jueves, 14 de octubre de 2010

Au Sommeil




Au sommeil


Sommeil, je t’en prie, viens souvent visiter ma couche,
apporte-moi encore de semblables songes, ou de meilleurs.
Un songe m’a rendu heureux, un songe content.
Qui dit menteurs les songes est un menteur.
Les miens sont vrais : une illusion ne m’avait point abusé :
ce qui n’a pas d’effet, tu pourras dire que ce n’est rien.
Vrai fut le visage, une image menteuse ne m’a pas trompé,
j’ai donné mille étreintes, mille baisers j’ai donnés.
Maintes fois j’ai possédé, encore et encore, ma maîtresse,
et elle s’est donnée à moi de la façon que je voulais.
D’où vient que le lit est tiède ? Pourquoi ce côté est-il chaud ?
Ici j’étais couché, là il y a eu quelqu’un d’autre.
Dans ce petit lit, nous avons tenu tous deux, nous avons reposé tous deux :
les formes imprimées par nos deux corps sont encore là.
L’empreinte que je vois n’est pas celle de mon pied :
un pied plus petit que mon pied est dessiné là.
Ici elle a posé sa tête, là la main droite, là la gauche,
ici elle s’est penchée en avant, appuyée sur les deux genoux.
Les gouttes de nos récents travaux ont taché ici et là les draps :
le matelas est sali là où il a séché.
Pourquoi suis-je accablé de fatigue, pourquoi mes reins affaiblis sont-ils rompus ?
Pourquoi donc une langueur paresseuse occupe-t-elle le reste de mon corps ?
Et elle, si lubrique, dont jamais un âne n’a pu vaincre les exploits,
voici qu’elle gît inerte ma queue, après avoir rempli sa tâche.
À nouveau le sommeil m’appelle : il a coutume de nous appeler
quand les doux travaux de Vénus nous ont fatigués.
Junon apprit souvent que son mari avait baisé
parce qu’il était endormi d’un sommeil lourd et profond.
De même encore le Lemnien, interrompant leur sommeil,
comprit que Vénus avait couché avec le dieu armé.
Oui, il y a mille signes par lesquels la jouissance
gardée secrète se trahit : elle ne peut cacher ses plaisirs furtifs.
Qu’il me soit permis de dire la vérité : on aime à raconter ce qu’on a fait :
comme on a plaisir à faire, on a plaisir à dire...

Pacifico Massini



Ad somnum

Omne (precor) repetas nostrum sic saepe cubilem
Somnia sic iterum uel meliora refer.
Somnia felicem fecere et somnia laetum.
Vanaque qui dicit somnia : uanus erit.
Vera quidem mea sunt. Nec me deceperat error.
Quod caret effectu : dixeris esse nihil.
Vera fuit facies. Nec falsa fefellit imago.
Mille dedi amplexus basia mille dedi.
Saepe ego compressi rursusque iterumque puellam
Et mihi quo uolui se dedit illa modo.
Vnde repet lectus ? calet hac quod parte cubile ?
Hic iacui. Alterius pars fuit illa thori.
Lectulus hic ambos tenuit. Requeuimus ambo.
Pressa sub amborum corpore signa manent.
Quae uideo non sunt nostrae uestigia plantae.
Est pede caelatus pes minor iste meo.
Hic caput apposuit. Dextra haec manus : illa sinistra
Hic utroque fuit nixa recurua genu.
Linteaque officii uariauit gutta recentis.
Sordida siccato culcitra facta loco est.
Quid iaceo fessus ? latus hoc quod debile rupit ?
Membraque quod lentus caetera langor habet ?
Illa falax : quondam quam nullus uicit asellus :
En iacet officio mentula functa suo.
Meque citat rursus sonus. Sole tille citare :
Cum ueneris gratum debilitauit opus.
Iuno saepe suum nouit futuisse maritum :
Cum grauis illius somnus et altus erat.
Sic etiam uenerem somno cognouit aborto
Lemnius armato succubuisse deo.
Mille quidem sunt signa quibus comissa libido
Inconfessa patet nec bene futta tegit.
Vera loqui liceat ; iuueat hoc narrare quod acrum est.
Vt fecisse iuuat : sic iuuat acta loqui.

No hay comentarios:

Publicar un comentario en la entrada