jueves, 30 de septiembre de 2010

La mouche au bain




La mouche au bain

L`homme dans sa baignoire a l`air de somnoler.
Un polard magnifique émerge de l`eau tiède
Et sur le champignon qu`exhausse un cippe raide
Le méat souriant rêve d`éjaculer.

Il est las, à la fin, de foutre et d`enculer,
De se faire écrémer le canal de l`urètre,
De rapprocher l`amas des tétons qu`il pénètre
De s`ériger toujours pour se mieux affaler...

Sur le mur une mouche énorme se promène.
L`homme l`attrape au vol, ampute l`animal
D`une aile, et sur l`îlot virant la pose à peine.

La bestiole affolée explore son domaine
En tous ses sens -et plongeant parfois dans le canal-
En mille tours s`agrippe, saute et se démène,

Jusqu`à ce qu`au plafond l`envoie un jet final

Anonyme 1931

martes, 28 de septiembre de 2010

Je ne m`aime pas



Mon nom : Marcel. Je ne m’aime pas. Une fusée filait
en l’air pour devenir « une belle bleue », puis rien : c’est
moi. Fusée ratée, ma tâche dans la vie se résume à additionner
des chiffres. Entendons-nous. Je les additionne
d’une certaine manière : par colonnes, d’abord de haut en
bas, ensuite de gauche à droite, avec cette obligation que
mon total soit le même dans les deux sens. Sinon, je
recommence.

Ce n’est déjà pas si facile. Ainsi pour mon âge, si j’en
fais le compte de haut en bas, je veux dire comme tout le
monde, j’arrive à vingt-cinq ans. Mais si je pense à
certains faits, me voici à cinquante. Du moins, j’estime en
arriver à cinquante et alors c’est tout comme.
Vingt-cinq ou cinquante, je suis à l’hôpital, dans un de
ces isoloirs que l’on a l’obligeance d’appeler : un chalet.
Dire qu’à l’école, je ne comprenais pas ce que c’était
qu’un euphémisme ! Il y a peu d’heures, je gonflais mes
muscles pour détendre certains liens qui me sanglaient de
partout. Une camisole de force, oui. On m’en a débarrassé.
Elle attend sur une chaise, prête car on ne sait
jamais. Mon voisin de chalet est là aussi, oh ! par amitié
je n’en doute pas, mais également, si je m’en rapporte à
certains regards, parce qu’on ne sait jamais.

C’est lui qui m’a passé des cahiers, un crayon :
– Écris, Marcel. Cela te soulagera. Tu verras clair en toi.

Écrire ! Écrire quoi ? Parmi d’autres choses, j’en
abhorre deux : les clins d’oeil et, je m’en expliquerai bientôt,
certain mot. Ce mot, je vais l’écrire tout de suite :
NIAISERIE. Il m’est arrivé de décider un acte, mais un de
ces actes que l’on considère comme essentiels, et de le
voir tomber en morceaux, uniquement parce qu’ayant
ouvert un livre, NIAISERIE me sautait aux yeux, comme un
jugement et un sarcasme. Ce mot d’ailleurs m’obsède. Je
le vois imprimé, en lettres de plaques de rue, à tous les
coins de ma vie. Rien de fort, rien de grand, jamais la
belle bleue ! Raconter cela ?… Il est vrai qu’en se plaçant
à certains points de vue…

Alors écrire, soit. Mais pour qui ? Pas pour mes amis.
Je n’en ai plus, je n’en veux plus. Pour mes parents ? Je suis
bourré de secrets que je confierais à n’importe qui, sauf
précisément à mes parents. Pour les médecins ? Hum ! À
force d’en voir, ces Messieurs savent une fois pour toutes
ce qu’est la vérité : qu’elle est un bras, une glande, un
ulcère et pour le reste une bulle en l’air vers laquelle
chacun souffle une autre bulle. Écrire pour eux ! Je
deviendrais un cas.

Alors, si tout simplement j’écrivais pour n’importe
qui ? Ou pour moi. Comme en promenade quand on a
perdu sa canne, revenir en arrière, fouiller les buissons et,
de niaiseries en niaiseries, refaire ses pas, chercher.
Finissons-en d’abord avec la question qui m’a conduit
ici. Je ne suis pas fou. Les vrais fous qui sont ici, ragent et
se démènent en hurlant : « Je ne suis pas fou ! Je ne suis
pas fou ! » Moi, je le dis, je l’écris avec calme. Cette
phrase, si je ne me retenais, je l’écrirais mille fois, sur mes
murs, dans mes cahiers, et jusqu’à la dernière, ma main
resterait calme. Ce serait à tenter. Bien entendu, il y a
certaines choses. On n’a pas eu tort de m’envoyer ici.
Maman y a passé. Elle s’en est tirée. Pourquoi ne m’en
tirerais-je pas ?

