
Elle ouvrit ma culotte et caressa mon membre,
Puis se déshabilla très vite. Deux boutons
D’une chair noire et sèche indiquait ses tétons.
Elle était jaune, maigre, efflanquée et très haute.
Sa carcasse montrait les creux de chaque côte.
Pas de seins, pas de ventre – un homme, avec un trou.
Quand j’aperçus cela je me dressai debout ;
Mais elle m’étreignit sur sa poitrine nue,
Elle me terrassa d’une force inconnue,
Me jeta sur le dos d’un mouvement brutal,
M’enfourcha tout à coup comme on fait un cheval,
Et dans son vagin sec elle enserra ma pine.


Sa grande barbe noire ombrageait sa poitrine ;
Son masque grimaçait d’une étrange façon ;
Et je crus que j’étais baisé par un garçon !…


Rapide, l’œil brillant, acharnée et féroce,
Elle allait, elle allait, me secouant très fort.
Elle m’inocula sa jouissance atroce
Qui me crispa les os comme un spasme de mort ;
Et puis tordue, avec des bonds d’épileptique,
Sur ma bouche colla sa gueule de sapeur
D’où je sentis venir une chaude vapeur
De genièvre, mêlée au parfum d’une chique.
Pâmée, elle frottait sa barbe sur mon cou,
Puis soudain redressant sa grande échine maigre,
Elle se releva, disant d’une voix aigre,
- Nom de Dieu, que je viens de tirer un bon coup !


Guy de Maupassant
in Parnasse Satyrique




La femme à barbe



Entrez dans mon établissement
Vous n'trouverez pas dans toute la foire
Un phénomène plus surprenant
Que c'te barbe qui fait ma gloire
Vous pouvez toucher n'craignez rien
Ça n'vous restera pas dans la main
Touchez voyez qu'c'est pas des frimes
Et ça n'vous coûte que dix centimes

{Refrain:}
Entrez bonnes d'enfants et soldats
Tâchez moyen d'faire ployer c'bras
On ferait plutôt ployer un arb'
C'est moi qu'je suis la femme à barbe
C'est moi qu'je suis la femme à barbe

Quand j'vins au monde on reconnut
Que j'serais l'honneur de la famille
Jusqu'ici l'on n'avait pas vu
De barbe au menton d'une fille
En m'gratifiant de c't agrément
L'ciel m'a fait un fier boniment
Avec ça je n'suis pas feignante
J'soulève des poids d'trois cent cinquante

{au Refrain}

J'trouve qu'au sujet de c't ornement
Les hommes ont âme un peu trop fière
J'n'suis qu'une femme et cependant
Moi j'en vaux six d'mandez à Pierre
Pierre l'hercule d'en face un agneau
Qu'est jaloux d'moi comme un taureau
Aussitôt qu'un civil me lorgne
Ah nom d'un chien comme y vous l'cogne

{au Refrain}

Les sergents de la garnison
Me font parfois la galanterie
D'm'offrir un canon sans façon
Mais j'vas pas avec l'infanterie
On a d'la barbe mais d'la pudeur
J'suis une femme et pas un sapeur
J'plains celui qu'aurait l'impudence
D'pas respecter ma corpulence

{Refrain:}
Entrez bonnes d'enfants et soldats
Les hommes grêlés ne paieront pas
C'est pas d'la chair mais c'est du marb'
C'est moi qu'je suis la femme à barbe
C'est moi qu'je suis la femme à barbe



Paroles d'Elie Frébault - Musique de Paul Blaquière 1935
chantée par Mademoiselle Thérésa aux Concerts de l'Alcazar.

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