sábado, 11 de septiembre de 2010

Poétique de la puberté




"Toutefois les petites filles ne démêlent pas bien encore le sentiment de la pudeur de leur sexe; et quoiqu'elles sachent engager déjà par d'attrayants refus, quoiqu'elles aient de petits secrets, qu'elles déguisent quelquefois leur sentiments sous de doux mensonges, elles exercent un petit babil naïf et charmant, empreint de la candeur de leur âge. Elles ne masquent guère encore leur amour ou leur aversion, mais sans avoir pourtant cette franche rudesse avec laquelle s'expliquent les jeunes garçons. Elles prennent toujours quelque léger détour, elles s'étudient à la grâce; et, comme si la nature, en les créant faibles, leur révélait le secret talent d'en profiter en intéressant davantage , elles savent désarmer la colère par la prière et les pleurs ; elles tirent toutes les ressources de leur infériorité même.

C'est pour cette faiblesse que le père prend d'ordinaire plus de soin encore de sa fille que de son fils ; mais plusieurs mères, au contraire, trouvent dans leur fille de quinze ans bien plus de défauts qu'à leur fils devenu pubère; elles voient en elle une rivale d'autant plus redoutable que leurs attraits baissent tandis que d'autres éclatent à l'aurore du bel âge. Les petites filles ne sont pas encore rivales entre elles ; on les voit se caresser tendrement et avec toute la pudeur de l'innocence, même devant les hommes. Peut être déjà cherchent-elles à aiguiser ainsi notre convoitise; car, devenues nubiles, elles entrent en concurrence de rivalité, et leurs amitiés mutuelles ne sont plus que des trêves ; leur froide politesse, leur contrainte entre elles, décèlent assez ces ardentes et secrètes jalousies dont les plus belles deviennent surtout les victimes. C'est que l'amour fait toute la destinée de la femme.

A mesure que la jeune fille grandit et que son organisation se développe, son caractère devient plus modeste ; comme si elle prévoyait les conséquences de ses attachements , elle se retire et recule d'effroi, pour ainsi dire, à la vue de la carrière de la vie, où l'ardent jeune homme se précipite au contraire avec toute la fougue de son tempérament. Telle est, à bien considérer, l'époque la plus orageuse de la vie des femmes, celle où leur sensibilité est le plus étrangement tourmentée en sens contraire ; c'est l'époque qui précède et accompagne le développement de la puberté.

Dès l'âge de douze ans environ dans nos climats, la jeune fille la mieux élevée n'a plus cette gaîté folâtre et insouciante de son enfance, ou du moins elle la perd involontairement par instants (i). Naguère, vive et légère, elle dansait avec ses douces compagnes; maintenant, rêveuse , assise à son ouvrage, il échappe à ses doigts. Elle cherche le repos de la solitude; devenue languissante et décolorée, elle sent des caprices, des inégalités d'humeur inconnues ; elle surprend des larmes involontaires qui roulent dans ses yeux; parfois elle soupire; elle veut et ne veut pas; sans objet fixe, sans désir assuré, elle s'ignore elle-même. Voyez-la calme, puis agitée, tour à tour rougir et pâlir; elle brûle, elle est glacée; et nourrit en son ame un sentiment qu'elle ne connaît pas encore, qu'elle se déguise, qu'elle craint de s'avouer. Étrange destin! haine, dégoût de l'existence au milieu même du bonheur domestique ! De quels transports secrets n'est-elle donc pas la maîtresse ? Pourquoi voudrait-elle dérober sa honte à sa propre fierté, et ensevelir éternellement les mystères de son cœur dans le silence des forêts ? Avant d'accepter des chaînes, elle se croit humiliée d'en recevoir un jour.