Je me souviens d’un film. Dans la caverne du nain, le
jeune Siegfried s’est forgé une épée. Il la trouve belle, la
tend devant lui, jette en l’air une plume, la reçoit sur le
tranchant, et la plume continue de tomber, coupée tout
bonnement en deux. J’ai réfléchi à cette plume. Certains
esprits n’ont pas de fil. L’idée tombe dessus et s’accroche
bêtement, flocon de neige sur une branche. Sur d’autres,
l’idée se divise. Une idée tombait, en voici deux. Papa me
le reprochait à sa façon :

– Tu coupes les cheveux en quatre.

Plumes en deux, cheveux en quatre, on pense double,
on souffre en plus fin, même pour des niaiseries. Mais
est-on fou ?


André Baillon

ps à lire de préférence en écoutant un bon cru de la coldwave tel que
fall of saigon

lunes, 27 de septiembre de 2010

Ode à l`aimée



Madame, vous aviez le cul bougrement sale,
Ce matin d'avril plein de fleurs

Je fus pris au gosier d'une odeur colossale
De foutre et de grelots en pleurs

Sur votre ventre épais, aux bourrelets énormes,
Les poils frisaient, poudrés à blanc,

Et sur votre sternum, deux mamelles informes,
Hideuses, pendaient en tremblant

Les lèvres du vagin sortaient noires, lippues,
Pleines d'un fromage puant,

Et c'est en cet endroit de vos cuisses trapues
Que j'ai mis mon sperme gluant

C'est là que j'ai jeté l'éternelle semence,
Le germe divin et sacré

Je fus pris ce jour-là d'une étrange démence,
Et par votre odeur attiré.

Vous sentiez si mauvais Vous sentiez la charogne,
La pourriture et le fumier

Et dans cet antre impur j'osai mettre ma trogne,
Sans crainte d'être le premier

Je vous bouffai le cul ô délices impures!
0 mes rêves réalisés

Je couvris votre ventre et toutes vos ordures
De mes plus sonores baisers

Je me vautrai longtemps dans toute cette fange
Cela puait C'était si doux

Et quand je m'éveillai de cette ivresse étrange,
J'étais encore à vos genoux

Et j'y restai longtemps, et j'y serais encore,
Si vous ne m'aviez pas chassé.

J'avais ainsi joui jusqu'à la blonde aurore,

Repu, mais non encore lassé.

Et quand les fleurs d'Avril, entr'ouvrant leurs corolles,
Versaient d'Ineffables senteurs,

Vous vous élargissiez, et vos deux fesses molles
Nous prodiguaient leurs puanteurs.

Et comme au nid soyeux naît la chanson divine,
Avec la nouvelle saison,

De même en votre cul les chancres, la vermine,
Grouillaient en pleine floraison.



Pièce inédite
Anthologie hospitalière et latinesque : recueil de chansons de salle de garde anciennes et nouvelles, entre-lardées de chansons du Quartier latin.

lunes, 20 de septiembre de 2010

GRATTE-CULS




GRATTE-CULS

Gratte-Culs, Gratte-Culs, enfants de l'églantine,
Vous êtes délaissés dans votre lit désert ;
Vous êtes délaissés comme une noire épine,
Gratte-Culs, Gratte-Culs, sous votre bonnet vert.

Dis, quand tu fleurissais, ô ma blonde églantine,
Pensais-tu quelquefois à tes rouges enfants ?
Pensais-tu, pensais-tu, que sous ta noire épine,
Des Gratte-Culs viendraient poser leurs cous gluants ?

Gratte-Culs, Gratte-Culs, à la lèvre rougie,
Gratte-Culs, qui songez dans un rêve éternel,
Vous n'éprouvez jamais les chagrins de la vie,
Vous ne connaissez point l'amertume du sel.

Vous n'avez jamais vu, Gratte-Culs, la tristesse
Du pauvre qui n'a rien sous le bleu firmament ;
Vous êtes tous joyeux, sous la froide caresse,
Sous le drôle baiser que vous donne le vent.

