viernes, 15 de mayo de 2009

À Bangkok




"A Bangkok, aux heures où la colonie européenne s'assemble autour du thé fatal et du rituel whisky-soda, volontiers je prenais un sampan et, traversant la Mé-Nam, j'errais dans le dédale des canaux — des klongs — de la rive droite, décor d'un exotisme tropical, unique dans l'Extrême-Orient. Les paisibles habitants de cette cité fluviale me regardaient avec une curiosité exempte de malveillance ; s'ils me
voyaient en peine de mon chemin ou de quelque objet, ils riaient et me fournissaient sur l'heure l'indication utile ou l'objet voulu ; et, quand je les remerciais, ils riaient encore en me disant adieu.

Je me suis également plu à fréquenter, de jour et de nuit, les « wat », qui sont les pagodes du Siam. J'ai pu circuler à ma guise dans les cours des temples, parmi les ruœlles des bonzeries, pénétrer dans le sanctuaire et m'y tenir accroupi sur la natte, tandis que se dévidait dans la pénombre l'écheveau des psalmodies. Partout, en place de la défiance envers l'étranger, rencontrée souvent ailleurs, j'ai
trouvé la prévenance à l'égard de l'hôte.

Mes souvenirs les meilleurs sont ceux de quelques excursions que j'ai faites dans l'intérieur du pays. Ayuthia, où j'ai connu le charme de la vie sur l'eau, Kan-Buri, Petchaburi, Chantaboun évoquent pour moi des visions agréables. Aussi bien dans la brousse qui étreint les ruines de la vieille capitale Thaï, que sur les bords du fleuve Meklong, je me suis senti dans une sécurité préférable à celle de nos villes. Au cours de nos promenades ou de parties de chasse, mes compagnons et moi ne nous sommes guère assis près d'une hutte, d'une maison flottante, sans que ses occupants vinssent nous offrir une tasse de thé, une cigarette ou la chique de bétel, qu'ils s'égayaient de voir refusée.

J'ai ressenti ces impressions diverses assez vivement pour vouloir' les exprimer dans les pages qui suivent. Toute mon ambition d'auteur est de faire partager à ceux qui les liront, ma sympathie pour une race demeurée jusqu'à ce jour sans agitation, sans haine et sans fanatisme. Je lui souhaite de rester longtemps encore telle que j'ai tâché de la dépeindre..."

P. L. Rivière

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