domingo, 12 de septiembre de 2010

Bouquet Libertin



« J’arrivai chez Rozette qui commençait à s’impatienter de mon délai. Elle me reçut avec empressement ; soit qu’elle eût pris de l’amitié pour moi, soit que ma libéralité lui eût plu, elle se préparait avec une généreuse reconnaissance. Elle m’obligea de mettre la robe de chambre pour me sentir plus à mon aise, étant dans le pays de la liberté. Elle s’était coiffée de nuit ; et sa garniture de dentelles, en pressant ses joues faisait un office qui lui donnait de belles couleurs. Un mouchoir politique couvrait sa gorge ; mais il était placé d’un air qui demandait qu’on ne le laissât pas à sa place. Elle n’avait qu’un corset de taffetas blanc et un jupon de la même étoffe et de pareille couleur ; sa robe aussi de taffetas bleu flottait au souffle des zéphyrs.

Le souper n’était pas encore prêt. Nous entrâmes dans sa chambre. Les rideaux du lit étaient fermés et les bougies placées sur la toilette, de sorte que la lumière ne réfléchissait pas sur toute la chambre. Nous passâmes vers le côté obscur. Je me jetai sur un fauteuil ; et la tenant entre mes bras, je lui tenais les discours les plus tendres. Elle y répondait par de petits baisers et par des caresses délicates : ainsi peint-on les colombes de Vénus.

- Tu veux donc, dit-elle après quelques instants de recueillement, que je te donne du plaisir, petit libertin !

- N’allez pas faire venir Mlle de Noirville, lui répliquai-je.

- Non, non, ajouta-t-elle, ce n’est plus le temps, j’ai eu mes raisons pour le faire, d’autres circonstances exigent d’autres soins.

En discourant ainsi, et en badinant toujours, nous gagnâmes le lit ; je l’y poussai délicatement en la serrant dans mes bras.

- Approchez ces deux chaises, dit-elle, puisque vous le voulez absolument.

J’obéis ; elle mit ses deux jambes dessus, l’une d’un côté, l’autre de l’autre, et sans sortir de la modestie, sinon par la situation, elle m’agaça de mille figures.

Mes mains ardentes écartaient déjà le voile qui…

- Tout doucement, beau Conseiller, dit-elle, donnez-moi ces mains-là, je les placerai moi-même.

Elle les mit sur deux pommes d’albâtre, avec défense d’en sortir sans permission. Elle voulut bien elle-même arranger le bouquet que je destinais pour son sein. Elle m’encouragea alors avec un signal dont vous vous doutez ; je croyais qu’elle agissait de bonne foi. En conséquence, je me donnais une peine très sincère pour parvenir à mes fins ; elle faisait sembler de l’aider : la simplicité était chez moi, et la malice dans toute sa conduite.

Fatigué, je la nommais cruelle, barbare. Nouveau Tantale, le fruit et l’onde fuyaient à mon approche.

- Cruelle ! barbare ! reprenait-elle, vous serez puni tout-à-l’heure. Alors elle se saisit du bouquet que je lui destinais : puisque l’on m’insulte, continua-t-elle, en prison tout de suite ! Effectivement elle l’y conduisit ; mais je ne sais si ce fut de chagrin, ou par quelque autre motif, le prisonnier, à peine entré, se mit à pleurer entre les deux guichets. »


Godard d`Aucourt

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