Je voudrais, Gratte-Culs, pouvoir changer de vie,
Je voudrais, près de vous, me balancer, ainsi
Que se balance, en l'air, une pomme pourrie :
Je voudrais, près de vous, me divertir aussi.

En un mot, je voudrais, ô ma blonde églantine,
Être d'un Gratte-Cul le bec levé dans l'air ;
Si j'étais Gratte-Cul j'épouserais l'épine,
Et je me piquerais sur le poil de sa chair.

Si j'étais Gratte-Cul, je ferais bon ménage,
Mon épine serait le joyau de mon coeur;
Si j'étais Gratte-Cul, je tournerais la page,
Sans détourner les yeux du livre du bonheur.

Si j'étais Gratte-Cul, ma maîtresse chérie,
Si j'étais Gratte-Cul, quel bonheur pour tous deux
Tu serais Gratte-Cul, ô ma petite amie,
Gratte-Cul, Gratte-Cul, que nous serions joyeux!


Dorabel

jueves, 16 de septiembre de 2010

Minuscules souveraines



"Mais quel bourdonnement a frappé mes oreilles ?
Ah ! je les reconnois mes aimables abeilles.
Cent fois on a chanté ce peuple industrieux;
Mais comment sans transport voir ces filles des cieux ?
Quel art bâtit leurs murs, quel travail peut suffire
A ces trésors de miel , à ces amas de cire ?
Chacun voit par ses yeux leur police, leurs lois.
L'un lui donne une reine, et les autres des rois.
L'instituteur fameux du conquérant du monde
Voulut que sans époux l'abeille (ni féconde,
Et de sa chasteté Reaumur, moins jaloux,
Prostitua leur reine à de nombreux époux :
Chacun l'aime à son tour; leur auguste maîtresse
Entre tous ces rivaux partage sa tendresse ,
Et les adorateurs qu'enferme son sérail ,
Voués à ce doux Soin, sont exempts de travail.
Mais du miel tous les ans ces artisans habiles ,
Massacrant ces époux devenus inutiles.
En dépeuplent la ruche ; enfin juillet pour eux
De notre affreux septembre est le retour affreux :
Ainsi l'erreur crédule explicoit le mystère.
Enfin, de leur hymen savant dépositaire.
L'aveugle Huber l'a vu par les regards d'autrui.
Et sur ce grand problème un nouveau jour a lui.
La reine, nous dit-il, au jour de l'hyménée
Sort, de ses nouveaux feux inquiète, étonnée.
Aux portes du palais long-temps hésite encor ;
Enfin son aile s'ouvre , elle a pris son essor.
Et , loin des yeux mortels, mystérieuse amante.
Emporte dans les airs l'ardeur qui la tourmente :
Son amant l'observoit , et , plein des mêmes feux ,
Il part , vole, l'atteint , et jouit dans les cieux :
Elle s'élança vierge , elle descend féconde.
Combien d'autres secrets cache une nuit profonde !
Je ne vous dirai point leurs combats éclatants,
Si la mort est donnée à l'un des combattants.
Si ce peuple est régi par une seule reine,
S'il peut d'un ver commun créer sa souveraine;
Si leur cité contient trois peuples à-la-fois,
Epoux , reine , ouvrière , hôtes des mêmes toits ;
D'autres décideront : mais leur noble industrie,
Mais les hardis calculs de leur géométrie,
Leurs fonds pyramidaux savamment compassés,
En six angles égaux leurs bâtiments tracés,
Celte forme élégante autant que régulière,
Qui ménage l'espace autant que la matière;
Cette reine étonnante en sa fécondité,
Qui seule tous les ans fait sa postérité,
Et les profonds respects de son peuple qui l'aime.
Sont toujours un prodige et non pas un problème :
Aussi de nos savants le regard curieux
Souvent pour une ruche abandonne les cieux.
Les Geer, les Reaumur ont décrit ses merveilles.
Et le chantre d'Auguste a chanté les abeilles.

(...)