C'est un admirable instinct de la nature, d'offrir les premières affections de l'amour sous les traits d'une apparente aversion, d'éloigner d'abord les sexes pour les réunir ensuite avec plus d`impétuosité. La jeune fille fuit afin d`être poursuivie; et si le jeune homme se retire, elle revient à lui' elle semble détester ce qu`elle aime, et vouloir aimer ce qu`elle hait. Plus elle se rejette en un sens opposé à son penchant, plus elle en dévoile la véhémence. Elle n`aime jamais mieux que quand elle affecte de haïr, et celui qu`elle repousse le plus est celui qu`elle redoute davantage. En effet, l`amour s`éteint lorsqu`il est trop facile; les obstacles de la pudeur l`enflamment. Cette disposition était nécessaire pour le maintien de l'espèce humaine; car l'homme ne pouvant engendrer que dans certains moments , mais la femme pouvant être prête à toute heure , il fallait que le premier sollicitât , que la seconde semblât refuser pour stimuler davantage les désirs ; la pudeur étant l'économie de la beauté , elle ajoute à son prix.

Si , par un arrangement contraire , la femme eût recherché , et si l'homme n'eût pu refuser (ne fût-ce que par amour propre ) , il aurait été bientôt épuisé , détruit , et le genre humain eût succombé par les moyens mêmes destinés à le perpétuer. Chez les animaux , la femelle semble aussi ne se soumettre qu'à regret aux mâles, surtout parmi les espèces polygames , afin d'animer davantage^ l'ardeur de l'autre sexe. Dans l'espèce du chat, du lion , du tigre , c'est bien la femelle qui recherche; mais le mâle ne répondant pas toujours à ses désirs , les rapports sexuels restent les mêmes que dans l'espèce humaine , quoique dans un ordre inverse.

Les changements opérés dans le moral des filles à l'époque de la puberté ne sont ainsi que le contre-coup de ceux qui naissent dans là constitution physique. Chez l'enfant , les facultés vitales, toutes employées à l`accroissement général , sont réparties surtout dans l'appareil nutritif, les systèmes cellulaire et lymphatique absorbant. Cette direction vitale change à l'âge de la puberté ; les efforts delà vie se portent sur le système glanduleux et spécialement sur les organes sexuels. Ce nouveau mode d'impulsion vitale s'exécute par des ondulations nerveuses qui semblent errer d'abord dans toute l'économie animale , et qui cherchent à se fixer dans un centre de ralliement. De là viennent ces fréquentes aberrations de l'esprit, ces singularités de caractère , ces secousses si remarquables à cette époque chez les jeunes filles.

Les forces sensitives , transportées aux parties génitales , réveillent celles-ci de leur long assoupissement et les font rapidement épanouir. On ressent alors une pesanteur aux lombes, un engourdissement général; un trouble confus circule dans tout le corps; les mamelles se gonflent, sont d'abord dures et acerbes , le pubis s'ombrage de poils , les nymphes deviennent rouges , très sensibles , le clitoris se prononce , la membrane de l'hymen se distend ; le canal du vagin , qui se rétrécit quelquefois par le gonflement des organes cîrconvoisins , devient susceptible de dilatation , et acquiert une vive sensibilité par l'orgasme vénérien. Enfin, l`utérus recevant une activité remarquable , le sang y afflue , y détermine une pléthore particulière qui se dégorge chaque mois , quoique avec difficulté d'abord. Ainsi les organes sexuels , qui , pendant l'enfance , restaient dans un minimum de vie , en reçoivent un maximum à la puberté , entrent souvent en un état de réveil , d'érection , de prurit ou d'orgasme. Ils n'existent plus en second ordre ; au * contraire , ils dominent bientôt sur toute l'économie animale , ils changent le timbre de la voix, ils développent les poils aux aisselles , au pubis ; ils font fleurir et briller tous les charmes d'une jeune beauté ; les glandes mammaires en acquièrent un volume plus considérable , le mamelon grossit et rougit, prend une sensibilité assez vive qui sympathise avec les organes utérins.

En général , les sens se perfectionnent , les membres se moulent et se forment; les muscles de la glotte reçoivent un accroissement et un ton particulier qui impriment de la force et de l'éclat à la parole. Aussi les jeunes filles aiment le chant et s'exercent à déployer les agréments de leur voix ; ce n'est pas un médiocre indice de l'état des organes utérins , et l'on voit également parmi les oiseaux que plus ils chantent avec ardeur , plus ils sont transportés d'amour. "


VIREY

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