Souvent aussi l'instinct varie avec les lieux.
Comparez ces fourmis, moins dignes de nos yeux,
Méconnoissant les arts de la paix , de la guerre ,
Durant l'hiver entier sommeillant sous la terre ,
Mais qui rôdent sans cesse, et d'un amas de grains
Remplissent à l'envi leurs greniers souterrains,
A ces nobles fourmis dont se vante l'Afrique,
En trois classes rangeant leur sage république ;
Peuple heureux d'ouvriers , de nobles , de soldats.
Que de grands monuments dans leurs petits états !
De leurs toits, dont dix pieds nous donnent la mesure,
Les yeux aiment à voir la ferme architecture ;
Sur leur cône aplati le buffle quelquefois
Guette, pour l'éviter, le fier tyran des bois.
Au-dedans quelle heureuse et savante industrie
De leurs compartiments règle la symétrie,
Aligne leur cité, dessine leurs maisons;
Leurs escaliers tournants et leurs solides pouls.
Qui par-tout présentant de faciles passages,
Pour alléger leur peine, abrégeai leurs voyages !
Au centre, tout entière à sa postérité,
Et mêlant la grandeur à la captivité.
Leur noble souveraine en une paix profonde
Ne quitte point sa couche incessamment féconde.
Et par son ventre énorme et son énorme poids
Surpasse ses sujets un million de fois.
Quatre-vingt mille enfants la counoissent pour mère ,
Au fond de son palais, auguste sanctuaire.
Des serviteurs , choisis entre tous ses sujets ,
Dans sa chambre royale ont seuls libre accès.
Leur foule emplit ses murs, et par une humble porte,
Déposent en leur lieu les œufs qu'elle transporte.
L'ordre règne par-tout: épars de tout côté
Leurs riches magasins entourent la cité ;
Ailleurs sont élevés les enfants de la reine ;
La cour habite enfin près de sa souveraine ;
Le voyageur de loin découvrant leurs travaux
D'une heureuse peuplade a cru voir les hameaux.
O Nil ! ne vante plus ces niasses colossales ,
Des sommets abyssins orgueilleuses rivales;
L'insecte constructeur est plus grand à mes yeux
Que l'homme amoncelant ces rocs audacieux ;
Et quand une fourmi bâtit des pyramides,
Nos arts semblent bornés et nos travaux timides.


J. Delille

domingo, 12 de septiembre de 2010

Bouquet Libertin



« J’arrivai chez Rozette qui commençait à s’impatienter de mon délai. Elle me reçut avec empressement ; soit qu’elle eût pris de l’amitié pour moi, soit que ma libéralité lui eût plu, elle se préparait avec une généreuse reconnaissance. Elle m’obligea de mettre la robe de chambre pour me sentir plus à mon aise, étant dans le pays de la liberté. Elle s’était coiffée de nuit ; et sa garniture de dentelles, en pressant ses joues faisait un office qui lui donnait de belles couleurs. Un mouchoir politique couvrait sa gorge ; mais il était placé d’un air qui demandait qu’on ne le laissât pas à sa place. Elle n’avait qu’un corset de taffetas blanc et un jupon de la même étoffe et de pareille couleur ; sa robe aussi de taffetas bleu flottait au souffle des zéphyrs.

Le souper n’était pas encore prêt. Nous entrâmes dans sa chambre. Les rideaux du lit étaient fermés et les bougies placées sur la toilette, de sorte que la lumière ne réfléchissait pas sur toute la chambre. Nous passâmes vers le côté obscur. Je me jetai sur un fauteuil ; et la tenant entre mes bras, je lui tenais les discours les plus tendres. Elle y répondait par de petits baisers et par des caresses délicates : ainsi peint-on les colombes de Vénus.

- Tu veux donc, dit-elle après quelques instants de recueillement, que je te donne du plaisir, petit libertin !

- N’allez pas faire venir Mlle de Noirville, lui répliquai-je.

- Non, non, ajouta-t-elle, ce n’est plus le temps, j’ai eu mes raisons pour le faire, d’autres circonstances exigent d’autres soins.

En discourant ainsi, et en badinant toujours, nous gagnâmes le lit ; je l’y poussai délicatement en la serrant dans mes bras.

- Approchez ces deux chaises, dit-elle, puisque vous le voulez absolument.

J’obéis ; elle mit ses deux jambes dessus, l’une d’un côté, l’autre de l’autre, et sans sortir de la modestie, sinon par la situation, elle m’agaça de mille figures.

Mes mains ardentes écartaient déjà le voile qui…

- Tout doucement, beau Conseiller, dit-elle, donnez-moi ces mains-là, je les placerai moi-même.

Elle les mit sur deux pommes d’albâtre, avec défense d’en sortir sans permission. Elle voulut bien elle-même arranger le bouquet que je destinais pour son sein. Elle m’encouragea alors avec un signal dont vous vous doutez ; je croyais qu’elle agissait de bonne foi. En conséquence, je me donnais une peine très sincère pour parvenir à mes fins ; elle faisait sembler de l’aider : la simplicité était chez moi, et la malice dans toute sa conduite.

Fatigué, je la nommais cruelle, barbare. Nouveau Tantale, le fruit et l’onde fuyaient à mon approche.

- Cruelle ! barbare ! reprenait-elle, vous serez puni tout-à-l’heure. Alors elle se saisit du bouquet que je lui destinais : puisque l’on m’insulte, continua-t-elle, en prison tout de suite ! Effectivement elle l’y conduisit ; mais je ne sais si ce fut de chagrin, ou par quelque autre motif, le prisonnier, à peine entré, se mit à pleurer entre les deux guichets. »


Godard d`Aucourt

sábado, 11 de septiembre de 2010

Poétique de la puberté




"Toutefois les petites filles ne démêlent pas bien encore le sentiment de la pudeur de leur sexe; et quoiqu'elles sachent engager déjà par d'attrayants refus, quoiqu'elles aient de petits secrets, qu'elles déguisent quelquefois leur sentiments sous de doux mensonges, elles exercent un petit babil naïf et charmant, empreint de la candeur de leur âge. Elles ne masquent guère encore leur amour ou leur aversion, mais sans avoir pourtant cette franche rudesse avec laquelle s'expliquent les jeunes garçons. Elles prennent toujours quelque léger détour, elles s'étudient à la grâce; et, comme si la nature, en les créant faibles, leur révélait le secret talent d'en profiter en intéressant davantage , elles savent désarmer la colère par la prière et les pleurs ; elles tirent toutes les ressources de leur infériorité même.

C'est pour cette faiblesse que le père prend d'ordinaire plus de soin encore de sa fille que de son fils ; mais plusieurs mères, au contraire, trouvent dans leur fille de quinze ans bien plus de défauts qu'à leur fils devenu pubère; elles voient en elle une rivale d'autant plus redoutable que leurs attraits baissent tandis que d'autres éclatent à l'aurore du bel âge. Les petites filles ne sont pas encore rivales entre elles ; on les voit se caresser tendrement et avec toute la pudeur de l'innocence, même devant les hommes. Peut être déjà cherchent-elles à aiguiser ainsi notre convoitise; car, devenues nubiles, elles entrent en concurrence de rivalité, et leurs amitiés mutuelles ne sont plus que des trêves ; leur froide politesse, leur contrainte entre elles, décèlent assez ces ardentes et secrètes jalousies dont les plus belles deviennent surtout les victimes. C'est que l'amour fait toute la destinée de la femme.

A mesure que la jeune fille grandit et que son organisation se développe, son caractère devient plus modeste ; comme si elle prévoyait les conséquences de ses attachements , elle se retire et recule d'effroi, pour ainsi dire, à la vue de la carrière de la vie, où l'ardent jeune homme se précipite au contraire avec toute la fougue de son tempérament. Telle est, à bien considérer, l'époque la plus orageuse de la vie des femmes, celle où leur sensibilité est le plus étrangement tourmentée en sens contraire ; c'est l'époque qui précède et accompagne le développement de la puberté.

Dès l'âge de douze ans environ dans nos climats, la jeune fille la mieux élevée n'a plus cette gaîté folâtre et insouciante de son enfance, ou du moins elle la perd involontairement par instants (i). Naguère, vive et légère, elle dansait avec ses douces compagnes; maintenant, rêveuse , assise à son ouvrage, il échappe à ses doigts. Elle cherche le repos de la solitude; devenue languissante et décolorée, elle sent des caprices, des inégalités d'humeur inconnues ; elle surprend des larmes involontaires qui roulent dans ses yeux; parfois elle soupire; elle veut et ne veut pas; sans objet fixe, sans désir assuré, elle s'ignore elle-même. Voyez-la calme, puis agitée, tour à tour rougir et pâlir; elle brûle, elle est glacée; et nourrit en son ame un sentiment qu'elle ne connaît pas encore, qu'elle se déguise, qu'elle craint de s'avouer. Étrange destin! haine, dégoût de l'existence au milieu même du bonheur domestique ! De quels transports secrets n'est-elle donc pas la maîtresse ? Pourquoi voudrait-elle dérober sa honte à sa propre fierté, et ensevelir éternellement les mystères de son cœur dans le silence des forêts ? Avant d'accepter des chaînes, elle se croit humiliée d'en recevoir un jour.

C'est un admirable instinct de la nature, d'offrir les premières affections de l'amour sous les traits d'une apparente aversion, d'éloigner d'abord les sexes pour les réunir ensuite avec plus d`impétuosité. La jeune fille fuit afin d`être poursuivie; et si le jeune homme se retire, elle revient à lui' elle semble détester ce qu`elle aime, et vouloir aimer ce qu`elle hait. Plus elle se rejette en un sens opposé à son penchant, plus elle en dévoile la véhémence. Elle n`aime jamais mieux que quand elle affecte de haïr, et celui qu`elle repousse le plus est celui qu`elle redoute davantage. En effet, l`amour s`éteint lorsqu`il est trop facile; les obstacles de la pudeur l`enflamment. Cette disposition était nécessaire pour le maintien de l'espèce humaine; car l'homme ne pouvant engendrer que dans certains moments , mais la femme pouvant être prête à toute heure , il fallait que le premier sollicitât , que la seconde semblât refuser pour stimuler davantage les désirs ; la pudeur étant l'économie de la beauté , elle ajoute à son prix.

Si , par un arrangement contraire , la femme eût recherché , et si l'homme n'eût pu refuser (ne fût-ce que par amour propre ) , il aurait été bientôt épuisé , détruit , et le genre humain eût succombé par les moyens mêmes destinés à le perpétuer. Chez les animaux , la femelle semble aussi ne se soumettre qu'à regret aux mâles, surtout parmi les espèces polygames , afin d'animer davantage^ l'ardeur de l'autre sexe. Dans l'espèce du chat, du lion , du tigre , c'est bien la femelle qui recherche; mais le mâle ne répondant pas toujours à ses désirs , les rapports sexuels restent les mêmes que dans l'espèce humaine , quoique dans un ordre inverse.

Les changements opérés dans le moral des filles à l'époque de la puberté ne sont ainsi que le contre-coup de ceux qui naissent dans là constitution physique. Chez l'enfant , les facultés vitales, toutes employées à l`accroissement général , sont réparties surtout dans l'appareil nutritif, les systèmes cellulaire et lymphatique absorbant. Cette direction vitale change à l'âge de la puberté ; les efforts delà vie se portent sur le système glanduleux et spécialement sur les organes sexuels. Ce nouveau mode d'impulsion vitale s'exécute par des ondulations nerveuses qui semblent errer d'abord dans toute l'économie animale , et qui cherchent à se fixer dans un centre de ralliement. De là viennent ces fréquentes aberrations de l'esprit, ces singularités de caractère , ces secousses si remarquables à cette époque chez les jeunes filles.

Les forces sensitives , transportées aux parties génitales , réveillent celles-ci de leur long assoupissement et les font rapidement épanouir. On ressent alors une pesanteur aux lombes, un engourdissement général; un trouble confus circule dans tout le corps; les mamelles se gonflent, sont d'abord dures et acerbes , le pubis s'ombrage de poils , les nymphes deviennent rouges , très sensibles , le clitoris se prononce , la membrane de l'hymen se distend ; le canal du vagin , qui se rétrécit quelquefois par le gonflement des organes cîrconvoisins , devient susceptible de dilatation , et acquiert une vive sensibilité par l'orgasme vénérien. Enfin, l`utérus recevant une activité remarquable , le sang y afflue , y détermine une pléthore particulière qui se dégorge chaque mois , quoique avec difficulté d'abord. Ainsi les organes sexuels , qui , pendant l'enfance , restaient dans un minimum de vie , en reçoivent un maximum à la puberté , entrent souvent en un état de réveil , d'érection , de prurit ou d'orgasme. Ils n'existent plus en second ordre ; au * contraire , ils dominent bientôt sur toute l'économie animale , ils changent le timbre de la voix, ils développent les poils aux aisselles , au pubis ; ils font fleurir et briller tous les charmes d'une jeune beauté ; les glandes mammaires en acquièrent un volume plus considérable , le mamelon grossit et rougit, prend une sensibilité assez vive qui sympathise avec les organes utérins.

En général , les sens se perfectionnent , les membres se moulent et se forment; les muscles de la glotte reçoivent un accroissement et un ton particulier qui impriment de la force et de l'éclat à la parole. Aussi les jeunes filles aiment le chant et s'exercent à déployer les agréments de leur voix ; ce n'est pas un médiocre indice de l'état des organes utérins , et l'on voit également parmi les oiseaux que plus ils chantent avec ardeur , plus ils sont transportés d'amour. "


VIREY